CHAPITRE 16
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POV Sarah
Finalement après ce spectacle et le départ de Tom, tout le monde a recommencé à jouer, sauf moi. Je tiens trop à mon nez pour l'exposer une seconde fois à une mort certaine !
Bill non plus n'est plus sur le terrain. Il est parti à la recherche de son jumeau un bon quart d'heure après sa fuite, expliquant qu'il devait s'être calmé… mais ils ne sont toujours pas revenus. De mon côté j'ai mis mon lecteur mp3 en marche et je vide mon sac à la recherche de mon cahier de dessin... que je ne trouve pas. Mais qu'est ce que j'en ai fichu !
J'ai commencé à dessiner pour me changer les idées il y a quelques mois. Je ne pense pas avoir un don particulier mais gribouiller avec un crayon, ça me détend. Du coup, à bout de nerf, je récupère une vieille facture au fin fond de mon sac et me mets à dessiner des détails : un arbre par ci, un panier de basket-ball par là, des fleurs qui poussent sur le bitume… tout y passent.
J'en suis à dessiner des motifs imaginaires lorsque je sens quelqu'un me tapoter l'épaule. Je lève les yeux sur l'inconscient qui a osé me sortir de mon état comateux et fait face à ce regard qui me hante depuis tant de temps.
- Je peux m'asseoir ?
De mauvaise grâce, je pousse mon sac et mes affaires que j'ai étalés partout pour lui faire un peu de place. Il cale son dos contre le grillage et souffle un bon coup avant de parler.
- Excuse-moi.
Il n'ose même pas me regarder en disant ça ! Il reste obstinément fixé sur nos amis qui occupent encore le terrain. Devant son manque d'implication je réponds plus sèchement que je ne le voudrais :
- C'est pas grave, du moment que tu ne m'as pas pété le nez.
Il regarde Anke faire une passe désastreuse à Viktor avant de reprendre, mais toujours en regardant ailleurs.
- Je ne parlais pas que du ballon.
... Se sont les premières excuses qu'il me présente par rapport à ce qui s'est passé entre nous. Ce qui a le don de faire fondre ma colère comme neige au soleil... mais ça ne suffit pas à me faire oublier.
- Laisse tomber d'accord ! Je suis une grande fille et j'ai très bien compris le message.
Il ne me répond pas, et le silence se prolonge encore une fois. Jusqu'à ce qu'il murmure :
- Justement… je ne crois pas.
Il s'est alors relevé et le groupe est reparti travailler en studio. Bill n'arrêtait pas de me regarder avec des yeux de cocker mais celui qui m'a le plus intrigué a été Gustav.
- Il faut que tu sois à 19 heures tapante à ton hôtel ! C'est super important, tu y seras ?
J'ai juste le temps de lui promettre avant de le voir rejoindre les trois autres en courant. Après ça, j'ai cherché toute l'après-midi un sens à ce qu'à voulu me dire Tom... mais sans succès. J'ai même demandé des explications à Andreas qui ne m'a pas été d'une grande aide.
- Tom ne parle pas facilement de ce qu'il ressent, il préfère l'action aux grandes explications. Et je ne sais pas pourquoi mais vis-à-vis de toi, on dirait qu'il ne sait pas comment faire. Je ne l'ai jamais vu comme ça.
Chouette, je suis super contente d'apprendre qu'il réagit bizarrement avec moi... mais entre nous, je m'en tape. Le résultat est le même, c'est-à-dire : pas brillant ! Je descends de sa voiture en lui demandant si on se voit ce soir mais j'ai l'impression de nager en pleine troisième dimension.
- Ah non pas cette fois ! Tu vas avoir une soirée trop chargée pour ça.
Ah bon... je n'étais pas au courant. Je regarde sa voiture disparaître au coin d'une rue et me frappe le front : mais quelle gourde ! J'ai complètement oublié le CD d'Anaïs... elle va être super déçue !
Je passe devant l'accueil en courant pour éviter de la croiser et m'enferme dans ma chambre. Une bonne douche plus tard et un passage de vêtements propres, il est déjà 19h12 et je n'ai toujours pas de surprise... ça commence à me travailler cette histoire. En fait, non. Ça m'a bouffé le cerveau toute l'après-midi !
Je lance une série de musique sur mon ordinateur pour me distraire de cette attente, et c'est à la demi passée qu'on toque enfin à ma porte. J'ai cru que j'allais faire un arrêt cardiaque tellement ça m'a surprise et une fois la peur passée, j'ai ouvert la porte sur un très mélodieux :
- Tu croyais quand même pas te débarrasser de moi comme ça ?
J'éclate alors de rire en me notant pour plus tard de faire un énorme bisou à Gustav.
- Julie... mais qu'est-ce que tu fous là ?
On se tombe dans les bras puis elle me pousse de devant la porte pour rentrer avec ses deux grosses valises.
- Je me le demande bien ! Venir épauler une amie qui ne prévient même pas qu'elle part à l'étranger. T'as pas honte ?
- Je ne voulais pas t'inquiéter. – Avoue-je piteusement.
- Et bien c'est raté ! Quand Gus m'a raconté ce qui se passait ici, j'ai rappliqué illico. Tu n'es vraiment pas raisonnable !
Bon... elle a l'air au courant concernant l'ambiance environnante : ça c'est fait. On passe tout de suite à la partie où je me fais tuer ?
- Et je sais aussi que tu esquives Tom comme la peste alors que tu devais lui casser la gueule et éventuellement lui sauter dessus après !
Heu... je n'étais pas au courant de cette seconde partie du programme ! Mais mon amie reprend alors sa litanie.
- Mais c'est tant mieux. JE vais pouvoir lui casser la gueule et TU pourras jouer à l'infirmière après.
- HEY ! Mais calme-toi tout de suite avec ça. Qui te dit que j'ai envie de lui pardonner ?
Elle arrête tout mouvement alors qu'elle était en train de vider une de ces valises et me lance un regard effaré.
- Oh arrête ! Tu ne serais jamais venu ici sinon.
Ça fait dix minutes qu'elle est là... et elle m'agace déjà. Je l'adore !
- Dois-je te rappeler qu'il s'est consolé avec la moitié des filles qu'il a croisées depuis ? Il s'en fiche de ce que j'ai pu vivre, il veut juste se donner bonne conscience parce qu'il a pitié de ce que je suis devenue à cause de lui.
Elle se contente de bouger la tête de droite à gauche en faisant la moue.
- T'es mignonne mais la partie psychologique de l'affaire, tu me la laisses d'accord ? Vue comment il est tout bizarre depuis que t'as débarqué... ça ne peut pas être que de la pitié.
Elle me bluff, c'est impossible qu'elle soit au courant de tant de choses. Et d'un coup, une petite lumière s'allume au dessus de ma tête. Je la sonde du regard et la sens se tendre légèrement. Comme si elle savait qu'elle en avait trop dit.
- Tu parles avec Gustav tous les combien ?
Bon, elle a au moins l'honnêteté de rougir un peu avant de me répondre de façon très rapide et en articulant le moins possible :
- Presque tous les jours mais ne parlons pas de ça.
Comment ça ne parlons pas de ça... elle se fiche de moi ou quoi ?
- Tu vas jouer l'hypocrite longtemps à me dire que t'es là uniquement pour moi ? Avoue que t'es pressé de le revoir !
Et on rigole ensemble devant tant de mauvaise foi commune. Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas déliré là-dessus tiens !
- Ok, t'as gagné. J'ai pas réussi à me le sortir de la tête et je suis dingue de lui, t'es contente ?
- Bah un peu ! Depuis le temps que j'attends d'entendre ça. Et lui, il voit ça comment ?
Elle hésite un peu et m'explique finalement que le sujet n'a jamais été abordé dans leurs différents mails.
- Et ben, j'ai du boulot parce qu'entre vous deux et Lena et Bill...
- C'est qui elle ? – S'étonne-t-elle en entendant un prénom inconnu.
Je lui raconte alors mes quelques jours passés ici : Andreas, les soirées arrosées, les rencontres que j'ai pu y faire, Andreas, le studio, les engueulades avec Tom, Andreas... on s'est parlées pendant des heures pour rattraper le temps perdu.
- Bon, et bien c'est décidé. Demain, je veux aller au studio, j'ai trop envie de les revoir !
Bah ça tombe bien... j'ai un CD à leur faire signer. J'envois un message à mon blond de service pour savoir s'il peut nous servir de chauffeur et mon portable bipe la minute d'après.
« T'as l'air d'avoir la pêche... j'ai hâte de la connaître. Pas de problème pour demain, je vous embarque à 15h. bisouille »
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15h… ça nous a laissé le temps de bien dormir après une quasi-nuit blanche et surtout le temps de dévaliser les boutiques de fringues d'une rue piétonne située proche de l'hôtel. Je me suis surprise à oublier mes soucis pendant un temps j'ai passé quelques heures de pur bonheur avec ma Julie.
Elle était excitée comme une puce toute la journée de rencontrer Andreas. Et sans vouloir m'avancer, je crois qu'elle parle encore plus que lui. Du coup ils n'ont pas arrêté de jaqueter pendant le trajet… puis finalement, la sentence est tombée.
- Je comprends pourquoi les garçons vous apprécient autant toutes les deux. Je vous trouve trop géniales !
En même temps, je pense que pour déplaire à mon frère, faut vraiment en vouloir. Ceci dit, c'est le genre de compliment qui fait toujours plaisir à entendre.
On rentre enfin dans la bâtisse où ils répètent comme des machines depuis des jours, disons bonjour à l'éternelle Vicky et montons gaiement l'escalier menant au premier étage. Mais ma bonne humeur dégringole de quelques points quand j'entends Andreas saluer une personne que j'aurais vraiment souhaité ne pas revoir.
- Tiens David, ça faisait longtemps. Comment allez-vous ?
Je lève la tête en même temps que lui et le vois soupirer alors qu'on s'échange un regard… ce qui ne fait qu'accroitre mes ressentiments contre lui. Il ne prend même pas la peine de répondre à Andy, se contentant de me demander :
- Vous avez changé d'avis à ce que je vois ?
Mais je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche que Julie se met devant moi en le menaçant d'une voix que je ne lui connaissais pas.
- Alors vous, la ferme ! C'est de votre faute si mon amie se retrouve dans cet état alors je vous interdis de lui parler. Je ne vous autorise même pas à poser les yeux sur elle, c'est clair ? Elle n'est certainement pas là pour ce que vous pensez, donc vous oublier jusqu'à son existence !
Puis elle lui tourne le dos de la façon la plus naturelle qui soit pour demander à Andreas où est-ce qu'il faut aller. Il lui montre du doigt la direction à prendre, les yeux écarquillés de stupeur puis se penche vers moi.
- Dis donc, faut pas l'énerver ta copine.
Je ne réponds rien mais je ressens pour elle une gratitude telle que je ne pourrais jamais lui exprimer. L'avoir à mes côtés me fait un bien fou, je me sens tellement plus en confiance, tellement plus forte. On abandonne David qui n'a toujours rien trouvé à répondre puis entrons dans la même pièce qu'hier. Les deux régisseurs de l'autre jour sont encore là et c'est sous les regards ahuris de tous, sauf du mien, que Julie toque au carreau pour signaler au groupe notre arrivée. Le fait qu'ils soient en pleine répétition n'a pas l'air de la perturber outre mesure.
Et pour être honnête, je crois que je n'ai jamais vu le visage de Gustav comme je suis en train de le voir en ce moment. Il a un sourire presque timide mais ses yeux brillent de mille éclats.
Manifestement, il ne va pas falloir les pousser beaucoup ces deux-là.
Après les exclamations de bienvenue, tout le monde se claque une bise dans un désordre organisé mais j'arrive malgré tout à esquiver Tom et lorsque Bill demande ce que mon amie fait ici, elle se contente de répondre :
- Je suis venue la surveiller, sans moi elle ne fait que des bêtises.
J'intercepte très bien le regard du guitariste qui veut clairement dire « à qui le dis-tu » mais je suis très soulagée de voir qu'il en prend aussi pour son grade.
- Et je voulais te fracasser la tronche aussi…. Mais t'as de la chance, je suis trop contente de te revoir pour ça.
- C'est dingue ce que vous vous ressembler tous les deux. – Annonce Georg en pointant du doigt mon amie et Andreas à tour de rôle.
C'est tellement vrai que je me traite d'idiote de ne pas m'en être aperçue plus tôt. C'est sans doute pour ça que je me sens si bien en sa présence à lui. Et j'éclate d'un rire franc en même temps que les autres quand Tom réplique d'un ton boudeur :
- Peut-être… mais Andreas ne m'a jamais menacé alors qu'elle, elle n'arrête pas !
Je me sens si bien, là, maintenant, tout de suite. Avec eux, avec Julie, avec lui dont je sens le regard sur moi. Ça me rappelle Paris et tous ces souvenirs que j'ai appris à détester alors que j'avais juré à Bill de les préserver. Je me prends la tête depuis des mois alors que finalement, la vie pourrait être beaucoup plus simple. Je me fais sortir de ma torpeur par mon décoloré de frère.
- T'avais pas un truc à leur demander au fait ?
Un truc ? Ah oui, c'est vrai… nom d'un chien, je suis vraiment trop tête en l'air. Je sors leur album du fin fond de mon sac et lorsque je leur tends, Georg ironise :
- Tu veux qu'on te dédicace notre album ?
Je lève les yeux au ciel en l'insultant de crétin et explique ma rencontre avec Anaïs.
- Elle veut juste un souvenir de vous. Et je crois pouvoir annoncer sans trop de problème qu'elle à un faible pour toi Billou.
Il se fait un peu chambrer par tout le monde, en déconnant sur l'âge de la fan mais je vois aussi des échanges de regards entre les quatre membres du groupe.
- Si Andy est d'accord pour servir de chauffeur, t'as qu'à la faire venir pendant qu'on noircit les pages de la jaquette. – Lance alors Gustav.
Je suis tellement étonnée et surprise que j'en suis à me dire que je ne comprends pas vraiment ce que je viens de comprendre.
- La faire venir… maintenant… ici ?
Le batteur lève ses épaules pour signaler l'évidence de la situation pendant que je me fais tirer le bras par le blond de service qui trouve l'idée plus que géniale. Je fais donc irruption comme une fusée dans l'hôtel pour tenter de convaincre les parents d'Anaïs de la laisser venir avec moi. Son père n'a pas été très emballé car il ne connaissait pas les jumeaux et entre leur look excentrique et mon malaise de l'autre jour… il a fallut toute la persuasion de sa femme pour que la petite puisse passer quelques heures dehors.
J'ai dû raconter à la pauvre Anaïs un mensonge tellement grotesque que je me demande comment elle y a cru, afin de lui laisser la surprise, et Andreas a aussi dû l'amadouer un peu tellement elle était stupéfaire de le revoir.
- Mais… vous êtes leur meilleur ami ?
J'ai souri en le voyant s'accroupir au niveau de la petite pour lui parler.
- Alors pour commencer, on va se tutoyer toi et moi d'accord ? Ensuite, je suis effectivement leur ami mais je sers aussi de chauffeur à la demoiselle qui loge chez tes parents. Et toi, tu dois être Anaïs pas vrai ? Tu sais qu'elle m'a beaucoup parlé de toi ?
La petite m'a lancé un regard tellement plein de reconnaissance que je m'en suis sentie mal à l'aise. J'ai tenté de noyer le poisson pendant tout le trajet en voiture mais elle n'est pas si bête que ça et lorsqu'elle a lu les lettres S.T.U.D.I.O. sur la porte de l'immeuble, j'ai vu son visage pâlir à vue d'œil. Tellement que je pensais qu'elle allait être malade. Et d'un coup, elle s'est mise à bafouiller, ce qui m'a rassuré sur son état de santé. Au final, elle a juste la frousse !
-Je… non… ils…là…
Je me suis mordue la joue pour ne pas qu'elle pense que je me moque d'elle en rigolant franchement de la situation, mais sa panique est tellement adorable. Je la pousse dans le hall en lui demandant de baisser le ton de ses jérémiades, la traîne dans les escaliers et m'arrête devant la porte qui nous sépare des autres alors qu'Andy est déjà rentré.
- Bon, tu respires d'accord ? Il faut que tu saches que leur idée, ils avaient envie de te rencontrer… t'es contente ?
Elle écarquille encore un peu plus les yeux et j'essaye de la rassurer.
- Pourquoi est-ce que tu paniques ? Tu sais, se sont des jeunes comme toi et moi. Tu verras, ça va très bien se passer.
Dés la porte passée, les garçons vont immédiatement à sa rencontre et elle me donne l'impression de débarquer sur une autre planète. Elle ne sait pas où regarder tellement il y a à voir, puis commence peu à peu à se faire à leur présence. Elle pose toutes sortes de questions qui lui passent par la tête en les remerciant à peu prés toutes les deux minutes pour le CD qu'elle a récupéré, noir de mots gentils et divers dessins.
Elle avait l'air aux anges et lorsqu'ils lui ont demandé quelle était sa chanson préférée pour la lui jouer, la petite s'est vraiment faite toute petite.
- Oh non, ne vous embêtez pas pour moi. C'est déjà énorme d'être ici…
Et c'est Bill qui a tranché.
- Très bien, dans ce cas tu entendras nos nouveaux morceaux en avant-première.
Nous avons alors laissé les garçons s'installer, échanger quelques mots puis commencer un morceau très rock, suivi de prés par une ballade. Anaïs avait les yeux tellement brillant que j'avais peur qu'elle ne pleure. Mais au moment de jouer la troisième, Tom a annoncé qu'il ne pouvait pas la jouer maintenant.
- On est censés la jouer demain devant tout un public et elle est plus que parfaite. Pourquoi tu ne veux pas la jouer ?
Ils se sont fixés quelques instants, puis le chanteur a rendu les armes.
- T'as gagné, mais tu seras bien obligé de la lui faire entendre à un moment ou à un autre.
C'est un vrai secret de polichinelle, personne n'a l'air de suivre la conversation alors qu'en dehors d'Anaïs et de Julie, tout le monde à très bien compris d'où venait le problème. Les garçons parce qu'ils connaissent la chanson et moi parce qu'il ne m'a fallut que quelques secondes pour lire dans les yeux de Tom… il s'agit de la chanson qu'il a écrite pour moi.
Le groupe a posé les instruments mais Anaïs n'a pas du tout eu l'air déçue, bien au contraire. Et comme toutes les bonnes choses ont une fin et il a fallu penser à rentrer chez nous pour les laisser de nouveau travailler. J'étais en train d'enfiler mon manteau quand elle a demandé un marqueur à Bill, qu'elle m'a ensuite tendu en même temps que le CD.
- Je voudrais un autographe de la personne grâce à qui j'ai passé la plus belle journée de ma vie.
Forcément j'ai rougi comme une tomate en repoussant le marqueur... je n'ai rien fait pour mériter autant de gratitude.
- Ce n'est pas moi, c'est eux qui ont eu l'idée. Tu ne me dois rien du tout Anaïs.
Mais elle m'a recollé le stylo dans les mains en tenant fermement l'album sous mon nez. Tout le monde s'est mis à m'encourager et je lui ai gribouillé quelques mots en étant plus que gênée. Elle m'a ensuite fait un câlin en bonne et due forme, sous les rires de tous.
Chacun a ensuite dit au revoir à l'autre et j'ai bien cru qu'Anaïs ne lâcherait jamais le cou de Bill. C'est seulement après lui avoir promis qu'ils se reverraient bientôt qu'elle a consenti à le laisser respirer de nouveau. J'ai aussi vu Tom se diriger vers moi, mais je me suis tournée immédiatement vers Gustav en une faible esquive.
Je n'y peux rien… je ne veux pas lui parler. Pas ici en tout cas.
La petite m'a agrippé la main jusqu'au parking et nous sommes retournés au parking en respectant son silence. Elle devait être en train de graver chacun des moments passés, et Andy et moi avons partagé un sourire complice.
Ce n'est que lorsque je m'apprêtais à monter à mon tour dans la voiture que j'ai entendu qu'on hélait mon prénom. J'ai levé les yeux pour voir Tom s'approcher en trottinant et au moment où j'ouvrais la bouche, il m'a stoppé net.
- Ne dis rien ! Tu vas encore t'énerver et... enfin bref. Venez à 10 heures demain matin au studio, on vous embarque toi et Julie pour le concert… Salut.
Il a parlé très vite, levé la main pour me saluer et je l'ai vu se détourner... avant de revenir vers moi rapidement pour me serrer dans ses bras. C'est tellement rapide et soudain que mon souffle se coince dans ma gorge. Par réflexe, j'ai posé une main sur son flanc et je profite du moment, comme une lâche, pour m'enivrer de son odeur. Cette étreinte est agressive, non pas à cause de Tom qui est plus doux qu'il n'a jamais été mais simplement parce que j'ai l'impression que toutes les sensations qui m'avaient quitté réintègrent mon corps en une seule et même seconde... c'est comme si mon cœur, après des mois de mise en veille, recommençait à battre normalement. Mais le pire a été quand il s'est penché pour me murmurer :
- Tu me manques.
Des mots qu'il n'avait jamais osé me dire auparavant et qui m'ont marqué comme un fer rouge. Il s'est ensuite redressé et si je pensais bien ne pas voir son éternel sourire en coin, j'ai quand même été bouleversée par l'infinie tristesse que me renvoyaient ses yeux.
Je l'ai regardé s'éloigner pour finalement disparaître dans le bâtiment sans se retourner, jusqu'à me faire sortir de mes rêveries par Andreas.
- Soit tu lui cours après pour enfin mettre les choses au point, soit tu poses tes fesses dans la voiture. Mais quoi que tu fasses, fais-le vite !
Je regarde une nouvelle fois le bâtiment, me secoue la tête et m'installe finalement dans le véhicule. Ce n'est pas parce que j'ai perdu la tête pendant deux minutes que je vais effacer ces derniers mois de souffrance. Moi qui pensais pouvoir éviter une nouvelle confrontation avec Andreas sur ce sujet épineux, quelle n'est pas ma surprise d'entendre Anaïs.
- Pourquoi tu ne l'aimes pas Tom ?
Bon sang mais... c'est quoi cette question ?
- Qu'est-ce qui te fait penser que je ne l'aime pas ?
Elle lève les épaules comme si c'était évident et répond :
- Il t'a regardé toute l'après midi alors que tu l'as complètement ignoré... tu lui as même pas dit au revoir.
Mais comment peut-elle avoir eu le temps de voir tout ça ? Voyant que je ne réponds toujours pas – étant donné que je suis encore en train de réfléchir à ce que je pourrai lui dire – elle relance :
- Moi quand je dis pas au revoir à quelqu'un, c'est parce que je l'aime pas. Mais je suis sûre que lui il t'aime beaucoup... je comprends pas.
Je suis complètement ébahie par la perspicacité dont elle peut faire preuve malgré son jeune âge, et c'est Julie, en se moquant bien de moi, qui lui demande des détails.
- Pourquoi tu penses qu'il l'aime beaucoup ?
Je me retourne pour lui taper la jambe afin de la faire taire, mais j'avoue être curieuse des pensées d'Anaïs.
- Il était mal à l'aise de jouer une chanson devant elle, et puis, je ne sais pas… sa façon d'être avec elle. Il l'évite alors qu'il cherche à attirer son attention en même temps... plus j'y pense et plus je me dis qu'il y a un mal entendu entre eux.
On la regarde comme si elle descendait d'une autre planète et devant nos air ahuris, elle rajoute dans un sourire :
- Il faudrait arrêter de croire que parce que j'ai onze ans... je n'ai pas d'yeux pour voir les choses.
Et Ju' finit d'enfoncer le clou
- Sarah... je crois que t'as plus d'excuses : il faut vous parler !
- Ah non mais tu vas pas t'y mettre aussi, espèce de traîtresse !
Si elle, qui lui en voulait tellement, se met aussi de son côté... je vais vite me sentir seule.
- Tu veux pas me dire pourquoi tu l'aimes pas ?
Raah ! C'est qu'elle ne lâche jamais le morceau la petite.
- Y'a rien à dire, c'est pour ça que je ne dis rien. – Dis-je finalement de mauvaise grâce, refusant de me prêter à cette mascarade.
- C'est à cause de lui que t'as l'air toujours triste ?
Bon, j'abandonne... c'est ma Julie puissance l'infini pour ce qui est de cerner les gens. Je croise les bras en une maigre défense, et fait genre de ne rien entendre.
- Tu ne devrais pas être triste... parce qu'il est triste lui aussi. Si vous vous parliez, peut-être que vous iriez mieux tous les deux.
- J'ai pas envie que ça aille mieux – lui dis-je de façon boudeur.
Et c'est sur cette phrase que je me suis visée les écouteurs de mon lecteur mp3 sur les oreilles… je vais pas parler de mes problèmes à tout le monde non plus !
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- Dépêche toi, on va être super à la bourre !
Je cours dans toute la chambre pour récupérer mes affaires éparpillées aux quatre coins de la pièce pendant que ma meilleure amie me met une pression monstre.
- Mais qu'est-ce que tu fous, ils ne vont pas nous attendre pendant des heures !
Cette scène ne vous rappelle t-elle pas quelque chose ? J'adore cette normalité qu'elle arrive à faire naître dans ma vie... c'est ma Julie !
- Ah non, tu ne vas certainement pas mettre tes baskets pourries !
- Heu... moi et mes baskets pourries, on t'emmerde – lui dis-je vexée !
Mais je la vois s'allonger sous le lit pour me balancer finalement mes bottes à talon haut qui traînaient au fond d'un de mes sacs.
- Comme ça, si t'as besoin d'éclater une fan, se sera plus facile.
J'enfile les chaussures sans relever son sarcasme et suis au final, très satisfaite du résultat. Elles vont particulièrement bien avec mon pantacourt et ma veste de cuir... ça fait bien longtemps que je ne m'étais pas sentie si féminine.
On descend en catastrophe et croisons Anaïs dans le hall, qui nous regarde avec un petit sourire timide. On lui colle une bise sur chaque joue pour lui souhaiter le bonjour, et poursuivons notre chemin sous les rires de Julie après avoir entendu la petite me crier :
- Parles lui !
Elle lâche jamais l'affaire je vous dis !
En tout cas, le chauffeur de taxi était particulièrement content de nous voir descendre de sa voiture tellement on n'arrêtait pas de le presser. Pourtant ça n'a pas suffit et on s'est faites engueuler par les gars qui nous attendaient depuis un bon quart d'heure.
- Oh ça va hein ! Depuis quand est-ce que des filles arrivent à l'heure ? – Les rembarre alors Julie.
J'adore cette fille !
Je ne sais pas si c'est inconsciemment ou pas, toujours est-il qu'on a tous fait en sorte que Gus se trouve à côté d'elle dans le véhicule et personnellement, je me suis arrangée pour éviter la place libre à côté de Tom... j'ai préféré son jumeau.
Le batteur et mon amie se sont ensuite lancés dans une discussion sans fin alors que Georg décidait de finir sa nuit et que le guitariste allumait son lecteur de musique. Bill s'est donc naturellement tourné vers moi pour lancer la conversation.
- Alors, Anaïs s'est bien amusée hier ?
- Tu rigoles, elle a adoré ! Je crois que si elle n'était pas encore amoureuse de toi, maintenant c'est fait.
Je constate que ces joues se colorent un peu mais il se reprend vite son aplomb.
- Tu sais qu'elle m'a demandé pourquoi est-ce que tu n'aimais pas mon frère ?
Ah non mais je craque...
- Et tu lui as répondu quoi ?
- De te poser la question directement.
Il fronce légèrement les sourcils avant de me demander :
- Tu le détestes vraiment ?
Je me demande tous les jours comment est-ce que je peux ressentir tant de choses différentes pour une seule et même personne… mais non, je ne le déteste pas.
- Tu penses vraiment que si c'était le cas je serais encore là ?
- Oh bah avec toi, je m'attends à tout.
J'ai vraiment l'impression de passer pour la mégère de service ! Le silence se réinstalle en dehors des babillages de ma copine et je trouve enfin le courage m'intéresser à ce que peut ressentir Tom… y'a du progrès !
- Et lui... il pense quoi de tout ça ?
- Il est malheureux, peut-être autant que toi. Je sais que c'est moins visible mais je peux t'assurer que ça n'a pas été facile pour lui non plus. Je... je sais que ça ne me regarde pas mais, tu avais marqué sur la lettre que je lui ai donnée ?
Je suis un peu étonnée. Non, très étonnée. Je pensais sincèrement que Tom lui aurait montré. Et je ne vois pas vraiment le rapport avec la situation actuelle.
- Pourquoi ?
- Simplement que ça l'a complètement bouleversé... lui qui n'est pas vraiment sujet à ce genre de ressenti. Ça m'intrigue, je l'avoue. Surtout qu'on n'a aucun secret l'un pour l'autre alors qu'il refuse obstinément de me montrer ce fichu bout de papier.
- Il l'a gardé ? Je demande surprise. – Je pensais qu'il l'aurait jeté en voyant ce que j'avais osé lui avouer.
Pourtant, Bill arrive encore à me surprendre. Et j'enregistre l'information comme le plus précieux des trésors, malgré l'ironie avec laquelle il le dit.
- S'il l'a gardé ? Je suis sûre qu'il est encore dans son portefeuille !
Je finis par lui répondre timidement, les yeux rivés sur le paysage qui défile sous mes yeux et commence lentement à faire tourner le médiator qu'il m'avait donné lors de leur concert à Paris. Je sens pourtant sur moi un regard insistant et lorsque je reporte mon attention à l'intérieur de l'habitacle, c'est pour voir Tom fixer le bout de plastique entre mes doigts... que je range immédiatement dans ma poche. Lui non plus ne m'a jamais quitté. Bill ne fait aucun commentaire par rapport ce qu'il vient de voir... et c'est tant mieux. Je n'ai aucune envie de déblatérer là-dessus.
- Alors comme ça, t'as embrassé Andreas ?
Oh Seigneur... pourquoi me faire supporter tant d'embarra ? Bill a l'air très fier de lui et se fend d'un petit sourire espiègle.
- Il ne le sait pas – rajoute t-il en parlant de son frère. Ça évite une dispute inutile mais Andy m'en a parlé parce qu'il se sentait trop mal pour assumer tout seul.
- Oh mais il peut le dire à qui il veut, je n'ai pas honte de ce que j'ai fait... même si lui n'assume pas, moi, ça ne me pose aucun problème.
Je pense qu'il ne s'attendait pas à cette réponse et je saute sur l'occasion pour changer de sujet.
- Au fait, je discutais avec Lena l'autre jour... c'est bizarre qu'elle n'est pas de petit ami.
Sa mine se renfrogne immédiatement en envoyant Andy aux oubliettes. Si je n'étais pas si machiavélique, je rigolerais de sa mine actuelle. Je crois que je vais bien m'amuser avec lui.
- Et le jour où elle en aura un, il n'a pas intérêt à lui faire du mal... sinon je m'occupe de son cas personnellement.
C'est marrant comme il peut me faire penser à Julie... pourquoi tant de haine ?
- T'as l'air de beaucoup tenir à elle.
- Bien sûr que je tiens à elle ! C'est une personne adorable comme n'importe qui rêverait d'avoir dans son cercle d'amis. Elle a toujours du temps pour moi, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Je l'adore.
- Moui... et elle est mignonne ce qui ne gâche pas le tableau. – Dis-je naïvement.
Ah les mecs... on les manipule vraiment comme on veut !
- Oui, c'est vrai qu'elle est particulièrement jolie. Tu sais, si je devais m'engager avec quelqu'un, j'aimerai beaucoup une personne qui lui ressemble.
Putain. Je savais déjà que Bill cultivais son côté féminin… je ne savais pas qu'il était tout aussi contradictoire que nous.
- Heu... et pourquoi pas elle, tout simplement ?
Il a l'air de réfléchir un peu à ce que je viens d'énoncer avant de me répondre tout bêtement
- Parce que cette idée ne m'a jamais traversée l'esprit. De toute façon c'est ma sœur et je...
- Faux ! Tom est ton frère, elle… c'est juste une amie que tu trouves parfaite en tout point. Je ne vois pas ce qui te retient.
Je le regarde jouer avec son piercing machinalement pendant que son regard se fait lointain, l'air pensif. Puis d'un coup, il revient à lui en se secouant la tête.
- Tu me retournes le cerveau avec tes questions... tu veux que j'ai l'esprit ailleurs ce soir ou quoi ?
- Bah non, je m'interroge c'est tout... comme toi tu t'interroge sur moi et Tom. – J'explique le plus simplement du monde.
Après tout… c'est vrai. Je n'ai que les mêmes questions que lui à mon égard. Oui, oui je sais : je joue un peu sur les mots.
- Ouai bah interroge-toi toute seule et laisse moi en dehors de tout ça.
Bon... première approche réussie : Il ne la regardera plus jamais de la même façon !
Le reste du trajet s'est passé entre coup d'œil vers Tom qui me les rendait bien, crise de fou rire quand Georg s'est réveillé en sursaut en hurlant « ah bas les grenouilles » et autre détails sur le concert de ce soir.
- C'est un spectacle en petit comité... peut-être 200 personnes mais guère plus. Du coup pour changer un peu, on a décidé de faire un spectacle en acoustique. C'est plus intimiste – nous explique le bassiste.
- J'ai vraiment hâte d'y être. J'espère que Sarah agressera encore une fan, ça me rappellerait de bons souvenirs. – Lance Julie.
La honte... mais pourquoi est-ce que tout le monde me ressasse cette histoire ? Pourquoi est-ce que les gens se rappellent toujours des moments embarrassants qu'on ferait tout pour oublier ? Et pourtant, toute cette normalité me fait me sentir tellement bien, que j'en oublie un peu la situation et m'exclame :
- Si personne ne se met à poil devant Tom ça devrait aller.
Et en même temps que les mots sortaient de ma bouche, je me rendais compte de ce que je disais. Heureusement que le dit Tom avait encore ses écouteurs sur les oreilles et que personne n'a jugé bon de relever ma phrase... sinon je crois que je sautais du véhicule en marche.
A l'approche de la salle de concert, Bill m'a de nouveau tendu une paire de lunette de soleil que j'ai posé sur mon nez sans faire d'histoire... je sais à quoi m'attendre maintenant. Je jette un œil vers Gustav et Julie qui sont bien silencieux depuis un certain temps... et souris bêtement en les voyant se bouffer du regard : j'y peux rien, je les trouve trop choux ces deux-là !
Le van s'arrête enfin après plus de trois heures de route et lorsque la porte s'ouvre, j'apprécie le fait que ça soit moins la pagaille qu'en France. Des barrières ont été installées pour nous laisser de la place pour circuler, ce qui nous permet, à Ju' et moi, de rentrer presque sans accrochage.
Pourquoi presque ? Simplement parce qu'un vigil m'a percuté l'épaule alors que je marchais vers la salle, mains dans les poches de ma veste. Rien de bien grave si ce n'est que ma main est sortie de la poche un peu brutalement, en faisant tomber le médiator avec lequel je jouais encore... merde !
Je me suis retournée pour le ramasser mais Tom a été plus rapide que moi, il se redressait déjà avec l'objet dans la main. Je l'ai vu passer son pouce sur l'instrument en le regardant bizarrement, avant de me le tendre et quand j'ai approché ma main de la sienne, j'ai vu des dizaines de flash s'allumer... les photographes et les fans s'en sont donnés à cœur joie. Je me suis saisie de mon bien et ai filé à l'intérieur pendant que les garçons tentaient de serrer un maximum de main et signer autant de chose que possible.
On les attendait patiemment avec toute leur équipe, et j'ai soudainement réalisé que Tom ne m'avait pas ré adressé la parole depuis hier soir.... Mais ce qui me choque le plus, c'est que la tristesse que j'ai vue dans son regard à ce moment là n'a toujours pas quitté ses yeux.
Je suis d'un pathétique !
Je l'évite depuis des jours et maintenant je vais pleurer par ce qu'il n'a pas l'air bien ? J'ai envie de me fracasser la tête contre le mur histoire de me remettre les idées en place.
Dés que les quatre garçons ont réussi à rentrer, on s'est laissé guider à l'intérieur du bâtiment et nos affaires étaient à peine posées sur le sol que le groupe au complet nous a lâché.
- On va tester le son... on devrait en avoir pour une heure. Faites pas de bêtises !
Et ils n'ont pas menti : A peine une heure après ils étaient de retour. Ils avaient tous l'air excités à l'idée de jouer ce soir, avec peut-être un bémol pour le guitariste qui avait le regard un peu sombre. Etant donné que ça n'avait l'air de ne chagriner personne, je ne vois pas pourquoi je m'en inquiéterai... et pourtant.
Et le même cirque qu'à Paris a recommencé. Après un bref déjeuné où tout le monde m'a forcé à manger un peu, les journalistes ont commencé à défiler. Avec toujours les mêmes questions, en tentant par tous les moyens de piéger les garçons pour trouver un scoop quelconque inexistant. Bill est bien sûr celui qui parle le plus, et fait rare, il est suivi de prés par le bassiste alors que Tom reste silencieux... mais qu'est-ce qui se passe ici ?
- Alors, il paraît que vous allez nous faire découvrir de nouveaux titres. De quoi parlent t-ils ?
- Comme tous les autres, de la vie, d'amitié, d'amour aussi. – Enumère le chanteur.
Le journaliste les pointe à tour de rôle avec son stylo puis dit de façon un peu ironique :
- Je ne comprends pas comment est-ce vous pouvez parler d'amour alors que vous ne l'avez jamais trouvé.
Mais quel fouille merde celui-là... ils sont tous comme ça ou quoi ? Bill lance un regard au groupe pour voir si quelqu'un souhaite répondre, et à la surprise générale, c'est Gustav qui s'y colle.
- On reçoit des preuves d'amour tous les jours, de part notre famille, nos amis ou nos fans. Il ne suffit pas d'avoir une petite amie pour dire qu'on sait de quoi on parle.
- Et puis franchement, qui vous dit qu'on n'a jamais connu l'amour... vous n'êtes pas sept jours sur sept avec nous.
Le journaliste à l'air un peu pris de court, et je pense que c'est aussi dû au ton un peu agressif que Tom vient d'utiliser... mais en professionnel, il se reprend immédiatement.
- Et bien c'est vous qui l'avez déclaré... aurais-ce changé ?
- J'ai déclaré, pour ma part, ne jamais avoir dit « je t'aime » à une fille. Ça ne m'empêche pas d'aimer mes amis, mon frère, mes parents et puis… se ne sont que des mots. Ce qui importe c'est ce qu'on ressent. Je trouve que l'amour c'est cruel, douloureux et destructeur. Je ne vois pas ce que ça peut apporter.
Le regard noir qu'il avait de retour des répétitions et qu'il n'a pas lâché du repas, ajouté à ses mots que je trouve dur, lui donne un air d'âme en peine... et je ne suis pas la seule à l'avoir remarqué vue l'inquiétude que je lis sur le visage de Bill et les yeux brillants d'enthousiasme du journaliste.
- A vous entendre on dirait presque que vous vous êtes fait briser le cœur.
Mais Gustav met fin à cet échange en recadrant la conversation.
- Vous savez, nous avons tous des points de vue très différents sur le sujet... ce n'est pas nouveau et je crois que ça ne changera jamais.
Avec Julie, on s'est faites les plus petites possibles pour éviter la même situation qu'à Paris et le journaliste est parti sans vraiment faire attention à nous. J'ai profité de cet interlude pour m'esquiver de cette pièce que je trouve oppressante pour aller réfléchir un peu seule. Et il ne me faut pas longtemps pour qu'une idée s'impose dans mon esprit déjà compliqué : je suis une belle idiote !
J'étais tellement obnubilée par mon propre chagrin que j'en ai oublié de regarder autour de moi et d'écouter ce qu'on pouvait me dire. Lena, Andreas, Ju' et Bill... ils ont tous essayés à leur manière de me faire prendre conscience que Tom souffrait et je n'ai pas voulu les croire. Mais ce qu'il vient de dire au journaliste ne peut pas être vain et son regard... si froid, si distant... est-ce que c'est cette image là que je lui renvois depuis des jours ?
- Qu'est-ce que tu fais toute seule ?
Je lève la tête pour trouver ma meilleure amie, la tête dépassant de la porte, me regardant perplexe.
- Bah... je réfléchissais... il serait peut-être temps que je lui parle non ?
Je la vois se retourner et mes poils se hérissent quand je l'entends dire :
- Tu me dois un billet, j'en étais sûre.
Non mais à qui elle parle là ?? Je prie tous les saints pour qu'il ne s'agisse pas de Tom et je pousse un soupir de soulagement en reconnaissant la tête blonde de Gustav. Je vais les tuer ces deux là !
- Non mais ça ne va pas bien de me faire des frayeurs pareils ? Vous avez envie que je décède plus vite que prévus ou quoi ?
Ils m'expliquent alors qu'ils ont laissé les jumeaux entre eux... histoire que Bill calme un peu son frère qui semble être au bord de la crise de nerfs.
- On dirait que tout l'agace depuis hier soir et pendant la répétition, il a été d'une humeur massacrante – me précise le batteur.
Ouai... finalement je ne sais pas si c'est le bon moment de lui parler en fait.
- En plus, le photographe a dû faire des pieds et des mains pendant je ne sais combien de temps pour lui arracher un sourire – insiste t-il.
- Quoi, les photos ont déjà eu lieux ? – Je m'exclame.
Je ne comprends pas. Il ne peut pas être déjà si tard.
- Bah oui... ça va faire deux heures que t'as disparue. On se demandait tous où t'étais passée.
Deux heures ? Je n'ai pas vu le temps passer tellement j'étais partie dans mes pensées.
- Tu devrais aller le voir... tu seras, à mon avis, plus persuasive que Bill pour le calmer.
- Plus persuasive que son jumeau ? T'es tombé sur la tête ou quoi Gugus ? – Lui dis-je plus que surprise.
Mais le regard sérieux qu'il me lance me prouve le contraire, et ce qu'il dit ensuite me déstabilise.
- Tu ne te rends même pas compte d'à quel point tu arrives à l'affecter.
- Comment veux-tu que je m'en rende compte, il ne me parle jamais.
- Mais quelle mauvaise foi ! Je ne crois pas que tu lui aies laissé beaucoup la possibilité de le faire depuis que t'es là.
Ok, merci beaucoup Gus... mange ça dans tes dents et dis merci, Sarah. Le pire pourtant, c'est qu'il a entièrement raison. J'ai passé plus de temps à le fuir qu'à tenter de savoir ce qu'il avait à me dire.
Je regarde ma montre et… oui, j'ai encore un peu de temps. Je me lève de la table sur laquelle j'avais posé mes fesses et me dirige vers la sortie...
- Qu'est ce que tu fous encore ? – Me demande mon amie.
- Et bien… manifestement il est temps que j'entende ce qu'il a à me dire. – Dis-je en faisant un clin d'œil Gustav.
