CHAPITRE 10

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POV Sarah

Et voila comment tout ça est arrivé ! Je me retrouve maintenant au concert des Tokio Hotel, attendant que ces messieurs veuillent bien faire leur apparition sur scène. Les filles sont complètement hystériques et ce n'est que grâce au précieux conseil de Ju' que je dois ma place actuelle à savoir : je ne fais pratiquement qu'un avec la barrière de devant moi tellement je la serre fort. Mais ce petit effort me permet d'être juste devant la scène : parfait !

L'ambiance est électrique et tous les spectateurs hurlent des « Tokio Hotel » à tout va, pendant qu'une ola fait le tour des gradins. Autours de moi se pressent des clones de Bill et dans la masse il me semble distinguer des « je t'aaaaaaaaaaaaaaaaaime Tom » qui me font hérisser le poil. Si une de mes voisines se permet de telles familiarités, je crois que je lui refais le portrait !

Ce qui m'étonne le plus, c'est que Julie à l'air autant atteinte que les autres... et lorsque les lumières s'éteignent, j'ai l'impression d'assister à une hystérie collective tellement les hurlements sont poussés à l'extrême. Et enfin se font entendre les premières notes d'une de leur musique. Je serais bien incapable de savoir de quel titre est-ce qu'il s'agit mais c'est loin d'être le cas de tout le monde ici. Les bras se lèvent automatiquement et lorsque les lumières se rallument les cris redoublent d'intensité.

Je lève alors la tête et je comprends mieux pourquoi Ju' a absolument voulu que je me mette ici… je suis pile en face de Tom. Et je le regarde sans aucun doute de la même façon que le reste des spectateurs. Il a l'air à fond dans son truc et arbore une moue très sérieuse qui, je dois dire, lui donne un air terriblement sexy ! Je ne connais que son côté barjo et le voir jouer de la guitare comme il le fait c'est... wouaw !

Dés que les cris retentissent de nouveau, c'est pour célébrer l'arriver Geog… puis la même chose se passe pour Bill, peut-être en pire pour ce dernier. Les gens autours de moi commencent à sauter en même temps que les percussions de Gustav et finalement, je décide de regarder le spectacle qui s'offre en face de moi. Tom a commencé à sourire, s'immergeant totalement dans sa passion et lorsqu'il lève la tête vers les premiers rangs, plusieurs jeunes filles sont évacuées.

Si c'est pas malheureux d'avoir attendu toute la journée pour en arriver à ce résultat !

Le groupe enchaîne les chansons les unes après les autres et j'ai un peu honte quand j'entends le public reprendre leurs refrains et connaître tous les textes par cœur. Et je comprends de moins en moins pourquoi il m'a choisi moi : il y en a tant d'autres qui auraient mieux fait l'affaire, qui aurait partagé cette vie là avec lui... mais je suis extirpée de mes pensées par une voisine plus que bruyante qui me hurle dans les oreilles :

- AAAAAaaaaa il me regarde ! TOMMMMMMMMMMMM ich liebe diiiiiiiiiiiiiiich !

Quoi ? Je lève immédiatement la tête pour vérifier les dires de cette connasse ; c'est vrai qu'il regarde dans notre direction mais de la à savoir avec exactitude qui en particulier... en tout cas, ma voisine est persuadée que c'est elle. Si ça peut lui faire plaisir ! Heu... qu'est-ce qu'elle me fait là ? Ah mais non, je ne suis pas d'accord du tout : cette folle furieuse vient de balancer son tee-shirt sur scène et elle se retrouve en soutien gorge pile sous le nez de mon copain. Et le pire, c'est qu'elle est beaucoup plus avantagée que moi à ce niveau là.

Ni une, ni deux, mon talon s'écrase violemment sur sa basket... l'avantage avec tout ce bruit et toute cette foule, c'est qu'on n'entend personne crier et que n'importe qui peut être poussé par inadvertance. Lorsqu'elle se plie en deux sous la douleur de mon premier effet kiss-cool, j'en profite pour la bousculer légèrement. Sur un pied, on perd vite l'équilibre dans cette marée humaine, quel dommage... et je ne peux empêcher un petit sourire malveillant de naître lorsqu'elle se fait sortir de la fosse par des gens de la sécurité parce qu'elle s'est faite piétinée.

Ça, c'est fait ! Il faudra que je pense à aller me confesser plus tard.

Le reste du concert se passe le mieux du monde, c'est vrai que je ne suis pas particulièrement à l'aise au milieu de toute cette foule mais je fais un peu abstraction pour me concentrer sur le show qu'offre les garçons sur scène. Ils ont, tous les quatre, l'air si différent des personnes que j'ai rencontrées jeudi midi... J'ai bien vu les vidéos sur Internet mais c'est beaucoup plus impressionnant en vrai, surtout Bill en fait. Il est bien sur très excentrique dans la vie et débordant d'énergie, mais de le voir si charismatique… c'est limite choquant !

Et finalement, ce qui devait arriver, arriva : La fin du concert fut annoncée. La dernière chanson a été reprise par tout le monde et les garçons ont vraiment donné jusqu'à la dernière seconde. Bill est le premier à quitter la scène pendant que Gustav balance ces baguettes dans le public et que Georg fait de même avec des bouteilles d'eau. Je bouge la tête dans tous les sens pour voir ce que fabrique Tom... il se trouve du côté où est partie son frère mais revient vers nous en frappant dans toutes les mains tendues. Il a l'air de scruter la foule et toutes les filles hurlent sur son passage en espérant un sourire ou même un signe de sa part. Je dois bien admettre que ça me fait halluciner... se sont avant tout des jeunes comme nous et j'ai vraiment du mal à concevoir qu'on puisse se mettre dans un état pareil, du coup je regarde les gens autours de moi d'un oeil un peu critique.

Mais comme d'habitude, Julie n'en fait qu'à sa tête et me prend les bras pour les lever en même temps que tout le monde. Tom se rapproche mais au fur et à mesure qu'il arrive, j'ai l'impression de le voir ralentir. Et effectivement, il s'accroupit en arrivant à mon niveau. Je me fais ballotter dans tous les sens tellement les gens se compriment les uns aux autres et une boule de panique commence à obstruer ma gorge. Je ferme les yeux automatiquement dans une faible tentative de défense et essaye de respirer normalement. Je sens alors que l'on dépose un objet dans ma main et qu'on prend bien soin de la refermer. Je lève doucement une paupière et accroche immédiatement les yeux de Tom qui a toujours son petit sourire en coin. Il me lance un clin d'œil tout en repoussant délicatement ma main puis continue son chemin vers l'autre bout de la scène.

- Qu'est-ce qu'il t'a donné ? – Me hurle Julie dans les oreilles.

J'entrouvre un peu les doigts mais referme le poing immédiatement quand quelqu'un me rentre dedans par inadvertance. En fait, les gens commencent à partir doucement et tout le monde se fait bousculer. Je glisse le dit objet dans la poche de mon jean's de peur de le laisser tomber et commence à suivre le mouvement. Mais ma marche est de courte durée quand ma sangsue de copine s'agrippe à mon bras.

- Mais qu'est-ce que tu fous Sarah ?

Mais elle est conne ou quoi ? Ce n'est pas comme si ce n'était pas flagrant !

- Bah... je sors. Pourquoi ?

- Mais t'es conne ou quoi ?

Ah non, si elle se met à me voler mes répliques, on ne va pas s'en sortir !

- Comment on va retrouver les garçons si on part par là ?

Heu... je fais genre de réfléchir mais en fait j'en sais rien du tout. Elle me regarde avec un air blasé plaqué sur le visage et pose ses fesses sur le sol.

- On va attendre que ça se soit un peu vidé.

Bien... donc elle a une idée, et comme d'habitude je vais me retrouver à la suivre dans ses délires sans savoir de quoi il retourne. C'est ça la confiance ! Je me pose donc à ses côtés et farfouille dans ma poche. Je voudrais quand même bien savoir ce que Tom, au péril de ma propre vie, m'a donné.

J'écarte de nouveau mes doigts pour laisser apparaître un petit morceau de plastique noir et rouge de forme triangulaire : son médiator. Je le fais tourner entre mes doigts mais là où la surface devrait être lisse, je sens comme des petites imperfections. Je pose l'objet à plat au creux de ma main et un sourire, sûrement niais à souhait, fleurit sur mes lèvres.

- Qu'est-ce qui t'arrive pour avoir cet air la ? C'est ce qu'il t'a donné ? Montre ! – Demande-t-elle encore plus enthousiaste que moi.

Je lui tends l'objet sur lequel a été gravé avec je ne sais quoi un petit cœur. Ce n'est pas de la grande gravure, je dirais même que c'est un peu grossier mais c'est l'intention qui compte. Et puis c'est tellement en décalage avec l'image qu'il renvoie de lui... enfin bref, je trouve ça adorable !

- Et ben, tu lui as vraiment tapé dans l'œil !

Je reste encore quelques instants à jouer avec l'objet mais je me fais tirer de ma rêverie assez rapidement.

- Bon, quand t'auras fini de baver tu pourras peut-être m'accompagner.

Je me redresse et me rapproche d'elle tout en frottant mes fesses pour virer la poussière, mais quand je la vois se diriger vers Fred, l'espèce de colosse qui nous a accompagné tout à l'heure sur ordre de David, je perds un peu mes couleurs. Qu'est-ce qu'elle mijote encore ?

- Bonsoir. Est-ce que vous...

Elle n'a même pas le temps de finir sa phrase que le fameux Fred lui répond de façon relativement expéditive :

- Veuillez rentrer chez vous mesdemoiselles.

Puis il rajoute beaucoup plus bas en nous faisant signe d'approcher :

- Leur manager nous demande de faire barrage, il va falloir vous débrouiller autrement !

Comment ça « leur manager fait barrage » ? Il commence à me chatouiller méchamment celui-là, je ne vois vraiment pas pourquoi est-ce qu'il ferait ça d'ailleurs.

On s'éloigne toutes les deux bras dessus, bras dessous en jurant contre ses colosses qui ne font que leur travail et j'avoue apprécier le mordant du froid de novembre lorsque nous passons enfin les portes de sortie. Ça fait un bien fou après toute cette chaleur et je resserre automatiquement les pants de mon manteau.

- Alors, t'as trouvé ça comment ? Il faut que je te montre le concert de leur première tournée pour que tu puisses comparer, mais je t'assure que ça – dit-elle en montrant Bercy du doigt – c'étais vraiment extra. Mais par pitié ma grande, décoince-toi un peu la prochaine fois.

Je lève un sourcil en sa direction, avant de prendre ma voix la plus blasée.

- Parce que je n'étais pas complètement hystérique tu me trouves coincé ? C'est plutôt vous qui devriez vous calmer un peu... Franchement elles m'ont fait flipper les nanas !

- N'empêche que si je ne t'avais pas fait lever les bras, il n'aurait pas pu te donner son médiator !

Je la regarde sautiller partout, et je l'imagine être en train de revoir tout le concert dans sa tête. Elle se retourne pourtant d'un coup vers moi, arrêtant ses bonds de sauterelle et me demande inquiète :

- T'as aimé quand même ?

- C'est juste… génialissime. Bon, j'ai dû mettre les choses au point avec une nana plus assidue que les autres mais sinon, j'en garde un très bon souvenir.

- Qu'est-ce qu'elle a osé te faire cette groupie de merde ? – Demande une Julie passablement énervée.

Il faudrait vraiment qu'elle m'explique à quoi fait référence ce terme de « groupie » qui revient bien trop souvent dans sa bouche. Je tente de trouver les bons mots qui pourraient atténuer mon geste, mais je sens mon portable vibrer contre ma cuisse... bah tient, on n'aura même pas besoin de les appeler.

- Oui Tom ?

- Qu'est-ce que vous foutez, où est-ce que vous êtes passées ? On vous attend nous !

C'est qu'il parle fort, le bougre... et vite !

- OH, calme ta joie ! Qu'est-ce qui t'arrive, tu veux me ruiner un tympan ou quoi ?

- Heu... désolé puce. L'adrénaline qu'est pas encore descendue.

Je l'entends se racler la gorge avant de reprendre avec un ton plus zen mais franchement pas naturel :

- Alors, vous êtes où ?

- Bah, dehors. Et vous ?

J'ai l'impression qu'il retranscrit la conversation à quelqu'un qu'est avec lui, je suppose qu'il s'agit des garçons, puis il demande :

- Mais qu'est-ce que vous faites dehors !! Pourquoi vous n'êtes pas revenues ?

- Et bien vois avec ton cher manager, je suis sûre qu'il pourra t'expliquer.

J'entends des mots étouffer du genre « merde » ou encore « fais chier celui là » mais je ne sais pas trop vers quelle personne ils sont dirigés, puis Tom reprend enfin la conversation. Ça commence à devenir compliqué de le suivre.

- Rentrez comme tout à l'heure… on vous envoie quelqu'un.

On refait donc le chemin de cette après-midi et Ju' frappe de nouveau à la porte en attendant que ce « quelqu'un » apparaisse. La porte s'ouvre dans un grincement et c'est avec un charmant :

- On vous met dehors par la porte, vous rentrez par la fenêtre vous ! Allez, venez… je vous accompagne.

C'est avec soulagement qu'on retrouve notre Fred, il est super impressionnant à première vue mais finalement il se rapproche plutôt du gros nounours.

- Je ne sais pas ce que vous lui avez fait au David… mais apparemment il vous a dans le collimateur. C'est jamais très bon signe vous savez ?

J'échange un regard un peu chargé avec Julie… on suppose très bien d'où vient le problème toutes les deux.

Commence alors un jeu du chat et de la souris, apparemment il faut que le moins de personne possible ne nous voit... je pense plutôt que c'est Fred qui assure ses arrières et c'est très compréhensible. Il refuse de suivre les instructions de David, j'espère juste que ça ne lui retombera pas dessus.

- Bon les filles, c'est ici que je vous abandonne. Suivez mon conseil et méfiez-vous de Mr Jost, ce n'est pas dans ces habitudes de procéder ainsi ! Les garçons vous attendent... bonne soirée.

On le regarde s'éloigner avant de faire les pas nous séparant de la pièce qu'il nous a indiquée.

- Tu crois vraiment que le problème vient de moi ?

Ok, je ne suis pas le centre du monde, mais je pense que mes angoisses sont plus que justifiées.

- Bah au vue de ses réactions je dirais que c'est plutôt « Toi et Tom » qui pose problème... mais te dire pourquoi, j'en sais rien du tout.

La porte s'ouvre alors qu'il nous reste à peine deux mètres à parcourir, pour laisser apparaître un œil indiscret surmonté de mèches longues.

- Georg, on ne t'a jamais dit que la curiosité était un vilain défaut ? – Lance ma copine sans préambule.

- Oh ça va ! Toute façon je ne comprends pas le français. On entendait du bruit et on voulait juste savoir si c'était vous. Venez !

A peine la porte franchie que je me retrouve dans les bras de Tom, je ne pensais pas qu'il était si câlin mais personnellement ça ne me dérange pas. Nos lèvres se rencontrent automatiquement et nos langues se nouent d'elles-mêmes mais nous sommes vite interrompus par les autres.

- HEY !! Mais vous êtes insortables, c'est pas possible !

On se sépare à contre cœur puis Tom me repose par terre, dans l'élan je m'étais agripper à ses épaules et lui m'avait fait décoller en m'enserrant la taille. Mes joues se colorent doucement de rose. Je ne suis pas habituée à laisser libre court à mes envies devant tout le monde, et lui qui a bien vu ma petite gêne me murmure à l'oreille :

- Arrête de rougir... parce que t'es encore plus craquante comme ça.

Et ce n'est plus de rose mais de rouge que vire mon teint lorsque sa main se déplace doucement de mon dos pour me laisser une caresse aérienne sur les fesses. Je me mordille automatiquement la lèvre inférieure mais devant son regard plus qu'explicite, je fuie à toutes jambes vers ma Julie. J'ai l'impression de ressembler à un morceau de viande face à un animal sauvage... vais-je survivre ?

Je me cache immédiatement dans les bras de mon amie qui m'accueille le plus naturellement du monde. Je ne suis vraiment pas habituée à être la cible des garçons et surtout, je n'ai pas l'habitude de me sentir désirer par eux. J'ai bien sûr eu des petits amis avec qui c'est allé plus ou moins loin mais je n'ai jamais vu cette lueur que je vois dans ses yeux à lui. C'est dingue tout ce qu'il peut faire passer rien qu'à travers son regard.

- Arrête d'effrayer ma copine. Qu'est-ce que tu lui as dit encore ? – Lui demande-t-elle depuis l'extrémité opposée de la pièce.

Oh putain l'affiche... Julie je te déteste des fois. Les garçons se regardent entre eux avant d'éclater de rire, et en les voyant rigoler de la situation je me fais une promesse : Il est hors de question qu'il ne se passe quoi que se soit entre lui et moi ce soir !

- Bon ce n'est pas que vos histoires de cu… cœur ne m'intéressent pas mais j'ai besoin d'une bonne douche moi ! On décolle ? – Lance Gustav à l'assemblée.

- Y'a pas que toi beau blond... vu l'odeur de fauve qui règne dans cette pièce, je dirais que vous avez tous les quatre besoin d'une bonne douche !

Je vous présente la délicatesse réincarnée : Ma meilleure amie, Julie !

- Dis donc... tu crois que t'es mieux toi ? Je te rappelle que t'as passé presque trois heures dans une fosse pleine à craquer. Tu ne dois pas sentir meilleur que nous.

Bon... Bill/Julie, 1 partout, balle au centre.

- Donc nous sommes tous d'accord, tranche Georg. Vous rentrez avec nous les filles ?

- Bah je n'ai pas trop envie de laisser ma voiture ici toute la nuit. On ne peut pas vous suivre à distance ?

- Non, je suis d'accord avec lui, rajoute Bill. Vaut mieux que vous veniez avec nous, ça sera trop le bazar à l'hôtel sinon. En plus... David risquerait de faire encore des siennes. Si on le met devant le fait accomplis il ne pourra pas vous mettre dehors. Roh puis de toute façon tout est déjà réglé. En piste !

Les garçons récupèrent leurs sacs tout en enfilant les manteaux et nous voilà en marche vers la sortie de Bercy. Mais Julie ne peut retenir sa langue plus longtemps.

- Au fait... on peut savoir ce qu'il a contre nous votre manager ?

Le groupe ne fait même pas mine d'amorcer une réponse et continu sa marche comme si mon amie n'avait pas parlé. Je suis sûre qu'ils ont dû évoquer le sujet entre eux pendant qu'on n'était pas là et qu'ils font bloc. Quelle solidarité, c'est impressionnant ! Mais en attendant, nous on ne sait toujours rien.

Je lâche la main de Tom pour laisser les garçons devant et me met en retrait avec Ju' à l'arrière. Et son côté fofolle reprend le dessus... des fois je me dis qu'heureusement qu'ils ne comprennent pas le français, sinon ils ne la laisseraient jamais les approcher.

- Tu te rends compte qu'on va monter dans le van des Tokio Hotel !!

- C'est un van comme un autre... ça va pas m'empêcher de dormir ce soir tu sais !

- T'es vraiment trop terre-à-terre Sarah. Déride-toi un peu !

- Bah entre moi, trop terre-à-terre et toi, complètement folle... ça fait un bon équilibre.

Et on éclate de rire en même temps. On est complémentaire et c'est pour ça qu'on s'entend si bien.

- Les filles vous pouvez enfiler vos capuches ? – Nous demande Gus.

- Pourquoi, il pleut ?

Et cinq regards se tournent vers moi comme si je venais de sortir la connerie du siècle. Je suppose que ça n'a rien à voir avec le temps… je réfléchis un instant avant que la lumière ne s'éclaire : peut-être qu'il parle des fans non ?

C'est Bill qui rompt le silence en laissant échapper un petit rire tout en me tendant une paire de lunette de soleil.

- Tiens enfile ça, sauf si tu veux faire les gros titres de demain matin. – Il me rabat la capuche sur le visage puis rajoute de façon à ce que je sois la seule à entendre : – Je comprends pourquoi mon frère à craquer pour toi, vous allez très bien ensemble.

Et bien je suis contente de l'apprendre, parce que moi je ne sais pas du tout pourquoi il craque pour moi… Attendez une seconde, il a bien dit qu'on allait bien ensemble ?

Gustav agit avec Julie de la même façon que Bill avec moi et on ne peut s'empêcher d'échanger un rire nerveux... nos visages sont complètement mangés par des lunettes noires haute couture et le peu qui restait de visible est caché par nos capuches. Ça parait sans doute drôle vue de l'extérieur, mais en vérité je suis plus que nerveuse. Je retire les lunettes d'une main toute tremblante et demande au brun toujours en face de moi :

- Heu... T'es sûr qu'on ne peut pas vous suivre en voiture ?

Il pince les lèvres pour retenir un nouveau ricanement, me saisit un poignet et me pousse dans les bras de son jumeau qui me repose les lunettes directement sur le nez.

- T'inquiètes pas, ça ne va durer que quelques secondes.

Il me fait un bisou esquimau avant de me serrer quelques secondes dans ses bras. Puis je l'entends murmurer :

- Tu vas voir, tu vas adorer !

- Bien, tout le monde est là ?

Je lève un peu la tête que j'avais cachée dans l'épaule de Tom et me retrouve pratiquement nez à nez avec Ian... leur conducteur. Il a l'air ultra détendu, très différent du jour où je lui ai rentré dedans.

- Donc, on va faire rentrer les demoiselles d'abord. Elles seront moins exposées et ça vous laissera le temps de dire bonjour aux fans. Ça va à tout le monde ? Alors c'est parti.

Ju' et moi nous agrippons par la main pendant que deux gardiens nous encadrent. J'échange un regard avec celui qui se trouve de mon côté et il me lance avec un petit sourire :

- Je m'appelle Stan, ne vous inquiétez pas ça va bien se passer.

Ça se voit tant que ça que je ne suis pas à l'aise ? Et c'est sans vraiment nous demander notre avis que lui et son copain nous prennent chacun un bras et ouvrent les portes. Nous sommes alors assaillies de hurlements et de flashs, j'ai l'impression de me retrouver au concert mais puissance dix pour les décibels et la compression. J'arrête immédiatement de marcher, irrémédiablement tétanisée face au spectacle.

- C'est pas le moment de faire la touriste mademoiselle ! – Me hurle le garde du corps.

Je me fais alors tirer en avant par Julie alors que Stan essaye tant bien que mal de me faire avancer mais je reste complètement statique. Des bras se tendent vers moi en essayant de faire tomber ma capuche où de m'arracher les lunettes, c'est ce moment que la main de Julie choisit pour me lâcher. Voyant que mes pieds restent toujours collés au sol, Stan réagit au quart de tour en me soulevant et en jouant des coudes pour atteindre le véhicule et me balancer dedans. Les portes se referment en un claquement et ma copine me saute dessus pour me secouer dans tous les sens.

- Mais qu'est-ce que t'as foutu ? T'es complètement folle, tu veux te faire lapider ou quoi ?

Ma tension doit être en chute libre mais ça ne m'empêche pas de me dégager et de lui répondre sur le même ton :

- Si y'a une folle ici, ce n'est certainement pas moi. C'est quoi ces furieuses dehors ? Elles sont complètement malades ces gonzesses !

Mais notre conversation est interrompue par les portières qui s'ouvrent de nouveau. Rentrent alors Georg et Gustav suivis de près par les jumeaux.

- Vous leur avez déjà dit bonjour ? – S'étonne mon amie.

- Non mais t'es malade Ju' !! Tu crois vraiment qu'on a envie de mourir ? – Lui répond le bassiste.

Personnellement je me retourne vers Tom le regard un peu noir.

- Je vais adorer, hein ?

Il se tasse un peu dans son siège mais je sursaute violemment en m'accrochant à lui quand des mains commencent à frapper aux fenêtres et j'enserre ma tête en me demandant dans quel pays de fous est-ce que je suis tombée. Je sens alors ses doigts se poser dans ma nuque en faisant de petites pressions… c'est dingue ce que ça peut me détendre.

La camionnette commence à pouvoir rouler et les hordes de fans s'estompent… mais je ne suis pas soulagée pour autant.

- Ça va être le même bordel à votre hôtel ? Parce que sincèrement, si c'est ça, vous pouvez me déposer tout de suite ici !

Je ne veux pas jouer ma diva et faire chier mon monde mais là… je panique ! Je vois alors les regards que s'échangent les jumeaux, c'est très particulier. Aucun d'eux ne parle et pourtant j'ai l'impression d'assister à un échange de paroles. Apparemment Georg et Gustav sont habitués parce qu'au bout de quelques instants ce dernier demande :

- Alors, vous décidez quoi ?

- Bill a raison. Se sera plus calme à l'hôtel, y'aura des barrières et puis surtout moins de monde… normalement.

J'écarquille les yeux et demande à Tom :

- Comment ça : Bill à raison. J'ai pas l'impression de vous avoir entendu parler moi.

- T'inquiète, Sarah – me répond Georg – c'est toujours comme ça avec eux. Tu t'y feras !

Le reste du trajet s'est passé entre le silence reposant et les doigts de Tom toujours dans mon cou. Mais c'était simplement le calme qui précède la tempête.

- Puce, tu devrais remettre ta capuche et les merveilleuses lunettes de mon frère. On arrive.

J'en étais sûre que c'était trop beau pour être vrai mais j'étais tellement bien, peut-être m'étais-je simplement assoupie. Je regarde par la fenêtre espérant… je ne sais pas ce que j'espérais mais pas ça ! La même vision d'horreur qu'à Bercy me fait face… des mètres et des mètres de fans qui, forcément, hurlent à plein poumon. Ils ne savent donc faire que ça ?

Les portières s'ouvrent et on se fait embarquer, Ju' et moi par je ne sais qui. En fait je n'ai même pas le temps de voir et je m'en tape, du moment qu'on m'emmène loin de tout ça. Je ne suis pourtant pas au bout de mes surprises. En effet, je ne suis pas sourde au point de ne pas entendre les « Salopes !» et autres jolies petits noms qu'on nous balance… c'est charmant.

Mais lorsque j'entends un « pour qui tu te prends espèce de pute ! », y'a comme un déclic qui se fait dans mon cerveau. Je tire violemment sur mon bras pour que la personne qui m'escorte me lâche et me retourne vers la jolie jeune fille, belle et fraîche, qui a osé me parler comme ça.

- T'as un problème, pétasse ? Non parce que si tu veux on règle ça ici et maintenant !

Mais je n'ai pas le temps d'entendre sa réponse que je me fais déjà pousser à l'intérieur de l'hôtel.

- Bah dis donc… ça te transforme l'amour ! Je ne t'ai jamais vu autant remontée que ce soir – me dit Julie une fois mise à l'abri.

- C'est peut-être parce que je ne me suis jamais faite autant agressée et insultée de toute ma vie ?

- Si ça te tente, histoire de décompresser, tu peux toujours passer tes nerfs sur l'espèce de décolorée qui sert de standardiste. J'ai un vieux compte à régler avec eux.

Je regarde en direction de l'accueil et me demande comment une jeune femme tout ce qu'il y a de plus commune peut autant énerver mon amie. Et d'un coup, son après-midi chez son cousin me revient à l'esprit.

- Tu m'expliques un peu ce que t'as fabriqué quand t'étais censée voir ton cousin toi ? J'ai l'impression d'avoir raté pas mal de chose.

C'est donc mortes de rire que nous retrouvent les garçons. On s'est tranquillement installées sur les canapés pendant qu'ils jouaient à satisfaire toute la gente féminine de Paris qui s'était donnée rendez-vous devant leur hôtel. Comment ça jalouse ?

- Heu… on monte, vous venez ?

Pourquoi ont-ils l'art et la manière de poser des questions qui ne servent à rien ?

- Mais non Georg, elles vont dormir sur ce magnifique canapé pendant que nous on fera notre vie là-haut. – Répond ironiquement Tom à notre place.

On éclate tous de rire et nous dirigeons vers les ascenseurs, sans oublier au passage de faire un petit signe de la main à la personne de l'accueil. Je ne suis pas certaine qu'elle reconnaisse Julie sous son accoutrement mais bon, je suis sûre qu'au fond, ça lui fait un bien fou.

Dés que les portes de la cabine se referment sur notre groupe, je m'empresse de retirer ma capuche et de rendre les lunettes à Bill… j'ai l'impression d'étouffer la dessous. Tout le monde se détend et les conneries se mettent à fuser, mais l'ambiance qui commençait à prendre retombe comme un soufflet sortie du four dés que nous arrivons à l'étage et que les portent s'ouvrent sur un David franchement en pétard.

- Vous êtes vraiment des inconscients ! Qu'est-ce qu'elles font ici ?

Tom me prend alors la main et passe devant son manager sans même lui adresser un mot… je ne pense pas que ce genre d'attitude fasse grimper ma côte de popularité mais que voulez-vous ! Je jette un coup d'œil derrière pour voir que Georg, Ju' et Gustav nous suivent pendant que Bill fait, je suppose, le point avec David.

Je repose mon regard sur Tom et son attitude m'inquiète un peu. On ne peut pas dire qu'on se connaisse beaucoup, loin de là même, mais je sens qu'il est contrarié. Personne ne fait de commentaire et nous le suivons simplement jusqu'à ce qu'il se stoppe devant la chambre 315. Il ouvre la porte de quelques centimètres avant de la refermer brutalement et de se tourner vers Gustav.

- Je sais que celle de Bill est la plus grande mais la tienne est mieux rangée. Ça te dérange si on squatte ?

- Pas le moins du monde !

Il farfouille dans ses poches pour en ressortir sa clef magnétique et lance un joyeux « Suivez le guide » qui résonne un peu dans ce couloir vide. Sans le faire exprès, je grille alors le regard que Ju' pose sur lui, et je parierais tout ce que j'ai qu'elle est complètement croque de lui.

Une fois que tout le monde s'est engouffré dans la chambre du batteur, ma copine saute sur le lit dans sa position fétiche suivi de près par le propriétaire des lieux qui s'affale de tout son long à ses côtés. Georg préfère se refugier par terre, au dessus d'un oreiller bien moelleux alors que Tom s'installe sur le canapé. Je m'allonge alors de façon à poser ma tête sur ses cuisses et ses mains se perdent presque immédiatement dans mes cheveux… note pour plus tard : lui dire que j'adore ça.

Personne n'ouvre la bouche, chacun perdu dans son propre monde et les minutes passent tranquillement. Jusqu'à ce que Bill fasse une entrée fracassante en faisant sursauter tout le monde.

- Heu… désolé ! – S'excuse-t-il.

Ses yeux font ensuite le tour de la pièce puis il se dirige vers la chaise du bureau sur laquelle il s'installe, une jambe repliée sous ses fesses. Je redresse un peu la tête et l'impression que les jumeaux sont encore en train de se parler revient au galop... puis Tom hoche imperceptiblement la tête avant de demander à l'assemblée :

- Bon… et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?

Ça m'agace cette manie !! J'aimerais bien comprendre moi aussi ! En tout cas, il faut d'abord que je règle un autre problème. Alors je ne sais pas si je vais parler au nom de tous mais je me lance.

- Je ne sais pas vous, mais personnellement j'ai les crocs.

- Tu sais que tu me plais ? – Me répond Georg.

- HEY, j'étais là avant. – Lui rétorque Tom avant de baisser la tête vers moi et me dire : – Fais attention avec ce chevelu, je l'ai à l'œil. Mais j'avoue que tu es particulièrement sexy quand tu parles de bouffe… AÏE !

Un coussin vient d'atterrir directement dans sa tête et je camouffle un rire en voyant le regard que Ju' pose sur lui.

- Ça, c'est parce qu'elle touche ton point sensible ! Tu devrais regarder internet plus souvent… y'a des vidéos entières de toi en train de manger ! C'est à se demander où est-ce que tu caches tout ça. Maintenant, si tu avais l'obligeance de me renvoyer mon coussin s'il te plaît ?

- Sérieux ? Des vidéos entières… rien que sur ce sujet ? Je ne pensais pas que j'étais filmé tant que ça en train de bouffer.

- Tu es un véritable ventre sur patte, c'est pas nouveau. Et je suis d'accord avec Julie… Toi et Bill vous êtes des erreurs de la nature, moi si je mangeais comme vous j'aurai déjà pris vingt kilos !

- C'est pas beau d'être jaloux Gus. – lui répond le chanteur en le taquinant. – En attendant, pizza ça va à tout le monde ?

Un quart d'heure après, on toque à la porte mais chacun d'entre nous se regarde pour trouver le pigeon qui va devoir se lever pour ouvrir.

- Oh non, non, non, la dernière fois c'était déjà moi – réplique Bill au regard de son frère. – T'as qu'à y aller toi.

- Je peux pas, tu vois bien que je sers d'oreiller personnel à la demoiselle en ce moment. – Lui renvoi t-il en me montrant du doigt.

Je lance alors un regard brillant de détresse à Georg un peu plus loin, je n'ai vraiment pas envie de bouger maintenant.

- Bon laissez tomber ! On ne va pas le faire poiroter pendant dix minutes non plus, je me dévoue !

Aaaaah ma copine !! Elle est trop forte, je l'adore ! Elle se dirige dans le petit couloir et je l'entends ouvrir la porte.

- Oui c'est bien ici.

...

- Oh… merci.

- D'accord, merci et bonne soirée à vous aussi.

La porte se referme et dès que nous la voyons rentrer dans la pièce, notre état de légume comateux nous quitte instantanément. Tout le monde lui saute dessus afin de se partager les boîtes à pizzas au plus vite.

- C'est bon espèces de morfales ! Moi aussi j'ai faim alors laissez au moins ma pizza entière, par pitié !

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, l'intégralité du contenu des boîtes à disparue au fond du gouffre qu'étaient devenus nos estomacs et le calme revient dans la chambre.

- Au fait, je voudrais satisfaire ma curiosité – demande Tom. Pendant le concert… y'a une fille juste à côté de toi qui a dû se faire sortir. Tu sais pourquoi ?

Heu… oups !

- Pourquoi est-ce que tes joues rougissent ? – Me taquine Bill. Aurais-tu quelque chose à te reprocher ?

- Oh… heu… reprocher est un bien grand mot quand même. Disons que je l'ai peut-être un peu aidé.

- Qu'est-ce que t'as fait ? – Me demande Julie en plissant les yeux.

Sous l'insistance de tous, je partage mon terrible secret et à la fin de mon récit Tom est plié en deux de rire alors que Georg est en train d'essuyer ses yeux.

- Bon, plus de concert pour cette fille – annonce solennellement Bill.

- Tu m'étonnes, entre ça et devant l'hôtel tout à l'heure… elle va vite faire le trie.

- Comment ça « devant l'hôtel tout à l'heure » ?

Gustav… je te déteste. Non, je déteste le destin. Pourquoi a-t-il fallut que quelqu'un me voit ? Toute la chambre est pétée de rire après le récit de ma seconde saute d'humeur et moi je suis morte de honte.

- Je crois que Tom a vraiment une mauvaise influence sur toi. T'as jamais fait ça avant ! – S'exclame alors ma meilleure amie.

Oui, elle a raison. Ça ne me ressemble pas du tout… qu'est-ce qui m'arrive ?

- Dis-donc, range tes griffes sinon on va se retrouver sans fans ! – Me lance le chanteur du groupe avec un ton plus que taquin.

- On peut changer de sujet s'il vous plaît ? – Dis-je en suppliant tout le monde du regard.

Tom me dépose un léger baiser mais ses yeux sont rieurs à souhait et le petit sourire qu'il me lance me promet que je n'ai pas fini d'entendre parler de cette histoire.

- Et si on faisait un « boisson ou vérité » ?

On se retourne tous vers Gustav… lui non plus n'est pas dans son état normal ou quoi ?

- Me regardez pas comment ça… c'est sympa pour mieux se connaître !

Un silence de mort plane dans toute la chambre avant qu'on ne réponde tous d'une même voix :

- Ok !

Bon… je ne connais pas particulièrement cette variante du jeu mais il ne faut pas avoir 150 de Q.I. pour savoir de quoi ça retourne.

Chacun s'installe de façon à former un cercle pendant que Gus vide son mini-bar de toute boisson alcoolisée. Je me trouve au côté de Georg et Tom qui était parti se laver les mains s'assoie directement derrière moi de sorte que je me trouve entre ses jambes.

- Bien, qui commence ? – Demande Julie.

- Et bien la plus jeune d'entre nous, me charrie mon petit ami.

Héhéhé, j'adore remettre les mecs en place.

- Je suis peut-être la plus petite mais je suis loin d'être la plus jeune ici. D'ailleurs, si tout ce qu'on lit sur vous est vrai, il me semble que le plus jeune doit être Bill.

Et Toc ! Faut pas me chercher moi, et une fois la surprise passée Georg me demande mon âge.

- Ça fait déjà partie du jeu ? – Je demande d'humeur maligne avant de finalement répondre.

- QUOI ? T'as 20 ans ?? Ça veut dire que t'es plus vieille que moi… ça craint !

- Ça te pose vraiment un problème Tomy ? – Lui demande son jumeau en arquant son sourcil piercé, ce qui coupe court à ses lamentations.

J'ai l'impression de voir les rouages de son cerveau s'enclencher au dessus de sa tête avant qu'il ne balance tout en levant les épaules :

- En fait… Non ! J'en ai franchement rien à foutre. Allez, commence frangin !

Il m'a fait peur pendant un instant le con… personnellement je ne me suis jamais trop penchée sur le fait que j'étais plus vieille que lui mais j'avoue avoir retenue ma respiration un temps avant d'entendre sa réponse.

- Ok, alors hum… Sarah ! Vis-tu réellement dans une grotte ou est-ce que tu nous fais marcher depuis le début en prétendant ne pas nous connaître ?

Bon, forcément ça commence doucement. On ne va pas se mettre mal à l'aise tout de suite quand même.

- Ni l'un ni l'autre. Je suis une asociale pathologique pourvue d'un autoradio qui ne capte qu'une station de radio balançant de la chanson française à longueur de journée. Désolé de froisser votre égo, je rajoute en lançant un clin d'œil.

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Ça va bientôt faire 20 minutes qu'on se pose des questions sans aucuns intérêts. Georg fini de nous raconter la mort de son poisson rouge alors que nous n'avons pas encore bu une seule goutte d'alcool. Après un rapide échange visuel avec Julie, je décide de prendre les choses en mains.

- Bon, je passe en mode curieuse, sinon à ce rythme là, ça ne deviendra jamais intéressant !

- Hey, tu permets ! C'est à moi de poser la question. Tu veux boire, et bien tu vas être servie. Que ressens-tu exactement pour notre guitariste préféré ?

J'aurais mieux fait de fermer ma gueule… encore une fois. Ça retombe toujours sur moi de toute façon ce genre de plan foireux. Je sens Tom se tendre légèrement dans mon dos mais je me saisis directement de mon verre afin de le vider d'une traite. Pas la peine de perdre du temps à tenter de construire une réponse que je refuserai de toute façon de dire à voix haute.

Tout le monde applaudit la première personne à descendre son verre mais je les attends au tournant, ça je peux vous l'assurer.

- Ok… Gus ! – L'intéressé tourne rapidement la tête vers moi. – Qu'est-ce que tu attends, bon sang de bonsoir, pour embrasser ma copine ici présente ?

Et un garçon qui boit, un ! Mais il demande à Bill à quand remonte réellement sa dernière histoire… Ils sont beaucoup trop gentils entre eux, c'est de la triche !

On enchaîne les questions foireuses pour que l'ambiance monte en même temps que les boissons ne descendent et je me retrouve bloquée en atteignant mon quota de verre avalé alors qu'il me faut répondre à une question de Georg. Pourquoi est-ce que je ne tiens pas l'alcool ?

- Qu'est-ce qui t'effraye le plus en ce moment ?

- Demain soir.

Je n'ai pas eu besoin de réfléchir beaucoup. La séparation m'effraye à un point que je ne pourrai décrire. Tom encercle alors ma taille et me dépose un nouveau baiser dans le cou… tout le monde à compris et personne ne demande de détail. Je me passe une main dans les cheveux histoire de me donner un peu de contenance mais je sens Tom resserrer encore son étreinte.

- Heu… bref ! Julie, est-ce que ce que tu m'as dit aujourd'hui, dans le couloir de Bercy alors que les garçons étaient interviewés est vrai ?

Je sais qu'elle me ment sur elle et Gus, y'a anguille sous roche et elle sait que je sais. Mes derniers doutes sont confirmés quand elle me regarde droit dans les yeux en bougeant négativement la tête. Les mecs tentent en vain de comprendre de quoi on parle mais c'est peine perdue.

L'ambiance se fait alors plus intime et on ose enfin des questions plus… disons déplacées. C'est comme ça qu'on apprend la position préférée de Georg, que Bill est grave en manque, Gus apparemment flash sur quelqu'un en ce moment et enfin que la réputation de Tom n'est pas surfaite, d'ailleurs c'est à lui de poser la question.

- Pourquoi Julie est aussi protectrice avec toi ? Même moi je ne suis pas comme ça avec mon jumeau !

Aïe ! Ça va casser le rythme si je réponds à ça, d'un autre côté j'ai plutôt intérêt à répondre si je n'ai pas envie de vomir ma pizza.

- Et bien… heu… parce qu'elle m'a vu il y a deux ans au plus bas après la mort de mon père et je suppose qu'elle veut absolument éviter de me revoir comme ça un jour.

Un ange passe interrompu par un « Oh la boulette ! » de Bill s'adressant à son frère, mais finalement c'est aussi bien qu'ils sachent non ? J'échange un sourire complice avec mon amie, simplement pour la remercier d'être la pour moi à n'importe quel moment. Et histoire de couper court au malaise qui a l'air de s'installer, je me tourne vers Bill.

- Alors ! Pourquoi est-ce que tu m'en voulais exactement ce matin ? Le coup du stress, j'ai rien dit, mais je suis certaine que c'était bidon.

Il commence à ouvrir la bouche mais il est vite bâillonné par la main de son frère et celui-ci lance précipitamment :

- Je peux boire à sa place ?

- Hey, c'est à moi qu'elle a posé la question ! Bois si tu veux mais ça ne m'empêchera pas de répondre – puis il se tourne vers moi. Je t'en voulais parce que pour une fois que mon frère s'attachait à une fille, il fallait qu'elle le fuie. C'est pas toi qui dois supporter ses sautes d'humeur et notre lien me faisait ressentir toute sa confusion… Ça m'a chauffé la tête. Mais il y avait quand même du stress. Je te présente encore mes excuses, je n'aurai pas dû te parler comme je l'ai fait.

- Qui sont encore acceptées. Ce n'est pas grave.

Sa réponse vaut toutes les excuses du monde… Alors comme ça il se serait un peu attaché à moi ?

- Au fait, blague à part – demande Julie. – On dort où ? Parce qu'il est hors de question que Sarah conduise ce soir avec ce qu'elle a picolé.

- Bah… Tom peut partager ma chambre, ce n'est pas comme si ce n'était jamais arrivé. Comme ça vous pourrez dormir toutes les deux. Et puis vous aurez le temps de vous reposer, on ne repart qu'en milieu d'après-midi.

- Ouai bah avant ça, je voudrais bien me laver. Si vous voulez bien m'excuser !

Tom m'embrasse rapidement la joue avant de sortir de la chambre de Gustav.

- Je crois qu'on va tous faire pareil. Vous n'avez qu'à rester là les filles, je suis le seul que vous ne risquiez pas de voir sortir tout nu de la salle de bain.

J'intercepte le regard désolé de Ju' avant de dire bonne nuit à tout le monde. Et une fois de nouveau seules, la conversation peut enfin commencer.