CHAPITRE 18
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POV Julie
Il m'a prêté le vélo de sa sœur et nous nous sommes vite retrouvés sur les routes. Il a tenu à me montrer son ancienne école, le conservatoire où son amitié avec Georg s'est créée et le club où il a rencontré les jumeaux la première fois. Puis on est sortis de la ville pour se balader dans la campagne environnante. C'est sûr que c'est beau, mais bon… ça fait plus de deux heures qu'on roule, et moi je suis complètement épuisée. Je commence donc à m'époumoner assez fort pour qu'il puisse m'entendre :
- GUS ! Je sais que t'adore ça mais moi j'en peux plus. Tu veux ma mort ou quoi ?
Il a ralenti le rythme afin de se laisser rattraper pour se mettre à mon niveau.
- Encore dix petites minutes pour arriver là où je veux t'emmener et promis on fait une super pause.
Je me suis laissée convaincre par sa promesse d'un super moment passé à deux et l'ai suivi sur un petit chemin de terre qui menait à un bois… et après quelques minutes supplémentaires de martyr, on a débouché sur une magnifique clairière. On a posé les vélos, ou devrais-je dire que j'ai carrément balancé le mien, pour s'installer par terre et je l'ai regardé extirper de son fameux sac à dos des bouteilles d'eau ainsi que des petits sandwichs… trop mignon, il a pensé à tout !
- Tiens, bois un peu. J'ai pas envie que tu me fasses un malaise.
Il est vrai que je meurs de soif. Je prends la bouteille qu'il me tend avec plaisir, en vide un bon tiers puis la lui rends.
- Faire un malaise, c'est la spécialité de Sarah, pas la mienne.
Le regard en biais qu'il me jette m'indique alors qu'il n'a pas compris la dérision de ma phrase.
- Hey… pas la peine de me regarder comme ça. Elle n'en fait pas un fromage et ne supporte pas qu'on parle d'elle comme si elle était malade… donc « humour » – lui dis-je en mimant des guillemets sur le dernier mot.
Il avale un morceau de pain de mie en me mettant un sandwich dans les mains avant de me faire part de son avis sur le sujet.
- C'est dingue la différence en tout cas. Bill me disait que quand elle est arrivée, elle semblait sur le point de se briser, alors que maintenant… elle parait presque bien.
Je regarde discrètement de quoi est composé la mixture qui apparaît entre les deux tranches de pain, et parle avec lui de ce sujet si épineux. Autant je peux émettre certaines réserves avec d'autres personnes, autant avec lui, je n'ai pas l'impression d'avoir besoin de cacher quoi que se soit.
- T'es bien un mec toi. Elle n'était pas sur le point de se briser, elle l'était. Et oui, elle parait presque mieux… paraître est le mot juste. Ça lui a fait du bien de venir ici, mais son travail avec Andreas arrive bientôt à terme… elle n'aura aucune raison de rester après ça.
Il a l'air extrêmement surpris par ce que je viens d'annoncer, et sa surprise se transforme en contrariété.
- Tom n'est pas une raison suffisante ?
- Si la situation perdure dans cet état… non, Tom ne sera pas une raison suffisante. Il faudrait qu'ils s'avouent enfin leurs sentiments ce qui est, à mon avis, loin d'être le cas – lui dis-je tout en jouant avec des bruns d'herbes plus grands que les autres.
- Et toi, tu resterais ?
J'abandonne immédiatement mon occupation pour me perdre dans son regard onyx. Je ne comprends pas bien le sens de sa question… ou alors j'ai peur de trop la comprendre. Dans tous les cas, je décide de répondre le plus honnêtement possible. Je ne souhaite rien lui cacher.
- Non. Je n'aime pas être dépendante. Sarah a finit ses études mais moi pas… et c'est quelque chose qui me tient vraiment à cœur.
- Il te reste longtemps ?
Je lui ai alors parlé de mon plan de carrière en évoquant mes études avec passion. J'aime ce que je fais et c'est vrai que quand je commence, j'ai un peu de mal à m'arrêter. Du coup je lui présente toutes les caractéristiques de mon cursus en tentant de lui faire partager mon sentiment.
- Tu dois me trouver affreusement barbante !
- Tu rigoles ? Tu me donnerais presque envie de reprendre mes études tellement ça sonne bien quand tu en parles.
Tout en disant ça, je le vois se pencher vers la boîte qui contenait les petits pains mais on s'aperçoit en même temps qu'il n'en reste qu'un seul. Et c'est en le lui volant à sa barbe que je me retrouve maintenant en train de courir tout en l'esquivant puisqu'il a décidé de se venger. Malheureusement pour moi, il court plus vite et je me fais rapidement rattraper… Je me retrouve par terre en un rien de temps alors que monsieur a décidé de me chatouiller jusqu'à épuisement.
- PITIE !! Arrête… s'il te plait… Gus… AAaaahhah… je t'en supplie !
Plus chatouilleuse que moi, ça n'existe pas et s'il n'arrête pas très vite, je crois que je vais me faire pipi dessus. Après un énième cri de ma part il se décide enfin à stopper ses méfaits mais la situation n'est pas meilleure. Il se trouve à califourchon sur moi alors que je suis un peu relevé sur mes coudes... On se fixe ce qui me parait être un temps infini, et sa main vient se poser sur ma joue en une douce caresse, tout en enlevant quelques mèches de cheveux folles. Il me prend alors totalement au dépourvu lorsqu'il murmure le plus sérieusement du monde :
- Tu es tellement belle.
Je crois que mon cœur vient de tressauter, est-ce normal ? Je le regarde se pencher lentement alors que mes yeux dévient vers sa bouche mais ce moment si parfait s'interrompt brutalement lorsqu'une grosse goutte d'eau s'écrase sur mon front, me faisant sursauter. On regarde le ciel en même temps et très franchement, ça ne s'annonce pas bien du tout.
- Là… va falloir vite rentrer, sinon on va se prendre une sacrée saucée.
Je lui saisis la main qu'il me tend pour me relever et on range toutes nos affaires pêle-mêle dans son sac. Malheureusement pour nous, nous ne sommes pas allés assez vite et c'est en milieu de chemin que la pluie a commencé à tomber. Autant dire qu'on était plus que trempés en arrivant chez lui.
- Je t'avais dit que ce n'était pas un temps à sortir. T'as vu l'état dans lequel vous êtes ?
C'est sa sœur qui nous accueille mais ça pourrait être le pape en personne que j'en aurai rien à foutre. Je suis juste frigorifiée et ça doit inévitablement se voir parce que mon corps est pris de violents frissons que je n'arrive pas du tout à maîtriser.
- Non mais regarde moi ça… t'as envie qu'elle attrape une pneumonie ou quoi ?
Je me fais tirer le bras par Franziska qui me fait monter à l'étage sans ménagement et qui me pousse dans une salle de bain.
- Enlève tes fringues et file là-dessous – me dit-elle tout en allumant un jet d'eau bien chaud.
Dés qu'elle a refermé la porte de la pièce, je vire mes affaires qui me collent à la peau et saute sous la douche afin de détendre mes muscles totalement crispés par les tremblements… et ça marche. Il me faut encore une bonne quinzaine de minutes avant de commencer à ressentir la chaleur mais lorsque j'entends quelqu'un rentrer dans la pièce, je reperds un peu de couleurs.
- Je te dépose de quoi te sécher ici. Ça va ?
Gustav ? Non mais j'hallucine ! Il rentre dans la salle de bain alors que je suis sous la douche. Je me tourne vivement pour le foutre dehors mais je ravale mon venin en constatant que je suis dans une cabine opaque… et me sens idiote d'avoir pu penser ça de lui. En le connaissant un minimum, j'aurais du savoir qu'il ne se serait pas permis. Finalement, je balance mes remords au loin et lui lance un petit « oui » qui a l'air de lui convenir amplement.
- Ok, a tout de suite alors.
Je coupe l'eau en même temps que je devine la porte se refermer et jette un œil pour vérifier que je suis bien seule… je n'ai pas envie d'exhiber mon superbe corps à n'importe qui quand même.
C'est donc emmitouflée dans un épais peignoir avec mes vêtements dégoulinants à la main que je sors de mon refuge. Heureusement, je n'ai pas besoin de chercher longtemps puisque Gustav vient à ma rencontre.
- Donne-moi ça. – Dit-il en s'emparant de mes fripes. Je vais aller les mettre au sèche-linge.
Je le regarde disparaitre derrière une porte puis revenir sans mes fringues, me prendre la main et m'emmener à travers le couloir. Il ouvre finalement une nouvelle porte et me fait rentrer dans ce que je suppose être sa chambre.
- Tiens, enfile ces vêtements secs et mets-toi sous la couette… Tu trembles encore, t'es sûre que ça va ?
Il s'approche pour me prendre dans ses bras mais je fais un pas en arrière tout en souriant.
- T'en encore trempé, il est hors de question que tu me touches dans cet état là !
On a rigolé un peu avant qu'il ne m'abandonne et je n'ai même pas eu le courage de me changer. Je me suis allongée directement sous sa couette, encore enroulée dans le peignoir.
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POV Sarah
- Je te trouve bien silencieuse… t'as rien à me raconter ?
J'échange un regard puis un sourire complice avec Andreas et ouvre finalement la bouche.
- En fait, j'en ai tellement que je ne sais pas par quoi commencer. De toute façon, t'en connais une bonne partie… T'aurais pu me prévenir espèce de traître.
- Pour la chanson ? Ah mais non, surtout pas… ça aurait gâché l'effet de surprise. T'as aimé ?
Qu'il est bête…
- Non, non, j'ai détesté. D'ailleurs la chanson est vraiment nulle à chier et sans aucun intérêt.
- QUOI ? Tu te fiches de moi ou quoi ? – Dit-il les yeux grands ouverts, limite en train d'appuyer sur la pédale de frein.
Mon dieu… il est encore plus atteint que je ne le pensais.
- Comment peux-tu seulement imaginer que j'ai pu trouver ça nul ?
- Bah j'en sais rien moi, tu me racontes pas… je peux pas deviner !
Et d'ailleurs je lui raconterai plus tard, parce qu'on arrive déjà chez les jumeaux. On descend du véhicule dans un bel ensemble et au moment où je m'apprête à toquer à la porte, il me pousse d'un coup de hanche.
- Tu crois vraiment que je frappe pour rentrer dans cette maison quand les jumeaux sont tous seuls ?
Et sans attendre de réelle réponse de ma part, il pousse la porte. Au début je pensais que les frangins étaient en train de s'engueuler mais en pénétrant dans le salon, je me suis aperçue que Bill était seul, mais au téléphone. Il faisait les cent pas entre le salon à la cuisine et vice et versa, sans même se rendre compte de notre présence.
- Et alors… c'est pas comme si c'était la première fois !
…
- De toute façon, dés qu'il s'agit d'elle, c'est toujours pareil avec toi.
…
- Non mais tu veux vraiment qu'il te fasse encore la tronche pendant deux mois ? Et puis franchement… je comprends pas ce que t'as contre ça.
…
- David : je-m'en-fou ! C'est clair ou pas ? Et il n'est pas question que j'intervienne là-dedans. Déjà que ce n'est pas mon problème, c'est encore moins le tient. Tu n'as même pas ton mot à dire sur le sujet… on a encore une vie privée Dieu merci.
…
Mais qu'est-ce qu'il se passe encore ? Andreas se racle un peu la gorge pour signaler notre présence et quand Bill nous voit enfin, il coupe court à la communication.
- Je te laisse… et pas la peine de me reparler de ça. Va falloir t'y faire, on n'a plus douze ans !
Puis il raccroche finalement son portable d'un geste brusque.
- Salut, comment ça va ? – Demande t-il en me faisant une bise énergique.
- Heu… moi plutôt bien. Et toi ? – Je réponds en jetant un œil à son portable.
- Bah moi je vais super bien. C'était juste David, il a du mal à digérer les journaux de ce matin apparemment. Vous m'en avez apporté un ? – Dit-il en retenant à peine un sourire.
Mais comment fait-il pour prendre ça avec autant de dérision ? J'allais lui répondre par la négative lorsque je vois Andreas déplier des papiers sortis tout droit de sa poche.
- Y'avais trop de pages, je t'ai pris le principal.
Je regarde avec surprise Bill en train d'étudier les papiers froissés puis il me lance avec un naturel déconcertant :
- Hum… t'es très photogénique Sarah.
- Mais vous allez arrêter tous les deux ! C'est vraiment pas drôle ! Et pourquoi tu ne dis rien d'abord ? – Je m'exclame exaspérée tout en frappant l'épaule de Bill.
- Bah parce qu'il n'y a rien à dire. Tu veux que je saute dans ma machine à remonter le temps pour changer ça ? Je t'en parle en connaissance de cause : Il vaut mieux faire comme si de rien.
- Désolé de ne pas avoir l'habitude de faire la une des presses à scandales. Et qu'est-ce qui lui arrive à David… pourquoi ça l'énerve tant ? C'est pas comme si s'était lui qu'on avait photographié.
Le chanteur continu de regarder les articles que son meilleur ami lui a ramené comme si je n'avais pas parlé, mais cette fois-ci je ne laisserai pas passer ! J'en ai marre de me prendre des vents à chaque fois que je parle de choses qui fâchent.
- Bill, j'en ai marre quand tu fais genre que t'as pas entendu la question que je viens de te poser. Je sais déjà qu'il ne peut pas m'encadrer, alors qu'est-ce que j'ai fait encore ?
Je le regarde le plus sérieusement possible et attends patiemment qu'il daigne enfin répondre. Il dépose négligemment les coupures de journaux sur la table avant de se tourner vers moi, l'air passablement contrarié.
- Il suppose que les fans prendront très mal le fait que Tom puisse avoir une petite amie. Et ce n'est pas du tout qu'il ne peut pas t'encadrer, il a juste peur que les répercussions soient trop difficiles à gérer pour toi.
Non mais il se fout de ma gueule cette espèce de connard qui leur sert de manager ? Je ne suis même pas avec Tom… qu'est-ce que ça peut lui foutre qu'on me photographie avec lui !
- Bref… ça me saoule ! – Dis-je abruptement pour couper court à tout ça. Je suis venue pour récupérer mes affaires alors… Où est-ce qu'elles sont ?
Les deux garçons s'échangent un sourire narquois qui ne présage rien de bon et Bill prend finalement la parole.
- Je crois que Tom en a fait un autel à ta mémoire dans sa chambre… tu peux monter, il doit être réveillé.
Oh Bill… tu ne peux pas me faire ça !
Il ne peut pas m'envoyer comme ça dans la gueule du loup, en souriant à pleine dent comme il est en train de le faire.
- Et pas la peine de me regarder avec ces yeux de chien battu. Tu crois que je ne vous aie pas grillé à vous éviter hier soir. Allez, file ! Je suis sûr que vous avez des tas de trucs à vous dire.
Et pour insister sur ses mots, il me saisit le bras et m'entraîne vers l'escalier. Et bien, quand faut y aller, faut y aller ! Je grimpe les marches lentement, une boule grossissant dans mon ventre au fur et à mesure que je m'approche de l'étage. Je traverse le couloir qui m'est devenu si familier, passe devant mon ancienne chambre sans m'arrêter et termine ma route devant la porte de Tom. Comme l'a prédit son frère, il est effectivement réveillé puisque des notes de guitare traversent la cloison pour arriver jusqu'à moi.
J'écoute cette nouvelle mélodie, me laissant entraîner dans son jeu encore hésitant. Il doit s'agit d'un nouveau morceau. Et malgré quelques notes hasardeuses, je ne peux m'empêcher d'admirer sa façon de jouer. Je ne peux pas le déranger maintenant alors qu'il a l'air de bosser…
Non, ça c'est l'excuse parfaite pour faire marche arrière… et j'ai vraiment besoin de mes affaires !
J'inspire une légère bouffée d'air… et tapote doucement.
Les cordes arrêtent de vibrer immédiatement alors qu'il invite la personne qui le dérange à rentrer.
Je tourne la poignée, fait un pas dans la chambre tête baissée, à la recherche de mon courage disparu et lorsque je me redresse… je comprends tout de suite mieux pourquoi les filles font la queue pour passer un agréable moment en sa compagnie. Je tourne le dos à cette vision instantanément, le rouge mettant le feu à aux joues. Je vais vraiment passer pour une vierge effarouchée mais je risque de perdre le peu de contrôle qu'il me reste si je le regarde encore comme ça !
- Tom… tu peux enfiler un truc s'il te plaît ? Et jamais tu la poses ta guitare !
Cette espèce de crétin se trouve assis en tailleur sur son lit, vêtu en tout est pour tout d'un simple boxer noir.
- Un musicien n'a jamais fini ni d'apprendre, ni de s'entraîner. Et puis je te rappelle qu'on a déjà dormi ensemble alors…
Comment l'oublier ! Mais la situation était un peu différente à l'époque.
- Oui, et je te rappelle que tu avais enfilé un tee-shirt ce soir-là.
Je le devine bouger au bruit des draps froissés qui me parviennent, quelques pas légers raisonnent aussi sur le parquet, et je sursaute violemment en sentant sa respiration dans mon cou. Mais qu'est-ce que…
- Je t'ai connu moins timide… – Murmure-t-il.
Je le sens parcourir mon cou sans jamais réellement le toucher et c'est… grisant. J'ai l'impression de perdre la raison sous ses douces tortures.
- Humm… je venais chercher mes affaires… Bill… m'a dit que… qu'elles étaient ici.
J'ai du mal à construire une phrase cohérente sous le supplice que me procure le tourbillon d'émotions qui m'envahit. Ne me demandez surtout pas pourquoi est-ce que je le laisse faire, j'ai arrêté de réfléchir depuis le moment où j'ai vu la couleur de son caleçon.
J'ai l'impression de sentir son piercing m'effleurer à certains endroits et je ferme instinctivement les yeux, comme pour mieux me concentrer. Me concentrer sur mon cœur que je m'inquiète de sentir battre si fort. Puis je sens la bouche, ou est-ce son nez, me frôler les cheveux alors qu'il passe de l'autre côté de mon visage, un frisson sur ma peau suivant le même parcours que son souffle qui remonte de mon cou vers mon oreille en une caresse délicate. Quand brusquement, il stoppe tout mouvement quelques secondes et s'éloigne aussi soudainement qu'il n'est venu.
Je recommence à respirer maladroitement, m'apercevant que j'avais oublié de le faire en sentant sa présence derrière moi. Et l'espèce de frustration que je ressens me met presque de mauvaise humeur. Je ne comprends pas à quoi est-ce qu'il joue.
- Tiens, je t'ai fait un petit tas ici.
Je me retourne lentement, comme si ce que j'allais voir pouvait me brûler les yeux. J'aperçois alors mes affaires trônant sur son bureau, posées les unes sur les autres. Je prends le tout, les mains quelque peu tremblantes et me détourne pour partir aussi vite que possible. Pourtant ma fuite n'est que de courte durée lorsque je vois Tom me barrer la route en s'étant posté dans l'embrasure de la porte, toujours en caleçon et une serviette à la main. Je tente de rester concentré sur ses yeux alors qu'il me regarde l'air absent. Il a l'air de chercher ses mots.
- Ça ne peut pas se finir comme ça Sarah.
Va-t-il enfin me parler à cœur ouvert ? Va-t-il enfin me dire ce que j'espère entendre… ce que j'ai besoin d'entendre ?
- Et tu voudrais que ça se finisse comment ? – Je demande anxieusement.
Un léger sourire étire ses lèvres avant qu'il ne réponde :
- En apothéose !
Et il m'a abandonné au milieu de sa chambre pour rejoindre la salle de bain. Ça veut dire quoi en langage Kaulitzien « en apothéose » ? Qu'entend-il exactement par ça ? Je réalise que je me retrouve maintenant seule dans sa chambre, et que c'est la première fois que je rentre dans cette pièce. Je ne m'autorise pourtant qu'un bref tour d'horizon avant de sortir. Cette pièce ne m'aide pas à réfléchir et j'ai à présent, si c'était possible, encore plus de question que lorsque je suis arrivée.
Je retrouve donc Bill et Andreas dans le salon et ce dernier se lève en récupérant son manteau au moment même où il m'aperçoit.
- Et ben quand même ! J'ai cru que t'allais dormir là-haut moi. T'as tout ce qu'il te faut ?
J'acquiesce en bougeant vaguement le visage, toujours dans les nuages. Toujours en train de chercher à comprendre comment il a réussi à me faire ressentir autant de chose, à me faire embraser le corps alors qu'il ne m'a même pas touché. Il ne s'est rien passé et j'en suis pourtant bouleversée, comment est-ce possible ?
- Heu… Sarah, t'es avec nous ?
Je cligne des yeux pour sortir de mes songes.
- Hein ? Heu… oui, oui. On y va ?
Je me tourne vers Bill et son air taquin me donne envie de lui crever les yeux. Il savait que son frère venait de se réveiller, et il savait ce qu'il risquait de se passer. Petit con va ! Je décide pourtant de passer outre… j'ai juste envie de fuir cette maison. Et vite.
- Bill tu feras le point avec ton frère sur les photos, il est parti se laver et je n'ai pas eu le temps d'évoquer le sujet. On se voit ce soir au fait ?
- Ah non, ce soir c'est promo sur je ne sais plus qu'elle plateau télé de merde.
Oh… déception ! Qui ne passe pas inaperçue pour tout le monde, parce que le décoloré s'empresse de m'inviter pour la soirée.
- Oh mais fait pas la tête petite Sarah, t'auras qu'à regarder la télé à la maison si tu veux.
- Je ne fais pas la tête ! – Dis-je boudeur et avec beaucoup trop d'empressement pour être crédible.
- Mais oui, mais oui. Bon Billou, amusez-vous et nous… on se casse !
Je le suis d'un pas traînant, avant de me retourner vers le chanteur.
- Vous allez jouer ce soir ?
Il secoue la tête de gauche à droite et m'explique :
- On va plutôt se donner en spectacle. On ne fait pratiquement plus que du play-back sur les plateaux télé. C'est nul, et pour le public et pour nous mais je n'ai pas trop le choix, sinon entre la télé, les radios, les représentations ou autres festivals, j'aurais plus de voix pour nos concerts.
Il me fait presque pitié tellement chanter en play-back à l'air de le décevoir. Mais ce mec ne prend vraiment pas assez soin de ses cordes vocales, alors autant limiter la casse comme il peut.
- C'est loin au fait ? – Se renseigne son meilleur ami.
- On part dans l'après midi histoire de répéter sur place mais de toute façon dés que Tom est prêt, on file au studio. David veut absolument nous voir pour cette histoire de photo.
Je me sens un peu coupable de leur créer des histoires pour rien et murmure un « je suis désolée » plus que pathétique.
- Ne dis pas de bêtises, tu n'as pas à être désolée de ça – répond-il en me faisant un bref câlin.
- Tu lui passeras le bonjour pour moi. La dernière fois que je l'ai vu, Julie lui a remonté les bretelles avec un tel dynamisme que je ne me suis pas senti le courage de m'immiscer entre eux.
Savoir qu'Andreas apprécie David m'agace toujours un peu, mais bon… ce n'est pas comme si j'avais mon mot à dire. C'est à ce moment que Tom est rentré dans le salon, habillé (à mon plus grand soulagement) et cheveux retenus dans le dos.
- Passer le bonjour à qui ?
Il sert la main d'Andreas suivi d'une accolade en le gratifiant d'un « salut vieux frère » puis se jette dans un fauteuil. Bill lui explique alors qu'il s'agit de leur manager qui les attend au studio par rapport à un léger différent à régler. Le guitariste soupire en levant les yeux au ciel avant de demander des précisions.
- Un léger différent… c'est-à-dire ?
Je vois Bill ouvrir la bouche mais je le coupe immédiatement dans sa lancée.
- Andreas, on devrait vraiment y aller. – Dis-je en enfilant ma veste et en replaçant mon sac en bandoulière. Bonne après-midi les garçons.
Je retiens un rire devant la moue de Bill qui a très bien compris que je battais en retraite et me dirige vers la sortie. Mais lorsque leur ami ouvre la porte et que je m'apprête à le suivre dans l'allée de jardin, j'entends un « Attends puce ! » qui me coupe la respiration.
Ces mots… j'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne les ai pas entendus. Je l'ai entendu approcher alors que j'étais toujours dos à lui et je n'ai pu retenir un tressaillement quand j'ai senti sa main se poser sur ma nuque. Les battements de mon cœur se sont un peu affolés alors que je me retournais lentement. Et histoire de calmer mon appréhension, je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de reprendre ma mauvaise habitude de mordiller ma lèvre.
J'ai vu un mince sourire étirer sa bouche pendant qu'il me regardait, puis il s'est approché de moi pour déposer un baiser sur mon front et me murmurer à l'oreille un « bon après-midi » qui n'a rien fait pour améliorer mon état actuel. J'ai juste trouvé le courage d'acquiescer en bougeant mon visage alors que je meurtrissais toujours ma lèvre.
Sa main s'est alors décalée de ma nuque à ma joue et son pouce est passé délicatement sur ma bouche.
- Arrêtes… tu vas l'abîmer.
J'ai ressenti ce touché comme une décharge électrique et je me suis noyée dans le noisette de ses yeux. C'est comme si ces six mois n'avaient jamais existés et j'ai fait la seule chose que mon corps tout entiers me réclamait. Je me suis jetée contre lui pour le serrer le plus fort possible. Ne me demandez pas ce qu'il m'est passé par la tête, je crois que j'ai juste péter un plomb.
J'ai bien senti sa surprise parce qu'il y a eu un temps avant qu'il ne me sert dans ses bras en retour, mais les secondes qui ont suivies ont été pour moi des secondes d'intense bonheur. Et une fois ma folie passée, ma témérité s'est évaporée comme neige au soleil et je l'ai repoussé aussi subitement que je ne m'étais jetée sur lui, pour partir en courant retrouver Andreas dans la rue.
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POV Julie
Je me sens tirer des limbes du sommeil par une main se baladant dans mes cheveux et lorsque j'ouvre enfin un œil, c'est pour me demander où est-ce que j'ai atterri. Mais ma panique ne dure qu'une seconde, me remémorant en un instant mon après midi pluvieuse. Pourtant la chaleur que je ressens sous cette couette épaisse me confirme que le froid m'a enfin et définitivement abandonné. Je tourne la tête pour regarder la personne qui se trouve prés de moi (en ayant quand même un gros doute sur son identité)… et croise le regard de mon Gus. On s'échange un sourire timide alors que ma tête repose lourdement sur son oreiller et je lui demande d'une voix encore endormie :
- T'es là depuis longtemps ?
- Un certain temps…
Il n'en dira pas plus et à ce moment présent, je hais les éléments de s'être déchaînés alors que je passais un si bon moment avec lui dehors.
- Ça va mieux ?
Non ça ne va pas mieux ! Le froid ça passe, la pluie ça se sèche, mais pourquoi est-ce si dure de t'approcher ? Je réponds par la négative et vois un éclair de panique traverser ses yeux noirs. Il me pose une main sur le front pour vérifier une fièvre inexistante tout en enchainant les questions.
- T'as encore froid ? Tu veux boire un peu d'eau ? Qu'est-ce qui te manque ? Tu…
Je pose un doigt sur sa bouche pour le faire taire et après quelques secondes de silence, je réponds, le regard ancré au sien :
- Toi… juste toi.
Je me redresse un peu sur le lit tout en resserrant les pants de mon peignoir et lui déballe tout ce que je ressens au risque de gâcher ce moment si parfait.
- C'est toi qui me manques, c'est toi qui m'as manqué chaque minute de chaque heure de ces six derniers mois et c'est toujours toi qui occupes la majorité de mes pensées. C'est toi encore qui me fais ressentir tout ça et c'est de toi dont j'ai envie… tout le temps, tous les jours. J'ai peur de rentrer en France avec les mêmes regrets qui m'ont habités lorsque tu es parti la première fois et pourtant je ne sais pas quoi faire pour empêcher que ça se reproduise.
Je me tais enfin après avoir formulé à voix haute tout ce qui me ronge de l'intérieur depuis tant de temps… et je n'ose même plus croiser son regard.
- Pourtant, c'est ce que tu viens de réussir à faire.
Je fixe tellement les motifs de sa couette que je pourrai les dessiner les yeux fermer… tout, pour ne pas le regarder directement. Jusqu'à ce qu'il me fasse lever le visage en me passant un doigt sous le menton et malgré tout ça je n'ose espérer.
- Julie, regarde-moi… s'il te plaît.
Je pose enfin mes yeux sur lui toujours dans l'espoir fou d'une réponse positive à ce que je viens de lui avouer… mais ce qu'il me dit est au dessus de tout ce que j'aurais pu imaginer.
- Pour moi aussi, c'est juste toi.
Oh ? Oh… je craque tout de suite ou j'attends encore un peu ? Non, je n'attends plus, j'ai assez attendu ! Ma main vient retrouver la sienne qui s'est égarée sur ma joue.
On se rapproche l'un de l'autre assez rapidement et mes yeux se ferment automatiquement au moment où nos lèvres auraient dues se rencontrer… mais je les rouvre lorsque le baiser dont je rêve depuis si longtemps ne se produit pas. Je constate alors qu'il s'est arrêté à un ridicule petit centimètre… il attend quoi, le déluge ?
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien.
On chuchote tous les deux, sûrement à cause de notre promiscuité, et sa douce haleine me procure une sensation grisante. J'essaye tant bien que mal de comprendre son attitude.
- C'est juste qu'à chaque fois que j'essaye de t'embrasser il se passe un truc… je me demandais ce qui allait arriver cette fois.
Ah bah celle là on me l'avait pas encore faite ! Je souris avant de supprimer le mince espace qui nous sépare. Il est hors de question que j'attende qu'il se passe quelque chose qui va encore m'empêcher de faire ce dont j'ai affreusement envie.
Le premier contact est délicat, et j'apprends à découvrir cette bouche que je trouve si douce… dire que j'attends ça depuis des mois !
Je ne veux plus me séparer de lui… jamais. Je passe mes bras autour de son cou alors que sa deuxième main vient finir d'encadrer mon visage. Notre baiser n'a rien de vraiment innocent et laisse mon esprit s'envoler loin de tout… loin de sa vie de rock-star… loin de sa sœur qui pourrait débarquer à n'importe quel moment et surtout loin des problèmes des autres. Je ne me concentre que sur sa main qui descend vers mon cou et qui commence à dénuder partiellement une de mes épaules.
Je pensais qu'il aurait les mains un peu rêches de par la batterie mais j'ai juste l'impression qu'il s'agit des mains les plus délicates du monde. Je resserre mon étreinte afin de le faire se rapprocher de moi et on bascule ensemble sur le lit sans que nos bouches ne se quittent.
Je sens la ceinture de mon peignoir se détendre à cause de nos mouvements un peu brusques et je vois bien son hésitation quand il constate que je n'ai rien en dessous. Mais sincèrement, je ne lui laisse aucunement le temps de penser et lui retire son tee-shirt. Je ne réfléchis pas aux éventuelles conséquences, je me laisse simplement guider par mon instinct.
Il a bien tenté un « t'es sûre ? » alors qu'il s'apprêtait à ouvrir définitivement mon peignoir mais je l'ai embrassé encore plus avidement en m'attaquant aux boutons de son pantalon… je pense que ça a répondu à sa question.
Les moments qui ont suivis n'appartiennent qu'à nous mais je crois n'avoir jamais connu d'amant aussi prévenant que lui. Il a été attentif au moindre battement de mes cils et si je pensais avoir déjà connu l'amour charnel avec un homme avant lui… et bien j'étais loin du compte.
Personne ne m'a jamais fait ressentir tout ce que j'ai ressenti alors que ses mains touchaient ma peau et c'est le corps fatigué que je me suis mise à somnoler.
Pourtant, notre repos a été plus que bref quand son téléphone s'est mis à brailler. Il a bougé un bras pour l'atteindre mais tout ce qu'il a réussi à faire, c'est le faire fracasser par terre.
- Merde… - grogne-t-il.
- Hum…
J'émerge de sous la couette en tentant de reconnecté mon cerveau à la réalité et l'interroge du regard.
- Je ne voudrais pas paraître maladroit mais… il va falloir que j'y aille.
- Déjà ?
- Tout le monde doit déjà être en train de m'attendre au studio pour partir… moi qui suit d'une ponctualité à toute épreuve… ça la fout mal.
Il m'embrasse le front alors que je m'installe sur son torse pour lui faire un dernier câlin.
- Tu dois aller où ?
Je l'écoute m'avouer qu'ils ont une émission à assurer ce soir et qu'entre le trajet et la répétition, ils doivent partir maintenant pour être prêt. Il m'abandonne dans le lit en m'expliquant qu'il va récupérer mes affaires dans le sèche-linge et je ne peux empêcher mes yeux de détailler son corps alors qu'il enfile un caleçon. Il disparait quelques minutes et lorsqu'il revient, je sais immédiatement qu'un problème est survenu, rien qu'à la tête qu'il fait.
- Julie, excuse-moi… mais… je crois que j'ai tué ton tee-shirt.
Il me montre alors mon petit haut qui est de taille parfaite pour un gamin de six ans… et devant son air dépité, je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.
- Arrête de prendre cet air de chien battu parce que je vais mourir si je n'arrête pas de rigoler tout de suite !
Ses yeux se plissent, et il me demande platement :
- T'es en train de te moquer de moi là ?
Mais je rie tellement que je suis dans l'incapacité totale de répondre… il est trop mignon comme ça. Il s'approche lentement de moi alors que je recule tout en me tenant le ventre, de rire et de crainte mêlés… pitié, tout mais pas des chatouilles !
- Excuse-toi.
Entre deux crises, j'arrive à articuler un « jamais » alors qu'il approche toujours en récidivant sa demande et qu'un sourire espiègle étire sa bouche.
- Excuse-toi.
- Tu rêves tout debout Gus.
Je le regarde poser tranquillement mon tee-shirt sur le dossier de sa chaise de bureau, faire craquer ses doigts et avec un air plus que désinvolte, me lancer un « tant pis » alors qu'il se jette sur moi. Ma séance de torture est cependant de courte durée lorsque j'arrive à l'embrasser à son insu… et au lieu de chatouilles ses mains me prodiguent de douces caresses. Je m'égare un peu dans son cou alors qu'il commence à me frôler le dos… on ne va pas remettre ça, si ?
- GUSTAAAAAAAAV !
Je sursaute en entendant sa sœur l'appeler depuis ce qui me parait être l'autre bout de la maison tellement elle hurle fort. Il se détache doucement de moi alors que je replace mon peignoir en camouflant un petit rire devant la tête de mon chéri… il a l'air extrêmement ronchon.
- QUOI ?
- Heu… si tu ouvrais la porte vous n'auriez peut-être pas besoin d'hurler comme des bêtes – je constate, blasée.
Il finit de sortir son tee-shirt du pantalon pour éviter de faire complètement débrayé et ouvre la porte mais j'éclate franchement de rire quand cette feignasse reste sur le pas pour écouter sa sœur s'époumoner d'en bas.
- Les jumeaux viennent d'appeler, ils n'arrivent pas à t'avoir sur ton portable et disent qu'ils t'attendent dés que possible au studio.
Ah, ça c'est pas une super bonne nouvelle pour moi, même s'il m'avait déjà dit qu'il partirait. Il referme la porte de la chambre avoir crié un « OK » à sa frangine et vient m'embrasser directement. Mais c'est un baiser plus serein qu'avant l'interruption, ce qui implique clairement que je vais devoir rentrer chez moi. Je pose ma tête contre son épaule alors qu'il se perd dans mes cheveux et au moment où j'amorce un geste pour finir notre étreinte, il resserre ses bras et me demande :
- Viens avec moi.
Où est-ce qu'il veut que je l'accompagne encore… il est attendu, je ne pense pas qu'il ait le temps de faire quoi que se soit dans l'immédiat. Je le regarde avec des yeux brillants d'incompréhension et lui réponds :
- Où ça ?
C'est dingue comme il dégage une assurance à toute épreuve et j'ai l'impression que tant que je serais avec lui, rien ne pourra jamais m'arriver... j'adore !
- Je n'ai pas envie de te laisser… je veux passer un maximum de temps avec toi. Alors viens avec moi cette après-midi. Accompagne-moi à cette émission débile… s'il te plait…
Il a l'air de penser que je peux refuser, ce que je trouve très rigolo. Il a encore des choses à apprendre sur moi on dirait.
- Parce que tu crois vraiment que j'ai envie de rester ici, toute seule, alors que tu seras je ne sais où en train de t'amuser sans moi. T'es barge ! Bien sûr que je viens !
Certaines auraient peut-être hésité mais pour ma part, je refuse de m'éloigner de lui. Et puis, je ne lui dirais pas, mais ce qu'il vient de me dire me fait tellement plaisir que même s'il m'avait demandé l'impossible, j'aurais accepté !
Il défroisse son haut alors que j'enfile mon pantalon mais je me retourne rapidement vers lui.
- Il va falloir que tu me prêtes un tee-shirt, je peux pas sortir comme ça.
- C'est sûr que c'est totalement à exclure !
Roooh, et en plus il est jaloux. Que demander de plus ? Ah oui… un tee-shirt.
Je le regarde ouvrir quelques tiroirs avant d'en sortir un maillot noir avec des motifs blancs sur le devant. Je l'enfile un peu de mauvaise grâce en remerciant le ciel qu'il ne soit pas une masse, sinon j'aurai nagé dedans… mais au final je suis tellement contente d'être dans un vêtement à lui que je suis certaine d'être la plus heureuse de femme !
Je me passe les mains dans les cheveux histoire de leur redonner un peu vie et saisie la main qu'il me tend… en route !
-
POV Sarah
- Andreas tu m'emmerdes ! Je te dis que ça ferait beaucoup plus vendeur si tu le plaçais comme ça !
Il ne nous reste que les images des CD et les liens des partenaires à mettre en place avant d'avoir terminé et on n'arrive pas du tout à se mettre d'accord sur la mise en page.
- Mais t'es bornée c'est pas possible. Je te dis qu'ici je veux y mettre les liens pour…
Mais il est coupé par la musique hurlante de mon portable… apparemment j'ai oublié de le mettre en vibreur : oups ! Tiens Julie... j'avais presque oublié qu'elle était là.
- Salut coupine ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
…
- Ah ! T'en as de la chance… non pas moi, on ne m'a pas proposé et heureusement. Je me suis assez donnée en spectacle pour aujourd'hui.
…
- Oui sans doute… amuse toi bien. T'as les clés pour ce soir ou je t'attends ? Ouai… ouai… d'accord !
…
- Bah nous c'est bon, on est en train de terminer. J'aurais même le temps de passer à l'aéroport pour réserver de mon billet retour.
…
- Arrêtes… s'il te plaît. Je n'ai pas envie de parler de ça maintenant, et puis je ne t'oblige pas à rentrer en même temps que moi je te ferai remarquer.
…
- Ok ! Bah a ce soir, faites attention sur la route ! Bisous.
Je raccroche avec le moral un peu en berne. Elle accompagne Gustav ce soir… elle sort avec Gustav et même plus… et moi je prépare mon retour en France. Je suis d'un pathétique !
- Qu'est-ce qui t'arrive, t'as vu un fantôme ou quoi ? – S'inquiète mon frère de cœur en me passant une main devant les yeux. – Tu parlais en français, c'était Julie ?
- Hein ? Oh… heu oui. Elle accompagne son nouveau petit ami à une émission de télé. – J'ironise, tout en sachant très bien qu'il comprendra de qui je parle.
- Ah ça y est ! Tu devrais prendre exemple sur elle, j'ai pas l'impression qu'elle perde de temps en tergiversions inutiles.
Putain… ça faisait bien vingt minutes qu'il n'avait pas mis ça sur le tapis. Une éternité, le concernant.
- Oh mais tu ne vas pas t'y mettre aussi ! Je te rappelle qu'on finit de placer tes satanés liens et mon travail ici est terminé. Alors on se dépêche histoire que j'ai le temps de m'occuper de mon vol retour à l'aéroport.
- Pourquoi l'aéroport… y'a une agence de voyage en centre ville. Ça devrait largement suffire pour préparer ta fuite.
- Je ne fuie pas !
Ça y est, ça m'agace. Qu'est-ce qu'ils ont tous… c'est ma vie que je sache ! Si j'ai envie de rentrer chez moi en ayant réussi l'exploit de ne pas tomber dans les bras de Tom, c'est mon choix merde ! Pourquoi ne veulent-ils pas comprendre que je ne veux pas souffrir autant que j'ai souffert la première fois ?
- T'es en train de penser à voix haute chérie. Et ce que tu racontes est complètement débile.
Depuis quand je pense à voix haute et en allemand ? Preuve s'il en fallait une qu'il est temps pour moi de retrouver ma France natale.
- Je t'emmerde Andreas !
- Moi aussi je t'aime, et je t'aimerai encore plus si tu restais un peu plus parmi nous.
Je voudrais rester… c'est certain. Personne ne voudrait plus rester que moi mais ça ne servirait à rien. Plus je resterai et plus mon départ sera dur à vivre alors… autant faire gagner du temps à tout le monde.
Je ne lui réponds pas et me réinstalle devant l'ordinateur. Il est temps que l'on termine ce pourquoi je suis venue ici.
