CHAPITRE 14
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POV Sarah
Bien… grande nouvelle ! Vu le bruit strident de mon réveil, je n'ai manifestement pas oublié de le mettre avant de tomber hier soir. Allez courage Sarah ! Une nouvelle journée t'attend.
Je m'extirpe de ma couette dans laquelle je me suis complètement emmêlée, et constate une fois m'être calmée, que je ne suis pas la seule debout étant donné les bruits que j'entends dans la pièce voisine. Ma trousse de toilette sous le bras, je sors de ma chambre en vue d'aller prendre une bonne douche qui finira sans doute de me réveiller et tombe nez à nez… avec Tom dans le couloir. Putain mais y'avais un boucan d'enfer dans sa chambre, c'est quoi ce délire encore ?
Il n'était pas censé se trouver là !
- Heu…
Je le vois me détailler des pieds à la tête, et je réalise seulement que je me trouve en short et débardeur de nuit. Instinctivement, je croise les bras devant ma poitrine en me protégeant naïvement derrière ma trousse, mais ça n'empêche pas que je me sente une parfaite idiote à me balader pratiquement nue devant lui. J'entends la porte de la chambre de Tom s'ouvrir pour en voir sortir Bill qui tient un tee-shirt entre les mains et qui s'exclame tout fière de lui
- Je l'ai !
Mais son intervention me fait retrouver ma langue en même temps que mes esprits !
- Mais c'est pas possible !! Jamais vous ne vous trouvez dans vos chambres respectives ? Je vais dans la chambre de Bill, j'y trouve Tom et quand je crois que Tom est dans la sienne, c'est Bill. J'en ai marre !
Et je les laisse en plan pour m'enfermer dans la salle de bain. Satanés jumeaux ! J'enlève mes vêtements pour les laisser en boule par terre et me glisse sous le jet d'eau brûlant. Je suis en train de me savonner rageusement les bras lorsque je suis interrompue par des petits coups donnés contre la porte.
- QUOI ? – J'hurle alors.
- Heu… Sarah, c'est Bill. T'en as pour longtemps ?
- POURQUOI ?
Ok… je crois que je suis vraiment sur les nerfs ! Faudrait peut-être que je pense à me calmer.
- Bah… j'avais pas fini en fait… et on est déjà un peu à la bourre.
- J'arrive dans deux minutes ok ? – Je lui réponds de façon, je l'espère, moins agressive.
Bon, deux minutes c'est sûrement un peu optimiste de ma part, en tout cas j'ai juste le temps de me rincer les cheveux et de m'envelopper dans une grosse serviette que je ressors de la salle de bain. Je passe la tête dans le couloir pour vérifier que cette fois, il est bien désert et cours vers ma chambre pour m'habiller. Quand j'en ressors fin prête, la porte de la salle de bain est toujours ouverte mais j'y vois Bill en train de se passer un trait de crayon noir. Je m'approche de lui et lui dit, toute penaude :
- Désolée pour l'accueil de ce matin.
Il suspend alors son geste pour me regarder et je ne peux empêcher un éclat de rire de franchir mes lèvres. Il a un œil maquillé et pas l'autre, ça fait très étrange, genre… dalmatien ! Il pose sa main sur le lavabo en s'appuyant sur une jambe tout en me regardant l'air blasé puis voyant que mon fou rire commence à passer, me lance :
- Quand t'auras fini de te moquer de moi, tu pourras peut-être parler un peu avec mon frère. Je crois que voir une demoiselle en petite tenue dés le matin n'est pas bon pour sa tension.
Il faudrait que l'on m'explique pourquoi est-ce que tout le monde veut absolument que je parle avec Tom… est-ce qu'on ne peut simplement pas me laisser tranquille ?
- Je m'en tape, ce n'est pas mon problème. Vous n'avez qu'à pas vous balader de chambre en chambre. Moi j'étais persuadée qu'il était dans la sienne, crois-moi bien que de me retrouver si peu vêtue devant lui était la dernière de mes intentions. Sur ce, je file… Andreas veut me montrer plein de trucs aujourd'hui.
Je le laisse à sa toilette mais avant que je ne dévale l'escalier, il passe la tête par la porte et me demande :
- Tu passeras au studio tout à l'heure ? Ça fera super plaisir à Gus et Georg de te voir. T'auras qu'à demander à Andreas, il sait où c'est. Amuse-toi bien !
Je lui fais un petit geste de la main pour lui dire au revoir et descends l'escalier à la recherche de mes baskets dans l'entrée. J'attache les lacets vite fait et vais dans le salon pour mettre la main sur ma veste, que j'aperçois sur le dossier d'une chaise. Je l'enfile sans perdre une seconde, et me tends en sentant une autre présence dans la pièce.
- Salut.
Je me retourne et vois Tom, appuyé sur le bar de la cuisine américaine en train de me regarder. Je lui fais un rapide geste du visage pour le saluer et repars sans demander mon reste vers la l'entrée.
- Attend ! Maman t'as laissé ça pour ce matin.
A peine ai-je le temps de pivoter qu'il me lance un petit sachet blanc type boulangerie et j'y découvre un pain au chocolat qui me révulse les entrailles. Je fais une petite grimace et lui renvoie le sachet.
- C'est gentil mais… t'auras qu'à le manger à ma place.
Son regard se durcit un peu mais je m'en moque, je ne lui demande pas de s'inquiéter pour ma santé ! Et je lui en veux tout particulièrement pour la scène d'hier, il n'avait pas le droit de m'embrasser. Pourtant en étant un peu honnête avec moi-même, je suis surtout en colère contre moi. En colère de l'avoir laissé faire et surtout en colère d'avoir adoré ça. Gouter à ses lèvres une nouvelle fois, c'est quelque chose que je n'espérais pas.
J'arrive enfin dans l'entrée, pensant pouvoir m'échapper sans devoir évoquer le sujet, mais il a l'air d'en avoir décidé autrement.
- Pourquoi est-ce que tu refuses de me parler ? On va s'ignorer tout le temps où tu seras là, c'est ça ? Va bien falloir qu'on se parle à un moment ou à un autre.
Je soupire alors que j'ai la main sur la poignée… pourquoi rend-il les choses si difficiles ? Ou peut-être est-ce moi qui les complique, je ne sais plus.
- Putain mais parles moi Sarah !
Et la, c'est trop. Le faible barrage mental que je m'étais créé craque de toutes parts.
- Mais pour te dire quoi ! Que tu m'as fait tout un tas de promesses que tu n'as pas tenues ? Que tu m'as complètement oublié en l'espace de quelques jours avant de recommencer à sortir avec tout ce qui bouge ? Tu veux m'entendre te raconter à quel point j'ai vécu un calvaire quand tu es partie, que j'ai cru que j'allais mourir tellement tu me manquer ? Est-ce que tu veux m'entendre dire combien je t...
Mais je me stoppe avant d'en avoir trop dit, je ne veux pas lui dire ça. J'inspire un peu d'air pour me calmer parce que ma voix avait dangereusement tendance à partir dans les aigues et reprends plus calmement.
- Alors qu'est-ce que tu veux que je te dise aujourd'hui ?
Je plonge mon regard dans le sien mais il ne me répond rien… comme toujours. On n'a jamais su se parler honnêtement de toute façon et j'ai l'impression qu'entre nous il n'y a jamais eu que des non-dits. Je me détourne de lui pour poursuivre d'un ton plus las.
- Si tu attends de moi que je te pardonne et bien soit : je te pardonne. Je te pardonne d'avoir fait de ma vie un enfer pendant des mois. Je te pardonne d'avoir réduit mon cœur en miette et je te pardonne de m'avoir anesthésié de tous sentiments humains. Tu es content, je t'ai assez parlé ? Est-ce que je peux y aller maintenant ?
Mais ma question reste sans réponse. En fait, aucun mot de plus n'est prononcé et le silence dans les quelques mètres carré où nous nous trouvons se fait oppressant. Je lui jette un dernier coup d'œil en ouvrant la porte et suis stupéfaite par ce que je vois. Son visage est décomposé, ses yeux ont rougis et mon ventre se tord lorsque je vois une larme couler le long de sa joue. Mais je suis tellement énervée que je sors de la maison en claquant la porte derrière moi sans rien ajouter. Pour moi, tout a été dit.
Il a vraiment le chic pour parler du sujet qui fâche ! En même temps, je sais qu'il faudra percer l'abcès à un moment ou à un autre... mais je ne peux pas. Parce que mettre les choses au clair avec lui voudrait dire tirer un trait sur toute cette histoire... et je ne suis pas sûre de vouloir le faire ni sur cette histoire, ni sur lui, ni sur tout ce qui a pu nous unir à un moment donné.
Je me retrouve maintenant face à leur maison que je regarde comme si je la voyais pour la première fois, et tout ce qui me viens à l'esprit c'est qu'en fait... je n'aurais jamais dû venir ici. C'est aussi simple que ça.
J'aurais du suivre ma première idée lorsque Bill m'avait expliqué là où je logerai, et le convaincre que ça n'était pas la meilleure des idées.
Je me saisie de mon téléphone et fait défiler les numéros ayant un besoin urgent de parler à quelqu'un. Je ne peux pas appeler Julie, elle ne sait même pas que je suis ici... ma mère n'en parlons pas, elle va me faire rapatrier illico... Bill certainement pas... et après en avoir fait défiler un bon nombre, j'hésite sur le nom de Lena.
Je ne sais pas trop ce qu'il se passe dans ma tête à ce moment là, mais je valide le numéro et attends.
- Hallo ?
- Lena ?
- Heu… oui. Qui est-ce ?
Tout d'un coup, je me sens très idiote de l'avoir contactée.
- Je suis désolée de te déranger, c'est Sarah. Tu sais, la française d'hier soir.
Je l'entends rire de bon cœur puis elle reprend :
- Je me rappelle de toi Sarah, t'inquiète pas. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Tout va bien ?
Non, tout va mal ! Mais je ne peux décemment pas lui expliquer ce qu'il s'est passé ce matin comme ça.
- Sarah, t'es toujours là ?
- Heu, oui... je... on peut se voir ?
Je ne saurais sans doute jamais si c'est la curiosité ou si c'est le son de ma voix brisée qui l'a décidé, toujours est-il que je me retrouve en train de l'attendre sur un banc public au milieu d'un parc.
- Sarah !
Je me retourne et la regarde s'approcher de moi. Lena est une très jolie femme avec de grand yeux bleu et une cascade de boucles châtain qui tombe jusqu'au bas du dos. Je me lève automatiquement lorsqu'elle arrive à mon niveau et suis surprise lorsqu'elle me sert dans ses bras comme si nous étions les meilleures amies du monde. Pourtant, c'est tout ce dont j'avais besoin.
- Tu m'as sauvé d'une après-midi entière consacrée à l'histoire de l'art... merci !
Histoire de… ah oui je vois. Entre moi qui n'aie plus de vie sociale et les jumeaux qui ont une vie bien particulière, j'avais un peu zappé que le commun des mortels ayant nos âges allait encore en cours. On s'installe sur le banc que je squattais seule jusqu'à présent puis elle me demande :
- Alors, qu'est ce qui t'arrive ?
Tellement de chose… et tellement rien en même temps. Pourtant, son regard sincère me met en confiance.
- Est-ce que je… est-ce que je peux te parler ?
-
POV Tom
Andréas a juste le temps d'arrêter sa voiture devant chez nous qu'une portière s'ouvre dans la foulée, et c'est avec consternation qu'on regarde tous les trois Sarah se réfugier dans la maison. Je n'arrive pas à retenir un soupire d'agacement avant que mon meilleur ami ne rompe le silence.
- Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais… vous êtes sûrs que c'était une bonne idée de la faire venir ?
Ah ! Au moins un, ici, qui est d'accord avec moi.
- Très bonne question... demande donc à mon frère unique et préféré puisque c'est son idée à lui.
Je le savais que c'était une idée à la con ! Plus jamais je ne le laisse prendre une décision s'en m'en parler avant... après c'est toujours moi qui paye les pots cassés.
- Arrêtes ! Tu ne me feras pas croire que ça ne te fait pas plaisir de la revoir. – Se défend Bill.
Mais ça ne suffira pas à me calmer. Pas cette fois en tout cas.
- Ça me ferait plaisir si elle ne me détestait pas... mais jouer à cache-cache avec elle dans ma propre maison, je ne pensais pas que ça arriverai tu vois !
Mon blondinet de copain éclate de rire en se foutant de moi. Il est vrai que d'un point de vue extérieur, la situation doit être assez comique, mais personnellement je trouve ça très dur à gérer.
- En tout cas, moi je l'adore. Elle est super sympa et… très mignonne !
- Ouai bah t'emballes pas et reste tranquille.
- Oh mais c'est qu'il serait jaloux que ça ne m'étonnerai pas notre petit Tomy.
Je devrais vraiment apprendre à réfléchir avant de parler des fois. Il me fait marcher et moi, comme un abruti de service, je ne marche pas : je cours. Je sors de la voiture sous les vannes de ceux que je croyais être mon frère et mon meilleur ami et me dirige avec le peu de dignité qui me reste vers la maison. Je suis vite rejoint par mon connard de jumeau et nous montons dans nos chambres respectives en silence.
Je n'allume pas la lumière et me saisis instinctivement de ma guitare plutôt que de me coucher tout de suite. J'ai besoin de me détendre, et quoi de meilleure que de parler avec mon amie de toujours ?
Je commence donc à enchaîner les accords de la musique que les gars et moi avons créés pour accompagner le texte, quelque peu modifié depuis, que j'avais fait lire à Bill. C'est plein de nostalgie et c'est parfaitement ce qui va à mon humeur du moment. Mes doigts se placent de façon instinctive sur le manche de ma guitare, pendant que toutes mes pensées se focalisent sur le baiser que Sarah et moi avons échangé ce soir.
Echangé. C'est un bien grand mot puisqu'il ne s'agissait que d'un jeu débile, auquel je n'aurais pas du participer. Et pourtant, ça m'a rappelé ce goût de paradis qu'avaient ses lèvres et cette façon unique qu'elle avait de m'embrasser. A-t-elle entendu mon cœur battre plus fort alors que ma bouche se pressait contre la sienne ?
Quand je pense que j'ai dû prétexter qu'on se levait tôt demain pour pouvoir partir avant qu'elle n'ait à embrasser un autre gars… Depuis quand est-ce que je me montre aussi possessif ?
Les derniers accords sont joués. Ils sont une porte ouverte sur un futur auquel je ne crois pas mais qui permet de finir la chanson sur une note plus positive. Tellement que je me fais la promesse que demain... je lui parlerai.
Je recommence alors le morceau depuis le début, repensant toujours et encore au même moment de la soirée. Je sais que je n'aurai jamais dû l'embrasser et au pire, quoi ? J'aurai eu un gage. Oui, seulement j'en avais tellement envie alors comment ne pas sauter sur cette occasion ? Mais elle, en avait-t-elle autant envie que moi ? J'ai dû sécher une de ses larmes… son cœur a-t-il saigné autant que le mien ? A-t-elle saisi la souffrance que j'ai ressenti à ne pas pouvoir la serrer dans mes bras alors qu'elle avait l'air bouleversé ?
J'arrête soudainement de jouer, bloque les cordes pour arrêter leurs vibrations et me saisis de mon portable et lui envoyer ce que je tente désespérément de lui dire depuis qu'elle est là. « Je suis désolé »… c'est d'un pathétique à faire pleurer mais c'est tout ce que je sais lui dire de toute façon.
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- Hein... quoi... comment... qu'est ce qui se passe ?
Je sursaute en entendant des gros coups tapés contre ma porte.
- Tom, lève-toi ! On est super à la bourre... Gus vient de m'appeler et ils nous attendent dans vingt minutes !
Putain, ce que je hais les réveils comme ça ! Je file sous la douche sans demander mon reste, pour être certain de passer avant Bill : ce mec est pire qu'une gonzesse pour ce qui est du temps passé dans la salle de bain ! Et en parlant de lui, je le retrouve de retour de ma douche, dans ma chambre en train d'ouvrir tout ce qui pourrait ressembler à un tiroir ou à un placard. J'étouffe un bâillement, m'étire le dos et lui demande finalement :
- Je peux savoir ce que tu fous ?
Imperturbable face à mon intrusion, il poursuit ses investigations.
- Maman m'a dit qu'elle avait rangé une pile de tee-shirt dans ta chambre et je suis sûr que celui que je cherche se trouve au milieu.
- Et tu ne peux pas en mettre un autre ? – Je demande tout en connaissant déjà la réponse.
- Nan ! Je veux celui-la.
Mais quelle plaie ce mec... plus fashion-victim que lui, tu meurs.
- Ok, bah je descends prendre le petit déj. Grouilles-toi et fous pas le bordel !
Je sors de ma chambre sans regarder devant moi et manque alors de percuter Sarah. Non mais ça ne va pas de se balader dans cette tenue ?!
- Heu...
Ok Thomas... très belle introduction en matière. Tu n'as pas une autre phrase débile en stock histoire de bien paraître ridicule ? Et bien malgré moi, je la détaille des pieds à la tête en essayant de ne pas trop insister sur son micro short et son haut qui ne cache pas grand-chose. C'est comme si la température du couloir montait au fur et à mesure que mes yeux remontent vers son visage.
Je me fais alors tirer de mon état de pervers avancé par un Bill surexcité ouvrant la porte de ma chambre en brandissant son fameux tee-shirt. Mon Dieu… je l'avais presque oublié lui.
- Je l'ai !
Je ne sais pas ce qui passe par la tête de Sarah à ce moment là mais pour le coup... mon jumeau et moi nous faisons engueuler comme du poisson pourri. Elle se met à faire de grands gestes tout en s'écriant :
- Mais c'est pas possible !! Jamais vous ne vous trouvez dans vos chambres respectives ? Je vais dans la chambre de Bill, j'y trouve Tom et quand je crois que Tom est dans la sienne, c'est Bill. J'en ai marre !
Puis elle s'en va d'un pas rapide, mais j'avoue être impressionné !
- La vache, elle tient une de ces pêches le matin !
J'entends alors mon jumeau grommeler à mes côtés.
- Peut-être mais en attendant, je viens de me faire piquer ma place dans la salle de bain.
Je lui donne une tape amicale sur l'épaule en lui souhaitant bien du courage.
- T'as plus qu'à essayer de négocier avec elle. Bonne chance !
Et je l'abandonne pour rejoindre ma pièce préférée de la maison : la cuisine ! Maman nous a encore laissé des instructions pour le petit déjeuner, des fois qu'on ne sache pas préparer un bol convenablement. Elle nous voit tellement peu souvent qu'elle nous couve plus à l'heure actuelle que lorsque nous avions dix ans. J'aperçois, au milieu de toute cette nourriture, un sachet blanc et lit le mot scotché dessus : «Interdiction de le manger sous peine de sévères représailles, c'est pour Sarah. Bisous, maman. ». On ne peut plus claire.
Et tout en me préparant de quoi calmer mon estomac criant famine, je repense à ce que Sarah à dit ce matin. Manifestement elle tente de m'éviter par tous les moyens possibles. Elle veut voir Bill, elle me trouve moi dans la chambre et elle sort de la sienne ce matin en pensant que je suis enfermé dans la mienne... c'est quand même assez flagrant.
Il est plus que temps de mettre les choses au clair, et je décide d'attendre patiemment qu'elle daigne enfin montrer le bout de son nez. Ma persévérance paye dix minutes plus tard, lorsqu'elle rentre dans le salon. Si je veux lui parler, je ne vois pas d'autre moment puisque chose extrêmement rare, on est enfin seuls.
- Salut.
Introduction on ne peut plus neutre. Disons que je n'ai pas envie d'attaquer les hostilités tout de suite. Elle se retourne et je me prends une bonne crampe de sa part. Et le pire, c'est qu'elle repart comme si de rien. Bien, tentons autre chose.
- Attend, maman t'as laissé ça pour ce matin.
Je lui lance le pain au chocolat qu'elle rattrape de justesse, la regarde ouvrir le sachet et vois son visage prendre des airs de dégoût en voyant la viennoiserie. Elle referme soigneusement le paquet avant de me le renvoyer.
- C'est gentil mais… t'auras qu'à le manger à ma place.
Elle va encore rien manger ce matin... et ça m'agace. Vraiment. Entre ça et son attitude vis-à-vis de moi depuis son arrivée, le tout commence vraiment à me titiller. Et je craque.
- Pourquoi est-ce que tu refuses de me parler ? On va s'ignorer tout le temps où tu seras là, c'est ça ? Va bien falloir qu'on se parle à un moment ou à un autre.
J'en ai marre... ça y est : ça m'énerve ! Elle est dos à moi mais ça ne m'empêche pas de l'entendre soupirer, je sais qu'elle est capable de partir sans même m'adresser un mot et je refuse. J'ai besoin de lui parler, j'ai besoin qu'elle m'écoute. Je veux savoir pourquoi elle réagit aussi durement… alors j'insiste :
- Putain mais parles moi Sarah !
Et son attitude change du tout au tout. Elle avait l'air résigné alors que tout son corps est en train de se tendre. Elle se retourne immédiatement vers moi et le regard de haine qu'elle me lance me glace le sang.
Je n'arrive à me concentrer alors que sur certains mots dans le flot continu de ses reproches... promesses... oublié... calvaire... mourir... manquer... je t…
- Alors qu'est-ce que tu veux que je te dise aujourd'hui ?
Je suis un peu déconnecté de la réalité et je ne me rends même pas compte qu'elle peut attendre un geste ou une réponse de ma part. Je la regarde simplement, incapable d'ouvrir la bouche. Je n'ai même pas le temps d'assimiler ses premières paroles qu'elle recommence à parler... mais son ton a encore changé, on dirait qu'elle est complètement détachée.
- Si tu attends de moi que je te pardonne et bien soit : je te pardonne. Je te pardonne d'avoir fait de ma vie un enfer pendant des mois. Je te pardonne d'avoir réduit mon cœur en miette et je te pardonne de m'avoir anesthésié de tous sentiments humains.
Chaque mot me renvoie sa propre douleur en pleine face... et si je pensais lui avoir fait du mal, j'étais bien loin du compte. Ce qu'elle prononce me fait un mal hallucinant, parce que je m'en veux de lui avoir fait subir tout ça, parce que je voulais éviter à tout prix ce qui est en train de se passer maintenant… et parce que je n'ai jamais réussi à gérer les sentiments de vulnérabilité qui prennent possession de tout mon être en ce moment même.
- Tu es content, je t'ai assez parlé ? Est-ce que je peux y aller maintenant ?
Et la porte se ferme en un claquement bruyant. C'est ce moment que choisit mon frère pour débouler dans l'escalier à toute vitesse.
- Tom ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
Putain de lien à la con… c'est vraiment pas le moment !
- Rien... je viens juste de me rendre compte d'une chose.
- Et ça te met dans un état pareil ! Mais avec ce que j'ai ressenti là-haut, j'ai cru que t'était mort moi !
Mais je poursuis comme si son intervention n'en avait pas été une.
- Elle ne me déteste pas... c'est pire… elle me hait.
-
POV Sarah
Et j'ai parlé. Mon Dieu ce que j'ai pu parler. Je lui ai raconté de façon succincte la situation, par manque de courage pour évoquer les détails. Je lui ai juste fait un résumé de ce qu'il se passait avec Tom… de ce qu'il s'était passé avec Tom… tout simplement parce que c'est ce dont j'avais le plus besoin de partager avec quelqu'un.
- Et ben... je suis vachement impressionnée ! Quand je t'ai vu hier, ne le prend pas mal, mais je n'aurais jamais pensé que c'était toi. – S'étonne Lena, une fois comprit que j'avais dit tout ce que j'avais à dire.
Mais il y a apparemment un truc que je n'ai vraiment pas suivi.
- Comment ça « que c'était moi » ?
- Et bien... on savait tous qu'il s'était passé quelque chose en France. On l'a bien vu à son retour, il était... épanoui. Je crois que c'est le terme qui convient. Il était d'une mélancolie extrême mais d'un autre côté, on avait l'impression qu'il attendait quelqu'un ou un événement particulier avec impatience. On n'a pas posé de question parce qu'on essaye d'éviter la partie « boulot » quand on les voit mais… disons que ça n'a échappé à personne.
- Je suis ravie d'apprendre que pendant que je pleurais toutes les larmes de mon corps, il apparaissant comme quelqu'un de sain. – Dis-je ironiquement.
Désolée mais c'est plus fort que moi. Alors comme ça, il était heureux de m'avoir laissé à Paris ? Je ne comprends plus rien.
- Tu sais... je crois que personne n'a jamais vu Tom pleurer, pas même Andreas. C'est quelqu'un de pudique, qui ne montre que très peu ses sentiments aux autres. Au final, on ne sait jamais vraiment ce qu'il pense. Ne te fais pas d'idées préétablies en pensant que ça a été plus facile pour lui que pour toi, parce qu'il n'y a que lui qui pourrait te le dire.
Et finalement, je n'ai rien trouvé de bon à rajouter après ça. Je regarde des oiseaux grignoter un morceau de pain ou quelques passants alors qu'elle pianote plusieurs messages sur son portable. On a dû parler plus longtemps que ce que je ne pensais car je constate que l'ombre des arbres commence lentement à s'allonger.
- Ça a dû être difficile ce que vous avez vécu.
Je ricane amèrement devant l'empathie que j'entends dans sa voix. Ce que j'ai vécu, personnellement, je ne le souhaite pas à mon pire ennemi. Je sais d'expérience qu'il y a bien plus grave et plus difficile à vivre qu'un chagrin d'amour, mais quand on est en plein dedans, on a l'impression qu'on ne s'en sortira jamais et que cette douleur est la pire de toute.
Et finalement c'est assise sur ce banc que je prends une grande décision.
- Tu m'accompagnes ?
Elle m'interroge du regard mais me suis quand même sans trop poser de question lorsque je me lève. On prend un bus, marchons quelques minutes mais elle reconnait rapidement le trajet.
- Qu'est-ce que tu viens chercher ici ?
Et je réponds très sereinement :
- Mes bagages.
Elle panique complètement en entendant mes mots mais je la rassure immédiatement en lui demandant :
- Tu connais un hôtel sympa dans le coin ?
Elle m'aide alors à récupérer mes affaires et à boucler mes valises puis m'accompagne dans un hôtel qui ressemble plus à des chambres d'hôtes. Quand je lui explique que je ne pensais pas spécialement à cette chambre douillette quand je parlais « d'hôtel sympa », elle me marmonne :
- Je vais déjà me faire engueuler parce que je t'aurais aidé à te trouver où crécher, si en plus je t'envois dans un hôtel miteux… Je vais me faire tuer, tu t'en rends compte au moins ?
C'est d'autant plus gentil de sa part que je sais effectivement qu'elle risque de se faire secouer par Bill. Le temps de déposer mes affaires que nous revoilà dans la rue de devant l'hôtel. Autant profiter des quelques rayons du soleil, malgré la fraîcheur ambiante.
- Tu veux faire quoi maintenant ?
- Tu sais où se trouve leur studio ? Je dois les prévenir avant qu'ils ne te tombent dessus.
- Oula... j'ai dû y aller une fois ou deux avec Andréas mais sincèrement, je serai bien incapable d'y retourner.
Et là, j'ai comme un flash.
- MERDE ! Andreas, je l'ai complètement oublié...
Mais ma panique est de courte durée, je ne me sentais pas particulièrement l'envie de bosser aujourd'hui alors à quoi bon…
Nous sommes interrompues par le portable de Lena chantonnant le refrain de Durch Den Mansun... on échange un regard complice avant qu'elle ne décroche. Sa communication ne dure que quelques secondes puis elle me dit, désolée :
- Il faut que je me sauve, ça ira ?
- T'inquiète. Merci encore pour tout.
- Dis pas de bêtises ! Tu m'appelles quand tu veux ok ?
Je la rassure sur ce point et nous nous étreignons longuement, comme pour profiter encore un peu de la présence de l'autre. Je rentre de nouveau dans l'hôtel et me dirige vers le couple sympathique de l'accueil et accessoirement patron des lieux.
Le monsieur me regarde d'un œil un peu inquiet.
- Ça va Mademoiselle ? Vous êtes toute pâle.
-
POV Bill
Franchement, qu'on soit venus répéter ou pas, ça aurait été pareil. Tom est complètement à l'ouest et ne se concentre pas du tout sur son jeu... du coup, les fausses notes fusent ce qui agace tout le groupe qui doit tenter de le suivre dans ses délires musicaux.
- Putain Tom, mais qu'est-ce que tu nous fais aujourd'hui ! T'as des spaghettis à la place des doigts ou quoi ?
Bien, Georg a décidé d'ouvre le débat. Ok, devant l'absence de réaction de mon frère, je dirais plutôt qu'il tente d'ouvrir le débat.
- Ok, on fait une pause !
Je préfère qu'on fasse un break parce que ça va partir en sucette vu l'état de nerf dont nous profitons tous. On a un concert à assurer dans quelques jours et nous sommes loin d'être prêt. J'abandonne tout le monde pour m'isoler un peu et accessoirement, vérifier mon portable. C'est un tic, mais j'ai besoin de vérifier quinze fois par jour mes messages. Je sors donc de la salle d'enregistrement et allume mon téléphone, qui se met à biper dans tous les sens. Je crois qu'Andréas tente de me flooder ma ligne, ce n'est pas possible autrement. Je lis alors les messages les uns à la suite des autres.
« Tu peux dire à Sarah que je l'attends ? Elle est toujours pas arrivée » envoyé à 11h14. Elle était déjà sortie de la maison depuis un bon quart d'heure… bizarre.
« J'attends toujours... elle est chez vous ? » envoyé à 12h36. Là, ce n'est pas du tout normal.
« Je n'arrive pas à la joindre, confirme moi son numéro de tel STP » envoyé à 14h41. C'est quoi ce délire ?
« Je suis passé chez vous mais personne n'a ouvert... elle est avec vous ? » envoyé à 15h07.
Ni une ni deux, j'appelle mon ami qui décroche dans la seconde mais qui ne me rassure pas du tout.
- Bill... j'ai cru que t'allais jamais me rappeler. Tu l'as vu ?
Merde...
- Ok, je te rappelle !
Pas besoin de détails, lui et moi nous sommes compris. Je raccroche directement pour tenter de joindre Sarah mais sans succès... ça sonne, ça sonne jusqu'à tomber sur le répondeur. A la maison c'est pareil et je me trouve complètement démunie. C'est malheureusement ce moment que choisissent les mecs pour me retrouver. Forcément, mon inquiétude ne passe pas inaperçue et chose rare, je ne sais pas quoi dire.
Déjà que mon frère se sent super mal depuis tout à l'heure et qu'il est en train de culpabiliser à fond... je ne sais pas du tout comment lui annoncer ça. Mais tout comme j'ai ressenti son malaise ce midi... il ressent forcément le mien.
- Putain mais accouche ! Il se passe quoi ?
Je me masse les tempes, comme si ça pouvait me soulager et...
- On n'arrive pas à trouver Sarah.
Je vois Tom tiquer un peu puis il me dit comme si c'était évident
- C'est normal, elle est chez Andreas. T'as qu'à l'appeler.
- Non mais tu ne comprends pas. Sarah n'est jamais arrivée chez lui... il a essayé de la joindre toute la journée et j'ai essayé y'a cinq minutes sur son portable et à la maison. Ça ne répond nulle part.
Il me défit du regard, me suppliant sans doute de lui avouer qu'il s'agit d'une plaisanterie, mais mon visage reste totalement impassible.
- Bon, les frangins. Vous commencez par vous calmer un peu, parce qu'on ne va pas réussir à gérer plusieurs crises à la fois. Qui est-ce qu'elle connaît ici à part nous ? – Nous demande Gustav.
J'énumère donc les personnes présentent à la soirée d'hier en insistant un peu sur Lena et malgré le regard noir de Tom, sur Olli.
- Ok ! Alors on file tous chez vous pour vérifier et en chemin, vous vous débrouillez pour joindre toute la troupe.
C'est là qu'on se rend compte de la maturité de Gus… Il fait son discret comme ça, mais pour moi c'est un mur sur lequel je peux toujours m'appuyer. On s'entasse dans la voiture de Georg alors que je commence par appeler Lena... qui est sur messagerie. Elle passe sa vie au téléphone, ce n'est pas possible. J'entends Tom s'occuper d'Olli et le « rappelles moi dans deux minutes, et si t'es avec elle, je te tue » m'indique qu'il laisse aussi un message.
Tout le monde y passe, Anke, Viktor et Eva. Entre temps j'essaye vingt fois de joindre Lena sans succès. Tom saute de la voiture dés qu'elle s'arrête devant chez nous et je tente de le suivre tant bien que mal. Je le laisse monter dans les chambres pendant que je fais le tour du salon mais force est de constater que rien ne rappelle sa présence.
Mon frère dévale les escaliers et me rejoint l'air encore plus catastrophé si c'était possible.
- Elle est partie. – Annonce-t-il de façon dramatique.
J'attends la suite… qui manifestement ne vient pas.
- Comment ça partie ?
- Y'a plus rien là-haut. Elle a embarqué toutes ses affaires, je suis sûr qu'elle est rentrée. Putain mais je suis trop con…
S'il se met à me faire une crise ça va vraiment se compliquer. Je n'ai pourtant pas le temps de lui remonter le moral car mon téléphone se met à vibrer... Lena ! ENFIN !
- Qu'est-ce qui t'arrive de si urgent pour me harceler comme ça beau brun ? – Me demande-t-elle de façon enjouée.
Et au lieu de lui répondre, je lui pose la question que j'ai déjà posée à tous nos amis.
- Est-ce que tu as vu Sarah aujourd'hui ?
...
- Lena, putain mais on n'arrive pas à la joindre depuis ce midi. Où est-ce qu'elle est ?
...
- Quoi ?? Et en plus tu l'as aidé ? Oh les gonzesses je vous jure…
...
- Non mais tu vas pas me faire une scène non plus ! On la cherche partout et tu m'annonces ça comme une fleur. Tu veux que je réagisse comment ?
- Elle est où ? – Me demande mon frère avec un éclair d'espoir au fond des yeux.
Je lui fais signe d'attendre et écoute l'adresse que me donne ma future ex-amie... note pour plus tard : la tuer. Je referme le clapet de mon portable et tout en le fourrant dans ma poche lance à mon frère :
- Bon on décolle, je sais où elle est !
On remonte dans la voiture et je donne le nom de la résidence à Geog, qui pose tout haut la question que l'on se pose tous tout bas :
- Mais qu'est ce qu'elle fout là-bas ?
On y arrive après un petit quart d'heure de route mais je préfère ne rentrer qu'avec mon frère... on n'est déjà pas très discret tous les deux, si en plus on débarque tous les quatre, ça risquerait de compliquer d'avantage les choses.
On se dirige vers l'accueil où nous attend une femme sans doute plus jeune que notre mère. Elle a l'air de nous avoir reconnu mais franchement... je n'ai pas le temps, ni l'envie, de jouer la star.
- Bonsoir, on cherche une jeune française qui s'est installée chez vous cette après-midi.
- Oh ? Heu... oui. Je pense que vous la trouverez là-bas. – Nous dit-elle en montrant une porte du doigt.
Ça me fait toujours bizarre les réactions des gens quand ils nous voient, ça fait un certain temps et pourtant, je ne suis toujours pas habitué. On pousse la fameuse porte pour retrouver une Sarah assise sur une chaise et devant elle, un grand monsieur moustachu qui lui fait du vent avec un torchon. Il nous regarde approcher et nous demande suspicieusement :
- C'est votre amie ?
On acquiesce et nous arrêtons à son niveau pour voir l'ampleur du problème. Elle a l'air complètement dans les vaps. Je demande ce qu'il s'est passé mais cet homme à l'air totalement démuni.
- J'en sais fichtrement rien. Elle était toute pâle et puis... elle est tombée.
Je me retourne vers mon frère quand je l'entends grommeler et lève un sourcil interrogateur.
- Tu parles, je suis sûr qu'elle a rien avalé depuis sa soupe d'hier soir... c'est pas étonnant qu'elle soit dans cet état là.
Je le regarde s'accroupir pour se mettre en face de notre amie puis passer doucement un doigt sur son visage... ce qui lui fait ouvrir un œil ; et en tendant l'oreille, j'entends les murmures de Sarah.
- Tom... je suis désolée.
- Chut... repose-toi.
Il la prend délicatement dans ses bras et demande simplement dans quelle chambre elle loge puis sans attendre d'autre information que le numéro, il soulève notre amie et l'emmène.
- Dites mon petit gars... votre amie, elle aurait bien besoin de voir un médecin.
Je rigole intérieurement au sobriquet « mon petit gars », ça fait bien longtemps qu'on n'a pas été aussi naturel avec moi… et ça fait bien plaisir.
- Oui sans doute. Merci d'avoir pris soin d'elle en tout cas.
Puis je repars dans les étages à la recherche de mon couple adoré... ils vont me faire devenir chèvre ces deux là ! Je pousse la porte de la chambre 9 pour voir Sarah endormie dans son lit et mon frère assis à ses côtés en train de lui tenir la main.
- Tu peux la lâcher tu sais, elle ne risque plus de tomber.
Mais ce qu'il me répond me fait partager toute sa douleur.
- Peut-être, mais c'est le seul moment où je peux l'approcher sans lire de reproches dans ses yeux.
Je le laisse profiter de ces moments et me retire pour rassurer nos amis qu'on a bien laissés en plan à l'extérieur.
