CHAPITRE 12

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POV Sarah

Six mois ont passés depuis ce merveilleux week-end et ce départ catastrophique. Comme convenue Julie m'a appelé le lendemain, toujours inquiète de m'avoir « abandonné ». Elle m'a conseillé d'aller sur Internet pour voir les vidéos des fans qui attendaient devant l'hôtel ce jour-là. J'y ai vu Bill et Gustav s'arrêter signer quelques autographes, même si l'envie n'avait pas l'air d'être là… alors qu'on distinguait Tom passer dans le hall, sortir de l'hôtel et monter dans leur bus sans un regard pour les gens qui l'appelaient de toutes parts.

Vous voulez savoir ce qu'il s'est passé ensuite ?

Je me suis simplement laisser mourir à petit feu... refusant la nourriture que me faisait ma mère, démissionnant de chez Mr Donavan et m'enfermant dans ma chambre à ressasser ces quelques jours où je m'étais sentie revivre. Tom m'a envoyé quelques mails, on s'est appelés aussi de temps en temps et puis, les nouvelles se sont espacées, de jour en jour puis de semaine en semaine.... nous sommes aujourd'hui le 28 avril et la dernière fois que j'ai entendu le son de sa voix, c'était pour les fêtes de fin d'année.

Je l'ai regardé faire sa vie de loin, j'ai suivi le groupe sur le Web, consulté les dates de concert, regardé les vidéos… et bien sûr, je n'ai manqué aucune premières pages où il apparaissait en compagnie de filles plus belles les unes que les autres. Elles sont généralement grandes, blondes et maquillées comme des baby dolls… c'est sûr qu'à côté de ces bombes, je ne faisais vraiment pas le poids pour le retenir.

Moi qui avais gardé de bons contacts avec Bill, j'ai aussi décidé de l'éloigner de ma vie. Je le considérais un peu comme le grand frère que je n'ai jamais eu (malgré le fait qu'il soit plus jeune que moi) et je pouvais lui parler de beaucoup de chose. D'ailleurs, il en faisait souvent de même, me racontant par de menu détails ses mésaventures de pauvre star adulée. Mais le fait que Tom soit son frère me ramenait toujours à mon mal être… il m'a soutenu du mieux qu'il a pu tant que je l'ai accepté, mais il avait sa propre vie à gérer.

Aujourd'hui ça va presque mieux. J'ai perdu huit kilos au cours de ces derniers mois, et j'ai réussi à en reprendre péniblement deux. Moi qui n'étais déjà pas épaisse, je suis obligée de rassurer tout le monde sur le fait que je ne suis pas devenue anorexique... en commençant par ma maman.

Elle m'a toujours soutenue. Je soupçonne Julie de lui avoir un peu parlé de notre week-end le soir où elle est rentrée, mais ce n'est pas plus mal... ça m'a évité de devoir le faire. Elle ne m'a jamais posé de question, se contentant de me serrer dans ses bras les jours où je pleurais, de me donner la becquer quand ça faisait trois jours que je n'avais rien avalé ou encore de me faire sortir dehors quand je passais des journées entières couchée dans mon lit. Et je dirais que cette période nous a rapprochées après le gouffre que j'avais creusé suite au décès de mon père.

Et puis maintenant, j'essaye tant bien que mal de regrossir un peu (ce qui est un comble pour une fille vous ne trouvez pas ?) mais la nourriture à vraiment du mal à passer. Je fais en sorte d'avaler le stricte nécessaire pour vivre normalement mais Julie bien sûr, culpabilise comme une folle à chaque fois qu'on se voit et c'est toujours la même rengaine :

- Si j'avais su, jamais je ne t'aurais poussé vers lui.

Ou encore :

- Je vais le tuer... si un jour je le revois, je le massacre !

Le pauvre Tom a bien du mouron à se faire… une Julie en colère, ce n'est jamais très beau à voir. En même temps, vu qu'ils ne se reverront jamais, qu'est-ce que ça peut bien me faire qu'elle le déteste.

Moi ? Pendant longtemps je n'ai pas réussi à lui en vouloir, persuadée que c'était la vie qui nous avait séparée… et puis ma peine s'est transformée en rancune, parce que c'est plus facile à évacuer. Surtout quand je le vois s'afficher avec tout ce qui porte une mini jupe… je pense que le message est assez clair. Et ma rancune s'est transformée en haine, insidieusement.

Et aujourd'hui… après toutes ces épreuves, après quatre mois de silence, j'ai la bonne (ou la mauvaise d'ailleurs) surprise de trouver un mail de Bill à mon intention. C'est la main toute tremblante que je clique dessus et ce que j'y lis ne me renvois qu'une seule pensée : Comment peut-il me demander ça ?

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De :

A : pikachu

Objet : Besoin d'aide

Message :

Chère Sarah,

Je m'en veux terriblement de ne pas avoir pris le temps de t'envoyer des nouvelles… en même temps, je n'ai pas l'impression que tu es cherchée à en avoir. Ce que je peux comprendre.

Ici, tout le monde va bien : Georg est fidèle à lui-même, il me semble que Gus a gardé contact avec Julie, Tom quand à lui… et bien c'est Tom et moi, je suis un peu fatigué. On vient de terminer plusieurs dates de concerts et je suis heureux de pouvoir retrouver mon chez moi et mes amis.

J'ai un service à te demander… si je me rappelle bien, tu as fais des études commerciales et tu parles plusieurs langues. Je voulais savoir si tu serais intéressée pour bosser avec Andreas sur notre site afin de mettre en place une réelle commercialisation de nos disques et autres produits en ligne.

Pour ça bien sûr, il te faudrait venir en Allemagne quelques temps… à nos frais bien entendu !!! On va pas non plus te demander de payer alors qu'on te demande un service !

J'attends ta réponse très rapidement. En plus, ça ferait plaisir à tout le monde de te revoir.

Tu me manques.

Ton frère, Bill.

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Est-ce qu'il se rend seulement compte de ce que ça peut me demander ce genre d'effort ? Bien sur que non. Il ne le sait pas parce que j'ai été assez maline pour ne jamais lui parler des conséquences de leur départ.

Mais… le revoir, après la traversée du désert que je viens de vivre, je ne sais pas si j'en aurais la force. D'un autre côté, moi qui cherchais un projet pour occuper mes journées… ça pourrais être vraiment intéressant comme expérience. Et puis… ça me ferait du bien de pouvoir lui mettre une paire de claque : juste pour me défouler un peu !

J'arrête de réfléchir puisque de toute façon, je prends toujours les mauvaises décisions quand c'est comme ça, et lui réponds les premiers mots qui me passent par la tête.

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De : pikachu

A :

Sujet : Re : Besoin d'aide

Coucou mon Billou !!

Ça m'a fait très plaisir de recevoir de tes nouvelles. Je suis contente pour vous que tout ce passe bien. En France vous cartonnez toujours autant (enfin ça… ta maison de disque à due te le dire).

Effectivement, j'avoue ne pas avoir cherché à prendre de tes nouvelles… et apparemment tu devines assez aisément pourquoi. De toute façons, tu le verras par toi-même quand je débarquerai dans votre beau pays !

Oui oui, tu lis bien. J'accepte ton projet… j'ai hâte de m'y mettre d'ailleurs.

Tiens-moi au courant pour les détails.

Gros bisous.

Sarah !

PS : Tu me manques aussi

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Est-ce que j'ai pris la bonne décision, je ne sais pas. Le temps nous le dira. Dans tous les cas, il faut maintenant que je prévienne ma mère… je ne peux pas la mettre devant le fait accomplie non plus !

- Maman, t'es où ? – J'hurle à peine après avoir ouvert la porte de ma chambre.

- Dans la cuisine chérie !

Je traverse toute la maison et la trouve en train de faire un gâteau au chocolat… mon péché mignon. Quand je vous dis qu'elle fait tout pour me rendre heureuse !

- Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu m'as l'air bien enjoué !

- J'ai un projet.

Elle pose cuillère et bol et me regarde l'air effaré. Depuis combien de temps ne m'a-t-elle pas entendu prononcer de mot concernant le futur ?

- C'est génial. Tu m'en parles un peu ?

Je lui expose le peu d'informations que j'ai et à la fin de mon petit discours, je la vois froncer les sourcils.

- Ces gens, là… ce n'est pas à cause d'eux que tu te retrouves à mettre une taille 36 ?

Aïe, je crois qu'elle en veut encore plus à Tom que Julie et moi réunies. Va falloir négocier... ou mentir.

- Pas spécialement non. Et puis, c'est de l'histoire ancienne tout ça. Aujourd'hui tout va bien. Et j'ai vraiment envie de bosser là-dessus. Ça va être super et c'est une occasion qui ne se représentera très certainement jamais.

- De toute façon ta décision est prise. Et puis… ça te fera sans doute du bien de prendre l'air.

En à peine trois jours, tout était réglé. Je me retrouve donc à l'aéroport en train d'attendre l'embarquement… plus l'échéance approche et plus j'angoisse de le revoir. Je sais que ce qu'on a vécu ne se repassera jamais, mais j'ai peur qu'il n'arrive à me blesser… encore.

Je sais qu'il en a le pouvoir, parce que je sais que je ne suis pas guérie de lui. Je lui voue peut-être une haine sans limite mais… la haine est une des nombreuses formes que la passion peut prendre.

Ma mère m'a fait mille recommandations pendant le trajet de la maison jusqu'au terminal et je suis presque soulagée qu'elle ait décidée de me laisser à la dépose minute. Je ne sais pas encore quand est-ce que je reviendrai. Le projet peut prendre quelques jours, je dirai a première vue une petite dizaine tout au plus mais bon, ça fait bizarre de partir comme ça. C'est un peu soudain mais c'est ce qui me plaît.

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POV Tom : 6 mois plus tôt

Tooooooommmmm, Toommmmmmmmmm…

Je n'entends pas les cris des gens, je me suis muré dans une souffrance telle que je ne pensais jamais ressentir. Je traverse le hall de cet hôtel maudit à toutes jambes laissant le soin à mon frère et aux autres de satisfaire les fans venus en masse pour nous dire au revoir. Je n'ai vraiment pas le cœur à faire semblant d'être heureux de ma vie pour le moment.

Sarah s'écroulant sur le sol est une image que je n'aurais jamais voulu voir, parce qu'elle va me hanter jour et nuit, parce qu'elle me broie déjà le cœur. J'aurais tellement voulu retourner la serrer dans mes bras une dernière fois, ne serait-ce que pour la rassurer, lui dire que tout irait bien, qu'on se reverrait bientôt… mais ce connard de David, toujours et encore lui… Ne peut-il pas simplement me foutre la paix ?

Trois putains de jours qu'il me prend la tête avec elle ! Du moment que le groupe n'en souffre pas, je pense pouvoir sortir avec qui je veux, et surtout gérer ma vie privée comme je l'entends !

Je grimpe les marches du bus, balance mon sac sur un siège quelconque et vais m'asseoir à l'autre bout… au calme. Par contre, j'ai gardé mes lunettes. Il est hors de question que les mecs me voient comme ça ! D'ailleurs en parlant d'eux, ils font enfin leur entrée dans le véhicule et Bill se dirige directement vers moi alors que Gus se place devant avec Georg. On n'a plus besoin de se parler entre nous quatre, chacun sait comment fonctionne l'autre et c'est très appréciable. Surtout dans des moments comme celui-ci où le moindre mot de travers risque de mettre le feu aux poudres.

- Comment ça va ? – Me demande mon frère.

- Très bien.

Mon ton est un peu cassant mais… pfff… je ne sais même pas comment décrire ce que je ressens en ce moment. Du mal… à l'état pur !

- Tu peux bien mentir à tout le monde, mais je te rappelle qu'on est jumeaux… je sais exactement ce que tu ressens en ce moment. Et « très bien » n'est pas franchement le terme que j'emploierais.

Putain ça y est. Il a tout gagné, je suis énervé !

- Et tu veux que je te réponde quoi putain ? Que j'ai mal à en crever ? Oui j'ai mal ! Ça te va, t'es content ?

- Tu souffres, comment veux-tu que je sois content de ça ! Mais tout garder en toi ne résoudra rien.

Le silence retombe, tendu, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais la présence de mon double me rassure quelque part, je sais qu'il ne me jugera jamais.

- Bon, je te laisse... mais si t'as besoin, tu sais que je suis là.

Et je sais aussi qu'il sera toujours présent pour moi. Mais je ne veux pas parler de ce que je ressens, je veux juste oublier... Pourquoi s'est-elle mise dans cet état ? C'est comme si elle était persuadée qu'on ne se reverrait jamais. Je ne comprends pas.

Le retour à la maison a été un peu délicat mais la joie de notre mère de nous revoir était telle que j'en ai un peu oublié ma peine. Je soupçonne Bill de savoir plus de chose qu'il n'en dit sur ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Je les ai bien vu parler tous les deux quand ils se disaient au revoir… et Bill ne m'a jamais rien caché. Je suppose que le moment venu, il m'en parlera de lui-même.

Vous vous demander ce qu'il s'est passé après notre retour ?

Sarah me manquait tous les jours, et ma première pensée chaque matin était pour elle. J'avais hâte d'entendre sa voix au téléphone, j'étais pressé de lire ses mails et plus que tout... il fallait que je la revois, dés que possible. C'était mon leitmotiv pour tenir chaque jour qu'on m'imposait loin d'elle.

Et puis les jours et les mois se sont succédés, les festivals et la promo aussi, et on a commencé mine de rien à trouver différents textes et musiques pour notre troisième album. L'inspiration de Bill est inépuisable et les mecs et moi travaillons sans relâche pour trouver les notes qui accompagneront le mieux ses mots. Les jours où j'avais des nouvelles de Sarah sont devenus du coup plus rares et je n'avais pas une minute à moi pour faire mieux. J'ai quand même trouvé un peu de temps pour lui fêter de bonnes fêtes de fin d'année mais depuis... c'est le silence radio.

Ma première pensée du jour est toujours pour elle… en espérant qu'elle est refaite sa vie en me gardant toujours une place dans sa tête. Si je la revois avec un mec, je pense que je serai obligé de le tuer mais en attendant, je ne peux pas l'interner dans un couvent. Et je ne peux pas lui demander de se contenter de la maigre présence que j'ai à offrir

J'ai alors trouvé un moyen d'exorciser tout ça… un peu du moins. Je suis toujours le premier lecteur des textes de mon frère mais une fois n'est pas coutume, aujourd'hui c'est moi qui lui fait lire ce que j'ai écris.

L'histoire d'une fille au regard émeraude et d'un amour impossible qui se termine dans la souffrance… c'est pourtant pas mon style de parler d'amour mais de cracher tout ce que j'avais sur le cœur m'a fait un bien fou. Je le regarde nerveusement alors qu'il parcourt le document et lorsqu'il termine, il me lance un regard comme j'en ai rarement vu chez lui : un mélange de tristesse, de résignation et aussi... de soutient.

- Alors ça y est, tu l'as oubliée ?

- Arrête de dire des conneries… je peux pas faire ça. Je sais simplement je ne la reverrai pas.

Je le vois fouiller son portefeuille pour en ressortir une enveloppe abîmée qu'il regarde quelques instants avant de me la tendre.

- Elle m'a demandé de te donner ça quand tu t'en rendrais comptes.

Quand je m'en rendrais compte... qu'est-ce que ça veut dire ?

- Tu savais ? Tu savais déjà que ça se passerait comme ça ?

- Je pensais… non, j'espérais que les choses tourneraient différemment. En fait c'est elle qui m'en a parlé ce fameux jour à l'hôtel, apparemment elle t'avait mieux cerné que ce que je ne pensais. Et ne fait pas le surpris, tu n'as pas fait grand-chose pour que ça se termine autrement.

Non mais dites-moi que je rêve et qu'il n'est surtout pas en train de me faire la morale !

- Tu crois peut-être que ça m'amuse tout ça ?

- Si tu avais vraiment voulu la revoir, tu aurais pris le premier avion à destination de Paris… tu n'aurais pas attendu de pondre ce texte. Lis ce qu'elle t'a marqué… je ne me suis pas permis de regarder, tout ce que je sais c'est qu'elle pensait qu'ainsi, tu ne l'oublierais pas.

Bill me laisse seul dans ma chambre et referme la porte derrière lui. J'ouvre doucement ce courrier, comme s'il allait de désintégrer si j'allais trop vite et souris avec nostalgie en découvrant l'en-tête de l'hôtel où nous avons séjourné ces jours-là, puis je lis ses mots… qui mettent un nom sur tout ce qui s'est passé, sur tout ce que j'ai pu ressentir… des mots qui font mal, très mal... trop mal. Je laisse le papier s'écraser sur le sol et sort de ma chambre rapidement… de l'air, j'ai besoin d'air !

Sur ce courrier n'apparaissent que trois mots : je t'aimais.

Depuis ce jour, je n'ai fait que chercher à l'oublier d'avantage… me plongeant dans des histoires sans lendemain ce qui n'est pas nouveau, mais ne cherchant que son opposé dans les filles que je pouvais croiser. Je refuse de regarder une femme qui pourrait avoir ne serait-ce qu'une seule de ses caractéristiques. L'avantage c'est que les blondes sont plus répandues que les brunes en Allemagne.

Ça va faire des mois que je n'ai plus de nouvelles d'elle… et j'avoue que c'est un peu de ma faute. J'ai surmonté son absence et j'ai finalement repris mon existence là où je l'avais mise entre parenthèse depuis Paris. Je ne l'ai pas oublié, disons juste que je pense à elle comme à un doux souvenir… avec tendresse. Je vois bien les regards réprobateurs de mon frère quand j'embarque n'importe quelle fille à nos différentes apparitions, oh bien sûr il ne se permettra aucune remarque mais ses yeux ont toujours étaient une fenêtre ouverte sur son âme… en tout cas pour moi.

- Bien, tout le monde est là ?

Je refais surface et… ah oui : la réunion ! Mon meilleur ami commence à nous parler d'un de ses projets pour notre site « officiel », apparemment sa nouvelle lubie est de mettre en place des articles directement disponibles sur notre site et de le faire en partenariat avec les forums officiels d'autres pays… pourquoi pas.

- Mais pour ce coup-là les gars, je vais avoir besoin d'aide ! Je ne pourrais pas tout gérer tout seul. Surtout que niveau langue vivante... je dois à peu prés avoir le même niveau que vous, qui s'approche dangereusement du niveau zéro.

On proteste tous vivement pour la forme... mais c'est vrai que là-dessus, vaut mieux qu'on s'écrase.

- T'as pensé à Anke ? – Demande Gustav.

- Ah non, pitié ! Je l'appellerai si j'ai besoin d'une catastrophe, pas avant !

Ouai, il n'a pas tord… c'est une vraie miss gaffe. On se regarde tous dans le blanc des yeux, cherchant la personne adéquat mais en même temps, des gens de confiance ayant les qualités nécessaires au projet : on n'en connaît pas tant que ça.

- Moi je connais quelqu'un qui pourrait nous aider. – Lâche alors Bill l'air de rien.

- Ah bon ? Qui ça ? – J'avoue que ma curiosité est piquée au vif.

- Pose pas de question, je te dis que je connais quelqu'un c'est tout !

- Mais nous aussi on la connaît cette personne, au moins ?

C'est une très bonne question mon petit Georg… je connais mon frère et je sais qu'il manigance quelque chose. Perfectionniste comme il est, il ne prendra certainement pas quelqu'un au hasard.

- Oui, rassurez-vous. Cette personne est toute désignée et je suis certain qu'Andreas va l'adorer.

Nous voilà donc le 2 mai, c'est aujourd'hui que la perle que nous a promise Bill est censée arriver, d'on ne sait où d'ailleurs. Il n'a filtré aucune information et ça fait un mois que ça dure… j'ai les nerfs qui vont lâcher !!

- Bon, j'y vais ! – Me hurle mon double en bas de l'escalier. A toute !

C'est ça, c'est ça ! Casse-toi et ramène nous cet homme invisible, j'ai eu beau me creuser la tête en long, en large et en travers, je n'ai pas réussi à savoir de qui il parlait. De toute façon, je m'en fous… dans deux heures maximum, je saurai enfin qui est cette personne mystère !

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POV Sarah

Le trajet en avion s'est bien passé, ça faisait longtemps que je n'avais pas pris ce moyen de transport et je trouve ça toujours aussi marrant. J'étais à côté d'une étudiante fort sympathique, du coup on a pu parler un peu et le voyage a eu l'air plus court. Bien sûr, je ne lui ai pas donné le vrai motif de mon voyage… pas folle la guêpe !

Le temps de récupérer un chariot et mes quelques bagages que je sors déjà de la zone réservée aux voyageurs. Je regarde autours de moi à la recherche d'une tête connue, ou d'un signe quelconque. Bill m'a bien dit qu'il viendrait me chercher mais heu… je ne vois personne. En même temps, je ne pense pas qu'il se serait pointé au milieu du hall avec une pancarte : le pauvre ne serait déjà plus de ce monde !

Je pousse mon chariot un peu à l'écart des gens et rallume mon portable pour l'appeler, mais j'ai déjà un message de sa part : « je t'attends dehors, ma mère a une voiture bleu et je suis garé juste devant. ».

Il conduit lui ? Je n'ai pas envie d'avoir un accident tout de suite quand même. Mais le point positif, c'est que je ne vais pas attendre deux heures ! Je me dirige donc vers la sortie, fait un tour d'horizon et repère deux voitures bleues... je fais quoi maintenant ? Je passe devant la première, me baisse au niveau de la fenêtre côté passager et me retrouve pratiquement nez à nez avec une petite mamie qui mange une pomme... rien à voir avec la crinière brune que je recherche. Elle me jette un regard de dédain en me faisant signe de m'éloigner... qu'est-ce qu'elle croit, que je vais la regarder manger ?

Je pousse de nouveau mon chariot en grognant un peu et m'approche du second véhicule. Je recommence le même numéro que tout à l'heure et un jeune homme, casquette visée sur la tête et lunette de soleil que je reconnaîtrais facilement se trouve derrière le volant. Je frappe au carreau pour signaler ma présence et le sourire qu'il me lance me renvoi six mois en arrière. C'est dingue comme ils sont attachants ces gars-là quand même.

Il descend du véhicule immédiatement, en fait le tour et me prend dans ses bras comme si j'étais la huitième merveille du monde.

- C'est bon de te revoir. Ton vol s'est bien passé ? – S'enquit-il.

- Tu m'as manqué aussi et le vol… c'était parfait. Merci pour le billet au fait.

Il balaye ma remarque de la main et me demande comment je vais tout en mettant mes bagages dans le coffre.

- Et bien... je suis super angoissée mais ça va, comme d'hab quoi !

Je l'entends ricaner, j'ai l'impression que rien n'a vraiment changé... et pourtant !

- Au fait, super ta coupe ! – Me lance-t-il à brûle pour poing.

Je me passe la main dans les cheveux en murmurant un petit merci, je ne vous avais pas dit : je me suis laissée pousser les cheveux. Ils sont coupés très dégradé avec une longueur qui arrive mi-dos, mes mèches rouges ont été remplacées par quelques pointes rouge vif et je me suis fait une frange bien droite.

Il s'installe de nouveau derrière le volant et nous voici en route vers... on va où au fait ?

- Alors, c'est quoi le programme ?

- Tu viens à la maison. – Lance-t-il le plus naturellement du monde.

Ah, d'accord... que, QUOI ?!

- Comment ça « à la maison » ? Comme « à la maison », chez vous ? – Je lui demande à la limite de l'hystérie.

- Bah oui... j'ai pas d'autres maisons en même temps. Et puis j'allais pas t'abandonner dans un hôtel, toute seule, alors qu'on ne sait même pas combien de temps tu vas rester.

- Mais heu... et tes parents ? Je ne veux pas déranger.

- Oh ils sont au courant, c'est même l'idée de ma mère. Par contre...

Il ne fini pas sa phrase, j'ai comme l'impression qu'il cherche ses mots et ça m'inquiète... Non, il n'aurait pas fait ça ?

- Il ne sait pas que je viens, c'est ça ? – J'énonce plus une vérité que je connais qu'une réelle question dont j'aurais besoin d'une réponse.

- J'ai voulu lui en parler un nombre incalculable de fois, mais je n'ai jamais trouvé le bon moment pour le lui dire.

Le fait de parler de lui me fait un peu divaguer dans mes souvenirs... ses mains... sa bouche... ses caresses... son adieu.

- Tu sais, je voulais te remercier. J'imagine ce que ça peut te coûter de venir ici.

- Tu n'as même pas idée. Je... heu... il a une copine en ce moment ?

J'ai dû toucher une corde sensible parce qu'il a l'air vraiment gêné.

- Sincèrement, je n'ai pas envie d'évoquer ce sujet là avec toi. Je devine ce que tu as traversé.

- Comment pourrais-tu le savoir ? – Lui dis-je de façon amère.

- Je ne suis pas aveugle. Tu es trop maigre et tu n'as plus cette petite étincelle de naïveté au fond des yeux. En plus… tu n'as pas encore lâché un seul vrai sourire alors que tu souries tout le temps dans mes souvenirs. T'as dû morfler, c'est certain et… j'en suis vraiment désolé.

- Ne le sois pas, tu n'y es pour rien et puis… c'est du passé tout ça.

Je ne sais pas si j'arrive à le convaincre, mais le sujet a été clos. On préfère évoquer les derniers potins du groupe, il me demande des nouvelles de Julie alors que moi je me renseigne sur Georg et Gustav. Il me confie qu'ils ont bien avancé sur leur prochain album et qu'ils ont un concert en acoustique de prévus dans je ne sais quelle ville de province d'ici quelques jours. Et puis il me parle de son meilleur ami, le fameux Andreas. Ça a l'air d'être un cas encore celui-là.

Mais lorsqu'il stoppe le véhicule devant une maison d'une banalité à pleurer, mes angoisses ressurgissent au galop, balayant toute la bonne humeur qui avait pu naître dans cette voiture. Ce qui doit se sentir parce qu'il se retourne vers moi l'air inquiet.

- Hey, ça va aller ?

- Il faudra bien… et puis si les hostilités sont trop fortes, il reste toujours la solution de l'hôtel.

Je mets mon sac en bandoulière pour sortir de la voiture et attendre que le brun ouvre le coffre afin de me saisir d'une valise pendant que lui prend la seconde. On parcourt les quelques mètres de l'allée avant qu'il ne donne un tour de clé à la porte d'entrée et on se retrouve immédiatement dans le vestibule. Je souris devant une photo de classe des jumeaux en maternelle qui orne un meuble et entends Bill me rouspéter.

- Il est interdit de se moquer !

- Oh non… je n'oserai jamais. – J'arrive à peine à articuler tellement de pouffe de rire.

La télé à l'air d'être allumée mais sinon la maison parait plutôt calme.

- BILLOU ! Ça y est, t'es rentré ?

Je reconnaitrais cette voix n'importe où et apparemment, son propriétaire a élu domicile dans le salon. Comment est-il possible que mon corps entier réagisse encore comme ça juste au son de cette voix…

- Ouaip ! Je vais lui montrer sa chambre, j'arrive !

- Ah non !! Je voudrais bien savoir à quoi il ressemble.

Il ? Il me prend pour un mec… et ben, il va être surpris du voyage. J'entends des bruits de pas qui se rapprochent et je suis complètement tétanisée. Je passe mon regard de l'ouverture qui, je suppose, donne sur le salon à Bill… qui fait comme si tout était normal ce qui me stresse encore plus.

Que va-t-il penser en me voyant ici ? Que va-t-il croire ou imaginez…

Je vois d'abord une main qui se pose sur le chambrole de la porte, vite suivie du reste de son corps. Il arbore son éternel sourire en coin qu'il perd instantanément en croisant mon regard. Il n'a pas changé… toujours le même style de vêtements et ses éternelles dreads attachées dans le dos. Elles paraissent juste un peu plus longues qu'en novembre dernier.

Je le laisse m'examiner sous toutes les coutures, incapable de dire quoi que se soit, incapable de penser autre chose qu'au fait qu'il m'ait manqué. C'est tout et c'est le message que n'arrête pas de me lancer mon cœur. Mais ma haine contre lui est bien présente elle aussi, et mon cerveau me répète en boucle « Je le déteste ! », « Je le déteste ! », « Je le déteste ! ».

- Sarah…

Je lève alors une main pour le faire taire immédiatement. Je ne veux pas qu'il gâche tout par une de ses phrases maladroites, puis me tourne vers Bill.

- Tu peux me montrer où est-ce que je pose mes affaires s'il te plaît ?

Il me fait un signe de tête pour me montrer l'escalier et nous voila partis dans les entrailles de la maison. Il m'indique la porte de la salle de bain, celle de sa chambre, puis s'arrête devant une autre.

- Celle-là c'est la tienne. Celle de Tom est juste à côté. Je te laisse t'installer, descends dés que tu te sens prête.

Il dépose ma grosse valise sur un lit deux places, puis ferme la porte derrière lui. Je fais donc connaissance avec a nouvelle chambre. Elle est plutôt grande, le lit occupe la place centrale alors qu'une armoire est posée sur le mur de gauche et un bureau trône dans l'angle de droite.

Et là, toute seule, fatiguée de mon voyage et de mon trop plein d'émotions, je craque. J'enfouie mon visage dans un coussin pour étouffer mes sanglots et réalise que je n'arriverai pas à vivre sous le même toit que lui, c'est impossible. Le revoir est beaucoup plus douloureux que ce à quoi que je m'étais préparée.

Entre deux crises de larmes, je commence à installer mes affaires. Mes diverses fringues dans l'armoire vide, mon ordinateur portable sur le bureau avec une pile de CD à côté. Je tente aussi de faire tenir un certain nombre de photos en place : Ma Julie bien sûr… c'était à une soirée qu'on avait bien arrosée et on est toutes les deux bras dessus, bras dessous en train de brandir une bouteille de Tequila comme un trophée. La seconde se sont mes parents quand mon père était encore en bonne santé. La troisième c'est une, prise il y a six mois par je ne sais plus qui et on pose, les quatre garçons du groupe, Julie et moi dans la salle d'interview de Bercy. La dernière, c'est moi allongée sur un canapé avec la tête reposée sur les jambes de Tom alors qu'on s'échangeait un regard… je la contemple quelques secondes avant de la ranger dans mon cahier, je n'aurais même pas dû la prendre !

Et bien ça y, me voila installée, il ne me reste plus qu'à descendre… ce qui je crois va être la partie la plus dure. Le revoir c'était… étrange. J'ai nourri ma haine contre lui, c'est ce qui m'a fait tenir mais quand mes yeux ont croisé les siens, tout c'est envolé. Je ne me suis rappelée que de l'amour que je lui portais. Mais je me rappelle aussi toutes ces pétasses pendues à son bras… il va falloir que je sois forte !

J'ouvre la porte de ma chambre après avoir pris une bonne bouffée d'oxygène et commence mon chemin de croix.

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POV Tom

J'accueille le bruit familier de la porte d'entrée qui se referme avec un plaisir non dissimulé : le mystère va enfin se lever. J'entends vaguement quelques paroles échangées mais entre la télé qui marche à fond et le fait qu'ils n'ont pas l'air de parler bien fort, je serais incapable de reconnaître les intonations de mon propre frère.

- BILLOU ! Ça y est, t'es rentré ? – Je hurle depuis mon fauteuil que j'ai la flemme de quitter.

- Ouaip ! Je vais lui montrer sa chambre, j'arrive !

Non mais il se fout de moi ou quoi ? Depuis le temps qu'il trame tout ça dans son dos, il ne va certainement pas s'en tirer à si bon compte.

- Ah non ! Je voudrais bien savoir à quoi il ressemble.

Je m'extirpe finalement de mon fauteuil dans lequel je m'étais avachi et me dirige vers l'entrée. J'ai hâte de découvrir en qui mon frère a tant confiance et ne peux empêcher un petit sourire sarcastique de naître sur mes lèvres… que je perds rapidement en voyant le nouvel arrivant.

La nouvelle arrivante plutôt.

Ce vert… je le reconnaitrais n'importe où. Et je ne peux empêcher mes yeux de la détailler, comme s'ils revoyaient un fantôme.

Elle porte des converses et un jean's qui lui tombe largement sur les hanches. J'étais pourtant certain qu'elle n'était pas si mince. Je remonte doucement sur son tee-shirt et fini par détailler son visage que j'avais gardé précieusement en mémoire. Les joues sont un peu plus creusées que dans mon souvenir, elle a manifestement changé de coupe de cheveux aussi, mais ce qui me frappe le plus c'est son regard. Je n'y trouve plus cette petite malice qui y brillait avant… Seigneur mais qu'est-ce-que je lui ai fait ?

Elle a l'air complètement apeurée et je me doute, la connaissant, qu'elle doit être morte d'inquiétude. Pourtant son attitude change légèrement. Mon cœur commence à battre un peu plus fort sous le coup de l'émotion. J'ai envie de lui parler et aussi besoin de lui expliquer.

- Sarah…

Elle me coupe, ses yeux se sont un peu durcis et c'est sans m'accorder un regard supplémentaire qu'elle demande à Bill de la conduire ailleurs. Loin de moi.

Pendant qu'ils montent, je me dirige tel un robot dans le salon, coupe la télé et me laisse envahir par le silence. Pourquoi est-elle venue ? Non. Pourquoi est-il allé la chercher elle… pourquoi elle ! J'entends des pas familiers rentrer dans la pièce puis la voix de son propriétaire.

- Tom, je…

- Espèce de traître !

Ces mots sont particulièrement durs à dire pour un jumeau et j'espère qu'ils sont encore plus difficiles à entendre, parce que j'ai besoin de le blesser… autant qu'il me blesse moi. Il n'aurait jamais dû me cacher une chose pareille.

- De toutes les personnes qu'on connaisse, tu vas me faire croire que c'est un pur hasard si tu l'as choisie elle ?

- C'est la seule qui sache parler anglais, allemand, français, espagnol et ayant fait des études de commerce que je connaisse dans notre entourage. Si toi tu vois quelqu'un d'autre remplir ces critères, ne te gêne pas, je suis tout ouïe !

Mais c'est qu'en plus il essaye de se trouver des excuses de connard !

- Oh arrête ! On aurait pu se débrouiller autrement. Et puis le problème n'est pas là. Tu aurais dû m'en parler, tu sais ce que j'ai vécu et tu n'avais pas le droit de faire ça derrière mon dos !

- Excuse-moi mais vu ton comportement des derniers mois, je pensais que tu avais fait une croix sur elle. Sortir avec toutes les filles blondes du pays n'est pas ce que j'appellerais une preuve de ton attachement pour sa personne.

Il a raison… je sais qu'il a raison. Mais je ne lui ai jamais parlé de ce que j'ai pu ressentir, il ne sait pas le calvaire que ça a été d'oublier cette douleur. D'oublier son absence aussi.

- Quand tu seras devenu un exemple à suivre concernant les histoires de cœur, je t'écouterai peut-être. Mais en attendant, t'es mignon, tu m'oublies sur ce sujet-là !

Je le vois plisser les yeux de colère, et suis fier de moi. Je sais où taper pour que ça fasse mal. Je suis sûr qu'il se contient car il est en partie fautif de notre dispute actuelle et finalement il me demande assez énervé :

- Bon, maintenant elle est là ! On fait quoi : Je la ramène tout de suite à l'aéroport ou tu pourras faire avec ?

- Ne pose pas de question dont tu ne veux pas entendre de réponse. Mais tu pourrais au moins reconnaître tes tords !

Ses traits se radoucissent alors avant qu'il ne reprenne :

- Tomy, je suis désolé… excuse-moi d'accord ? J'aurai dû t'en parler c'est vrai mais j'ai essayé je ne sais combien de fois… je te jure que j'ai essayé. Je ne savais pas comment te l'annoncer. Maintenant on fait la paix ou on continu à s'entre tuer ?

Voila. C'est tout ce que je voulais entendre. Au moins être sur qu'il était autant de mon côté que du sien à elle. Je voulais une nouvelle preuve qu'il serait toujours là pour moi et qu'il ne m'avait pas complètement trahit.

- T'es con ! Tu sais bien que je ne peux pas rester fâché contre toi.

Et d'un coup me reviennent en mémoire toutes ces fois où je l'ai vu hésiter à me parler pour finalement repartir comme si de rien n'était. J'aurais du être là pour lui aussi.

Finalement, le calme revient dans la pièce mais le plus gros problème reste à venir.

- Alors, tu comptes faire quoi pour elle ?

- J'en sais rien… elle a l'air tellement différente de la dernière fois que je l'ai vu. Y'a un truc qui cloche et je ne sais pas exactement ce que c'est. Et je ne te parle pas physiquement, c'est plus dans son attitude… je sais pas.

Trois petits coups sont frappés et c'est dans un bel ensemble que mon frère et moi tournons la tête. Elle a l'air tellement fragile…

Bill s'esquive dans la cuisine sous prétexte de ramener un truc à boire et me laisse seul avec elle au milieu du salon… le lâche ! Et sincèrement, je ne sais pas quoi lui dire. La voir là, chez moi, c'est tellement soudain ! J'aurai pourtant des millions choses à lui avouer mais tout reste bloqué au fond de ma gorge. Je la trouve toujours aussi jolie, malgré sa silhouette affinée mais je persiste dans le fait qu'il manque un truc.

Bon… autant crever l'abcès tout de suite, j'ouvre la bouche… et la referme immédiatement. Par quoi commencer ? Je ne me suis jamais senti intimidé devant personne, mais avec elle, je n'ai jamais su trouver les bons mots. On se fixe tous les deux… et je suis un peu troublé de la voir jouer avec son piercing, elle a au moins gardé ça de moi.

Ce manège aurait pu durer une éternité mais mon frère revient avec un plateau de boissons qu'il pose sur la table basse. Il nous retrouve dans l'exacte position dans laquelle il nous avait laissé et lâche un léger soupire de résignation. Il s'installe alors sur le canapé en tapotant la place à côté de lui à l'attention de Sarah.

- Vous n'allez pas rester planté au milieu du salon toute la journée quand même ?

Elle lève les yeux au ciel avant de s'asseoir à son tour sur la place que lui indiquait mon frère. Quant à moi, je reprends ma place sur le fauteuil. On se regarde tous dans le blanc des yeux avant que mon courage ne revienne, grâce à la présence de mon double.

- Alors, comment vas-tu ?

C'est sorti tout seul, comme si je revoyais une vieille connaissance mais au vue de l'orage qui brille dans ses yeux, j'ai l'impression que ce n'était pas la bonne question à poser.

- Très bien…

Je pousse intérieurement un petit soupir de soulagement, ça va peut-être se passer mieux que prévue.

- C'est la réponse que tu dois entendre, celle qui te permettra sans doute d'avoir meilleure conscience.

Elle a raison. Pendant une demi-seconde, j'ai eu l'impression d'avoir fait le bon choix. J'ai eu la satisfaction de la savoir heureuse ailleurs qu'avec moi. Une demi-seconde, c'est si court et si long à la fois.

- Ecoute Sarah, je suis…

- Ne me dit surtout pas que tu es désolé. Tu sais, j'ai eu mal… vraiment. Comme rarement ça m'est arrivé. Et tu veux savoir ce que je me disais ? Tous les jours je me félicitais de ne pas avoir fait l'amour avec toi ce soir-là et surtout je me disais qu'heureusement, je ne t'avais pas attendu, parce que je me rends compte du beau gâchis que ça aurait été.

Bon… ça c'est fait ! Je viens de m'en manger plein la tronche par la seule fille pour qui j'ai eu des sentiments. Et je dois dire qu'elle sait trouver les mots pour faire mal elle aussi.

Elle se lève finalement pour se tourner vers Bill qui ne sait manifestement pas quoi dire non plus.

- Désolée que tu aies assisté à ça Bill. Je monte et heu… pas la peine de me prévoir quoi que se soit pour dîner. Je descendrais me présenter à tes parents.

Elle disparaît dans le couloir et ce qu'elle vient de me balancer arrive enfin jusqu'à mon cerveau.

- Mais qu'est-ce qu'elle croit… que j'ai vécu un paradis sur Terre quand je suis rentré ou quoi ?

- Attend qu'elle se soit calmée mais… je pense sincèrement que vous devriez vous parler tous les deux.

Nous parler ? Pour dire quoi… il me semble au contraire que tout a été dit.

- Tu l'as bien entendu : elle ne m'a pas attendu. Et la lettre que tu m'as donnée était écrite au passé… tout ça c'est fini. Et il est hors de question que je revive toutes ces conneries une nouvelle fois, j'ai assez donné, ça suffit !

- Ok, mais vous allez réussir à cohabiter ensemble quand même ? Ou faut que je prévoie des plages horaires différentes pour les repas afin que vous ne vous croisiez pas ?

Ça pourrait en être risible si seulement ça ne me touchait pas autant.

- Si elle ne m'agresse pas comme ça à chaque fois que j'ouvre la bouche, je pense que ça devrait aller.

- A mon avis, si tu ne veux pas te faire envoyer bouler, évite simplement les sujets qui fâchent.