CHAPITRE 6
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POV Tom
- Bill putain !! Pourquoi tu nous as foutu dehors ?
Mon frère à l'air exaspéré d'entendre ma question… bah quoi, qu'est ce que j'ai encore dis ? Il me parle alors de la même façon que s'il expliquait la vie à un petit garçon.
- Parce que Gustav a invité Julie et que s'il avait voulu de notre présence, il nous en aurait parlé ok ?
Ah, vu sous cet angle là forcément… c'est vrai que c'est pas tous les jours que notre Gus se créé des liens pendant les tournées, pi Ju' elle est sympa… Ce qui me ramène à mon autre sujet.
- C'est pas le problème !! Il fallait que je parle avec Julie, moi.
Il me tourne le dos et demande à Georg si ça ne le dérange pas qu'on l'abandonne quelques minutes, quoi que mon brun de frère mijote, ce n'est pas bon signe pour moi.
- Pas de problème les mecs, ne vous entre-tués pas c'est tout ce que je vous demande !
Et c'est sans préambules que Bill ouvre la porte de sa chambre, me choppe par le bras et me balance dedans… vraiment de mauvaise humeur le Billou !
- T'avais besoin de lui parler à quel sujet au juste ?
Comme si j'étais pris en faute, je lui réponds tout en faisant un peu la moue :
- Tu le sais très bien.
Il lève les bras au ciel avant de les laisser retomber mollement vers le bas.
- C'est encore à propos de Sarah ? Mais qu'est-ce que tu lui veux à cette fille à la fin… je croyais qu'elle avait été claire avec toi : Elle - ne – veut - pas - te - revoir. Qu'est-ce que tu n'as pas comprit dans cette phrase ?
Putain, il peut être vexant le frangin quand il veut. Je n'ai même pas le temps d'ouvrir la bouche pour mon plaidoyer qu'il recommence à parler.
- Tom tu fais chier, je te jure. Tu tires une gonzesse différente dans chaque ville où on passe, tu ne peux pas t'empêcher de jouer les bourreaux des cœurs alors s'il te plaît, oublies Sarah et trouves toi quelqu'un d'autre.
Plus ses mots sortent de sa bouche, et plus je fronce les sourcils… quelle belle image il peut avoir de moi, c'est un vrai bonheur.
- Mais qu'est-ce que ça peut te faire que je veuille revoir Sarah ou pas après tout ? Tu n'as jamais réagis comme ça avant, c'est quoi le problème aujourd'hui ?
Il se retourne vers moi, contourne le lit afin de se trouver face à face avec moi et ne s'arrête que lorsque quelques centimètres nous séparent l'un de l'autre… Notre différence de taille se rappelle alors douloureusement à moi lorsque je suis obligé de lever un peu la tête pour le regarder dans les yeux. C'est une crème ce mec, mais c'est dingue ce qu'il peut être impressionnant quand il veut.
- Le problème ? Tu veux vraiment connaître le problème ? Il est que tu repars pour ton pays d'origine qui est l'Allemagne dans deux jours et que je n'ai pas envie d'avoir à recoller les morceaux pendant je ne sais combien de temps parce que tu te seras attaché à elle pour rien. En plus, comme elle te l'a expliqué, elle ne veut pas souffrir non plus. Qu'est-ce qui va sortir de bon de tout ça, hein ?
- Mais tu m'emmerdes à la fin !
Je le repousse d'un geste rendue maladroit à cause de la colère et reprends :
- Pourquoi est-ce que tu veux absolument que je m'attache à cette fille, c'est pas croyable ! Je vais finir par croire que c'est toi qui as craqué pour elle, dis le moi si c'est ça !
Wouaw !!! La mauvaise foi réincarné : c'est moi, moi, moi ! Bill se pince l'arête de son nez et secoue la tête de gauche à droite en signe de négation… et moi, je tortille machinalement mes doigts entre eux.
- T'es vraiment le dernier des crétins des fois, Tom. Non je ne fais pas de fixette sur Sarah mais essaye de réfléchir cinq minutes et demande toi si ce n'est pas toi qui fais une fixette sur elle. Soit un peu honnête avec toi-même, ça nous évitera ce genre de discussion foireuse.
- Putain mais tu me gaves, tout ça, ça me saoule. Je me casse !
Je me relève du lit sur lequel je m'étais assis et vais droit dans le couloir, j'en profite bien entendu pour claquer la porte de la chambre de Bill le plus fort possible. Ca faisait une éternité qu'on s'était pas engueuler tous les deux… et pour être franc ça me déchire le cœur, saleté de lien à la con ! J'en ai ras le cul d'avoir un jumeau des fois !
Le sujet des filles à toujours était un peu houleux entre nous, il ne comprend pas que je puisse aimer les rencontres d'un soir, et je ne comprends pas que sa dernière histoire remonte à il y a plus de deux ans… c'est le chanteur, il n'a qu'à claquer des doigts pour que les filles se pendent à son cou, mais non, Monsieur joue les cœurs purs tout en attendant le grand amour. Je n'arrête pas de lui dire que ça n'existe pas mais il ne veut pas en démordre.
- Tiens Tom, tu vas où ?
Ah bah, quand on en quitte un, y'a les autres qui se ramènent, c'est ça l'avantage et aussi l'inconvénient d'être un groupe : on est jamais vraiment tout seul.
- Gus ? Qu'est-ce que tu fou là, Julie est déjà repartie ?
- Non, elle est restée dans la chambre. Je vais lui chercher un cadeau d'anniversaire, si tu veux passer la voir… j'ai cru comprendre que tu voulais lui parler tout à l'heure.
Je l'adore mon Gus, en fait je les aime tous… mon chien de frère aussi, même si ce n'est pas très flagrant en ce moment. Je me dirige donc vers la chambre 312 après l'appel du pied de mon batteur. Oui je n'en fais qu'à ma tête mais que voulez vous, ça fait partie de mon charme.
Je frappe des petits coups pour annoncer mon arrivée avant d'ouvrir la porte et si je suis étonné du silence de la pièce, ce n'est rien lorsque je trouve une Julie complètement allongée sur le lit… bah ça va, ils ne perdent pas de temps ces deux-là ! Rooo, ça va, je sais qu'ils n'ont rien fait, c'est pas le genre de Gus ne vous inquiétez pas. Je pensais qu'elle se reposait un peu mais apparemment non puisque lorsque je m'installe sur le lit elle se redresse d'un coup.
- Tom ?
Non, c'est Bill mais j'adore me déguiser en mon frère… ok, j'arrête avec mon humour à deux balles.
- Salut, je ne te dérange pas ?
- Non pas du tout, Gustav est partie je ne sais où et m'a dit de l'attendre. Tu voulais le voir ?
- Heu… pas vraiment... Hmm...
Je prends mon air le plus naïf possible avant de poser la question qui me trotte dans la tête depuis que j'ai vu Julie dans cet hôtel.
- Sarah n'a pas voulu venir avec toi ?
Manifestement j'ai touché une corde sensible puisque son visage si avenant se referme d'un coup. J'ai encore mis les pieds dans le plat, je suis très fort pour ces boulettes là.
- Non, elle ne sait pas que je suis ici. Je n'ai pas voulu lui dire, et puis à la base je n'étais censée voir que Gustav. Pourquoi ?
- Oh comme ça, juste pour savoir.
Je joue machinalement avec le couvre lit à la recherche d'un pli imaginaire… je ne me rappelle même pas pourquoi est-ce que je suis venue la voir ni pourquoi est-ce que je voulais absolument lui parler… Même la colère qui s'était insinuée en moi pendant l'engueulade avec mon frère a disparu. J'ai l'impression d'être comme anesthésié.
- Heu… Tom, je peux te parler franchement ?
Houlaaaa, trop de franchise tue la franchise ! Après le sermon de Bill, je ne suis pas sûr d'être en état d'en entendre un second mais bon… ne froissons pas cette jeune donzelle. Je lui fais un geste pour lui demander de poursuivre mais elle a l'air de chercher ses mots.
- Je ne veux pas te juger par rapport à ce que j'ai pu lire sur toi, seulement… je m'inquiète un peu… pour Sarah. On va dire que t'as une sacré réputation de coureur de jupon et heu… c'est pas franchement ce qu'il faut à ma copine tu vois. Elle est plus fragile que ce qu'elle ne montre et j'ai peur que tu ne réduises son petit cœur en charpies. Maintenant, libre à toi de me convaincre du contraire mais... disons que j'ai un vilain doute.
Bah elle n'y va pas par 36 chemins la copine… Elle a l'air de vachement s'inquiéter pour Sarah, et je peux la comprendre. En attendant, elle ne me porte pas en haute estime. Je soupire un peu trop sèchement à mon goût, et réfléchis ; qu'est-ce que je pourrai dire qu'y jouerai en ma faveur ?
- Je passe peut-être pour un mec immature comparé aux autres, et comme tu l'as si bien dit, tu ne me connais qu'à travers les magazines et ce qu'ils veulent bien montrer de moi. Je suis d'accord qu'il n'y a pas de fumée sans feu et que j'adore les belles nanas. Mais je pense que c'est quelque chose de normal étant donné mon âge, maintenant j'ai aussi des yeux et j'ai bien vu la fragilité de Sarah… Je suis désolé Julie mais je n'ai rien à lui offrir de plus que ça. Dans deux jours je repars chez moi et je ne sais pas du tout quand est-ce qu'on reviendra en France.
- Je comprends, mais je te demande juste un service : Ne joue pas avec elle, s'il te plaît. Elle n'a pas besoin de ça.
Pfff ça plombe l'ambiance tout ça, d'ailleurs un silence un peu bizarre s'installe dans la chambre d'hôtel. Je n'aime pas cette impression là, comme si l'air m'étouffait et je décide de partir… mais arrivé au milieu de la chambre je me retourne vers Julie, pris d'une inspiration soudaine.
- Tu sais… je ne voulais pas jouer avec elle.
Le regard plein de pitié qu'elle me lance m'agace un peu mais mon dernier aveu ne doit pas vraiment jouer en ma faveur.
- Bill et Gus sont déjà au courant, peut-être que toi aussi mais bon, au cas où : Ce soir on sort en boîte pour fêter mon anniversaire. Si tu veux passer, tu seras le bienvenu.
Elle se détourne de moi et rajoute comme si de rien n'était :
- Elle sera là aussi.
- Bon anniversaire alors. C'est gentil pour l'invitation, mais je ne suis pas sûr que se soit une bonne idée. A plus !
La vache, l'entrevue avec Julie m'a d'avantage ouvert les yeux que l'engueulade que j'ai eue avec Bill… en même temps, j'ai rarement été aussi honnête dans mes propos avec quelqu'un que je ne connais pas qu'avec elle. Je referme la porte doucement, toujours dans mes pensées mais dés que je me retourne, je retrouve un Gus assis par terre contre le mur en face de sa chambre.
- Qu'est-ce que tu fais là, pourquoi t'es pas rentré ? – Je lui demande assez surpris.
Il lève les épaules comme pour montrer l'évidence de la situation… qui manifestement m'échappe complètement.
- T'avais besoin de faire le point, j'allais pas interrompre ça. Maintenant que c'est fait, tu devrais aller voir ton frère, il est en train de se refermer comme une huître. Je ne sais pas ce qu'il s'est encore passé entre vous… mais il n'a franchement pas l'air bien.
Je lui tends une main pour l'aider à se relever et dès qu'il est sur pied, lui fait une accolade.
- Merci mon Gus.
Rien n'est rajouté, c'est comme ça entre nous. C'est un merci pour le temps qu'il m'a accordé avec Julie, un merci parce que je sais qu'il comprend plus de la situation qu'il ne veut le laisser voir et qu'il n'en profite pas pour me faire la morale et surtout, un grand merci parce qu'il prend soin de mon frère quand je ne suis pas là. Il me lance un clin d'œil avec son petit sourire timide, puis s'engouffre dans sa chambre.
Je fixe quelques secondes cette porte close et me décide enfin à aller voir Bill. De nous deux c'est le plus fragile et le fait qu'il soit notre leader n'arrange rien. Il est sous pression constamment et quand il s'enferme dans son monde, ce n'est jamais bon signe. Je rentre dans sa chambre sans frapper et suis écrasé par une énorme vague de culpabilité quand je le retrouve sur le lit complètement recroquevillé sur lui même, la tête posée sur les genoux et se balançant doucement.
- Hey, qu'est-ce qui t'arrive mon Billou.
Je m'installe à ses côtés et l'attire vers moi pour le faire basculer, il se retrouve allongé sur le lit avec la tête posée sur mes jambes et mes doigts jouent machinalement avec une mèche de ses cheveux.
- Rien… – Me répond-il boudeur tout en se laissant faire.
- Ok, bah quand tu seras décidé à me parler… toute façon je ne bouge pas.
Un ange passe, je continue de jouer avec ses cheveux parce que je sais que ça le détend mais bon, rappelez-vous que la patience ne fait pas partie de mon caractère.
- Si tu ne veux pas m'en parler, appelles au moins Andreas, ou maman… Faut pas que tu restes comme ça petit frère.
Je le sens sourire à l'utilisation de ce sobriquet, c'est vrai que je suis né avant lui mais il n'arrête pas de me renvoyer dans les dents les centimètres qu'il a en plus que moi.
- C'est toi le petit frère, je suis plus grand que toi je te rappelle.
Qu'est-ce que je vous disais ? Mais au moins, il est sorti de son mutisme.
- C'est rien, ça va passer. – Reprend-il. Ca faisait longtemps qu'on ne s'était pas engueulés et ça ne me manquait pas, c'est tout.
J'en étais sûr… la coïncidence aurait été trop forte. Je m'encastrerai la tête dans un mur si je pouvais tellement je suis con des fois. Il s'inquiète pour moi et veux m'éviter de souffrir et tout ce que je trouve à faire c'est de l'envoyer bouler, quelle tâche !
- Je suis désolé tu sais, je sais que tu m'as dit tout ça parce que tu t'inquiètes. Si ça peut te rassurer cette histoire est terminée. Je vais être raisonnable et pour une fois t'écouter, après tout tu sais bien que de nous deux, c'est toi la voix de la raison.
On rigole tous les deux avec dérision, parce que de toute façon on est autant tête brulée l'un que l'autre. On change complètement de sujet pour éviter de se friter encore une fois et notre complicité refait surface immédiatement.
L'orage est passé, il ne reste plus qu'à attendre le prochain.
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POV Julie
A peine Tom partie que Gustav refait son apparition… c'est un vrai moulin cette chambre. Il me tend alors une enveloppe tout sourire, c'est quoi ce délire ?
- Tiens, et joyeux anniversaire en avance.
Oh ! C'est un cadeau pour moi… de Gus… je craque tout de suite ou j'attends un peu ? J'approche mes mains tremblotantes lorsqu'il me dit :
- Tu peux y aller sans craintes, je t'assure que ça ne mord pas.
On s'échange un sourire avant que je ne récupère le « paquet » que je regarde comme s'il allait disparaître tout seul. J'ouvre religieusement le dessus pour trouver glissé à l'intérieur…
Oh… Mon… Dieu…
Deux billets VIP pour leur concert de demain ! C'est juste… énorme. Je vais enfin pouvoir les voir sur scène… et prise d'une pulsion soudaine je lui saute dans les bras et claque un énorme baiser sur sa joue. Par réflexe et sûrement pour m'empêcher de tomber aussi vu ma délicatesse, il m'a encerclé la taille et nous voilà à deux centimètres l'un de l'autre et j'avoue m'égarer un peu dans le noir de ses yeux. Par contre je réalise aussi que je ne suis pas plus forte que Sarah, et qu'à force de m'inquiéter pour elle, j'en oublie de m'inquiéter pour moi. Je pose mes deux mains sur son torse pour l'éloigner un peu et il a l'air de trouver notre situation aussi gênante que moi puisqu'il met un bon mètre de distance entre nous deux.
- Et bien, je ne pensais pas que ça te ferai autant plaisir.
Ok, il veut détendre un peu l'atmosphère… moi ça me va.
- Non mais tu rigoles ou quoi ? Des places VIP… y'en a qui se damneraient pour avoir ça, c'est vraiment très gentil de ta part.
- J'ai préféré te les donner maintenant, comme apparemment on ne sera pas de la fête ce soir.
- La fête ? MERDE !! Quelle heure est-il ?
Ma question à l'air de le surprendre mais moi, je vais me faire tuer !!!! Je retourne mon sac sur le lit pour retrouver mon téléphone… et pousse un petit cri strident : 17h13, je suis censée être rentrée depuis treize minutes. Je remets mes affaires pêle-mêle et enfile mon sac sur le dos puis me retourne vers Gus pour lui expliquer la situation.
- J'avais dis à Sarah que je serais à la maison à 17h, faut vraiment que je file. Pour ce soir arrange-toi avec Bill, c'est lui qui a l'adresse et je suis sûre qu'en insistant un peu Tom viendrai aussi. Ca me ferait vraiment plaisir que tu passes.
Les mots sortent de ma bouche à une vitesse ahurissante mais c'est toujours comme ça quand je suis pressée. Je respire un bon coup pour me calmer avant de reprendre plus posément.
- Et… heu… merci pour l'invitation d'aujourd'hui. J'ai vraiment passé une après-midi géniale.
- C'était super pour moi aussi, tu ne peux pas savoir ce que ça fait que de parler avec une fille sans qu'elle ne hurle ton prénom à chaque fin de phrase.
On rigole tous les deux et à ma grande surprise, ce gentleman me raccompagne jusqu'à l'ascenseur qu'il attend avec moi.
- Je vais faire mon maximum pour ce soir, au pire on se revoit demain non ?
J'acquiesce et rentre dans la cabine, j'ai juste le temps de le voir me faire un petit signe de la main que les portes se referment déjà… et tout ce que je retiens de cette après midi c'est que j'ai failli embrasser Gustav et que je ne l'ai pas fais, mais quelle cruche !
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POV Gustav
Je regarde les portes de l'ascenseur se refermer sur cette fille si géniale et prend une décision ! Ma mission est un peu difficile, mais je suis certain d'y arriver… en insistant un peu ! Je me dirige vers la chambre 313 et l'ouvre sans frapper.
- Georg, dans ma chambre, tout de suite. Réunion au sommet !
- J'arrive dans deux secondes, blondinet ! – Me répond-il depuis la salle de bain.
Je referme la porte illico pour me diriger vers la chambre de Bill, je suppose qu'ils doivent encore être ensemble… leurs réconciliations sont toujours un peu longues. Pour le coup, je frappe deux petits coups avant d'ouvrir la porte avec un peu plus de douceur que tout à l'heure. Et comme je m'en doutais, je trouve les jumeaux confortablement installés sur le lit, en pleine conversation.
- Quand vous aurez fini de faire la paix tous les deux, Georg et moi on vous attend dans ma chambre… nouvelle réunion de crise.
Ils s'échangent un regard étonné et Tom est le premier sur pied. Je crois qu'avec moi il est celui qui a le plus d'énergie à revendre. Je les laisse se débrouiller et retourne dans ma chambre, ouvre le minibar et récupère une bouteille d'eau que je vide de moitié. Pendant ce temps là tout le monde arrive et Georg s'étonne :
- Julie est déjà partie ?
- Ouai, elle était même en retard. – J'explique alors tout naturellement… comme si c'était logique.
- Tu lui as trouvé quoi pour son anniversaire au fait, j'ai oublié de te demander tout à l'heure. – Me demande Tom.
- J'ai négocié avec David pour qu'il lâche deux places VIP pour demain.
Je souffle un bon coup en voyant qu'ils ont tous l'air de trouver l'idée très bonne, espérons que le reste suivra… j'enchaîne alors :
- A propos de son anniversaire, vous avez prévus un truc ce soir ?
Personne ne répond mais je vois Bill fouiller sa poche et en sortir son portefeuille, qu'est-ce qu'il fabrique bon sang. Il en tire un petit bout de papier qu'il me tend, et devant mon incrédulité face à ces quelques lignes gribouillées à la va vite, il me précise :
- La soirée aura lieu là-bas… si tu veux y aller, vaut mieux avoir l'adresse non ?
- Merci. Je pense effectivement y faire un saut, et vous ?
- Moi je te suis beau blond, je suis sûr qu'elle doit avoir des copines supers mignonnes, genre… Sarah.
Georg dans toute sa splendeur, s'il y a une fête c'est de toute façon le premier à venir. Il termine sa phrase en me lançant un clin d'œil complice. Ce n'est pas vraiment lui le problème, je regarde les jumeaux en attendant leur réponse… mais la réaction de Tom est plutôt surprenante.
- HEY ! Calme-toi tout de suite avec Sarah. Je vais être obligé de venir aussi... faut que je surveille ce lascar ! Et puis de toute façon, on aura toujours l'excuse du concert de demain pour rentrer plus tôt.
Bah merde alors, si Tom se met à faire des scènes pour une nana... Je me retourne alors vers Bill, trois sur quatre c'est plus que ce que je n'espérais mais bon. Il à l'air de faire un peu la tête mais la majorité l'a emporté, malgré son caractère de cochon je sais qu'il viendra aussi.
Maintenant faut juste qu'on organise notre départ discrètement…
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Pendant ce temps, dans la chambre de Sarah…
Je me sens doucement bercée ce qui me fait sortir de lentement de mon sommeil. J'ouvre un œil pour voir quelle heure il est et mon réveil indique 18h21, je me lève alors d'un bond et m'aperçois que mon doux réveil n'est dû qu'à ma meilleure amie.
- Et ben, vous en aviez des trucs à vous dire toi et ton cousin. – J'étouffe au passage un bâillement et m'étire le dos. Ca c'est bien passé ?
- Oh oui, c'étais vraiment génial. Mais heu… je te raconterai demain parce que là on va être super à la bourre.
- La faute à qui ! Laisse-moi quand même cinq minutes pour dire bonjour à ma mère et finir de me réveiller, parce que là, je suis complètement dans le pâté !
Pendant que j'émerge difficilement, je constate que ma copine est en train de répondre à un énième texto… on la bombarde aujourd'hui, pourtant son anniversaire était la semaine dernière, je ne pige rien du tout. En plus de ça, elle a le même air que tout à l'heure dans la voiture… genre Miss-tout-sourire. Ça cache forcément quelque chose.
- Encore un retardataire ?
Elle me répond très évasivement que oui puis sort de la chambre, et moi j'en profite pour me rallonger quelques minutes.
Et c'est une paire heures plus tard que nous nous retrouvons devant les portes du Mystik. Je vois nos amis nous faire de grands gestes pour signaler leur présence un peu plus loin. Sont donc déjà arrivés Stéphane, Magali, Sophie, Pascal et Naïma… en gros, on est les dernières. On papote quelques minutes et lorsque Pascal à la brillante idée de signaler qu'il fait un froid de canard et qu'on serait mieux à l'intérieur, Julie me coupe les pattes.
- Partez devant pour réserver nos tables… on attend encore deux ou trois personnes et on arrive.
Tout le monde est ok mais moi je ne suis pas d'accord du tout. Ça caille, j'ai envie de m'asseoir au chaud et en plus de ça, tout le monde est déjà arrivé ! Je regarde notre petite troupe s'éloigner avant de me retourner vers mon amie.
- Je ne vois qui est-ce-qui manque Ju'. Tu peux m'expliquer ?
Elle fait sa petite tête d'enfant pris en flagrant délit et commence à m'expliquer d'une petite voix qui ne me rassure pas :
- Bah tu vois mon cousin – j'acquiesce, puis elle poursuit – Bah c'était pas vraiment mon cousin. En fait, j'avais rendez-vous av…
- JULIE !
Je me retourne en même temps qu'elle et… Par tous les démons de l'enfer, elle n'a pas osé me faire ça ! Quatre silhouettes se rapprochent de nous, mais j'en reconnaitrais une même dans le noir le plus complet.
- Salut les gars, vous avez trouvé facilement ?
Ils s'arrêtent à moins d'un mètre de nous, Georg me fait un geste de la main pour me dire bonjour, suivit de Gustav alors que Tom… m'ignore complètement. Ça fait toujours plaisir ! Bill me lance des regards désespérés comme pour excuser le comportement de son frère, mais j'avoue être blessée, bien plus que ce que je ne pourrais montrer. Je suis habituée à cacher mes émotions derrière de grand sourire que j'envois à tour de bras, pourtant, j'ai l'impression que ça ne prend pas du tout avec Ju' qui me sert d'avantage le bras.
- Alors, on rentre ? – Demande Georg tout sourire, comme s'il n'avait pas vu la situation.
J'ouvre la marche avec ma copine puisqu'on se tient toutes les deux par le bras mais si je pouvais la tuer du regard… je crois que je ne m'en priverai pas ! D'ailleurs elle s'en rend facilement compte et me dit de façon assez expéditive :
- Arrête de me regarder comme ça, y'a pas mort d'homme quand même.
- Non c'est sûr mais bon, t'aurais au moins pu me prévenir… et puis vu son enthousiasme, je ne vois pas à quoi ça sert qu'il soit là.
- Et ça aurait changé quoi de te prévenir, à part le fait que tu te serais enfermée dans ta chambre ? J'ai passé l'après midi avec Gus, c'est lui que j'ai invité à la base, les autres ont dû vouloir l'accompagner.
Bon, elle marque un point mais...
- Oh et bien sûr tu ne te doutais pas qu'ils viendraient tous, tu me prends pour un pigeon ou quoi ?
Déjà que j'ai beaucoup de mal avec les boîtes de nuit, si en plus il faut que je supporte l'ignorance de Tom… ça va être trop pour moi !
- Salut Matt, comment ça va ?
Matt, c'est un des videurs du Mystik, il connaît super bien Ju' puisqu'elle passait sa vie ici avant de déménager… du coup forcément il m'a aussi vu quelques fois.
- Et ben les filles, ça faisait un bail. Vous avez l'air bien accompagné ce soir !
Et tout en nous ouvrant la porte, il nous souhaite une excellente soirée.
Nous déposons les manteaux au vestiaire et pénétrons finalement dans la grande salle. Elle est ronde, la piste de danse se situant au centre et des tables sont positionnées tout autour avec deux bars, un de chaque côté. Nous nous dirigeons par habitude, les garçons sur les talons, vers notre lieu stratégique : pas loin ni du bar, ni de la piste mais suffisamment à l'écart pour être peinard. On y retrouve tous nos amis à qui Ju' présente rapidement les quatre derniers arrivants et une fois les autographes distribués, la soirée peut enfin commencer. J'angoisse un peu de voir défiler toute la boîte de nuit à nos tables mais j'avoue que les jumeaux ont fait un effort pour passer un maximum incognito.
Exit les cheveux en pétard et autre chaines pour Bill et Tom a laissé tomber la casquette et le tee-shirt qui tombe aux genoux, et il n'en est malheureusement pour moi, que plus craquant ! Cette casquette qui lui cache ce regard si intense… il a juste les cheveux récupérés à l'arrière du cou, je trouve que ça le rajeunis et en même temps il parait beaucoup plus mature. C'est très étrange.
Les groupes se forment gentiment et comme si le destin s'acharnait sur moi, je me retrouve avec Tom en pleine ligne de mire… qui d'ailleurs n'arrête pas de me regarder. Je béni donc Pascal lorsqu'il revient avec une bouteille de Tequila, je sais que noyer mon mal être dans l'alcool ne m'aidera pas… aussi je vais prendre juste assez de verres pour me dérider un peu et surtout oublier qui est ici avec nous.
Le sel et le citron circulent joyeusement autour de la table et après la troisième tournée, je prends le premier bras à ma portée pour traîner cette pauvre personne sur la piste de danse. Ce n'est qu'arrivée à destination que je m'aperçois qu'il s'agit de Georg… Tant pis !
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POV Tom
Je suis vraiment le dernier des connards, j'ai bien vu sa réaction sur le parking, je ne suis pas complètement débile. Pourquoi est-ce que je ne lui ai pas simplement dit bonjour ? Parce que si je lui parle je sais que ça va partir en sucette ! Elle a baissé la tête et j'ai été privé de son si doux regard. Du coup, je dessine maintenant le moindre des contours de son visage… ses cheveux, son cou si fin, sa bouche, je remonte doucement vers ses yeux et : oups, grillé ! Bah ça m'arrange, je n'aurai plus à me cacher pour la regarder de loin comme ça. Elle a l'air encore blessée par mon comportement de tout à l'heure et je ressens de vilains pincements au cœur à cause de ça.
Tiens, un de ces potes ramène de la boisson, merveilleuse idée… l'alcool est un très bon anesthésiant à la douleur. Le premier verre brûle un peu, le second un peu moins et le troisième passe comme une lettre à la poste. Le quatrième manque d'être avalé de travers quand je la vois se lever et embarquer mon pauvre Georg pour danser. J'en profite bêtement pour la détailler, elle porte ce soir un de ces pantacourt à la mode avec un autre dos-nu… mais elle n'a que ça à se mettre ou quoi… Je vais lui prêter quelques uns de mes tee-shirts moi si y'a que ça ! Son tatouage, est toujours bien en évidence et j'entends ses talons hauts claquer sur le sol lorsqu'elle s'éloigne.
Je ne la quitte pas des yeux et manque de m'étouffer lorsque je la vois évoluer sur la piste de danse, il faut dire que la musique s'y prête bien, c'est un morceau de R'n'B bien trop langoureux à mon goût. Quoi qu'il puisse en dire, Georg est un très bon danseur et ils forment tout les deux un très bon duo. Je les vois se déhancher avec grâce, se rapprocher et se frôler… Je détaille chaque partie de son corps, je pars de ses pieds pour remonter doucement le long de ses jambes, je m'attarde sur ses hanches avant de poursuivre mon ascension et de passer sur son décolleté. Lorsqu'elle est de dos, je fixe son tatouage qui à l'air de m'appeler, et évite autant que possible de regarder un peu plus bas. La musique est trop entêtante et elle, beaucoup trop attirante, je me lève d'un coup, bien décidé à me soustraire à se spectacle sinon je vais péter un plomb. Je vois d'autres filles partir aussi vers la piste rejoindre Miss luxure et j'en profite pour m'éloigner. Ma paix est cependant de courte durée quand vient la fin de la musique, puisque Georg me rejoint.
- Je suis désolé. – Lance t-il sans préambule.
- De quoi donc ? – Je lui demande de façon assez étonnée : Autant feindre l'ignorance.
- Oh arrête, t'as beau ne rien expliquer à personne, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Je ne t'ai jamais vu être aussi passif alors qu'on fait la fête et encore moins réagir comme ça pour une fille. Sans parler de la petite scène de tout à l'heure dans la chambre d'hôtel.
- Ouai bah laisse tomber, tu veux !
Gentil petit Tomy, range tes crocs tout de suite, tu ne vas pas mordre ton ami quand même... Et quoi que vous puissiez penser, je ne suis pas jaloux ! Seulement la voir danser comme ça avec un mec, ça m'agace : c'est tout !
- Je suis vraiment désolé vieux ! Je ne pensais pas que … heu … en fait… Je crois surtout qu'elle cherche à attirer ton attention tu sais.
- Et elle y arrive très bien si ça peut te rassurer. J'ai cru que j'allais faire dans mon caleçon quand je l'ai vu danser.
Et je l'entends éclater de rire, perso ça ne me fait pas rire et ce bouffon est en train de se foutre de ma gueule… j'ai les nerfs ! Nous restons quelques minutes dans le silence puis il passe un bras sur mes épaules pour me ramener vers nos tables où nous retrouvons Bill et Sarah en pleine conversation. Mon frère nous fait déjà la joie d'être venue, il ne va pas danser non plus. Je me réinstalle le plus tranquillement possible et reprend un verre pour me donner une contenance, parce que je sais qu'elle me regarde.
Comment je le sais ? Simplement car j'ai l'impression que là où se posent ses yeux, ma peau se réchauffe… c'est très étrange comme sensation.
Tout le monde nous a rejoints à la fin de la musique suivante, ils ont décidé d'offrir les cadeaux à Julie. Je m'éloigne alors de nouveau pour éviter le passage elle fait la bise à tout le monde pour dire merci, bah oui se serait un peu mal venu étant donné que je ne lui ai rien offert du tout. Je prends tranquillement un verre au bar histoire de passer le temps et me fait alpaguer par une nana complètement ivre dont je me débarrasse tant bien que mal… Et pas de bol, c'est Bill qui prend sa place.
- A quoi tu joues bon sang ?
D'accord… une engueulade par jour on a dit Billou ! Parce que deux, je ne suis pas sûr que notre lien, si fort soit-il, s'en remette. Bon, on respire et surtout on garde son calme.
- Comment ça, à quoi je joue ?
- Ne me prend pas pour un crétin, tu l'évites depuis qu'on est arrivé.
Mais il est agaçant celui-là… après la scène qu'il m'a fait tout à l'heure, voila que maintenant il me reproche ça. Il est schyzo ou quoi ?
- Mais c'est pas toi qui voulais ça ? Tu m'as sermonné tout l'après midi pour que j'arrête de penser à elle, non ?
Mes derniers mots ont l'air de l'agacer prodigieusement, il me prend alors un bras et commence à me secouer.
- Mais réagis bon sang !! Je t'ai fais un sermon, comme tu dis, pour essayer de t'ouvrir les yeux. Ce n'est pas quand on repartira qu'il faudra te morfondre. Je te connaissais avec un peu plus de rage que ça !
Je fais un mouvement un peu violent pour récupérer mon bras et m'écarte de lui.
- JE NE COMPRENDS PAS CE QUI M'ARRIVE EN CE MOMENT, CA TE VA ?
Je le vois sourire et me rends compte que tous ce qu'il attendait, c'était me pousser à bout pour que je craque.
- Et bien, on y arrive. Je t'écoute ! – Dit-il malicieusement.
Au point où j'en suis…
- Je n'arrive pas à me la sortir de la tête, pourquoi elle, alors qu'on a du mal à se comprendre, pourquoi maintenant… je me pose mille questions par jour sans trouver aucunes réponses. Je ne pense qu'à elle, à son rire, à ses yeux. Je crève de la voir danser comme elle l'a fait avec Georg tout à l'heure et je n'arrête pas d'imaginer le goût que peut avoir ses lèvres.
Je respire un bon coup avant de reprendre.
- Mais j'ai envie qu'elle me déteste, parce que si elle ne le fait pas… j'ai peur de ce qui pourrait arriver. Je ne veux pas vivre ça !
- Pourtant c'est la plus belle des choses que tu puisses vivre… il n'y a pas de mal à s'attacher à quelqu'un tu sais.
Il me parle comme si j'étais un gamin de six ans, ça me soûle, mais j'ai trop besoin de vider mon sac… et si je ne le fais pas avec Bill, je ne pourrais le faire avec personne.
- De toute façon, tu me l'as dit toi-même : on repart en Allemagne dans deux jours, j'ai ma vie là-bas et elle ici… Avec la vie qu'on mène qu'est-ce que tu veux qu'il se passe d'un temps soit peu… sérieux.
- Ne décides pas pour elle, elle serait peut-être heureuse de construire quelque chose avec toi, malgré ta vie et malgré la distance. Tu ne sais pas, après tout.
- Oh arrêtes un peu, même toi tu n'y crois pas ! Plus que deux jours et tout rentrera dans l'ordre… et dans le cas contraire, je compte sur toi pour me faire boire jusqu'à tout oublier, notre venue à Paris, notre concert, elle…tout !
Mon frère me passe alors un bras autours des épaules pour me rapprocher de lui puis me dit :
- C'est impossible frangin. Une fille comme ça, même dans l'alcool tu ne pourras pas l'oublier.
Et c'est comme ça que le sujet a été clos, je n'ai pas envie de parler de ma vie sentimentale à tout va non plus. J'ai encore un peu de fierté… peut-être même trop.
