CHAPITRE 15
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POV Tom
- QUOI ! Et vous l'avez laissé seule là-bas... mais vous êtes totalement inconscients !
- Maman, arrête de hurler, tu me vrilles le cerveau.
J'écarquille les yeux en entendant la façon dont mon frère s'adresse à notre sergent de mère. Aurait-il des tendances suicidaires ce soir ?
- Et je vais te vriller bien plus si tu continues à faire ton insolent ! Cette jeune fille ne doit pas rester toute seule, il lui faut de la compagnie.
- Mais elle ne sera pas seule : Elle va passer ses journées avec Andreas et une bonne partie de ses soirées avec Lena. On ne va pas l'attacher ici non plus ! Si elle pense qu'elle sera mieux là-bas, elle est assez grande pour faire ce qu'elle veut.
Bill insiste légèrement sur les derniers mots quand il voit que j'ouvre la bouche... Il vaut sans doute mieux que je ne me fasse pas trop remarquer devant maman. Mais bon : cette conversation me fatigue.
- Bon, je monte. Vous me gavez tous les deux avec vos prises de tête.
- Thomas Kaulitz, je ne suis pas une de tes fans alors je te prierai de me parler autrement !
Ça c'est nouveau. Je passe la tête au dessus de la rambarde et lui lance assez fort pour qu'elle m'entende depuis le salon :
- Et depuis quand t'es plus fan ?
Je monte avant qu'elle n'ait le temps de répondre quoi que se soit, mais je l'entends quand même me hurler « ne joue pas sur les mots » qui me fait sourire malgré tout. Et pourtant, malgré cette petite touche de bonne ambiance, mes pas m'entraînent automatiquement dans la pièce qu'occupait Sarah jusqu'à ce matin. Je pousse doucement la porte et fais un tour d'horizon. Elle a dû partir bien vite, parce qu'il y a encore quelques affaires à elle ici et là.
Je rassemble une trousse à crayon, son chargeur d'ordinateur et aperçois sur le bureau diverses photos d'elle et ses proches. Je les décroche et les regarde une par une, sans vraiment prendre conscience que je m'immisce dans sa vie privée sans son accord. Je suppose qu'il s'agit de ses parents sur la première… tiens, elle a le même petit nez que sa mère. La seconde m'arrache un demi-sourire en reconnaissant le duo d'enfer que forment Julie et Sarah… vu les bouteilles qu'elles tiennent dans leurs mains, la soirée avait dû être bonne. La dernière photo a apparemment été prise le jour de notre concert à Paris, on y apparaît tous les six plus détendu que jamais… ça parait tellement loin tout ça.
J'ouvre les différents tiroirs du bureau à la recherche d'une enveloppe pour ranger les clichés sans les abîmer mais à la place, je trouve un cahier que je ne reconnais pas. Je l'ouvre au hasard des pages et tombe sur divers dessins et des textes en français... ça doit donc être à elle aussi. Je regarde les différents croquis et autre paysages et suis assez impressionné par son coup de crayon ! Tout à l'observation des différentes pages, je n'entends pas les pas dans le couloir.
- Tom, tu ne devrais pas être là.
J'ancre mes yeux dans ceux de mon double et lui réponds d'une voix lasse
- Et où est-ce que tu voudrais que je sois...
Je replace les photos de Sarah dans son cahier et ce n'est qu'à ce moment là que j'y trouve un nouveau cliché... qui finit de me mettre le moral en berne : nous, ensemble, complices... heureux. Une des phrases qu'elle m'a dite ce matin prend d'un coup tout son sens : « je te remercie de m'avoir anesthésié de tous sentiments humains ». Je réalise enfin ce qui cloche chez elle, ce qui me travaille depuis le jour où je l'ai revue dans l'entrée de la maison.
Elle ressemble à une coquille vide.
Elle sourit alors que ce sourire n'illumine pas ses yeux, son regard si brillant ne fait plus transparaître ses émotions, plus aucune émotion.
Comment est ce que tout ça a pu arriver... comment est-ce que j'ai laissé tout ça se produire ? Est-ce que je l'ai vraiment perdue ?
Définitivement… je dirais que oui.
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POV Sarah
Le réveil est un peu pénible et mes yeux ont bien du mal à s'ouvrir. J'essaye de focaliser l'heure sur mon portable qui m'indique que nous avons changé de jour et vois, posée en évidence sur la lampe de chevet, une lettre à mon attention. Je sens que je vais me faire secouer ! Pourquoi a-t-il fallut qu'ils débarquent pile à ce moment là aussi ? Ça ne pouvait pas être un peu après, quand j'aurai repris mes esprits… non ! Il fallait que ça soit pile au moment où j'étais dans les pommes.
Je préfère laisser les problèmes là où ils sont pour le moment et m'active plutôt à me réveiller correctement et à faire ma toilette. Il faut que je me ressaisisse sinon à ce rythme là, ils seront bien capables de m'enfermer à l'hôpital tout autant qu'ils sont.
Je tente de me rappeler les souvenirs de la veille sous la douche. Je n'ai que certaines images, comme des flashs. Je me rappelle bien entendu mon malaise et que quelqu'un m'a installé sur une chaise, mais qui ? Après c'est encore plus confus… mais je sais que Tom et Bill sont arrivés… je me rappelle sa main tiède sur ma joue et l'inquiétude dans son regard. Je sais aussi qu'il m'a ramené dans ma chambre et qu'il est resté un bon moment mais… est-ce que j'ai parlé… est-ce qu'il m'a parlé… je ne sais plus.
Je reviens dans ma chambre, enroulée dans une serviette bien moelleuse et mes yeux se posent irrémédiablement sur le courrier qui me nargue. Je l'ignore encore un temps, juste pour trouver et enfiler de quoi m'habiller… mais je ne peux pas reculer l'échéance indéfiniment. Je m'installe finalement en tailleur sur mon lit pour décacheter l'enveloppe.
«Salut la miss !
Tu nous as fait une belle frayeur en disparaissant comme ça… c'est pas très sympa !
Le pauvre Andreas s'est inquiété comme un fou en n'ayant pas de tes nouvelles hier,
c'est lui qui nous a appelé et on t'a retrouvé grâce à Lena.
Mais tu nous dois quand même des explications… même si je suppose pourquoi
tu as décidé de partir.
Pourtant ça n'excuse pas tout… Quand tu te sentiras d'attaque, tu sais où nous
trouver. En attendant MANGE un truc et files chez Andreas… au moins on saura
où tu es.
On t'embrasse fort tous les deux. A bientôt.
B & T»
Bon... je pensais qu'elle serait plus méchante que ça. En même temps, ça risque de se passer autrement quand je serai en face d'eux... ils ont dû écrire ça sous le coup de l'inquiétude mais le temps qu'ils se remettent et je sens que je vais passer un sale quart d'heure.
Je finis de me préparer et une heure après, je toque à la porte de leur ami, nouvellement mien, avec le peu de courage qu'il me reste. Et je me suis encore faite accueillir. A peine la porte ouverte qu'il me pointait déjà du doigt.
- Alors toi ! T'as de la chance que je t'aime bien parce que sinon, je t'étriperais ici même !
Je le regarde de mon visage le plus candide et murmure :
- Moi aussi ça me fait plaisir de te revoir.
Il lève alors les mains au ciel de façon théâtrale et s'efface de devant la porte.
- C'est bon, t'as gagné. Allez entre !
Et on s'est mis au boulot sans perdre une minute dans une ambiance plus que bonne. Notre seul point de désaccord a été quand il m'a ordonné de manger un sandwich.
- Tu vas m'avaler ça. J'agis sur ordre de Simone, alors je ne sais pas pourquoi ça lui tient tant à cœur et t'y mettra le temps qu'il faudra... mais tu le mangeras.
- T'auras qu'à lui dire que j'ai trouvé ça très bon et on passe à autre chose. D'accord ?
Mais ce que je viens de dire doit ressembler au pire des blasphèmes parce qu'il écarquille les yeux et me dit de façon froussarde :
- Mentir ? A Simone ? Mais t'es malade !
Et j'ai cédé, je l'ai mangé... en entier. J'y ai même pris du plaisir. Il faut dire que je ne sais pas ce qu'elle a mis dedans mais il était particulièrement délicieux. Du coup, j'étais super fière de moi !
- Au fait, tu pourras me ramener ce soir ? Je voudrais aller m'excuser auprès de leur mère pour ce qu'il s'est passé hier, mais comme elle ne rentre pas de bonne heure...
- T'inquiète pas de ça ! Mais en échange, je voudrais bien comprendre : Pourquoi t'es-tu sentie obligée de « déménager » ?
Le pauvre. Je lui dois bien un semblant d'explication après la journée que je lui ai fait vivre hier, et puis... il connaît déjà une partie de l'histoire alors. Je réfléchis un peu pour essayer d'expliquer le plus simplement possible, sans paraître trop confuse mais… je ne suis pas sûre d'y être parvenue.
- C'est trop dur.
Il me fait un signe de la main pour que je me taise, marche à quatre pattes sur le sol pour atteindre sa chaine hifi et coupe la musique qui fonctionne à toute pompe depuis que je suis dans sa chambre. Puis il revient et s'installe en face de moi.
- Qu'est-ce qui était trop dur ? – Relance-t-il ensuite.
Devant tant de compassion, je n'arrive pas à me concentrer et laisse les mots sortir seuls.
- Tom, c'est... je peux pas vivre sous le même toit que lui, c'est… trop difficile.
- Donc... vous êtes bien sortis ensemble.
Je ricane amèrement... qu'il est naïf !
- Sortir ensemble est un bien grand mot. Disons qu'on s'est un peu fréquentés la dernière fois qu'il était sur Paris.
- Ne dévalorise pas votre histoire... il ne m'a rien dit de très concret mais je suis sûr qu'il ressentait quelque chose pour toi.
- Tu parles !
Pourquoi tient-il tellement à tourner le couteau dans la plaie. Pense-t-il vraiment que je n'ai pas assez payé toute cette histoire !
- C'est dingue ça, t'es toujours sur la défensive quand on essaye de te montrer les bons côtés de ce que vous avez vécu ? Il m'a parlé vite fait de votre altercation d'hier matin, tu n'y as pas été de main morte... Moi je suis d'accord avec lui, je pense que vous devriez parler parce que ça ne sert à rien de rester dans ce silence.
Non mais… putain ça y est. Je le savais que je ne devais pas parler de ça.
- Et ça ne servirait à rien non plus de mettre les choses au point. Après ma visite éclaire ici... je ne vous reverrai sans doute jamais alors franchement ! Et puis tu sais, j'ai déjà eu cette conversation avec Bill et ma meilleure amie qui m'ont convaincu il y a six mois... quand je vois le résultat ça me donne la nausée. Ça a été une cata sur toute la ligne… qu'est-ce que ça apporterai de bon que je lui reparle à part avoir encore plus mal ?
Je ne sais pas ce qu'il a pu comprendre de tout ce que je viens de lui dire, mais il me regarde de façon très étrange. Et après un suspens insoutenable pour moi, il lâche sa bombe :
- Tu l'aimes ! C'est ça le problème en fait.
Heu... ça, ce n'était absolument pas prévus.
- Qui te dit que j'ai jamais eu des sentiments pour lui ?
Il claque alors des doigts puis s'allonge sur son parquet, ne me quittant pas une seule fois du regard.
- Facile... tu ne serais pas dans cet état-là sinon. Tu accepterais de l'écouter, tu te laisserais approcher. Au lieu de ça, tu te barricades… tout le temps. Tu le fuies comme la peste. Si tu n'avais rien à perdre, tu tenterais le coup.
C'est dingue comme en l'espace de trois jours il a réussi à me cerner avec autant de justesse... ça en est même déstabilisant.
- Je vis avec une barricade, je l'ai toujours fait sauf quand je l'ai rencontré. Alors pour ce que ça m'a apporté, merci bien ! Non, j'ai vraiment envie de passer à autre chose.
- Tu regrettes vraiment de l'avoir connu ?
Comment pourrai-je regretter les moments que j'ai passé avec lui… ça serait vraiment être de mauvaise foi et d'une hypocrisie sans borne. Je décide donc de ne pas répondre à cette question piège en tentant de regarder le blondinet qui a l'air on ne peut plus sûr de lui.
- AH ! Qui ne dit rien consent ! Enfin un point positif, on progresse.
Sa réponse débile m'arrache un sourire, ce qui est un vrai exploit en ce moment. Je me sens bien avec lui, je me sens moi. Sans besoin de jouer un rôle ou d'avoir l'impression que l'on attend quelque chose en particulier de moi.
- Tu devrais sourire plus souvent, t'es beaucoup plus jolie comme ça.
... Il me disait la même chose...
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La négociation avec Simone a été un peu moins facile que prévue. Je ne pouvais pas lui dire que je partais à cause de son fils... et comme me l'avait si bien fait comprendre Andreas, lui mentir est un exercice des plus compliqués. Elle a essayé de me retenir par tous les moyens possible, mais voyant que ça n'aboutirai pas, elle s'est résignée.
- Tu ne veux rien me dire... je le conçois. Mais garde les clés le temps de ton séjour ici, on ne sait jamais. Ça me rassurerait de savoir que tu pourras toujours venir te réfugier ici en cas de besoin.
C'est vraiment une femme adorable et avant de me laisser partir, elle m'a enlacé en me promettant de venir la voir si j'avais besoin de quoi que se soit. Quant à mon chauffeur, il m'a ramené comme convenu devant mon hôtel, mais j'étais bien trop morose pour rentrer de suite me coucher.
- Tu fais quelque chose ce soir ?
- Rien mais ça peut s'arranger... tu veux sortir un peu ?
Je lui lance un regard implorant qu'il interprète très facilement.
- Ok, appelle Lena... je m'occupe des autres. Et puis, pas la peine de baliser. Ils ont prévus de répéter une bonne partie de la nuit.
Je suis certaine que cet homme arrive à lire dans mes pensées !
On s'est tous retrouvés au point de rendez-vous et me rends compte qu'Andreas et moi sommes les bons derniers. Lena se jette sur moi comme si elle ne m'avait pas vu depuis des mois et m'annonce toute tristounette qu'elle s'est engueulée avec Bill. Il est vraiment aveugle ce gars, ce n'est pas possible autrement !
- On va où alors ? Parce que je commence à avoir froid moi ! – Demande Anke.
Finalement c'est Viktor qui veut nous faire découvrir un nouveau bar qui s'appelle « El Mexicano », original pour un bar allemand. Une fois les portes passées, on se retrouve dans une pièce où les tons jaune et orange dominent et une musique latine est diffusée à un niveau sonore plus qu'adéquat. On se croirait en pleine Amérique du Sud et j'adore ça.
On rapproche deux tables pour que l'on puisse tenir tous autour et Olli revient avec une belle bouteille de tequila entre les mains. La salière trône déjà au milieu de la table et les tranches de citron sont amenées par un barman. C'est Andreas qui commence à remplir les verres mais les filles abandonnent vite la partie.
- Pas pour nous, trop fort !! On va se rabattre sur autre chose.
- Et toi Sarah ? – Me demande t-il.
Je le regarde avec un sourire espiègle avant de rajouter :
- Plutôt mourir que de vous laisser boire ça sans moi !
Je place du sel sur ma main, attends qu'on remplisse mon verre, et prépare ma rondelle d'agrume. Tout le monde me regarde mais je m'en fous complètement : je lèche le sel, avale la boisson et mord avidement dans la tranche acide. Une fois que je repose mon verre vide, les garçons, surprise passée, me suivent.
- Ça c'est une fille comme je les aime ! – Lance Viktor.
Après quelques tours, la bouteille a pris une sacrée claque… et moi aussi. Je le savais qu'il ne fallait pas que je boive de trop mais c'est tellement tentant parfois… et ça fait tellement de bien. J'ai la tête qui tourne sévère, et lorsque je m'apprête à me lever pour aller au seul endroit où on ne peut aller pour moi, je sens mon portable vibrer dans la poche de mon pantalon.
« Il faut vraiment qu'on se parle. T »
Mais il ne peut pas me lâcher, merde ! Ma mauvaise humeur est à son maximum, sans aucun doute exacerbée par l'alcool. Toujours est-il qu'il faut que j'aille prendre l'air : le bruit, la musique et la boisson m'ont retourné le cerveau !
Ça fait dix minutes que je suis dehors, assise sur le bord du trottoir et sans manteau, à compter les voitures qui passent. Je suis dans un tel état de nerfs que je ne ressens plus le froid, pourtant j'accueille ma veste sur mes épaules avec un certain plaisir… heu… qu'est-ce que fait ma veste sur mes épaules ? Je tourne la tête et fait face à Andreas qui me regarde avec inquiétude.
- Ça va ? – Demande t-il pour la forme
- Non.
- Tu veux en parler ?
- Non.
- Ok !
Et il s'assoit à côté de moi sur le trottoir sans plus de cérémonie. Je le regarde alors avec exaspération avant de grogner.
- Mais qu'est-ce que tu fous putain ?
- Je ne te laisserai pas toute seule dans cet état ! Et ce n'est pas la peine de me regarder comme ça. À côté des regards de Simone tu ne fais absolument pas le poids, et je suis entrainé !
Tant de bonne humeur dans un seul être me parait impossible. Et pourtant.
- Comment fais tu ça ?
- Quoi donc ? – S'étonne-t-il.
- Réussir à me faire sourire en toute circonstance… Pourquoi tu n'es pas lui, ça serait si simple.
J'ai murmuré ces derniers mots… je ne sais pas exactement ce que j'attends de lui à ce moment précis.
- Ça va s'arranger, tu verras.
- J'ai pas envie que ça s'arrange.
Je replis mes jambes pour les ramener contre moi, et les entoure de mes bras alors que ma tête vient reposer sur un de mes genoux.
- Menteuse.
- T'es chiant.
- Grincheuse.
- Blondinet.
- Je t'emmerde la naine.
- Hey !
Je lui mets une tape dans l'épaule mais les représailles, sous formes de chatouilles, sont terribles. Puis quand on se calme enfin, il reprend son air sérieux.
- Tu veux me parler de lui ? Ça te ferait du bien de vider ton sac.
Dans une autre situation, j'aurai rougis, je me serais sentie gênée et aurais sans doute bafouillé quelques mots sans queue ni tête. Mais je crois que je ne contrôle plus tout à fait mon centre de parole et finalement je lui ai tout dit. J'ai parlé comme ça fait des mois que je n'avais pas parlé... même pas à Julie, même pas à Lena l'autre jour. Il m'a écouté sans jamais m'interrompre et m'a laissé cracher sur son meilleur pote sans jamais essayer de le défendre. Et quand je n'ai plus eu rien à dire, il s'est relevé et m'a tendu les mains pour m'aider à me tenir sur mes jambes.
Il a alors posé ses mains de chaque coté de mon visage et essuyé quelques larmes avec ses pouces, larmes que je n'ai même pas eu conscience de laisser couler. Puis il m'a pris dans ses bras et je l'ai remercié intérieurement, parce que tout ce dont j'avais besoin en ce moment… c'était d'un gros câlin !
Au bout d'un temps incertain il m'a entraîné de nouveau vers l'entrée du bar et voyant que je traîner un peu la patte, il m'a convaincu.
- On devrait rentrer, sinon c'est la grippe assurée !
C'est toujours dans ses bras que je passe la porte et lorsque nous arrivons à la table, tout le monde se décale pour que nos deux chaises soient côte à côte. Une fois assis, il rapproche son siège du mien pour continuer à me tenir dans ses bras avec tendresse. Je sais alors que pour moi la soirée est terminée, je n'arriverai pas à me remettre dans l'ambiance.
Je les entends se parler, je n'ai plus la force d'écouter et de traduire alors je m'abandonne dans ses bras et ferme les yeux. Je me laisse doucement bercer, et c'est sans vraiment en prendre conscience que je passe une main sous son tee-shirt qui baille de son jean pour toucher la peau de son dos. J'y trace des dessins imaginaires du bout de mes doigts et je sens la chaire de poule faire son apparition, mais il ne dit rien et me laisse continuer.
Je ne sais pas du tout l'heure qu'il peut être quand il se penche finalement sur moi pour me sortir de ma léthargie.
- Viens, je vais te ramener. Je ne vais pas te laisser traverser la ville toute seule dans cet état ! Puis de toute façon, faut que je récupère ma voiture que j'ai laissée devant ton hôtel.
Le retour se fait dans un silence absolu, je n'ai plus envie de parler et lui n'a pas l'air de vouloir rompre le silence non plus. Au moment où nous descendons du bus qui s'arrête au bout de ma nouvelle rue, je lui prends la main à la recherche de tendresse qu'il est le seul à bien vouloir me donner et lorsque nous arrivons enfin devant ma résidence, il me lâche pour se frotter la nuque.
- Bon, te voilà à bon port. Je te donne signe de vie demain d'accord ? Bonne nuit petite Sarah !
Il commence à s'éloigner alors que je n'ai toujours pas parlé. Je rassemble le peu de force qu'il me reste et…
- ATTENDS !
Il se retourne pendant que je me rapproche de lui. Je sais que je m'apprête à faire une énorme bêtise, mais j'avoue que l'alcool que j'ai absorbé ne m'aide pas vraiment à avoir un bon jugement…
Je ne m'étais pas rendu compte d'à quel point il est grand…
Je passe mes bras autour de lui, je veux sa tendresse, encore, toujours plus. Il referme ses bras sans poser de question et recommence à me bercer doucement. Je relève la tête et m'approche dangereusement de ses lèvres, que je lui frôle d'abord, avant de l'embrasser plus directement. Et au moment où nos langues allaient se trouver il me repousse sèchement en me tenant à bout de bras.
- Je peux pas faire ça ! – Annonce-t-il.
- Mais c'est pas vrai ! Je suis si repoussante que ça ou quoi !
J'en ai vraiment marre de cette soirée de merde, vivement que j'aille me cacher sous ma couette ! Il me reprend alors dans ses bras voyant que je m'éloigne déjà de lui, puis me murmure à l'oreille :
- Ça n'a rien à voir, tu es une fille très jolie.
- Alors quoi ? – Je lui demande d'une petite voix.
- J'ai beaucoup de tendresse pour toi, mais pas dans ce sens là. Et puis… je ne peux pas lui faire ça.
Je sais ce qu'il ressent parce que je ressens la même chose. Je suis bien avec Andreas, c'est vrai… mais ce n'est pas lui. Il me fait encore un câlin avant que je ne me décolle de lui, gênée de ce que j'ai tenté et en même temps, très heureuse qu'il n'ait pas profité de la situation.
- Je file, à demain alors. Bonne nuit.
Il m'embrasse la joue avant de s'éloigner de nouveau vers sa voiture.
- Andreas !
Il se retourne, je me sens bête mais :
- Merci, dis-je simplement.
- Merci à toi… il a vraiment de la chance.
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« Salut soeurette (oui j'ai décidé que tu serais ma sœur !!!). Je suis là dans 1h, habille toi pour faire du sport ! Ça va chauffer ! »
Qu'est-ce que c'est que ce délire... je connais mieux comme réveil que les bips intempestifs de mon portable. Je relis le message et… sa sœur ? Je suis fille unique et c'est vrai que j'ai toujours rêvée d'avoir un grand frère qui prendrait soin de moi mais… oui… sa sœur… j'aime bien !
Ça mis à part, franchement : j'ai une tête à faire du sport ? Je retourne ma valise à la recherche de vêtement adéquat mais « un truc sport » ne fait vraiment pas partie de ma garde robe. Je prépare mon éternel petit baggy noir qui ne me quitte plus depuis novembre et un tee-shirt court, puis décroche mon sweat à capuche de l'armoire. Je n'aime pas le mettre sur paris, je trouve qu'il fait trop racaille surtout qu'il est deux fois trop grand pour moi mais bon... il faut savoir se sacrifier, surtout si je n'ai pas envie de me retrouver clouée au lit par une pneumonie !
Et dés que je suis prête, je dévale l'escalier à toute pompe pour allez l'attendre dehors. Mais au moment où je passe devant l'accueil, un faible « mademoiselle » me fait m'arrêter. Je me retourne pour faire face à une enfant de quoi... onze ans ? Elle a, en tout cas, l'air encore plus timide que moi. Je ne pensais même pas que ça pouvait exister.
- Oui ?
- Heu... je suis vraiment désolée de vous déranger mais... ma maman m'a dit que vous connaissiez peut-être les Tokio Hotel. C'est vrai ?
Elle a de long cheveux blonds attachés en différentes petites tresses et porte des vêtements beaucoup trop grand pour elle... le tout me rappelant étrangement quelqu'un.
- Et bien, un peu oui.
Ses yeux s'illuminent et je la vois disparaître derrière le comptoir à la recherche de je ne sais quoi, puis en ressortir en me tendant leur album Zimmer 483.
- Vous pourriez leur demander de me le signer… s'il vous plaît ?
Elle est toute rouge et je dois dire que je la trouve adorable... comment lui résister.
- Bien sûr, comment tu t'appelles ?
- Anaïs, mademoiselle.
Je me présente à mon tour et je suis restée assise sur le carrelage de l'entrée pendant je ne sais combien de temps à l'écouter me parler de sa passion pour le groupe. Et je suis prête à parier tout ce que j'ai qu'elle a un faible pour le chanteur.
- Ah bah t'es là !! Ça fait un quart d'heure que je poirote devant ! – Puis il rajoute d'une voix exagérément charmeuse en voyant Anaïs – Bonjour jeune fille.
Ça doit lui faire plus peur qu'autre chose car elle part en courant se réfugier derrière une porte marquée « Réservé ». Je pouffe de rire devant la mine d'Andreas mais le souvenir de la veille me fait immédiatement rougir. La gêne est pourtant vite oubliée quand il me passe un bras sur les épaules en m'emmenant dehors.
- Ne soit pas timide, j'ai adoré notre soirée.
Je ne le remercierai jamais assez d'avoir l'air si décontracté... ne sachant vraiment pas ce qu'il m'a pris hier soir. Ce matin, avec les idées sereines, il est clair que je ne ressens vraiment rien pour lui. Enfin rien… disons rien dans ce sens là. J'ai vraiment déconné sur ce coup-là !
On s'installe dans la voiture et je l'interroge en le voyant sortir de la ville.
- Tu dois passer au studio pour leur parler et puis… Georg et Gus n'arrête pas de demander quand est-ce qu'ils te verront enfin, alors…
Et voyant que je ne réponds pas, il continue de me titiller.
- Je préfère te prévenir, tu risques de te faire engueuler. – Mais devant mes traits qui se durcissent il rajoute rapidement : – Et range tes griffes la tigresse, il est venu en paix tu sais !
- Bah pas moi. Tu sais ce que ça fait que de ruminer une colère pendant des mois contre une personne puis te retrouver en face d'elle à nouveau ?
Il semble embarrassé par ma question mais il a quand même l'air de réfléchir à ce que je viens de dire.
- En fait, je crois que je n'ai jamais détesté personne à ce point là. – Puis d'un air un peu plus exaspéré : – Mais tu vas lui pardonner un jour d'avoir préféré sa carrière à une petite vie parfaite avec toi ?
- Tu es débile.
C'est sorti tout seul... et je crois que ça l'a un peu vexé. Mais c'est pourtant vrai. Histoire d'arrondir les angles, je précise un peu le fond de ma pensée.
- Je ne lui en voudrais jamais pour ça. Si je lui en veux aujourd'hui, c'est de m'avoir fait croire que ça aurait pu être différent. J'étais sûre que ça se passerait comme ça et j'ai quand même été assez stupide pour me laisser avoir par ses belles paroles.
- Ouai bah c'est déjà pas mal si tu veux mon avis. Mais en fait, le plus gros problème ce n'est pas Tom… c'est toi. Tu te fais du mal depuis des lustres alors qu'il serait si simple de régler le conflit avec lui.
- On peut changer de sujet ? Parce que parler de choses qui fâchent alors que ça fait cinq minutes qu'on est ensemble… c'est pas génial tu vois.
Et le reste du trajet s'est passé entre bagarres avec l'autoradio pour trouver une musique plus sympa et fou rire en tout genre. Puis il s'est garé sur un parking plutôt commun et m'a emmené vers une bâtisse discrète qui se trouvait un peu plus loin. On est alors rentrés dans un hall immense puis je l'ai entendu saluer la standardiste.
- Salut Vicky, ça va ? Ils sont là-haut ?
La dite Vicky qui est en train de parler au téléphone le salut puis lève le pouce pour, je suppose, répondre à sa question. Il me prend par le bras et nous nous engouffrons dans une cage d'escalier pour monter jusqu'au premier étage.
Tout est de couleur clair avec de grands espace et beaucoup de bois... c'est très reposant comme décors. On défile devant plusieurs portes avant qu'il n'en ouvre une sur... la régie.
- Salut les gars, alors ça bosse dure ?
On y trouve deux bonhommes qui me sont totalement inconnus mais qui saluent chaleureusement mon accompagnateur. En réalité, je ne fais pas trop attention à ce qui m'entoure... je n'ai d'yeux que pour ce qu'il se passe à travers une grande vitre.
Tom est concentré sur sa guitare en train de reproduire le même air que l'autre soir dans sa chambre… alors qu'il est le seul à accompagner son frère. Les deux autres membres du groupe écoutent attentivement, assis sur de hauts tabourets.
- C'est lui qui l'a écrite en pensant à toi.
Andreas m'a chuchoté ça à l'oreille mais j'étais tellement loin de tout que ça m'a fait sursauter... ce qui a eu l'air de déconcentrer Bill qui lève enfin les yeux des papiers posés devant lui. Tom regarde dans la même direction que son frère qui vient de se taire et lorsqu'il me voit, fait une mauvaise note atroce avant de bloquer ses cordes en fermant les yeux. Gustav et Georg se rendent alors compte de la situation et posent rapidement instrument et baguettes pour venir à ma rencontre… suivi de prés par les jumeaux qui restent très silencieux alors que leurs amis me serrent dans leurs bras en même temps.
- Sarah. C'est génial de te revoir ! On se demandait quand est-ce que t'allais venir nous voir.
Je suis forcément intimidé mais j'arrive quand même à leur lâcher :
- Vous aussi vous m'avez manqué les gars.
On se parle quelques minutes l'un demandant des nouvelles de mon amie Julie, l'autre voulant connaître ma vie des six derniers mois mais nos retrouvailles sont de courte durée lorsque que mon nouveau frère me mette dehors avec les frères Kaulitz qui n'ont toujours pas ouvert la bouche.
- Allez lui faire visiter le studio, j'ai un truc à voir avec vos amis pendant ce temps-là.
Je déglutis avant de les succéder dans le couloir, mais dés que la porte de la régie se referme, Bill se retourne vers moi.
- Alors ?
Oula... on va commencer par se calmer, c'est pas mon procès !
- Alors quoi ? – Je réponds de manière effrontée.
- Tu te fous de nous ou quoi ! Tu ne te rends même pas compte de l'inquiétude qu'on a pu ressentir ?
Tom... tu aurais mieux fait de te taire, parce que ce que tu viens de dire finit de me mettre les nerfs en boule. Je me retourne vers lui en le pointant d'un index menaçant.
- Alors soyons clairs : Je t'interdis de t'inquiéter pour moi. Tu n'étais pas là quand j'en avais besoin, alors maintenant : écrases !
- Non mais c'est pas parce que tu as décidé de me rayer de ta vie que je vais l'accepter. Putain mais on croyait que t'étais repartie pour Paris !
- Et qu'est-ce que ça peut te faire... Ça faciliterait la vie de tout le monde et puis de toute façon, je suis bien destinée à rentrer chez moi non ?
Mais Bill se met entre nous deux pour arrêter le combat. Le pauvre je crois qu'on l'a un peu exclus dans notre dispute.
- Bon les tourtereaux, vous réglerez vos comptes plus tard. Mais franchement Sarah, ne nous fait plus jamais ça. On t'a perdu pendant une demi-heure et sincèrement, c'était les minutes les plus longues de ma vie.
J'ouvre la bouche pour lui expliquer ma façon de penser mais il me coupe en levant la main.
- Je comprends parfaitement que t'aies voulu allez ailleurs mais tu aurais au moins pu nous prévenir.
Le ton doux qu'il utilise me calme aussitôt, et puis je sais parfaitement qu'il a raison : j'ai agis comme une gamine écervelée et égoïste ! Pourtant, je tiens vraiment à avoir le dernier mot sur cette histoire.
- Je suis désolée d'accord. Mais je sais prendre soin de moi, vous n'avez pas besoin de vous inquiéter comme ça.
- Prendre soin de toi ? – Crache Tom. Ça on a vu... ton dernier repas remonte à quand. La semaine dernière ?
Bill lance un regard haineux à son frère pour avoir remit de l'huile sur le feu, surtout qu'il a utilisé un ton on ne peut plus sarcastique mais je ne m'énerverai plus pour ça.
- Ne m'entraîne pas sur ce sujet Tom. – Lui dis-je simplement.
Mais avant que nos querelles ne reprennent, Andreas passe une tête par l'entrebâillement de la porte et nous lance :
- C'est bon, vous avez réglé le problème ?
Bill regarde son frère qui lève les yeux au ciel en signe d'impuissance puis il répond par l'affirmative.
- Parfait, alors place au basket !
Et d'une seule et même voix, nous lui demandons tous les trois, incrédules :
- Au quoi ?
- J'ai réussi à débaucher vos copains. Vous êtes ici depuis je sais pas combien de temps à bosser donc... dehors !
Mais je vois Bill pâlir à vu d'œil.
- Heu... dois-je vous rappeler qu'on a un show-case a assurer dans deux jours ?
Mais c'est Gustav qui finit de le convaincre.
- Nous on est prêt. Et comme t'es allergique au sport, t'as qu'à prendre tes chansons et les bosser sur place.
Le brun rend les armes, à mon grand désespoir.
- D'accord mais... moi je n'y ai jamais joué de ma vie ?
Tous les garçons se retournent vers moi comme si je venais d'annoncer une catastrophe, puis c'est Andreas qui rompt le silence l'air complètement blasé.
- Toute erreur est réparable. Bon, on vous attend dehors !
Puis il m'entraîne avec lui vers la sortie, mais j'ai quand même le temps d'entendre Bill menacer son frère.
- Tom, je te jure que tu te casses un doigt à deux jours du concert et je te coupe ce qui est censé te servir un jour à faire de moi un oncle, c'est clair ?
- Limpide mon cher frère.
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Au bout d'un temps infini, et de nombreux tour et détour (en gros, je suis complètement paumée dans une ville que je ne connais pas) nous arrivons à un terrain multisports. Toute la troupe d'hier soir est là, et je sens certains regards pesant vers Andréas et moi. C'est vrai qu'on arrive bras dessus, bras dessous et qu'on est partis ensemble hier mais bon... y'a pas de quoi en faire tout un film. J'abandonne les mecs et me dirigent vers mes nouvelles amies.
- Salut les filles !!
- Salut, alors bonne pioche hier soir ? – Me taquine Anke.
Raaah mais j'en étais sûre !!
- Oui, je vous présente mon grand frère ! On s'est trouvés des liens de parentés hier soir.
Elles me regardent l'air effaré, et je me sens obligée de préciser qu'il s'agit d'une blague avant qu'elles ne crient à l'inceste.
- Oh… c'est tout ! Vous avez l'air pourtant très proche. – Relance Eva.
Mais c'est que je dois me justifier en plus ! J'échange un regard avec Lena en quête de soutient, mais son visage veut clairement dire « te prends pas la tête pour elles ».
- Bon soyons claires. Il ne se passe rien, et il ne se passera jamais rien. On a beaucoup parlé hier soir, j'avais besoin de me confier, et maintenant, il me couve. C'est tout !
Et je change de sujet immédiatement en regardant le terrain.
- Alors, vous savez jouer ?
- Oh, savoir jouer est un bien grand mot. Disons qu'on bouche les trous sur le terrain c'est déjà ça !
Et nous rigolons toutes les quatre. Ce match promet au moins d'être drôle. Je pose mon sac et enlève mon manteau, et lorsque je me penche pour déposer le tout par terre, j'entends vaguement Anke demander à Lena.
- Tom fait encore la tronche, qu'est-ce qu'il a en ce moment ? Il est pire qu'une nana qui a ses règles.
Mon cœur se sert, mais je tente de ne pas y porter trop d'importance tout en étant, malgré moi, persuadée que s'il fait la tête c'est parce que je suis là.
Les équipes se forment finalement : Lena, Gustav, Andreas, Viktor et moi contre Tom, Georg, Olli, Eva et Anke. Mon grand frère essaye patiemment de m'expliquer les bases de ce sport, mais entre le fait que c'est la première fois que je joue et que les explications sont en allemand, il abandonne vite en résumant la situation.
- Si tu as la balle et que tu te sens de marquer, vise le panier, sinon passe à quelqu'un.
Voila, comme ça j'ai compris ! Après tout je ne m'appelle pas Mickael Jordan moi.
Le top est lancé et je vois tout le monde courir dans tous les sens. J'essaye de suivre le mouvement et arrive à passer quelques balles, mais la plus part du temps je fais des fautes et ça me fait bien rigoler de voir Andreas s'arracher les cheveux à chacune d'elles. J'ai même réussi à faire un panier au grand étonnement de chacun.
Ça fait je ne sais combien de temps que nous jouons et je sors du terrain quelques minutes histoire d'étancher ma soif. Je récupère la bouteille d'eau que j'ai fourré dans mon sac ce matin quand tout un coup j'entends des tas de cris. Je regarde spontanément vers le terrain lorsque soudain…
Je me retrouve les fesses sur le bitume et du sang commence à s'écouler de mon nez.
En gros je viens de me manger le ballon en pleine tronche… ça fait pas plaisir. Ça fait même franchement mal si vous voulez tout savoir. Je me mords l'intérieur de la joue pour ne pas couiner de douleur, mais je sens quand même des perles d'eau s'accrocher à mes cils. Je respire profondément quand une tornade blonde se jette sur moi… Tom !
- Je suis désolé, excuse-moi. T'as mal ? Qu'est-ce que je peux faire ? Attend, penche la tête en arrière…
A peine a-t-il le temps de poser un doigt sous mon menton qu'il se fait éjecter par son meilleur ami.
- Ça va Sarah ?
Je fais un signe que oui tout en plaçant un mouchoir sur que Bill me tend mon nez, en faisant la grimace. Je suis entourée de tous les joueurs qui me regardent maintenant avec appréhension.
- C'est bon !! J'ai rien de casser, un ballon n'a jamais tué personne, vous pouvez respirer.
Les filles poussent un soupire de soulagement et Andreas se relève et commence à s'engueuler avec Tom. Ça parle trop vite. Beaucoup trop pour que je comprenne quoi que se soit. Mais je ne suis pas idiote. Je me relève donc et pose une main sur le bras de mon frère pour le calmer. Je n'ai pas envie qu'il s'engueule avec son meilleur ami à cause de moi.
-
POV Tom
- MAIS T'ES COMPLETEMENT MALADE OU QUOI ???? TU PEUX PAS FAIRE ATTENTION ! – Continue de hurler Andreas.
- OH ÇA VA, ELLE EST ENTIERE TA COPINE, TU POURRAS TOUJOURS LA CALINER… ET PUIS QU'EST-CE QUI C'EST PASSE HIER SOIR ?
Merde… je m'étais promis de ne pas poser de question à ce sujet.
- Mais t'es jaloux ma parole !!! T'avais qu'à venir si tu voulais la préserver…
- NON MAIS N'IMPORTE QUOI ! Jaloux !! Et puis quoi encore. Tu te farcies qui tu veux, c'est pas mon problème.
Je sais que je suis particulièrement injuste dans mes propos, parce que le fait de penser qu'il s'est « farcie » Sarah me hérisse le poil. En plus... je sais juste de la bouche de Viktor qu'ils sont partis ensemble hier soir et qu'ils avaient l'air très proche. Rien de dramatique mais je suis un mec et « très proche » avec une fille… ça n'existe pas !
- Tu vas trop loin Tom ! Laisse la tranquille, tu ne sais rien de ce qu'elle a traversé ! Fais face à ce que tu ressens une bonne fois pour toute.
Mais il me gave là !!
- Oh c'est bon, viens pas me faire la moral ! C'est pas faute d'essayer de lui parler figure-toi ! J'y peux rien si dés qu'elle me voit elle part en courant ou qu'elle m'accable de tous les maux de la Terre !
- T'es vraiment un sale con quand tu t'y mets. Je te si…
Sarah vient de poser une main sur le bras de mon ami. Je suppose qu'elle n'a pas tout compris, il est vrai que nous nous sommes un peu enflammés. Ils s'échangent alors un regard lourd de complicité pendant que moi, je réalise où est-ce que je me trouve.
Je regarde autours de moi, j'avais complètement oublié la présence de mes amis… et ils ont l'air aussi gênés que moi. Putain, faut que je me calme.
Je quitte le groupe, prends ma veste accrochée au grillage et part du terrain sans un regard en arrière.
