Le gentil géant
La chaleur était forte, sans doute 30°, le ciel d'un bleu sans un seul petit nuage. Ca lui rappelait son pays natal, le Brésil qui lui manquait encore souvent.
Ici, il n'y avait pas de forêts avec des capibaras, pas de grandes plages de sable fin, ou de bidons villes. Qu'un endroit avec des colonnes sans âge, un immense verger, des grands près, un dortoir. Le seul point commun avec son orphelinat.
De temps en temps, Aldébaran avait le mal du pays, mais ce n'était pas la seule raison pour laquelle il avait le coeur gros, cette boule énorme dans la gorge.
Fort heureusement, il avait réussi à trouver un coin rien qu'à lui, sous un énorme pin parasol qui donnait beaucoup d'ombre, juste à coté d'un sol dallé. Loin du dortoir et des arènes d'entraînement, son jardin secret. Et enfin, il réussit à donner libre court à ses larmes, à pleurer sans que personne ne se moque de lui, le traite de fillette. Pourtant, il fallait que ce chagrin finisse par sortir.
Lui qui ne demandait juste qu'à avoir des amis, à s'amuser avec les autres aspirants chevaliers d'or de son âge. Hélas, personne n'avait envie de lui parler, de s'entraîner avec lui.
D'autres étaient encore moins tolérants à son égard, comme le petit italien, qui s'amusait à le surnommer l'ogre. Non content d'avoir trouvé ce sobriquet, il le raillait cruellement en disant qu'il finirait un jour par les égorger dans son sommeil !
Tout ça c'était des mensonges ! Oui, il mangeait beaucoup, avait un solide appétit, mais jamais il n'aurait eu envie de se conduire comme un monstre assoiffé de sang !
Ce n'était pas non plus de sa faute si il faisait 1 mètre cinquante à six ans ! Il n'avait pas demandé à être ce garçon aussi grand et costaud.
A cause de cela, on lui rabâchait sans cesse qu'avec cette force exceptionnelle, il sera un redoutable protecteur d'Athéna. Ca lui faisait mal, comme si ce n'était que la force brute et pure qui faisait le tout.
Et sa bonne humeur ? Et sa patience ? Et son désir d'aller vers les autres, d'apprendre à les connaître, de faire des batailles de polochons ? Son envie d'apprendre de son illustre successeur, Rasgado qui avait été un modèle ?
Personne, oui personne n'y songeait. Bon il y avait bien le chevalier du Sagittaire Aioros, qui le défendait quand Dino le traitait de mangeur d'apprenti, ou autres gaietés. Mais même si son aîné prenait sa défense, ça ne servait pas à grand-chose. Quand d'autres s'y mettaient, qu'il essayait de leur demandait d'arrêter, la même phrase retentissait :
-Sinon quoi ? Tu vas aller le dire à Aiolia et à Saga ?
- Alors que tu sais même pas marcher sans casser une branche ou des colonnes !
- Le petit crétin à ses « grands frères ! »
Si certains, comme Milo répliquait que c'était nul de dire ça, ça ne se terminait comme ça. Ou alors, les plus calmes, comme Camus, ou Shaka faisaient mine de ne rien entendre.
Seul à genoux, dans l'ombre réconfortante du pin, serrant une pomme de pin, le petit bésilien pleurait à chaudes larmes. Il aurait tellement aimé que les choses bougent, que ces horreurs s'arrêtent. Mais il n'y avait pas de solution. Il n'en voyait aucune, la situation ne bougerait pas d'un iota hélas. Devant cette sombre perspective, indifférent à la morve qui lui coulait du nez, il sanglota plus fort.
Mû aimait de temps en temps allait se promener seul, tout en disant évidemment à Saga ou Aioros où il allait. Il adorait ces moments de calme où il pouvait se promener dans les étendues boisées ou les vergers, sans personne autour de lui. Juste le plaisir de voir les nuages, d'écouter les oiseaux, de regarder les différents insectes.
Aujourd'hui, le temps était magnifique, les pissenlits fleurissaient en grand nombre dans la prairie et avaient attiré des lapins. Incroyable ! C'était la première fois qu'il en voyait d'aussi près caché derrière son arbre. Ils étaient si adorables avec leurs pelages bruns, leurs grandes oreilles à grignoter de l'herbe. Une idée traversa le petit bélier : et si il en attrapait un et le ramenait ? Il demanderait à Maître Shion de s'en occuper, il le ferait très très bien d'abord ! Sa décision était prise il s'avança prudemment. Un des lapins tapa du pied, le petit groupe alla un peu plus loin.
- Ne partez pas ! Je ne vous veux aucun mal, je vous le promets !
Le petit garçon surpris s'avança à nouveau plus doucement, une nouvelle fois les rongeurs partirent. Plus vite cette fois, poursuivis par un aspirant gold tout excité qui oubliait de regarder où il allait.
Un vieux socle de colonne traînait encore à quelques mètres de là. Deux secondes plus tard, le pied de Mû heurta la pierre, il s'étala de tout son long et sentit sa cheville devenir plus grande avant de cogner un gros caillou. Il essaya péniblement de se relever, mais impossible ! Son pied droit lui faisait très mal ! Si il essayait de poser un orteil ou de s'appuyer dessus, la douleur était fulgurante.
Qu'allait il faire ? Qui viendrait le chercher ? Allait il mourir ici ?
-Au secours, aidez moi ! Hurla il d'une voix terrifiée, espérant de toutes ses forces qu'on l'entendrait.
Quelqu'un heureusement avait entendu cet appel. Le petit Aldébaran se redressa brusquement : quelqu'un comptait sur lui. Il se leva et écouta plus attentivement, pour voir d'où ça venait. Visiblement droit devant lui et un peu sur la gauche. Il n'hésita pas et se lança dans la direction, avant de demander d'une voix forte.
- J'arrive ! Ou es tu ?
- Près… Près d'une vieille colonne et d'un socle, dans l'herbe ! Et.. Et j'ai maaaaal !
On avait besoin de lui au plus vite ! Le jeune taureau courût aussi vite que possible, avant de découvrir Mû qui serrait sa cheville droite, le visage tordu par la douleur.
- Est ce que tu peux marcher ? Devant le signe de tête de son camarade, Aldébaran savait ce qu'il devait faire.
Il prit Mû sur ses épaules, en lui demandant de se cramponner bien fort.
- Mais tu risques de te faire mal toi aussi, objecta le tibétain.
- Non non, ça ira, lui assura le brésilien en commençant à marcher. Du moins il l'espérait serait il assez fort pour revenir au Sanctuaire sans qu'ils se blessent tous le deux ?
Le chemin était long, et pavé de pierres, de trous. Il lui fallait de temps en temps s'arrêter pour reprendre son souffle, remonter ses bras. Hors de question que Mû ait encore plus mal.
Mais il refusait catégoriquement de jeter l'éponge ! Il agirait comme un vrai chevalier d'Athéna et n'abandonnerait pas !
Même si il avait faim et soif, que la sueur coulait sur son front. Depuis combien de temps étaient ils partis des bâtiments au fait ? Sans doute plus de deux heures.
A ce moment, des voix connues se firent entendre, les appelant. Il eût un sourire de soulagement, avant de répondre, où ils étaient, tous les deux.
Cinq minutes plus tard, Saga et Aioros les avait retrouvés.
- C'est Aldébaran qui m'a trouvé, sans lui je serai resté tout seul, annonça immédiatement Mû.
- Avec une belle entorse comme ça, en effet, tu n'aurais pas pu revenir seul, confirma Aioros. Ah oui, c'est bien enflé, nota il après avoir effleuré la cheville. Le cri de douleur était assez évident.
En dépit de tout ce qui lui était arrivé Mû adressa à Aldébaran un sourire très chaleureux.
- Merci beaucoup, t'as été aussi bien que Maître Shion ou Saga ou Aioros. Tu m'as aidé !
Aldébaran ne sut rien répondre, embarrassé par ce compliment inattendu. Il se contenta de marmonner un « C'est normal » qu'il répéta face aux félicitations de ses aînés, n'osant pas imaginer que le Grand Pope en personne le remercie quand il saurait ce qui s'était passé.
Une chose était sure et avait chassé ses doutes : Il y avait une solution à tout problème.
Il avait été enfin vu sous un jour nouveau avec ses qualités. Mû lui promit qu'il confirmerait que si il était revenu c'était grâce à lui.
Aldébaran eût un sourire radieux : il aurait plein de choses à raconter au dîner ce soir !
