CHAPITRE 19
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POV Tom
Dire que je suis de mauvaise humeur est un euphémisme… David m'a pris le chou pendant ce qui m'a parut être des heures entières. Tout ça pour des malheureuses photos où Sarah apparaît avec moi, y'a pas mort d'homme quand même.
- Arrête de faire la tronche – me lance mon frère depuis l'autre bout de la pièce.
- Ça se voit que ce n'est pas toi qu'il a saoulé pour des conneries. J'en ai mal au crâne !
- Je te rappelle que j'étais là aussi, et qu'au passage j'ai un peu pris ta défense. Mais la prochaine fois je t'en pris, je te laisserai tout seul dans ta merde. Après tout, ce n'est pas mon problème… tu me gonfles.
Oups… je crois que je l'ai vexé. C'est quelqu'un de très lunatique, je le sais. Mais ça ne lui ressemble pas de s'agacer pour ce genre connerie, qu'est-ce que tu caches petit frère ?
Je m'extirpe du fauteuil dans lequel je m'étais affalé pour m'approcher et m'accroupir devant lui. Et il s'obstine à regarder ailleurs alors que je me trouve à son niveau, quel boulet celui-là quand il s'y met.
- Bill…
Toujours aucun mouvement, il fixe perpétuellement un point imaginaire vers l'armoire à classeur. Je passe dans sa crinière et le fais descendre sur sa joue… ce qui le fait fermer les yeux. On a toujours été très tactile l'un envers l'autre à cause de notre jumélité mais c'est le même bordel que pour Sarah… David nous empêche ce genre de contact en public parce que, dit-il, ça alimente les rumeurs sur une pseudo-relation « entre frères ». Tu parles ! Mais je me rappelle quand même du jour où on a été pris en photo alors que j'embrassais mon frère sur la joue, j'aime mieux vous dire qu'on a vraiment passé un sale quart d'heure. On était aussi plus jeune et on l'ouvrait sans doute un peu moins.
Toujours est-il que je sais exactement le calmer lorsqu'il fait du boudin. Je joue machinalement avec une mèche de ses cheveux et son visage se détend à vue d'œil.
- Qu'est-ce qui t'arrive petit Billou…
Il grogne comme pour me signaler « qu'il n'y a rien » mais je ne lâcherai pas le morceau cette fois-ci. Ça fait plusieurs jours que ça dure et malgré mon moral de choc, il va finir par me pourrir l'existence… en dehors du fait que je m'inquiète pour lui bien sûr !
- Arrête ! D'ordinaire tu ne te serais jamais énervé pour ça alors je répète, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- Pffff ça m'agace tout ça. Notre vie privée est tombée dans le domaine public… nos moindres faits et gestes sont décortiqués dans le monde entier et je me dis qu'on ne sera jamais tranquille.
Mais qu'est-ce qu'il me fait ce crétin ? On fait ce qu'on a toujours rêvé de faire et on est ce qu'on a toujours voulu être, tout en sachant ce que ça nous demanderait comme sacrifice… ça cache forcément un truc.
- Ça ne t'a jamais gêné auparavant. Pourquoi tout d'un coup est-ce que ça changerai ?
- Parce qu'on te prend la tête alors que t'as envie d'avancer dans ta vie privée. Voila pourquoi ! C'est comme si nous n'étions bon qu'à faire de la musique… je n'ai pas envie de rater des choses importante de ma vie parce que je suis célèbre.
Ah, donc le problème ne vient pas de ce qu'il se passe en ce moment… mais j'avoue que je pige que dalle à ce qu'il essaye de me dire là.
- Tu ne pourrais pas être un tout petit peu plus clair ?
Il joue quelques secondes avec son piercing et me dit un mot, un seul, qui pour moi veut tout dire.
- Lena…
Depuis le temps qu'elle le regarde avec des yeux de merlan frit, je trouve ça étonnant qu'il ne se soit jamais rien passé entre eux. On l'a rencontré en primaire et son amitié envers mon frère a toujours était irrationnelle. Il n'y a que lui qui, malgré les années, ne s'est aperçu de rien.
- Et bah quoi « Lena » ?
Il m'explique alors qu'il s'est franchement engueulé avec elle le soir où Sarah avait disparu. Je pensais qu'il parlait du moment où elle l'avait rappelé alors qu'on cherchait la petite française partout mais non… ils se sont rappelés le soir même et apparemment la conversation a été encore plus tendue que la première.
- Et puis là-dessus, Sarah m'embrouille la tête.
Qu'est-ce qu'elle vient faire là dedans ma puce ? Je décide de ne pas poser la question à voix haute, histoire de le laisser aller au bout de ses pensées, mais franchement… elles tardent à se faire connaître. Ce serait bien la première fois qu'il perdrait sa langue.
- Bon t'accouches ou quoi ? C'est quoi le problème avec Lena ?
- Je sais pas… c'est bizarre… je crois que je viens de réaliser qu'il s'agissait d'une fille.
Ah non mais là, je ne peux pas me retenir et j'éclate franchement de rire devant les yeux écarquillés de mon frère qui sourit aussi en réfléchissant à la bêtise qu'il vient de me sortir.
- Nan mais j'ai toujours su que c'était une fille espèce de bouffon ! C'est juste que je n'aie jamais pensé à elle comme ça. Je sais pas, c'est Sarah l'autre jour qui m'a parlé d'elle et… je savais déjà que je tenais à elle… mais… je me suis aussi rendu compte que peut-être elle me plaisait…
- Peut-être ?
Je pose ma question en levant un sourcil moqueur, il est vraiment débile quand il parle d'amour. On peut me reprocher d'être un peu trop « cash » en ce qui concerne les filles mais alors lui, dans le genre je tourne autours du pot pendant quinze ans ! Et comme il n'a pas l'air de vouloir reprendre la parole, je me lance.
- Non mais tu l'as regardé récemment ou tu penses encore à elle comme à la gamine de neuf ans qui a débarqué dans notre école ? C'est une vraie bombe, t'attends quoi ? Qu'elle se trouve un copain à qui tu devras casser la gueule parce qu'il lui aura fait du mal ?
Il grogne encore tout en repoussant ma main de ses cheveux, s'il s'agace c'est que j'ai touché un point sensible. Et oui mon pote, je sais toujours où taper pour te faire réagir… c'est comme ça ! Mais on n'a pas l'opportunité de reprendre notre conversation car la porte s'ouvre sur Georg qui vient d'arriver au studio.
- Punaise, j'ai cru qu'elle n'allait jamais me laisser partir.
Mon frère et moi nous regardons avant de se tourner vers notre ami chevelu et demander d'une seule et même voix :
- Vicky ?
Le pauvre garçon se fait harceler par la nana de l'accueil depuis je ne sais combien de temps et je crois qu'il ne sait plus comment lui dire qu'il n'est pas intéressé. On déconne entre nous pendant un temps et je me mets ensuite sur l'ordinateur pour lancer une partie de carte. Je suis d'ailleurs en train de me faire laminer lorsque la porte du bureau s'ouvre de nouveau sur Gustav… ça y est, nous voici au complet. Je lui lance un vague salut et reporte mes yeux sur ma partie… avant de relever la tête rapidement : J'ai raté un truc ou quoi ?
- Heu… Salut Julie. – Lance mon frère de façon aussi éloquente que ce que j'aurais pu être moi-même.
Et étonnement, je la trouve nerveuse, ce qui est relativement étrange quand on connaît un peu le personnage. Gustav se rapproche d'elle pour lui passer un bras autour de la taille et lui déposer un baiser dans le cou… je crois que je suis en pleine quatrième dimension ! Mais je ne suis pas le seul à ne pas réaliser parce que Georg demande en se tournant vers notre pote :
- T'aurais pas un truc à nous dire là ?
- Ou plutôt, vous n'auriez pas un truc à nous dire ? – Précise mon frère.
- Vous n'êtes pas stupides et vous avez l'air d'avoir très bien compris. Y'a rien d'autre à rajouter.
Toujours très clair, court et concis notre Gusty.
- Mais… depuis quand ? – Demande encore mon jumeau l'air quelque peu hébété.
Et malgré sa petite hésitation du début c'est Julie qui, reprenant ses bonnes habitudes, nous envoie bouler.
- C'est dingue ce que vous êtes curieux pour un groupe de mecs… on dirait des vraies gonzesses.
Et la vérité me saute en plein visage… Gustav a réussi là où moi j'ai échoué jusqu'à présent. Julie et lui sont ensembles alors que Sarah ne me lâche toujours que trois mots par heure… quand elle est de bonne humeur ! Le seul avantage, en dehors du fait que mon pote se soit casé, c'est que je vois enfin la fin de mon calvaire personnel avec David.
- C'est notre manager qui va être content, il va peut-être enfin me lâcher la grappe !
D'ailleurs en parlant de lui, il fait une entrée fracassante dans le bureau, des dossiers pleins les mains et j'esquisse un sourire alors qu'il constate les mains de nos amis plus liées que jamais. Il se frotte les yeux avant de se parler à lui-même mais d'une voix suffisamment haute pour qu'on en profite tous :
- J'abandonne… ils me désespèrent tous !
Il pose les dossiers sur son bureau en dégageant au passage les pieds que Georg avait posé dessus et se tourne vers notre batteur.
- Je suppose qu'elle vient avec nous ?
Notre blondinet ne répond rien mais il rapproche d'avantage Julie contre lui en défiant David de dire quelque chose contre ça. Je me suis engueulé avec lui pendant deux heures et je suis presque sûr que ça n'a pas eu le même impact que ce qu'il se passe en ce moment. Il faut dire que Gustav peut avoir un sacré regard de tueur quand il s'y met. Du coup, le silence se prolonge un peu, faisant grimper la tension d'un cran. Et comme d'habitude, je me lance à l'eau histoire d'aider mon ami… je me lève d'un bond en lançant un joyeux :
- Donc tout est en ordre. On décolle ?
On s'est tous dirigés vers le parking où devait sûrement nous attendre Saki et j'ai lancé un petit sourire en coin à Julie lorsqu'elle m'a fait un clin d'œil… pas besoin de me remercier, je connais un peu la situation dans laquelle ils se trouvent alors si je peux faire en sorte de faire chier David, je ne vais pas me priver !
Je m'installe à côté de mon frère qui a déjà posé son front contre la fenêtre… ça y est, il est reparti dans ses pensées. Je le laisse à ses réflexions pour m'occuper des miennes : c'est trop con parce que si j'avais su que Julie venait, j'aurais demandé à Sarah de se joindre à nous aussi.
Je ne suis pas complètement idiot et soupçonne violemment Andreas de tout faire pour prolonger leur « travail » mais je sais aussi que ce n'est pas quelque chose qui va durer indéfiniment et je suppose qu'elle va bientôt devoir rentrer chez elle.
Tu me manques aussi… est-ce qu'elle a compris le sens de notre chanson, est-ce que j'ai réussi à lui faire comprendre ce que je ressentais ? Je l'espère sincèrement parce que je ne sais pas comment lui dire autrement qu'en musique. Je sais que je dois être pire que maladroit, mais je n'ai jamais eu à faire ça auparavant : Mon frère sait pertinemment que je m'ouvrirai les veines pour lui et les filles que j'ai pu faire passer dans mon lit n'étaient que des étrangères. Comment dire à une personne bien spécifique qu'elle est essentielle à ma vie… je ne sais pas.
Et qu'est-ce qui m'a pris ce matin ? J'ai complètement pété une durite! J'aurais tout fait pour retrouver l'intimité qu'on avait su se créer à Paris, mais je savais aussi qu'elle n'était pas prête à ça… et j'avoue m'être senti intimidé face à ce petit bout de femme. Je n'ai pas osé la toucher, alors je n'ai fait que l'effleurer en m'imprégnant de son odeur si subtile… je sais que ça l'a déstabilisé, la connaissant quand même un minimum… mais si seulement elle pouvait savoir l'effet que ça a eu sur moi : Je crois que mon rythme cardiaque n'a jamais été aussi irrégulier qu'à ce moment là.
- Oui, elle veut acheter son billet de retour aujourd'hui.
Cette simple phrase me fait l'effet d'un électrochoc, car même perdu dans les limbes de mes pensées, je sais exactement de qui on parle.
- Comment ça ? – Dis-je d'une voix légèrement plus froide que ce que j'avais prévu.
Julie se met à me fixer, et je sais qu'elle ne parle alors que pour moi.
- Je l'ai eu au téléphone avant d'arriver au studio. Elle a fini ce pourquoi on lui avait demandé de venir et va valider son billet pour rentrer dés que possible sur Paris… puisque rien ne la retient ici.
Rien ne… Ok. Donc elle n'a rien compris à la chanson. C'est parfait. Elle veut rentrer ? Très bien, qu'elle rentre. Après tout, qui suis-je pour elle si ce n'est un ex encombrant ?
Mais la vérité, c'est que je me sens misérable et abattu. Et comme un parfait petit soldat, je n'en montre rien… sauf Bill qui doit ressentir ma confusion au plus profond de lui.
- Bon, ça veut dire que demain soir : Grosse fiesta à la maison ! Il est hors de question qu'elle reparte d'Allemagne sans avoir fait la fête. – Lance Georg.
Les fêtes chez lui sont toujours impressionnantes… du monde, de la boisson à gogo, de la musique à fond… des fois je me demande si notre clip « Schrei » n'a pas été inspiré de ça… le fracassage de la maison en moins.
Gustav et Georg se tapent dans la main comme pour valider la soirée à venir alors que moi je me demande ce qu'il pourrait arriver de pire. Cette journée est vraiment un enfer.
J'ai passé le reste du trajet la musique plein les oreilles à éviter de regarder notre couple vedette se bécoter sans aucune pudeur.
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POV Sarah
- Ils font ça pour te dire au revoir, t'es obligée d'être présente ! – Me supplie Andy.
Raaaah Georg et ses idées foireuses… quel besoin de faire une fête pour moi. Je n'ai rien demandé à personne bordel !
- Mais j'ai un vol pour demain matin, vous n'aurez qu'à faire la fête sans moi.
L'agent de voyage nous regarde patiemment en attendant que je finalise ma réservation mais Andreas est plus rapide que moi et se tourne vers elle.
- Validez pour après-demain, ça ira très bien.
Je m'exclame mais le regard qu'il me lance me coupe la parole directe ! Je m'enferme dans un mutisme boudeur alors que la personne tend mon billet d'avion fraîchement édité à mon ami et nous ressortons enfin de l'agence de voyage. A peine ai-je fait quelques pas qu'Andreas me saisit par le bras pour me retourner brusquement.
- A quoi tu joues ? – Je lui demande agacée.
- Non. À quoi est-ce que tu joues toi. Tu comptais vraiment repartir sans leur dire au revoir ? Sans lui dire au revoir ?
Et ma réponse est aussi spontanée qu'irréfléchie.
- Oui.
On ne peut plus limpide… il ne pourra pas m'accuser de ne pas jouer franc-jeu avec lui au moins.
- Mais t'es complètement conne c'est pas possible !
J'écarquille les yeux de stupeur en entendant l'insulte. Ça fait toujours plaisir. Mais ce qui m'alarme bien d'avantage, c'est que c'est la première fois que je le vois énervé comme ça.
- Tu sais Sarah, j'ai vraiment essayé de te comprendre mais là, tu dépasses vraiment les limites. Dieu seul sait que je t'adore et que tu as pris une place importante dans ma vie et dans la leur mais là… Tu es d'une mauvaise foi hallucinante et ton mauvais caractère est sans borne. D'accord t'as morflé et je ne le conteste pas, mais il serait peut-être temps d'ouvrir les yeux sur ce qu'il se passe autour de toi et ne plus te regarder le nombril. Tom n'arrête pas de venir vers toi et tout ce que tu veux faire, c'est rentrer à Paris en catimini. T'as pensé à ce qu'il aurait ressenti en voyant ça ? Non bien sûr, t'es trop occupé à te complaire dans ton mal être… mais tu n'iras jamais mieux tant que tu refuseras de faire face à ce que tu ressens pour lui.
Il est méchant, c'est la première pensée qui me vient à l'esprit… méchant et dur ! Ce qu'il me dit me fait un mal de chien et le pire c'est que je ne sais pas quoi répondre. Je lui arrache mon billet des mains tout en lui criant au visage :
- Et bien si je suis si égoïste que ça, qu'est-ce que tu fous ici avec moi ? J'aurais due être complètement égoïste et ne jamais venir ici ! J'ai pas demandé à être reconnue dans la rue par des inconnus et à être insultée parce que j'apparais sur une photo avec lui. Qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer si je reste ? Je n'ai pas envie de me retrouver en face d'hystériques complètement en rogne et me faire tabasser simplement pace que j'apparais avec eux ou avec lui dans un putain de journal de merde !
Je l'abandonne alors seul au milieu de la rue et m'éloigne d'un pied plutôt rapide vers mon hôtel, tout en fulminant. Non mais quel connard ! D'où se permet-il de croire que tout ça est si facile pour moi ?
Lorsque j'arrive à destination, je ne suis toujours pas calmée et je claque la porte de ma chambre aussi forte que possible pour passer mes nerfs… sans succès ! Je trouve alors sur mon lit refait, des magazines où Tom et moi apparaissons ainsi qu'un petit mot d'Anaïs :
« Au cas où t'es besoin d'un peu de lecture, je te prête mes mag.
Rends-les-moi à l'occaz.
Bisous, Anaïs »
Et tout ce que je trouve à faire, c'est de prendre la pile de livres et de les balancer à travers la pièce. Qui a dit qu'une paire de lunette et une capuche caché un visage, que je le démonte ? J'avais réussi, chez Andreas, à laisser tout ça de côté mais dés qu'on a mis un pied dehors, j'ai bien vu les regards insistant de certaines personnes.
Y'a même une nana qui s'est pointée en me demandant si c'était moi « sa nouvelle pétasse »… charmant accueil. Vous comprenez peut-être plus mon envie de partir d'ici au plus vite sans jamais le revoir ?
Je me pose sur mon lit et prend ma tête dans les mains. Tout est confus et je ne sais plus quoi faire. Oui il me manque et oui j'aurais pu lui sauter dessus ce matin mais… je suis sûre que ça va encore mal finir. Et je n'ai pas envie de retomber dans une dépression alors que Monsieur sillonnera le monde et les lits de ses habitantes.
Je m'allonge jusqu'à ne former qu'une petite boule… je me suis engueulée avec Andreas et je le vis super mal, c'était un de mes rares soutiens ici. Mes yeux se ferment de lassitude et je me laisse lentement glisser dans le sommeil… au moins quand je dors, je ne pense pas !
Toc, toc, toc.
- Sarah, je sais que t'es là, mon père t'as vu rentrer. Ouvre s'il te plaît.
J'ouvre difficilement un œil alors que j'entends les coups frappés à ma porte et apparemment il s'agit d'Anaïs… mais sincèrement, je n'ai envie de voir personne dans l'immédiat.
- Bon… bah l'émission commence dans cinq minutes. Tu captes la chaîne depuis ta chambre mais si tu veux la regarder avec moi, tu seras la bienvenue.
L'émission ? Il est déjà si tard que ça ?
…
Ah oui… l'émission ! Je remets en ordre ma frange et attend d'entendre Anaïs partir avant de me lever de mauvaise grâce pour allumer mon poste de télévision. Je sais ce que vous êtes en train de vous dire : Elle fait chier celle-là, d'un côté elle ne veut plus entendre parler de lui et de l'autre elle le regarde à la télé.
Oui, mais à la télé il ne me grille pas en train de le reluquer et puis la télé, c'est impersonnel… je ne risque pas grand-chose. Je me réinstalle sur mon lit en prenant un coussin dans mes bras et regarde les publicités défiler jusqu'à ce que le vibreur de mon téléphone se mette en marche.
« Je suis désolé pour tout à l'heure. M'en veut pas mais je m'inquiète trop pour toi. Bisous soeurette. »
Si, je lui en veux ! Bien sur que je suis folle de rage… mais je sais aussi qu'il a raison. Je me lamente sur mon pauvre sort depuis bien trop longtemps mais j'y peux rien, j'ai trop peur d'avoir mal à nouveau.
L'émission débute enfin mais si c'est comme en France je ne me fais pas d'illusion, le groupe devrait passer en dernier, histoire qu'on scotch devant l'écran toute la soirée. Les artistes se suivent et je n'en connais pas un seul… moi et la musique allemande, ça fait deux ! J'en profite pour commencer à taper une réponse à Andreas mais ne sachant pas réellement comment ordonner tout ça, j'abandonne rapidement.
Et après une heure de show, le présentateur annonce enfin les Tokio Hotel… pas trop tôt ! Il chante leur nouveau single « Heilig »… en play-back. Les pauvres. Pourtant ils font comme s'ils s'amusaient tout autant, de vrais professionnels. Bill fait des signes au public, Georg et Tom partage quelques secondes de complicité, Gustav tape aussi fort que possible sur ses percussions. Oui… pour un néophyte, ils ont l'air de s'éclater. Et une fois la chanson terminée et les cris des fans un peu calmés, ils se dirigent vers le canapé des invités.
- Alors, ça fait longtemps que vous n'étiez pas venu nous voir – s'exclame le présentateur qui leur tape dans le dos… comme s'il retrouvait de vieilles connaissances.
Les garçons s'installent en vrac, Tom à côté de Georg et Gustav et Bill respectivement sur les accoudoirs du siège. Ils se prêtent de bonne grâce au jeu des questions-réponses et j'ai la vague impression que ce n'est pas la première fois pour eux qu'ils viennent sur ce plateau. Ils ont l'air trop à l'aise.
- Bon, il parait que vous avez eu un concert hier. Ça c'est bien passé ?
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POV Tom
Ah, ce vieux Jack… une éternité qu'on n'est pas venus chez lui, et personnellement ça ne me manquait pas. Ce mec est un vrai fouille merde ! J'écoute mon frère répondre aux questions récurrentes mais lorsqu'il évoque notre concert de la veille, je sais que la conversation va dévier… fatalement. C'est toujours comme ça de toute façon : à croire que notre vie personnelle est plus intéressante que notre musique.
- C'était super, il y avait une très bonne ambiance. On adore remplir des salles de 12.000 personnes mais les petits événements comme celui-là nous rapproche de notre public. C'est très différents tout en étant presque pareil – répond Georg.
- Vous avez chanté des nouvelles chansons, dont une particulièrement touchante m'a-t-on dit. Votre troisième album serait-il déjà prêt ?
- Houla non ! On a quelques morceaux mais on ne travaille pas réellement sur la mise en place d'un nouvel opus. Ça vient comme ça, au fil des jours et de l'inspiration de chacun. On préfère se consacrer à nos concerts pour le moment.
- D'accord, d'accord – répond Jack tout en fouillant sur la table base qui se trouve devant nous. – Vous allez peut-être pouvoir éclairer ma lanterne. – Il se tourne vers moi en brandissant la une d'un magazine édité aujourd'hui et reprend la parole avec l'accent typique du journaliste qui vient de trouver un scoop : – Tout le monde se pose la même question : Qui est-elle ?
Qu'est-ce que je disais… j'aurais dû parier. Mon frère me lance un regard en biais et je sais qu'à ce moment présent, l'on pense tous les deux à la même chose.
Flash-back
- Vous êtes des irresponsables, surtout toi Tom. Autant je ne disais rien quand tu faisais défiler tes conquêtes, autant là, c'est stop.
David est vraiment en pétard, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais en même temps, je n'en ai strictement rien à foutre.
- Tu gères notre carrière David, pas notre vie. Je ne crois pas t'avoir demandé ton avis sur le sujet d'ailleurs. Reste à la place qu'est la tienne.
Je sais que mon ton est cassant, mais j'arrive à faire suffisamment de mal à Sarah tout seul, pas besoin qu'on vienne m'aider. Mon frère me lance un regard qui se veut apaisant, il sait très bien que je suis capable peu patient concernant ce sujet et que je risque de très vite m'énerver… mais tout son soutient ne suffira pas dans le cas présent. Mon manager me sort par les yeux !
- Que les choses soient claires jeune homme. – Dit-il en me pointant du doigt. Si on te pose des questions, il s'agit d'une fan qui a gagné un concours. Point.
Il se fout de ma gueule ou quoi ? Nan mais cette histoire est vraiment en train de lui pourrir le cerveau, ce n'est pas possible autrement.
- Tu crois vraiment que nos fans pensent qu'on va rester célibataire le restant de notre vie ? Maintenant si elles sont assez connes pour le penser, je m'en bats : c'est pas mon problème. Et concernant Sarah, je dirais ce que j'ai envie de dire et ni toi ni personne ne me donnera de ligne de conduite.
Fin flash-back
On pense à la même conversation mais la question qu'il faut se poser maintenant c'est : est-ce que je parle de Sarah ou pas. En même temps, qu'est-ce qu'il y a à dire ? Bill jette un œil en coin au présentateur qui attend toujours ma réponse dans un silence totale. Si je ne veux pas alimenter la polémique, j'ai intérêt à répondre… et vite.
Le problème c'est que je ne peux pas jeter Sarah en pâture à ses voraces mais je ne veux pas mentir non plus. Ok, tentons une approche globale de la situation, ça devrait satisfaire tout le monde.
- C'est une amie… étrangère… qui est venu nous aider sur un projet pour notre site et… c'est aussi quelqu'un à qui je tiens beaucoup. A qui on tient tous beaucoup.
Des murmures montent doucement du public, Jack à l'air de se régaler de ce moment de suspens et moi qui pensais être tranquille, c'était sans compter sur son mordant pour les ragots… quel enfoiré quand il s'y met.
- Quelques personnes soupçonnent qu'elle n'ait les yeux verts. Vous confirmez ?
Ok… je suis un homme mort. Comment les gens peuvent-il déduire en écoutant une de nos chansons, qu'elle parle spécialement de moi et pire : d'elle ! Ça craint. Ils n'ont pas leurs propres vies à gérer pour s'intéresser tellement à la notre ?
Toujours est-il que maintenant, je n'ai plus le choix. Je prends une grande bouffée d'oxygène… ça passe, ou ça casse.
- Elle a effectivement les yeux verts. Et c'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet.
J'entends un ou deux cris dans le public et il me semble aussi percevoir quelques sanglots mais il est temps pour nous de partir.
- Et bien messieurs, dames, c'était les Tokio Hotel. Merci d'être passé les gars et d'avoir été honnête avec votre public. À très bientôt.
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POV Sarah
Mais quel connard ! Je regarde le groupe serrer la main du présentateur et dire au revoir au public tout en me saisissant de mon portable. C'est peut-être lâche parce que je sais qu'il ne répondra pas, mais je préfère battre le fer tant qu'il est chaud.
- Bonjour, vous êtes sur la messagerie de Tom. Laissez un message. Bye. Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiip
Je tente quand même de me calmer, mais à mon avis c'est pire car ma voix prend un ton froid que je ne savais pas être capable d'avoir.
- Quand tu auras envie de divulguer ta vie privée au monde entier, fais en sorte de ne pas me mettre en première ligne. Tu sais ce qu'on m'a demandé aujourd'hui ? On voulait savoir si c'était moi ta nouvelle pétasse. Tu crois vraiment que j'ai envie que ma vie devienne encore plus bordelique qu'elle ne l'est déjà ? Tu n'avais pas le droit de faire ça Tom ! JE TE DETESTE !
Et je raccroche violemment… non il n'avait pas le droit.
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POV Julie
Je sais que leur passage est fini car une petite télé est installée dans la loge, et je les attends maintenant patiemment. J'ai croisé les doigts aussi forts que possible pour que le sujet « Sarah » ne soit pas évoqué mais manifestement mes prières n'ont pas été entendues. Je ne sais pas dans quel état elle doit être en ce moment mais et je crains vraiment le pire avec son caractère impulsif.
La porte s'ouvre finalement et le groupe fait son entrée… et leur mine me montre clairement que je ne suis pas la seule à m'inquiéter.
- Tu cherches vraiment à lui faire prendre le premier avion ce soir ou quoi ? Tu ne pouvais pas simplement dire ce qu'il était convenu qu'on dise ?
Donc Bill à l'air remonté contre son frère… aurai-je raté quelque chose ?
- Il avait convenu… moi j'ai jamais dit que je validais, bien au contraire ! Je ne me suis jamais caché de mes intentions.
Gus s'approche de moi pour me déposer un baiser sur le front et m'entraîne sur ses genoux alors qu'il s'installe sur une chaise… l'air de rien.
- Que se passe-t-il ?
Je chuchote à son oreille pour avoir un complément d'information mais il hausse les épaules d'indifférence.
- Comme d'hab, à savoir que Tom n'a absolument pas tenu compte des directives de David.
Il a dit ça à voix haute ce qui a attiré le regard noir du guitariste.
- Hey calme-toi Tomy ! Je n'ai pas dit que j'étais en désaccord avec toi – lui lance mon petit ami pour lui affirmer son soutient.
Le dit Tomy se retourne alors vers son frère.
- Je ne pouvais pas faire comme si je ne la connaissais pas, David…
Mais il se fait couper la parole par son jumeau qui a toujours l'air remonté.
- Mais je m'en fous de David espèce d'abruti. Depuis quand je me range de son côté plutôt que du tien ? C'est juste que vu la situation entre toi et Sarah… t'aurais peut-être dû régler ce problème là avec elle avant de l'exposer comme ça.
- Et comment ? – Demande Tom en balançant un bras. On se reparle à peine depuis hier, et ce n'est pas de ma faute si on devait venir ici ce soir. Et vas-y hein, écoute ton répondeur pendant que je te parle !
En effet, Bill a l'oreille collée à son cellulaire, un doigt en l'air pour signaler une pause à son jumeau et alors que celui-ci recommence à grogner il lui lance :
- Ta gueule, c'est Andreas…
Pendant ce temps là, je sens une main descendre le long de mon dos jusqu'à atteindre la ceinture de mon pantalon puis remonter un peu sous le tee-shirt. S'il tente de me faire perdre le fil de la conversation, ça marche.
Bill raccroche et se tourne vers moi en continuant d'ignorer les jérémiades de son jumeau… qu'est-ce qu'il se passe ? Mais rien qu'à son regard, je sais bien d'où vient le problème. Le mauvais caractère de Sarah a encore dû frapper.
- Qu'est ce qu'elle a encore fait ? – Je soupire… désabusée.
- Elle a réservé son billet pour après-demain et… je ne sais pas, apparemment ils se sont grave engueulés tous les deux… Je sais plus quoi faire Julie – rajoute t-il désemparé en jetant un coup d'œil à son frère qui s'est barré à l'autre bout de la loge.
Je suis son regard et vois le guitariste reposer son téléphone dans son sac de façon très calme, refermer ce même sac toujours lentement et malgré la pseudo sérénité qu'il dégage, quelque chose cloche… son attitude est en complète contradiction avec le visage ultra fermé qu'il arbore.
Je reporte mon attention vers mon beau gosse attitré mais au moment où j'allais l'embrasser, je sursaute en même temps que lui lorsqu'un bruit sourd surprend tout le monde. Je regarde autour de moi mais ne vois rien d'inhabituel jusqu'à ce que Bill se précipite vers son jumeau en jurant un « mais quel con ! ».
Tom vient de frapper le vilain mur… quelle preuve de maturité ! Le truc c'est qu'il a dû y aller un peu fort car un mince filet de sang goutte sur le parquet de la loge.
- Putain mais Tom, t'es vraiment débile ! Qu'est-ce qui t'as pris encore ? T'as envie que ton assureur te déteste ?
Le chanteur retire l'espèce de foulard qu'il avait autour d'un poignet pour le poser sur le poing de son double mais on dirait que ce dernier ne ressent aucune douleur, d'ailleurs il n'a toujours pas parlé, il ne fait que fixer sa main et ses yeux me sont cachés par sa casquette.
- Tom je te parle ! Pourquoi t'as fait ça ?
Il relève la tête d'un coup en me plantant un regard ultra noir dans les yeux, sans jamais répondre à son frère… et tout ce que je vois dans ce regard, c'est qu'il est profondément blessé. J'amorce un geste pour me lever mais je suis retenue par la main de Gus qui me saisit le poignet et quand je me tourne vers lui, il me fait juste un signe négatif du visage.
- N'y vas pas… je ne l'ai jamais vu dans cet état.
Je rêve où c'est de l'inquiétude que j'entends dans sa voix ?
- Et avant que tu ne poses la question, oui je m'inquiète. Et pour toi… et pour lui.
Dans d'autres circonstances j'aurais sans doute trouvé ça génial qu'il se fasse du mouron pour ma petite personne mais la situation m'inquiète bien d'avantage.
Je reporte mon attention sur Tom qui me fixe toujours et j'ai l'horreur de voir une fine larme couler le long de sa joue. Il enserre le foulard de son frère et lâche d'une voix blanche
- Vous pouvez m'attendre une petite demi-heure… je dois régler un truc avec Dany.
Et sans attendre de réponse particulière, il se dégage du bras de son frère et sort de la loge. Georg ne dit rien en le laissant partir et Bill en profite pour se masser les tempes… comme d'habitude, j'ai rien compris à ce qu'il vient de se passer.
- Quelqu'un pourrait m'expliquer qui est Dany ?
Et là… un lourd, mais alors très lourd silence s'installe. Les trois garçons s'échangent des coups d'œil alors que le jumeau récupère le portable de son frère et se met à pianoter dessus jusqu'à écouter sa messagerie. Il fronce les sourcils et re-balance le cellulaire dans le sac de sport de Tom.
- Ils sont aussi infernal l'un que l'autre. Moi j'abandonne ! – S'exclame t-il.
- EST-CE QUE QUELQU'UN PEUT M'EXPLIQUER !
Je viens de hausser la voix mais si je ne comprends pas très vite, à mon avis, je vais rapidement devenir hystérique. Gustav me passe une main sur le ventre avant de me donner une partie des informations.
- Dany fait partie du staff… c'est une stagiaire. Elle tourne autour de Tom depuis quelques temps déjà et… fin voilà quoi.
- Pourquoi vous faites tous ces tronches-là s'il est juste parti la voir ?
- Parce que ta copine lui a hurlé par messagerie interposée qu'elle le détestait et que Tom ne passe jamais « voir » une fille si tu vois ce que je veux dire – réplique Bill.
Ah… merde ! Je me redresse alors de mon siège vivant en jurant après les garçons qui ont laissé partir la guitariste comme ça.
- Où tu vas ? – S'inquiète mon homme.
Mais je n'ai pas le temps de rentrer dans les détails. Je fais ce pourquoi je suis censée être venue ici : Je protège les arrières de ma meilleure amie.
- Réparez vos bêtises de mec ! – J'annonce en sortant de la pièce.
Je marche rapidement à travers les couloirs à la recherche de dreads blondes, tout en me saisissant de mon portable.
- Et non, je ne suis pas dispo mais laisse moi un message et je rappellerai… peut-être. Bisous. Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip
- Sarah je te jure que t'as intérêts que je m'écroule de fatigue chez Gustav ce soir, parce que je te promets un sale quart d'heure quand on va se revoir.
Elle est bornée, c'est un fait… mais il est encore plus borné qu'elle et leur jeu du chat et de la souris commence vraiment à me prendre la tête. Je croise un technicien à qui je demande où se trouve la fameuse Dany et il m'indique une direction qu'il l'a vu prendre avec un membre du groupe. J'augmente la cadence de mes pas pour ne pas arriver trop tard et lorsque j'entends un rire s'échapper de derrière une porte… je sais que j'ai trouvé ce que je cherchais. Ni une, ni deux, je l'ouvre d'un coup sec et mon petit effet est réussi puisqu'ils se retournent tous les deux dans un bel ensemble.
Je ne lui dirai jamais… mais Sarah a de la chance que je sois arrivée à ce moment là.
Je retrouve Tom appuyé contre une table alors que la personne que je suppose être Dany est accroupie devant lui, avidement intéressée par le fait de détacher les boutons du pantalon du guitariste.
Elle a au moins la décence de rougir et de se relever lorsqu'elle croise mon regard… je ne lui ai jamais parlé et pourtant, je vous assure que je la déteste déjà. Mais à vrai dire, sa vie m'importe peu : elle peut sucer qui elle veut, ça ne me pose aucun problème. Par contre… lui… je vais lui fumer sa tronche. Et c'est d'une voix aiguisée que j'ouvre les hostilités.
- T'as rien trouvé de plus débile pour essayer de l'oublier ?
Il me regarde toujours avec ses yeux noirs de colère mais je n'ai pas peur de lui, surtout que je sais qu'il ne me fera jamais de mal. Il emploie alors le même ton que moi pour me répondre.
- Julie, dégage… tu ne vois pas que je suis occupé ?
Occupé ? Mes yeux se reposent avec condescendance vers Dany, qui n'ose même pas esquisser un geste.
- Mais ça mon petit Tom, ce n'est pas mon problème. Tu peux continuer ce que t'as à faire si tu veux.
Il prend alors la main de la petite conne qui l'accompagne tout en se rapprochant de la sortie.
- Et ben c'est nous qui allons ailleurs dans ce cas. Reste là si ça te chante.
Il se rapproche toujours plus mais lorsqu'il arrive à mon niveau, je coince le bras de Dany et la regarde dans les yeux. Le petit « aïe » qu'elle couine quand mes doigts pincent sa peau un peu plus fort que nécessaire me ferait presque plaisir.
- Ecoute moi bien espèce de traînée… tu dégages et tu ne t'approches plus jamais de lui. Sinon je te grille auprès de ton responsable… je suis certaine qu'il sera ravit d'apprendre tes petits passe-temps.
Elle jette un regard effrayé vers Tom qui m'intime l'ordre de « fermer ma gueule » mais je suis on ne peut plus sérieuse dans mes menaces.
- Tom, toi plus que quiconque, tu sais que je ne parle jamais en l'air. Lâche-la qu'elle puisse partir sans histoire.
Il grogne tout en jetant plus la main de Dany qu'il ne la lâche et elle se sauve limite en pleurant. En même temps je me mets à sa place, bonjour l'humiliation… ouai mais en fait, non. Ma compassion à des limites et à se comporter comme une pute, on finit à être traité comme telle.
Tom et moi nous toisons l'un l'autre quelques instants et le silence est vraiment pesant mais c'est plus fort que moi, j'attaque.
- T'es vraiment un putain de connard.
Il écarquille les yeux, d'énervement ou du surprise je ne saurais vous le dire mais au moins, il a réagit, c'est toujours ça de gagné !
- T'es mignonne mais si tu me fais foirer mes coups pour m'insulter, t'es pas obligée de rester. Je ne te retiens absolument pas.
Un rire amer sort de ma gorge… je ne comprends pas ce qu'il se passe ici mais si je suis certaine d'une chose, c'est qu'il n'a pas envie de faire de mal à mon amie… alors pourquoi ça ?
- Moi, je te retiens. Tu m'expliques à quoi tu joues ?
- Y'a rien à expliquer. Sarah ne veut pas de moi et je pense avoir fait assez de mon côté… elle me déteste alors j'obéis simplement à ses ordres en la faisant sortir de ma vie. C'est assez clair pour toi ?
Il a l'air tellement sûr de lui que j'ai presque peur qu'il n'ait prit le message de Sarah au pied de la lettre… mais ce qui m'afflige le plus, c'est qu'après tout ce temps, il ne la comprenne toujours pas.
- Hey, atterris ! Tu annonces à demi-mot sur une chaîne publique, qu'elle est peut-être la fille qui fait battre ce qui te sert de cœur. Déjà qu'elle était complètement flippée pour une photo sur un journal, essaye d'imaginer ce qu'elle a pu ressentir quand t'as fait ça.
Il shoot dans un carton vide avant de se retourner de nouveau vers moi en levant les bras comme s'il me montrait sa vie.
- Si elle n'est pas prête à vivre ça, je ne vois pas ce que je peux faire pour elle.
Mais quelle espèce de crétin… qu'est-ce qu'elle lui trouve de si particulier pour s'accrocher comme ça !
- La rassurer peut-être, non ? Au lieu de ça, tu cours entre les premières jambes… ah non excuse moi, tu cours dans la première bouche que tu trouves. C'est vachement intelligent comme raisonnement.
- Arrêtes avec tes leçons de morales ! J'en ai plus rien à foutre de toute façon et tu perds ton temps. Je veux juste l'oublier…
Je le regarde s'accroupir par terre et se cacher le visage dans ses bras. Ça doit être un vrai raz de marée dans sa tête pour qu'il passe d'une attitude où il veut tout péter à ce que je suis en train de voir en ce moment. Je m'accroupie en face de lui et lui relève le visage pour y trouver des yeux bien trop brillants et bien trop rouges. Et mon ton se radoucit immédiatement devant tant de souffrance.
- Hier tu dis l'aimais et aujourd'hui vouloir l'oublier. Tu ne crois pas qu'il y a quelque chose qui ne va pas ?
- Ce n'était qu'une chanson, faut pas prendre ça au pied de la lettre. – Dit-il en retirant son visage de mes mains.
Je crois que je vais faire comme Billou… j'abandonne. Et ma mauvaise humeur revient au galop.
- Tu as raison – il me regarde l'air perplexe. Je perds mon temps avec vous deux… entre l'une qui préfère se punir de ton absence en arrêtant de manger et l'autre qui a autant de sensibilité qu'un homme des cavernes, je ne vois pas ce que je peux faire de plus. Alors tu sais quoi, va coucher avec toutes les nanas de la Terre, laisse la rentrer à Paris retrouver sa si merveilleuse vie et tout le monde sera content. Sur ce, je retourne voir les autres.
Je me relève et me dirige vers la sortie, mais je décide quand même d'enfoncer le clou.
- Oh et si tu cherches Dany, tu la trouveras certainement dans un quelconque chiotte en train de pleurer toutes les larmes de son corps, en se maudissant d'avoir croiser un jour ta route. Maintenant si tu trouves quelqu'un d'autre te satisfaire, magne-toi de te vider les couilles. J'ai une amie qui m'attend et qui a besoin de moi.
Vous pensez que je suis énervée ? Et bien vous êtes loin en deçà de la vérité. Je rentre dans la loge en claquant la porte bien malgré moi et tout ce que mon Gus trouve à me dire c'est
- Je t'avais dit de ne pas y aller.
Goutte d'eau qui fait déborder le vase ? Petite pluie qui fait craquer le barrage ? Je suis au bord de l'implosion mais… il n'y est pour rien, alors autant ne pas passer mes nerfs sur lui. Les minutes se succèdent alors que je tente de me relaxer par la respiration… on inspire fort et on expire… on inspire et on expire…
- Tu l'as trouvé ? – Me demande son jumeau l'air penaud.
Inspirer… expirer… inspirer… expirer…
- Oui.
Ils l'ont laissé partir sans scrupules et maintenant ils vont pleurer pour savoir ce qu'il s'est passé… et ben ils peuvent se brosser.
- Et ? – Demande Georg plein d'espoir.
Je m'apprête à l'envoyer bouler… mais alors d'une force, lorsque Tom fait son entrée en répondant à ma place.
- Et alors rien du tout. On se casse ?
Et c'est sous le regard de tous que je crache mon venin.
- Et ben, ça devait être un super coup pour que ça soit si court.
Et en même temps que les mots sortent de ma bouche, je me rends compte de l'absurdité de la situation. Oui, Sarah est mon amie et c'est normal que je m'en fasse pour elle mais je ne peux pas n'en vouloir qu'à Tom.
Personne ne relève mon intervention mais je sens bien le malaise et c'est tout en me passant une main dans les cheveux que je reprends la parole.
- Désolée… je suis un peu sur les nerfs je crois.
Gustav se lève pour se poster derrière moi afin de me masser un peu les épaules… je ferme les yeux pour apprécier d'avantage son toucher et alors que Tom tente de joindre son meilleur ami, son jumeau casse le silence.
- De toute façon, je crois qu'aujourd'hui, on est tous sur les nerfs. Je vais trouver Saki pour qu'on dégage de là. J'ai qu'une hâte, c'est de plonger dans mon lit.
Pour une fois Billou, je suis entièrement d'accord avec toi
