CHAPITRE 17
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POV Sarah
Je suis morte de trouille mais il est plus que temps qu'on fasse un point tous les deux. Je sais bien qu'on ne se remettra pas ensemble mais que je puisse au moins être dans la même pièce que lui sans avoir les joues qui s'empourprent à chaque fois que je croise son regard serait, je pense, un bon début.
Je m'engouffre dans les artères du bâtiment et par déduction, me dirige d'emblé vers la salle d'interview puisque c'est le seul endroit que je connaisse. J'y retrouve effectivement les jumeaux au beau milieu d'une conversation que je qualifierai de mouvementée mais ils parlent trop vite pour que je ne saisisse quoi que se soit. Bill fait de grands gestes alors que Tom s'éloigne de lui... en me percutant l'épaule alors qu'il quitte la loge. Je suis son départ sans arriver à faire un geste pour le retenir, alors que lui poursuit son chemin sans même se retourner. Je fixe la porte ouverte alors que le guitariste a disparu depuis longtemps puis trouve enfin le courage de demander à son frère ce qu'il se passe.
- Quoi, depuis quand est-ce que ça t'intéresse ?
Il me répond agressivement tout en fouillant dans son sac à la recherche de je ne sais quoi et lève les yeux vers moi voyant que je ne parle pas. Il doit voir à ma tête que son ton m'a blessé, parce que ses yeux se radoucissent immédiatement… il se passe une main fébrile sur le visage avant de s'affaler dans le canapé.
- Je ne sais pas... il ne veut pas m'en parler. – Dit-il simplement.
Mais son ton est loin d'être serein pour autant, il a au contraire, l'air totalement désemparé. Que mon attitude d'enfant capricieuse me coupe l'appétit est une chose mais qu'elle impacte la relation des jumeaux en est une autre. Le conflit que j'entretiens avec Tom a vraiment plus que duré… je refuse de faire du mal à ceux que j'aime.
- Je vais essayer alors.
Il me lance un regard en biais tout en précisant qu'il ne s'agit peut-être pas de l'idée du siècle mais je ne l'écoute pas. Voir Bill dans cet état est déjà compliqué pour moi mais voir Tom aller aussi mal pour je ne sais quelle raison... je ne peux pas. C'est au dessus de mes forces.
J'ai procédé à une recherche méthodique pour le retrouver. J'ouvrais chaque porte de chaque couloir et à chaque fois que je constatais qu'il n'y était pas, mon angoisse grandissait. J'ai regardé dans tous les coins et recoins et quand je commençais à me demander s'il n'était pas simplement sorti sur le toit, j'ai eue un pincement au cœur en le trouvant dans une pièce complètement vide... face à un mur, mains légèrement écartées, posées à plat et tête baissée. Je ne l'ai jamais vu abattu, je ne pensais même pas qu'il savait ce que ce mot voulait dire et pourtant... l'image qu'il me renvoie en ce moment même me gèle les entrailles.
- Tom... ça… ça va ?
Je l'ai vu tendre l'oreille une fraction de seconde avant de rebaisser la tête, sans même me regarder. Je me sens alors comme la dernière des idiotes à ne pas savoir comment l'approcher. Je l'ai rejeté et repoussé de toutes mes forces mais ça n'a pas suffit à faire taire mon cœur. Et finalement, je me laisse aller à mes envies… mes envies de le toucher depuis tout ce temps, mes envies de l'entendre me parler comme avant, mes envies que tout aille mieux… enfin ! Je me dirige vers lui à pas relativement lents pour lui laisser le temps de me demander de partir s'il le souhaite… et devant son silence, je pose délicatement mon front contre son dos et attends.
Et ce simple touché m'a donné envie de crier de bonheur tellement j'avais abandonné l'idée d'être si proche de lui un jour à nouveau.
Je l'ai bien senti se tendre un instant alors que je posais mes mains sur son échine, mais son souffle a repris un rythme normal tout de suite après. J'ai alors écouté cette respiration comme s'il s'agissait de la plus belle des musiques... J'ai souri quand je le devinais ouvrir la bouche pour parler et soupirer ensuite parce qu'il se rétractait, et je me suis laissée bercer. Mais cette quiétude n'était que le calme précédent des vérités qu'il fallait bien avouer, parce qu'il fallait qu'on se parle à un moment ou à un autre…
- Te voir si proche et te savoir si loin en même temps c'est...
Je retiens ma respiration pour pouvoir mieux saisir sa voix tellement ses murmures sont bas et je ne dis rien lorsqu'il laisse en suspend sa phrase... je veux juste l'entendre me dire ce qui lui triture le cerveau depuis hier. Il se tend encore un peu et m'explique ce qu'il croit être une vérité établie.
- Tu me hais. J'essaye de faire avec depuis ton arrivée mais... je n'y arrive plus.
Alors c'est ça. Il croit vraiment que je peux nourrir ce genre de sentiment pour lui ? En même temps, j'ai tout fait pour qu'il le pense… qu'il ressente cette haine qui m'a permis de tenir pendant son absence. Et je constate qu'il est plus que temps pour moi de réparer un peu mes bêtises.
- Je ne te hais pas Tom… pas du tout même... jamais. Seulement… je ne savais pas comment gérer ton absence. Cette haine n'était pas dirigée contre toi, elle m'a juste permis de ne pas m'effondrer complètement. Et puis quand je t'ai revu… je n'arrivais pas à te parler sans te hurler mon mal être au visage. Je voulais que tu souffres autant que moi tellement tu avais l'air intouchable…
Je laisse un blanc puis, par manque de courage de parler à voix haute, chuchote :
- Parce que je ne voulais pas être la seule à avoir mal…
J'essaye de penser à respirer parce que si je ne me concentre pas sur cette chose si simple qui fait vivre mon corps, j'ai peur d'oublier. Et j'attends patiemment qu'il reprenne la parole, étant dans l'incapacité de poursuivre dans l'immédiat.
- J'ai… j'ai eu peur, j'ai pas su gérer... j'aurai dû faire plus c'est certain. Mais ne pense jamais que je n'ai pas souffert. Moi aussi j'ai eu mal… moi aussi j'ai mal parce que je sais que si on en est là aujourd'hui, c'est entièrement ma faute.
L'entendre se culpabiliser de la sorte, c'est tout ce dont je rêvais il y a encore une semaine mais là, maintenant, c'est juste… insupportable. Et je retrouve mon courage face à ses aveux. Je repousse l'espèce de boule qui tente d'élire domicile dans ma gorge et reprend d'un ton calme, pour réussir à ne pas bafouiller.
- Arrête. J'aurais dû faire beaucoup plus aussi et ne pas attendre après toi. J'ai été très égoïste. Tellement que j'en ai oublié ta vie ici, ta vie de célébrité… et je… je te demande pardon pour toutes les choses blessantes que je t'ai dites ces derniers jours... c'était très maladroit de ma part.
Je fais de mon mieux pour que ma voix reste le plus stable possible, pour éviter qu'il n'entende l'émotion m'étreindre la gorge... je ne suis, pourtant, pas sûre d'y arriver parfaitement. L'avantage c'est que je me trouve toujours dans son dos et qu'au moins, il ne peut pas lire dans mon regard.
Ni lui ni moi ne reprenons la parole... j'ai l'impression qu'il a l'air de réfléchir à ce qu'on vient de se dire puis je l'entends pousser un énorme soupire d'agacement.
- J'ai tellement de chose à te dire... pourquoi est-ce que je n'arrive jamais à te parler ?
J'aimerai bien le savoir aussi mais d'un autre côté, je suis presque soulagée qu'il ne puisse pas le faire à ce moment présent.
- Alors ne dis rien, c'est mieux comme ça.
Je voudrais l'entendre me parler, je me damnerai pour ça, mais s'il se tait, il n'y aura pas de regret sur des choses qui ne peuvent exister, il n'y aura pas la douleur que les mots peuvent produire...
- Non... ça ne sera plus jamais mieux.
Plus jamais... ça y est les mots sont lâchés. Je l'ai senti bouger et me suis vite retrouver dans ses bras... mes doigts accrochés à son tee-shirt mécaniquement et j'avoue avoir mordu ma lèvre pour ne pas craquer, ne pas sangloter. Notre histoire se termine de façon plus que lamentable et comme je le présentais... je n'en avais pas la moindre envie.
Jamais je ne rencontrerai un autre homme comme lui, c'est certain. Et tout ce que je sais, en ce moment même, c'est que je ne peux partir comme ça. Je prends mon courage à deux mains puis bafouille :
- Tom... je... je peux juste te dire au revoir ?
Il fronce les sourcils en une interrogation muette – je comprends que ma demande ne paraisse pas très claire – et je profite de sa confusion pour me hisser sur la pointe des pieds afin de l'embrasser.
J'ai ressenti sa surprise mais il a très vite répondu à mon baiser. Nos lèvres se sont retrouvées comme si elles ne s'étaient jamais quittées puis nos langues se sont croisées et j'ai joué de mon piercing, dans un moment comme celui-ci, pour la première fois. J'ai senti ses mains sur moi comme si elles avaient été toujours là et j'ai trébuché légèrement quand il m'a plaqué contre lui. C'était tendre, c'était impulsif, c'était... parfait. Mais comme toute les bonnes choses ont une fin, nos bouches se sont quittées et j'ai laissé mon front posé contre son menton quelques instants, le temps de reprendre un semblant de souffle… avant de me séparer définitivement de lui.
Nos yeux sont restés accrochés autant que possible... alors que chacun était perdu dans ses propres pensées. Oui, c'est certain qu'il reste des non-dits mais il vaut mieux que certaines choses ne soient pas déterrées. Ça les rend plus simples… parfois.
- Je… – je le vois hésiter une seconde puis reprendre – Je t'…
Je pose alors mes doigts sur sa bouche pour le faire taire. J'ai peur de ce qu'il pourrait m'avouer et quoi qu'il décide de dire, ça ne nous aidera pas dans la situation où nous nous trouvons.
Je me dégage à nouveau de lui, une fois certaine qu'il ne dira rien de dramatique, puis m'installe en tailleur sur le sol, histoire de laisser une distance de sécurité entre lui et moi. Lui s'adosse au mur en prenant appuie sur une jambe et après quelques minutes de silence, demande :
- Et maintenant ?
Pourquoi est-ce que je dois toujours répondre aux questions foireuses... il ne pourrait pas me promettre monts et merveilles et me laisser rêver encore quelques instants ?
- Et bien... tu vas nous faire un super concert, et moi je vais finir le travail pour lequel je suis venue ici. Après et bien... je suppose que je rentrerai chez moi reprendre le cours de ma vie. Au moins maintenant, j'arrive à te parler normalement... il m'aura fallu une semaine mais c'est un bon début non ?
Il sourit un peu avant de reprendre son air nostalgique… je suis épuisée de tous les sentiments qui se bousculent dans mon cœur et pour évoquer un sujet plus léger, je joue ma curieuse.
- Donc, vous avez prévu un truc spécial ce soir ?
Il s'est alors assis à côté de moi pour évoquer le concert et la conversation a dévié comme si nous étions de vieux amis qui nous retrouvions. Ça sonnait un peu faux bien sûr, mais pouvoir lui parler et le regarder sans me sentir coupable ou lui rejeter une faute quelconque, c'était libérateur.
J'ai eu l'impression de retrouver un peu du Tom que j'avais laissé rentrer chez lui... les yeux rieurs, le sourire en coin quasi permanent, les gestes qu'il n'arrête pas de faire en parlant de sa passion... en un mot, celui qui m'a manqué.
Et puis il a fallu se décider à bouger pour retrouver la civilisation. On aurait sans doute encore pu se parler pendant des heures mais un concert devait avoir lieu ce soir. Et c'est en route qu'il m'a saisi furtivement la main, me faisant sursauter.
- Tu sais, toutes ces choses que je voudrais te dire... tu les entendras ce soir.
Ça ressemblait plus à une promesse qu'autre chose, mais je n'ai pas eu le temps d'en savoir plus qu'il avait déjà desserré sa prise pour rentrer dans la loge où le reste du groupe et Julie étaient rassemblés. Et le tableau était assez comique : Bill avait les jambes repliées sur le canapé et l'air mélancolique comme jamais, Georg était installé par terre en train de jouer sur une basse débranchée alors que Gustav écoutait de la musique avec un casque d'une taille impressionnante sur les oreilles.
Ma Julie dans tout ça ? Et bien elle est à sa place préférée, c'est-à-dire proche de la cafetière, en train de souffler sur un liquide que j'imagine brûlant vue la fumée qui s'en échappe.
Et l'effet boule de neige s'est lancé : Georg a été le premier à nous voir, il n'a pas ouvert la bouche mais a arrêter de jouer, ce qui à interpellé le chanteur et Julie, qui a ensuite tapoté le bras de Gustav... je me suis légèrement sentie observée pour le coup.
- On doit se mettre à l'abri tout de suite ou la hache de guerre est enterrée ?
J'ai alors lancé un très mature « gnia, gnia, gnia » à Bill qui ne perd pas une seconde pour serrer son frère dans ses bras en s'excusant de la dispute de tout à l'heure.
- La paix est déclarée ? – Insiste Georg, ce qui me fait lever les yeux au ciel.
- C'est bon ! J'ai rangé mes crocs et vous le rends en un seul morceau, soyez heureux ! – Dis-je finalement pour couper court à toutes ces questions débiles.
- C'est génial !!! Alors vous...
Julie commence à s'emballer et je l'arrête de suite en lui faisant les gros yeux. Je la connais suffisamment pour savoir qu'elle pense que je me suis remise avec lui. Un silence lourd de sens aurait alors du s'installer mais je suis sauvée par la porte qui s'ouvre sur une assistante venant me chercher avec mon amie afin de nous placer.
J'ai juste le temps de récupérer mon sac qui se trouve aux pieds du fauteuil où s'est installé Tom et quand j'ai croisé son regard, je n'ai pas résisté et lui ai murmuré en ancrant mes yeux aux siens :
- Fais-moi un super concert Tomy.
Je ne saurai jamais si c'est le diminutif utilisé, ma demande ou simplement parce que je lui ai parlé naturellement, mais l'éclair de joie qui a traversé ses pupilles m'a réchauffé le cœur. Je me suis détournée sans rien ajouter pour retrouver Julie et l'assistante qui tapait déjà du pied en regardant sa montre. Cette dernière nous a dirigé au pas de course à travers différents couloirs et, pour éviter de se faire remarquer, nous a fait rentrer lorsque la salle commençait à se remplir.
Les instruments étaient déjà sur scène : les guitares de Tom étaient sur la gauche, la basse à droite et un peu plus au fond, la batterie de Gustav n'attendait que d'être utilisée. Et même le bruit environnant n'arrivait pas à pervertir l'ambiance intimiste de la pièce.
Les lumières sur scène commencent doucement à s'allumer pendant que la salle glisse dans la pénombre. J'en profite pour regarder autour de moi et me rends compte que les fans ont fait le déplacement... ainsi que les fameuses groupies que j'ai appris à connaître et reconnaître. C'est hallucinant parce que les garçons n'ont pas encore montré le bout de leurs nez que certaines sont déjà en train de pleurer en hurlant des « ICH LIEBE DICH » à tout va... au secours !
- Alors, qu'est ce qui se passe avec T...
Je lui donne un coup dans les côtes avant qu'elle ne termine sa phrase. Elle veut m'afficher devant tout le monde ou quoi ?
- On est en Allemagne chérie, le public est 100% germanique. – Me répond-elle en se frottant l'endroit que mon coude a touché.
- Et alors ? Tu parles allemand et moi aussi. Je ne vois pas ce qui empêche quelqu'un de parler le français.
Elle se frappe le front devant ma logique implacable avant de reprendre.
- Très bien ! Alors disons... avec Gaston, t'en es où ?
Je lève un sourcil au pseudonyme utilisé... des fois je me demande vraiment où est-ce qu'elle va chercher tout ça.
- Et bien... on se parle. Enfin... j'arrête de le fuir plutôt ! Pour la suite et bien, chacun reprend sa route. Ça n'effacera jamais ce que je peux ressentir pour lui mais au moins ça me permettra d'avancer.
- Mais tu lui as dit que tu l'...
Je n'entends pas la fin de sa phrase noyée au milieu des hurlements que les gens commencent à pousser. Je tourne la tête et aperçois alors le groupe rentrer sur scène. Gustav s'installe derrière ses percussions tandis que Georg et Tom se saisissent de leurs instruments et que Bill fixe le micro.
- Bonsoir à tous ! Comment ça va ?
Tout le public lui répond en criant. Quel chauffeur de salle ce Billou !
- C'est génial de vous revoir, merci à tous d'être là !
Gustav enchaîne en tapant le rythme avec ses baguettes... et le concert débute. Les premiers morceaux sont très rock, sans doute pour faire grimper l'ambiance à son maximum. Ils passent de Shrei à Ich Brech Aus avec une facilité déconcertante mais toujours en ayant, entre chaque musique, un mot sympathique pour le public. Ces interludes permettent aussi à mon homme... heu... oulaaaaa ça déraille là haut... ça permet donc à Tom de changer de guitare en fonction de ce qu'il a à jouer.
Les fans les acclament dés qu'ils peuvent mais j'ai l'impression qu'il y a moins d'hystériques qu'en France... c'est sans doute simplement proportionnelle à la taille de la salle. Mais ce qui me frappe le plus, c'est le magnétisme que chacun d'entre eux dégage sur scène, c'est hallucinant. Et j'ai beau me faire la morale, mon regard glisse toujours vers le guitariste... il a l'air tellement heureux comme ça, comme l'image que j'avais gardé de lui : intouchable, inébranlable et croquant la vie à pleine dent.
J'essaye de faire en sorte de ne pas le regarder trop souvent, et ainsi éviter une éventuelle prise en flagrant délit, mais je me suis quand même faite avoir une fois. Il a croisé mon regard alors que Bill entamait le refrain d'Ich Bin Da… tout un symbole. Puis ils ont enfin changé de registre en reprenant leurs ballades connues, j'ai alors fermé les yeux pour pouvoir me concentrer uniquement sur la musique et la voix de Bill en faisant abstraction du décor environnant… et j'ai trouvé ça extraordinaire tellement j'avais l'impression de vivre leurs chansons. J'ai, sans aucun doute, dû passer pour une extra-terrestre aux yeux de tous ces fans qui dévoraient le groupe du regard mais moi, je préférais simplement m'axer sur leurs compositions. Et après deux morceaux, Bill a repris la parole. J'ai alors rouvert les yeux pour voir de quoi il s'agissait et ai constaté que Georg et Gustav avaient disparu du décor.
- Le prochain titre est un peu particulier puisque c'est la première fois que nous le jouons en public. Il s'intitule « Pour te dire ».
Tom m'a alors lancé un regard de chien apeuré avant de se concentrer et de jouer les premières notes… que je reconnais immédiatement. Il s'agit de la fameuse chanson que je n'ai pas réussi à entendre jusqu'à présent. Après une courte introduction, la voix de Bill s'élève lentement pour rejoindre la musique de son frère.
« Comment est-ce arrivé… pourquoi est-ce arrivé ?
Tout le monde se plait à dire que c'est merveilleux
Pour moi, ça n'a été que douloureux.
Chaque fibre de mon être aspire à te revoir
Et te serrer dans mes bras en te promettant que tout ira bien
Me plonger dans le vert de tes yeux et enfin
Trouver le courage de te l'avouer. »
Le timbre qu'utilise Bill est doux et chaque mot prononcé m'enserre le cœur. Je me rappelle qu'Andreas avait dit que Tom avait écrit cette chanson en pensant à moi… est-ce que c'est vraiment ce qu'il a ressenti pendant notre séparation ? Le ressent-il toujours ?
« Parce que la peur de te perdre était trop grande
J'ai préféré abandonner sans me battre
Et pour faire taire cette souffrance,
J'ai alors tout essayé, tout tenté.
Mais chaque nouveau matin
N'était que manque de toi
Et les jours sont passés, vide de sens.
Me reviendras-tu sachant que je nous ai trahis,
Me pardonneras-tu d'avoir tenté de t'oublier ? »
Je fixe Tom qui me le rend bien, son visage est grave et son regard profond. Je ressens chaque mot comme si c'était lui qui me les disait et j'avoue que si je me sens perdu en ce moment, ce n'est rien comparait à ce que j'ai pu ressentir à la fin de la chanson.
« Est-ce que c'est ça l'amour ?
Répondez-moi quelqu'un, est-ce que c'est ça ?
Et si c'est ça, alors j'en suis certain
Je t'aimais aussi.
Peut-être te reverrai-je un jour
Et alors tout s'arrangera
Peut-être te reverrai-je un jour
Et alors, j'oserai enfin te le dire… »
Tom laisse sa main en suspend afin que les cordes s'arrêtent de vibrer seules pendant que la salle est plongée dans un silence de mort. Comment se fait-il que personne n'entende mon cœur battre si fort ?
Et en même temps que Bill chante les derniers mots, Tom les prononce aussi toujours en me regardant.
« … Je t'aime. »
Un tonnerre d'applaudissement fait écho à cette fin. Les fans hurlent à tout rompre pendant que les jumeaux s'étreignent rapidement sur scène. Je ne peux empêcher une fine larme de glisser sur ma joue tout en restant figée au milieu de toute cette agitation.
Il m'aime ? Ou bien m'aimait-il ? Je ne sais plus… je suis complètement larguée là... est ce que cette chanson a été retravaillé comme toutes les autres par leur satané manager ? Ou s'agit-il vraiment de la version de Tom ?
- Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que votre histoire n'est pas finie – me lance alors Julie.
La fin du concert est pour moi, un peu nébuleuse mais je crois qu'ils n'ont joué que deux autres morceaux avant d'annoncer qu'il fallait se quitter. On a patienté que la salle se vide un peu avant de nous rapprocher de l'assistance qui nous ramena vers le groupe. Autant vous dire que j'angoissais à mort de me retrouver en face de Tom et à mon avis, il ne devait pas en mener large non plus.
- Alors, vous avez aimé ? – Nous demande Georg dés qu'il nous voit rentrer dans la loge.
Et c'est ma meilleure amie qui, comme toujours, se montre le plus enthousiaste. De toute façon, je n'arrive pas à reconnecter les terminaisons de mon cerveau.
- Tu rigoles ! C'était génial !
Les jumeaux se trouvent un peu en retrait et je n'ai que le temps de croiser le regard de Tom avant que leur garde du corps ne déboule dans la pièce.
- Bon on ne s'attarde pas les gamins. Ça commence à être le bordel dehors.
On a enfilé nos vestes rapidement, saisi nos sacs et commencé à nous diriger vers la sortie. Et Bill m'a encore tendu ses éternelles lunettes que je repousse en disant
- Il fait nuit et j'ai ma capuche, ça devrait suffire.
Mais il me les pose d'autorité sur le nez.
- Tu devrais cacher tes yeux trop verts… certaines fans pourraient faire le rapprochement.
Le rapprochement de quoi ? J'intercepte alors le regard de gratitude que lance Tom à son frère et me rappelle les paroles de la chanson. Mouai… seraient pas un peu parano les frangins ?
La sortie a été un peu plus musclée que l'arrivée et c'est limite si les gardes du corps ne nous ont pas jeté littéralement dans le véhicule. Et par le plus grand des hasards, que j'aurais un peu tendance à nommer « Bill et Julie », je me suis trouvée pile à côté de Tom. J'ai ressenti comme un fossé de la taille du Grand Canyon entre lui et moi, alors que nous nous trouvions à dix centimètres à peine, mais ni lui ni moi n'avons eu le courage d'ouvrir la bouche… faisant même le maximum pour ne pas se regarder ni se toucher.
Je l'ai finalement entendu soupirer avant de mettre en marche son lecteur de musique… bonjour le malaise ! Pour ma part, j'ai préféré laissé aller ma tête tout en fermant les yeux… je suis morte de fatigue et il ne me faut que quelques minutes pour sombrer dans un profond sommeil.
…
- Ils sont mignons comme ça.
- Ouai… j'espère que ça va vite s'arranger entre eux.
- Bah après l'effort surhumain qu'a fait Tom se soir… ouvrir son cœur comme il l'a fait, c'est un truc énorme pour lui… Tu sais qu'il m'a supplié de ne pas jouer ce morceau ce soir ?
J'ouvre un œil en entendant les voix et le fait que mon cou ne me fasse pas mal m'intrigue au plus haut point. Je me rends alors compte que je suis parfaitement et confortablement installée sur l'épaule de Tom, pendant que sa propre tête repose sur la mienne… et vu sa respiration régulière, je suis persuadée qu'il s'est assoupi aussi. Je suis juste… bien. Très bien.
Je referme les yeux dans l'espoir de prolonger ce moment puisque personne n'a vu que je me réveillais, mais Bill se met à me secouer doucement l'épaule dans les secondes qui suivent. Je me redresse lentement, prenant toutes les précautions pour ne pas le réveiller lui aussi, mais j'ai beau faire le maximum que les yeux de Tom se mettent quand même à papillonner.
- On est arrivés à votre hôtel – murmure le chanteur, sans que je ne sache vraiment à qui il s'adresse.
J'acquiesce donc mollement, la tête encore dans les brumes du sommeil. Mais cette léthargie ne dure pas longtemps. L'air frais d'Allemagne me réveille instantanément lorsque nous descendons tous les six pour se dire au revoir. Un sourire fleurit sur mes lèvres quand je vois Gus et Julie se câliner alors que je bise rapidement les autres. Je rassemble tout mon courage quand vient le tour de Tom, pour ne pas l'éviter à nouveau. On ne s'est rien dit depuis notre « réconciliation » et j'angoisse que sa chanson ne nous ait plus éloigné qu'autre chose.
Il a l'air aussi mal à l'aise que moi, c'est donc sans plus réfléchir que je dépose un rapide baisé sur le coin de sa bouche. Et alors que je le regarde se passer un doigt là où ma bouche s'est posée, je lui murmure :
- Tu me manques aussi.
Puis je suis rentrée sans me retourner, de peur de précipiter un peu les choses sous le coup de l'émotion. Parce que j'avais envie de plus. Parce que j'aurais tout donner pour que notre complicité renaisse comme si les derniers mois n'avaient pas existés. J'avoue que ce soir là… je me suis endormie sereine comme ça faisait longtemps. Si j'avais su ce qui m'attendait le lendemain… la nuit aurait peut-être été différente.
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- Sarah, bouge toi, j'ai la dalle moi !
Punaise… mais les gens n'ont pas autre chose à faire le matin que de vouloir absolument manger ?
- Bah t'as qu'a descendre sans moi – lui dis-je en plongeant ma tête sous l'oreiller.
Non mais je vous jure… on s'est couchées à pas d'heure et mademoiselle me fait un cake par ce qu'elle veut prendre son petit déj'. Je veux juste dormir moi !
- Non, non, non. Tu vas descendre avec moi et manger ! MANGER, tu te rappelles de ce que ça veut dire ?
- Oh, c'est bon ! T'as décidé de mettre mes nerfs à l'épreuve dés le matin ou quoi ?
Faisant fi de ma mauvaise humeur matinale, elle m'a retiré ma couette en me trainant vers la salle de bain. C'est limite si elle n'a pas allumé le jet d'eau de la douche pour me laver alors que j'étais encore toute habillée. Je lui arrache la pomme de douche des mains et l'éjecte de la pièce avant de la trucider.
- Ça va, ça va, j'ai compris !
Elle m'a lancé un sourire de triomphe en m'annonçant qu'elle préparait mes affaires en attendant. Des fois j'ai vraiment l'impression qu'elle me prend pour un bébé incapable de s'occuper de lui.
La toilette a été rapide et nous sommes descendues prendre enfin de quoi calmer l'estomac de mon amie… et si j'étais un peu moins de mauvaise foi, je vous dirai que j'ai hâte d'avaler un truc aussi.
Certains touristes étaient déjà attablés quand nous sommes entrées dans la pièce où était installé le buffet, et à peine nos fesses posées sur une chaise qu'Anaïs a fait une entrée triomphante, un journal à la main.
- Alors, vous vous êtes bien amusés ? – Nous questionne-t-elle le regard brillant.
On lui raconte le début du concert mais elle nous coupe assez rapidement.
- Oh mais je sais déjà que ça c'est bien passé. J'ai posé la question pour être polie.
D'accord. Du coup je ne comprends pas trop ce qu'elle attend de nous.
- J'ai acheté un journal ce matin – reprend-elle candide. Tu veux le voir ?
La question m'est destinée, et un mauvais pressentiment me contracte l'estomac.
- Vas-y, montre ! – Lui répond alors Julie toute excitée.
Elle déplie alors le dit journal sous le nez de mon amie, qui manque de recracher illico la gorgée de lait qu'elle vient d'avaler puis… éclate de rire. Devant ma mine ahurie, Anaïs se tourne vers moi en tenant les pages ouvertes à pleines mains devant elle… et mes yeux s'arrondissent d'effroi.
On pouvait lire en première page et en gros titre « MAIS QUI EST-ELLE ? » et en dessous, une photo de Tom et moi lorsqu'il me rendait le médiator tombé par terre. On nous voit chacun tenant l'instrument alors qu'on échant un regard. Je crois que je ne remercierai jamais assez Bill de m'obliger à mettre ces satanées lunettes pour le coup.
Je cache mon visage dans mes mains en murmurant un « oh Seigneur… » pendant que les deux autres sont mortes de rire, merci pour le soutient !
- Tu sais que ta photo va faire le tour du monde ?
- C'est bon, Julie. Je suis assez dégoûtée comme ça. Pas la peine de m'en remettre une couche.
Et c'est ce moment que choisi Andreas pour m'envoyer un message.
« Vu les journaux matinaux, je suppose que vous vous êtes enfin parlés… Je passe te prendre tout à l'heure et je veux tout savoir. Bises. »
Comment ça « les » journaux ? Je montre le message à mes amies et demande des détails à Anaïs.
- Bah… c'est nos stars nationales à nous, alors forcement… quand il se passe un truc un peu croustillant, tu peux être sûre que ça fait quelques unes.
Super, il ne manquait plus que ça. En plus, qu'est-ce qu'il y a de croustillant à voir une fille récupérer un médiator, franchement ? Cette histoire m'a coupé le peu d'appétit que j'avais et je me retire dans ma chambre pour me cacher. J'allume mon ordinateur mon ordinateur afin de mettre de la musique, mais à peine ai-je le temps d'accéder au fichier, qu'il s'éteint. Tout le monde est contre moi ce matin ou quoi ?
J'identifie rapidement la panne et me met en quête du chargeur de batterie… sans succès. Je suis pourtant certaine de l'avoir emmené de France. La seule solution qui s'impose, c'est que je l'ai oublié chez Simone. Je me saisie donc de mon téléphone et appelle Bill. Oh je sais, vous vous dites sans doute que je pourrais appeler Tom… mais là, je me sens pas d'attaque pour lui parler, étonnant non ?
- Hallo ?
- Salut Billou, c'est Sarah.
On passe rapidement les banalités d'usage qui m'indiquent qu'ils n'ont pas encore mit le nez dehors, et je ne vais certainement pas évoquer le sujet des journaux dans l'immédiat.
- Qu'est ce qui t'arrive ma grande ?
Je lui explique donc mon problème de batterie et il me dit de passer chez eux quand je veux, m'informant qu'effectivement, j'ai laissé deux, trois affaires là-bas. Je vais peut-être enfin retrouver mon cahier et mes photos que je cherche partout depuis des jours… je suis une vraie tête de linotte !
Je raccroche en même temps que la porte de la chambre s'ouvre et Julie me dépose un en-cas sur le lit… que je regarde l'air quelque peu blasé.
- Tu ne crois pas t'en tirer comme ça, pas vrai ? J'ai décidé que tu mangerais, et tu mangeras. Pas la peine de bouder parce qu'on t'a prise en photo, de toute façon on ne te reconnaît presque pas, et je ne vois vraiment pas l'intérêt de te cacher ici. Tu as des choses beaucoup plus importantes à faire aujourd'hui.
Toujours le mot pour faire plaisir dit donc… mais le pire, c'est qu'elle a raison. Mais comme je suis un mulet qui n'en fait qu'à ma tête, je préfère réorienter la conversation sur un autre sujet. Je me renseigne donc sur le programme de sa journée à elle.
- Oh heu… j'ai rendez-vous avec Gustav. On a prévu de faire une ballade à vélo… il dit qu'il y a des coins super à voir.
- Tu m'en diras tant ? – Dis-je de façon espiègle.
- Oh ça va hein ! Il ne se passe rien de particulier… on va juste faire du vélo.
On s'est moquées mutuellement l'une de l'autre et avons rangé un tant soit peu la chambre en attendant qu'il soit l'heure pour elle de partir.
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POV Julie
Alors que je finissais à peine de tirer ma valise pleine de linge sale sous mon lit, le réveil de mon portable s'est mit à sonner.
- Pourquoi tu fais sonner ton réveil à cette heure-là ? – S'étonne Sarah.
- C'est pour me dire qu'il est l'heure pour moi de partir. Ça va aller toi ?
Sarah secoue ma tignasse en m'expliquant à quel point tout ira bien mais avec elle, j'ai toujours un doute. Je suis censée être venue pour la soutenir, et je me carapate dés la première occasion.
Oui, oui, vous avez bien compris. Malgré le fait que je ne lui sois d'aucune aide lorsqu'elle bosse avec Andreas… je culpabilise de la laisser seule.
J'espère vraiment que sa vie s'arrange un peu, ou du moins, qu'elle devienne un peu plus simple. C'est vraiment nul parce qu'il suffirait simplement que l'un des deux fasse un pas pour que tout s'enchaîne. Mais je me garderai bien de lui parler après sa crise de ce matin !
Et si je décidais moi aussi de mettre un peu ma vie à plat ?
J'embrasse la joue de mon amie, lui fait promettre de m'appeler en cas de d'urgence et dévale les escaliers. Je monte ensuite dans le taxi appelé quelques minutes plus tôt grâce au bon soin d'Anaïs et lui donne l'adresse que Gustav m'a marqué sur un papier hier au soir… le trajet est tellement long que j'ai l'impression qu'il habite de l'autre côté de la ville. Le chauffeur me dépose dans un quartier résidentiel très sympa avec des tas de maisons individuelles, et je sonne au portail de la maison portant le numéro que je recherche. Après quelques secondes d'attente insoutenable, une jeune fille ouvre la porte, qui me toise sans même m'adresser la parole.
Je décide donc d'amorcer la conversation. Pas que le portail ne soit pas magnifique à contempler mais… disons que j'ai mieux à faire.
- Bonjour, Gustav est là ?
Son front se plisse, et c'est avec une certaine froideur qu'elle me lance :
- Je ne sais pas comment est-ce que vous avez eu cette adresse, mais rentrez chez vous !
Puis elle referme la porte… et bien, quel accueil ! Mais il m'en faut d'avantage pour me décourager et je sonne de nouveau. La même fille rouvre la porte en ayant l'air plus agacée que jamais, mais avant qu'elle ne me balance encore comme une mal propre je lui dis :
- Vous pouvez juste dire à Gustav que Julie est là… s'il vous plait ?
Elle me jauge du regard avant de murmurer un « mouai » peu convaincant et je n'attends qu'à peine une minute supplémentaire pour que la porte ne s'ouvre sur mon blond préféré, qui vient immédiatement à ma rencontre.
- Salut Ju'. Je suis désolé, ma sœur peut être un vrai chien de garde quand elle veut. T'as trouvé facilement ?
Je le rassure sur ce point alors qu'il m'invite à rentrer chez lui. Je fais quelques pas dans une entrée relativement grande, sur la droite se trouve une double porte vitrée par laquelle j'aperçois la fameuse sœur « je-mords-tout-ce-qui-bouge » se trouve dans le salon en train de travailler ce que j'imagine être ses cours. Je devine un bout de la cuisine en face de moi et l'escalier menant à l'étage se trouve sur ma gauche.
- J'enfile mes baskets et on y va ?
- Ça marche !
Je le regarde monter et me poste devant la porte d'entrée pour l'attendre, mais c'était sans compter sur sa sœur qui vient à ma rencontre.
- Alors, c'est toi la fameuse Julie ?
La question pourrait être anodine si elle n'était prononcée avec autant de réserve.
- Et bien, je suis une Julie. Après, savoir si je suis la fameuse ou non, je ne pourrai pas te le certifier.
Elle me fixe une seconde puis me demande abruptement :
- Qu'est-ce que tu lui veux à mon frère ?
Ok, sœur possessive en vue… mais sœur ou pas, elle commence à m'agacer profondément.
- Je pense qu'il est assez grand pour faire ses propres choix sans avoir ton accord.
- Ce n'est pas la question que je t'ai posée.
Je la trouve vraiment… exaspérante.
- C'est pourtant la seule réponse que tu auras !
Le dit frère descend l'escalier avec la délicatesse d'un éléphant et se pointe tout sourire.
- Ah Franziska, tu as fait connaissance ?
Et pour la première fois, je vois cette espèce de cruchasse… sourire. Mais ce qu'elle répond me scie encore plus les pattes.
- Je l'aime bien… elle a de la répartie.
Puis elle est retournée dans le salon comme si de rien n'était. Je n'ai pu m'empêchais de la suivre des yeux lorsqu'elle retournait dans le salon l'air de rien. Gustav m'a alors posé une main sur le bras ce qui m'a fait dévier le regard.
- Ne fait pas attention, elle paraît toujours un peu bizarre au premier abord.
Bizarre n'est certainement pas le premier mot qui me viendrait à l'esprit la concernant. Froide… mauvaise… agressive, oui. Mais bizarre est un mot bien trop positif en comparaison de la scène qu'elle vient de me faire.
- Elle a l'air de beaucoup tenir à toi.
Il m'explique effectivement qu'ils sont très proches, d'autant plus depuis qu'il passe son temps sur les routes. Etant donné qu'ils se voient beaucoup moins à présent, chaque minute passée ensemble est précieuse.
- J'espère qu'elle a été sympa avec toi.
Heu… je ne peux pas lui répondre que je la trouve antipathique s'ils s'apprécient tant. Il semble que c'est la meilleure stratégie soit de rester neutre.
- T'inquiète pas, ça a été.
Il me regarde alors avec un petit sourire en coin plus qu'ironique. Qu'est-ce que j'ai dit ?
- T'es la première personne à ne pas m'annoncer directement que ma sœur est une vraie garce…
Je palie légèrement… j'ai menti et il m'a grillé en beauté ! Mais ma panique est de courte durée quand j'entends la suite.
-… J'apprécie. C'est très gentil de ta part.
Ma respiration reprend un cycle normal et je le suis dans la cuisine où il récupère un sac à dos puis m'engouffre dans la porte communicante au garage. Le contenu du sac m'intrigue mais l'histoire de la frangine me turlupine d'avantage. Je me repasse notre conversation, et réalise alors la démarche de Franziska.
- Elle teste tout le monde comme elle l'a fait avec moi pas vrai ?
Il décroche un vélo et ne cache pas sa bonne humeur.
- Oui, et vu sa réponse, je suis certain que vous vous entendrez bien.
Il parle au futur… ça veut dire qu'il pense qu'elle et moi allons nous revoir ? J'adore cette idée !
- Elle fait des études de psycho tout comme toi, et je crois qu'elle prend un malin plaisir à déstabiliser tout le monde. Heureusement que tu ne fais pas comme elle !
Je lui mets alors une tape sur l'épaule histoire de me venger, mais tout ce que je gagne, c'est de me faire mal au petit doigt.
- T'aurais pu me prévenir ! – Je grogne en me massant la main.
- Ah mais non, ça aurait été beaucoup moins drôle !
