CHAPITRE 20

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POV Sarah

Je regarde blasée mon téléphone vibrer pour la énième fois. Andreas me persécute et juste en seconde position se trouve Julie. Rien qu'à eux deux, ils doivent comptabiliser une vingtaine d'appels en absence… et dans le lot, il me semble avoir décelé deux ou trois tentatives désespérées de Bill.

Mais aucune trace de Tom.

En même temps quoi de plus normal. Plus j'y pense et plus je me dis y être allée un peu fort… non ?

Non !

Je récupère mon cahier qui traîne sur la table de nuit en vue de passer mes nerfs dessus, et fais tomber la moitié des papiers qu'il y avait dedans au passage. Je m'en tape, ils ne tomberont pas plus bas. Pour le moment, j'ai juste besoin de me changer les idées. Je tourne les pages déjà noircies jusqu'à en trouver une vierge et commence à y faire des traits dans tous les sens.

Pourquoi a-t-il parlé de moi ce soir ?

Je trace des courbes qui me semblent n'avoir ni queue ni tête…

Et pourquoi est-ce que je me suis énervée comme ça ?

Avec mon doigt je passe sur certains traits pour les brouiller légèrement…

Et qu'est-ce que ça peut faire ce que disent les autres, même s'ils pensent que je suis une fille de plus pour lui ?

Toc, toc, toc.

Je sursaute violemment aux coups frappés sur ma porte tout en lâchant mon cahier, pour me poser une main sur le cœur qui a faillit s'arrêter ; avant de vérifier l'heure qu'il peut être. Minuit passé, déjà ? Ça fait une bonne heure que je suis en train de martyriser mon cahier.

Ça ne peut pas être Julie puisqu'elle a normalement la clé pour ouvrir, peut-être Anaïs qui vient récupérer ses journaux mais il est bien tard pour ça… je suis toujours en pleine spéculation lorsque la personne m'interpelle depuis le couloir.

- Sarah, ouvre cette satanée porte !

Mon portable m'annonce dix-sept nouveaux appels non décrochés alors que j'avais déjà annulé les autres... il n'abandonne jamais ! Je me lève en jetant maladroitement mon cahier sur le lit et me dirige vers la porte.

- Sarah ouv…

- C'est bon, j'arrive. T'as l'attention de réveiller tout l'hôtel à gueuler comme ça ou quoi ?

Je donne un tour de clé et ouvre sur l'intrus qui n'est autre qu'Andreas. Il rentre alors dans ma chambre tout en faisant de grands gestes.

- T'aurais pu décrocher, je me fais un sang d'encre depuis cette après-midi !

- Je boudais. – Je réponds d'un ton laconique. Et je boude toujours si ça t'intéresse.

Il ramasse mes papiers éparpillés sur le sol pour en faire un petit tas rangé sur la table de nuit et s'installe finalement sur mon lit. Je referme la porte, vaincue d'avance. Je n'arriverais pas à le mettre dehors sans qu'il n'ait dit tout ce qu'il avait à dire.

Je m'adosse au battant, et regarde mon ami dans le blanc des yeux… et ce petit jeu pourrait durer indéfiniment, mais je n'ai pas envie de jouer ce soir.

- Qu'est-ce que tu veux Andreas ? Il est tard.

Le contact visuel se rompt et il tourne son attention vers le petit tas de documents qu'il a ramassé… en première position se trouve mes fameuses photos qu'il regarde une par une.

- Vous aviez l'air bien à cette époque. Qu'est-ce qui a changé ?

Punaise… Il va falloir que je lui explique combien de fois ? Il a besoin d'entendre combien de détail pour se mettre dans le crâne que je n'ai pas envie de revivre ça ?

- Tu le sais déjà… je n'ai pas envie de me répéter. – Lui dis-je de façon lasse.

- Je sais que vous avez été heureux ensemble… ça a été court, mais vous avez été heureux quand même. Pourquoi refuses-tu d'être heureuse de nouveau ?

Je soupire… il est vrai que j'aurais sans doute toutes les raisons de rester mais voila, je suis une idiote… c'est bien connu !

- Tu veux savoir ce que je pense ?

Je lui fais un geste de la main pour l'inviter à poursuivre, puisque de toute façon il est venu pour ça.

- Je pense que David à raison.

Ces simples mots me font l'effet d'un coup de poing dans l'estomac. Que lui… mon frère… se range du côté de cette espèce de con, c'est plutôt lourd à digérer. Ça m'en coupe la parole !

- Tu n'es pas capable de gérer cette histoire. – Enchaîne-t-il.

Mais c'est qu'il m'enfonce en plus.

- Tu te fais du mal et tu lui fais du mal aussi, ça ne rime à rien du tout.

Il redépose les photos pour se saisir de mon cahier, il compte visiter toute ma chambre ou quoi ? Il arque un sourcil en regardant mon dernier dessin, et je ne comprends pas son intérêt pour ce ramassis de gribouillis. Qui voit-il de si intéressant ?

- Et pourtant, il t'obsède.

Mes clignes pour comprendre le sens à sa phase… Comment ça « il m'obsède » ?

Il tourne le cahier face à moi pour me montrer la page sur laquelle je passais mes nerfs et je suis stupéfaite : Tom… j'ai dessiné le visage de Tom. Il ne s'agit pas d'un portrait à proprement parlé, les coups de crayons sont trop agressifs. Mais son visage est très facilement reconnaissable.

- Tu n'as rien à dire ?

Je reporte mon attention sur le blond, ça fait beaucoup à gérer en même temps là. Je n'arrive même pas à formuler une phrase cohérente et je vois un éclair d'agacement traverser son regard.

- Tu sais que tu l'as démoli ce soir avec ton message de merde ?

Et je rigole, nerveusement certes, mais je rigole quand même.

- Tu vas me faire croire qu'un pauvre message laissé sur un répondeur le perturbe… laisse moi rire.

Mais son regard se durcit instantanément. Je me rends alors compte que les jumeaux, quoi qu'il arrive, auront toujours le soutient inébranlable de cet homme.

- Il n'arrête pas de venir vers toi mais dés qu'il fait un pas en avant, tu en fais douze en arrière. Jamais tu ne t'es dit que ça pourrait le fatiguer ? Alors vas-y, ris bien… mais quand tu le verras demain soir, tu comprendras ce que je tente de t'expliquer depuis des jours. Tu veux vraiment le perdre ?

Non, je n'ai pas envie d'en arriver à ce genre d'extrémité, et pourtant… comme d'habitude j'ouvre ma bouche avant de réfléchir.

- Ça faciliterait tellement les choses.

Il se relève en remettant les plis de son pantalon en place puis se dirige vers moi. Je me décale instantanément pour lui laisser libre accès à la porte. Il pose la main sur la poignée, ouvre le battant et m'annonce, tout en partant :

- Et bien félicitation, tu as réussi.

-

POV Andreas

J'y suis allé un peu fort, je le sais mais c'était exprès. Elle a trop longtemps été protégée et il est plus que temps qu'elle réalise l'ampleur du problème et du choix qu'elle a à faire. Soit elle accepte Tom dans sa globalité, c'est-à-dire avec le star-système qui va avec, soit elle laisse tomber complètement. Mais qu'elle tourne comme ça autour du pot à être totalement indécise, ça ne peut plus durer.

Surtout que Tom est complètement à bout maintenant… elle a tout gagné sur ce coup-là.

Je monte dans ma voiture et avant d'allumer le contact, appelle mon ami. Il décroche à peine la première sonnerie terminée, ce qui m'indique qu'il devait attendre de mes nouvelles avec impatience. D'ailleurs il commence à me questionner avant même que je n'ai ouvert la bouche.

- Alors, on fait quoi ?

Mais la vérité, c'est que je n'en sais rien du tout. Je n'ai pas eu le type de conversation que j'aurais voulu avoir avec Sarah et pourtant il faut prendre une décision.

- On maintient la fête… de toute façon ça fera du bien à tout le monde de décompresser.

Je le sens hésiter une seconde… je suis certain qu'il est en train de jouer avec son piercing en ce moment même.

- Tu crois qu'elle viendra ?

Je soupire. Bien sûr qu'elle viendra puisque je ferais tout pour. Il est hors de question que je lâche Tom maintenant.

- J'irai la chercher par la peau du cou s'il le faut, mais elle sera là, je peux te l'assurer…

J'hésite à poursuivre, mais mon inquiétude est trop forte.

- Comment va-t-il ?

- Tu le connais, il s'enferme dans sa bulle. Même moi je n'arrive pas à l'approcher… j'ai mal pour lui Andreas, je sais plus quoi faire.

Il n'a pas besoin de me le dire. Sa douleur est palpable dans le son de sa voix, même s'il essaye de paraître le mieux possible. Il ne peut rien me cacher à ce niveau-là.

- Dis-toi que quoi qu'il arrive… tout sera fini demain. Soit ça se passe bien, soit il faudra que tu sois là pour lui.

- Comment veux-tu que je sois là pour lui, il n'accepte déjà pas la situation.

- C'est une tête brûlée… et le pire c'est qu'elle aussi. Y'a plus qu'à espérer que l'alcool les aidera à se décoincer un peu.

J'entends quelques bruits étouffés et Bill reprend le combiné.

- Je te laisse, il est là. A demain beau gosse.

Je grogne tout seul dans ma voiture alors qu'il a déjà raccroché, je ne supporte pas quand il m'appelle comme ça… crétin de rockeur chevelu !

Je ne sais pas comment tout ça va se terminer mais… ça ne se présente vraiment pas bien du tout pour le moment.

-

POV Sarah

Si je vous dis que ma nuit a été courte, vous me croyez ? J'ai l'impression d'avoir dormi deux heures… en même temps, je crois que ce n'est pas qu'une impression. Le réveil a été mon meilleur ami cette nuit, et quand j'en ai eu marre de le regarder, je me suis jetée sur mon cahier pour y noircir des pages entières.

Ils y sont tous passé après Tom. J'ai dessiné Bill, Gustav, Georg, Gus et Julie, Julie toute seule… on fait ce qu'on peut pour passer le temps hein ! Et surtout pour ne pas penser au carnage de la veille.

Je suis la championne du monde des pauvres tâches… en une seule soirée j'ai réussi à m'engueuler avec Andreas, envoyer chier Tom et me faire menacer par Julie des pires tortures… je crois que j'ai gagné le jackpot !

Il est maintenant 10 heures du matin et le lit de ma colocataire est dans le même état que la veille. Elle sera à mon avis très fatiguée quand elle va réapparaitre, mais aura moins passé une bonne nuit. La vie est trop injuste !

Décidée à faire mon mea culpa, je me dirige vers la salle de bain le pied lourd… et je croise les doigts pour qu'une bonne douche froide me réveille dans un premier temps, et qu'elle m'aide à y voir plus clair dans un second. Je rentre dans la cabine et alors que je me place sous le pommeau, j'ouvre le jet à sa puissance maximum… si seulement je pouvais me noyer !

Je pense que David a raison.

La conversation d'hier soir me revient au fur et à mesure que les minutes passent…

Tu n'es pas capable de gérer cette histoire.

Oui, il a raison… je suis complètement effrayée et ça fait six mois que ça dure… six mois que je me sens mal, d'abord parce qu'il me manquait, ensuite parce que je lui en voulais et maintenant parce que je suis complètement larguée. C'est tellement simple de l'envoyer chier pour qu'il me déteste, au moins je peux lui en vouloir pour une bonne raison et pas simplement par ce que je l'...

- Sarah, ça fait dix minutes que je poirote dans la chambre, magne-toi le cul parce qu'on n'a pas la journée.

Je suis tellement surprise que je manque de glisser sur la céramique du bac à douche. Ça ne va pas de me faire une peur pareille ? Je coupe l'eau et me sèche rapidement mais en même temps j'essaye de repousser l'échéance… je n'ai pas envie de me faire allumer.

Pas maintenant.

Pas après la nuit de merde que j'ai passé.

J'enfile mon pantalon et un débardeur et pousse la porte, les mains tremblantes. Ma Julie est en train de faire des va-et-vient dans toute la chambre en enfournant dans son sac diverses choses et s'arrête illico en me voyant m'installer sur mon lit. Elle me jette à peine un coup d'œil avant de lancer d'un ton plus que neutre :

- Bon, t'es prête ?

Mes yeux se plissent de soupçons. Pourquoi est-elle aussi calme alors qu'elle m'avait promis mille tourments ?

- Prête pour quoi ?

Elle se change rapidement en passant des fringues propres et c'est en lassant ses chaussures qu'elle reprend la parole.

- Journée entre fille. Je voudrais bien rencontrer cette fameuse Lena dont tout le monde me dit tant de bien.

Lena ? La rencontrer ? Putain, ça y est je suis en panique.

- Ah… d'accord. Mais heu… pourquoi t'es aussi calme ?

Elle récupère son sac qu'elle enfile sur l'épaule avant de se poster devant moi et son air me met encore plus mal à l'aise que tous les hurlements qu'elle aurait pu pousser.

- Tu es une grande fille, si tu penses qu'il n'est pas pour toi, que tu es persuadée que tu ne seras jamais heureuse avec lui et que t'en as rien à foutre de sa gueule… je ne peux pas t'obliger à sortir avec lui. Tu sais ce que tu fais, je suppose que c'est une décision mûrement réfléchie et quoi que je te dise ça ne changera rien.

Bah merde alors… c'est encore pire que ce que je pensais.

- Et ne me lance pas ce regard. Ça fait une semaine qu'on essaye tous de t'ouvrir les yeux sur ce qu'il se passe. Andreas, Bill, Lena, moi et même lui d'une certaine façon. Quoi qu'on dise tu nous rembarres, tu as toujours le dernier mot et quand ce n'est pas toi, c'est Tom. Donc, je suis fatiguée et je n'ai pas envie d'évoquer ce sujet avec toi aujourd'hui. Si c'est ton dernier jour en Allemagne, autant en profiter pour ne pas s'engueuler.

- C'est une chose de ne pas s'engueuler… c'en est une autre qu'il y ait une bonne ambiance. Si c'est pour que l'atmosphère soit aussi froide, je préfère encore que tu vides ton sac maintenant.

Je me suis mise directement sur la défensive mais je ne comprends pas l'attitude de mon amie. En l'espace de 24 heures, il y a une différence hallucinante. Et même si je m'attendais à un accueil un peu particulier, je ne pensais pas qu'elle serait si distante.

Ça me blesse… c'est simplement la goutte d'eau qui fait déborder le vase et je sens les larmes me monter aux yeux. Je veux bien me battre contre tout le monde, contre la Terre entière s'il le faut, mais pas contre elle.

Elle a l'air de se rendre compte de la situation bizarre dans laquelle on se trouve toutes les deux parce qu'elle repose son sac sur le sol et vient me prendre directement dans ses bras.

- Julie je…

Elle me chuchote des « chut » réconfortant à l'oreille alors que je retiens mes larmes comme je peux. Si elle aussi me lâche, je crois que je passe ma dernière journée à l'aéroport pour attendre mon vol de demain matin sans revoir personne. La perdre elle… se serait la pire des choses. C'est mon amie, ma sœur, ma confidente et savoir que je la déçois est une épreuve que je ne pensais pas, un jour, devoir surmonter.

- Excuse-moi Sarah… Mais vous voir tous les deux vous faire autant de mal pour rien, ça me bouffe.

- Et si tu arrêtais de t'inquiéter pour moi, tu ne crois pas que je suis assez grande pour…

- Non tu n'es pas assez grande. Si tu étais assez grande, tu n'aurais jamais fait ce que tu as fait hier soir.

Je quitte son étreinte rassurante pour me laisser glisser sur le sol. Tout le monde me parle d'hier soir comme si c'était une tragédie, je n'ai pourtant laissé qu'un message. Vue notre histoire plus que houleuse avec Tom, je ne comprends pas qu'un simple message puisse faire tant de vague.

- Il l'a si mal prit que ça ?

Elle me lance un regard d'une infinie tendresse… à la limite du regard qui veut dire « brave fille va ! ».

- Tu aurais prit comment s'il t'avait laissé un message pour te hurler qu'il te détestait ?

Oh… vue comme ça… je crois que j'aurais pété un plomb, tout bêtement. Je me prends le visage dans les mains pour me cacher. Pourquoi suis-je si maladroite avec lui, ce n'est pas pensable d'arriver à enchaîner les gaffes à cette allure !

- Quand je pense que je lui reprochais de ne pas être clair avec moi quand il était sur Paris, voila maintenant que c'est moi qui ne sais plus.

Mon amie me passe une main affectueuse dans les cheveux tout en se saisissant de mon portable. Je remonte mes jambes afin d'enfouir ma tête dans mes genoux pour ne pas céder à l'envie de me la taper contre un mur.

- Lena ? … non c'est Julie.

- Ah ! Tu as déjà eu Andreas, tant mieux.

- Ok… d'accord… ça marche, on te rejoint là-bas.

- Sarah ? Je sais pas, elle est en train de bouder je crois.

Je relève la tête d'un coup pour la regarder et le clin d'œil qu'elle me lance me rassure… notre petite crise est passée. Elle raccroche mon téléphone après avoir noté une adresse sur un morceau de papier et reprend son sac.

- Aller, on décolle, ta copine nous attend.

- Justement, c'est ma copine. Tu l'appelles alors que tu n'as même jamais parlé avec elle ?

- Quoi, tu ne me connais pas depuis le temps !

On se met en route immédiatement après que j'ai enfilé mes baskets, mais ma déprime ne fait que s'intensifier.

- Bon tu craches le morceau où tu comptes faire la tronche pendant tes dernières heures de présence dans ce pays ?

On marche dans une rue bondée de monde et le jeu consiste à éviter le maximum de personne au risque de finir le cul par terre. Je jette un œil à mon téléphone pour voir si j'ai un quelconque message mais non… après le tumulte d'hier soir, c'est le calme plat. Je range mon précieux portable et soupire de mélancolie.

- J'ai tout foiré. J'en ai marre de me battre contre lui...

Moi… la personne possédant le taux de mauvaise foi le plus élevé de la Terre, avoue avoir tout planté. Y'a du progrès non ?

- C'est vrai que t'as battu tous les records hier soir. Mais si tu veux un conseil, tu devrais commencer par Andreas.

Et là… un doute m'assaille. Elle connait les moindres détails de ce qu'il s'est passé hier, je ne pige pas là !

- Comment tu sais que je me suis embrouillée avec Andreas ?

Elle me met alors une tape amicale derrière le crâne. Aurais-je oublié de réfléchir encore ?

- Mais tu ne penses à rien ma parole. J'étais avec les jumeaux hier… Andreas, jumeaux, ça te parle ? Je suis au courant de tout : de ton envie de rentrer comme une voleuse, de ton superbe message pour Tom et bien entendu, de ton engueulade avec l'autre blond. Ils passent plus de temps au téléphone que des nanas ces trois là, c'est hallucinant.

Elle fait une pause pour relacer sa chaussure alors que je m'appuie contre un poteau électrique pour l'attendre. Une fois le lacet remis en place, elle reprend sa marche en même temps que son discours.

- Donc, par ordre, je te conseille de commencer par Andreas.

- Et pourquoi pas par Tom ? C'est avec lui que j'ai surtout envie que ça aille mieux.

Et à mon plus grand désarroi, je vois ma copine hésiter. Ma copine n'hésite jamais. Ma copine ne sait même pas ce que le mot « hésiter » veut dire. Je lui attrape le bras pour la faire s'arrêter et accroche son regard.

- Qu'est-ce que tu ne me dis pas… y'a un problème ?

Elle fuit mes yeux très habilement, mais je la connais suffisamment pour que ça m'alerte… et je dois dire que ça me fait paniquer un peu… non, beaucoup en fait.

- Tu le connais, c'est quelqu'un d'un peu rancunier. Et puis, ils doivent être en train de répéter… tu n'arriveras pas à le joindre. Attends ce soir.

- Est-ce que je perds mon temps si je te cuisine pour que tu vides ton sac ou c'est tout ce que j'aurais comme info ?

Elle me remet une mèche en place tendrement et je sais alors que j'ai perdu la partie, rien qu'à son regard.

- Le moment où tu vas devoir t'attaquer à Tom va être difficile. Et il va falloir que tu sois sûre de ce que tu veux faire avec lui. Ça ne sert plus à rien d'essayer de lui parler si c'est encore pour l'approcher et le rejeter dans la foulée donc… commence par Andreas. Passe une journée à te détendre et réfléchis un peu sur ce que tu veux vraiment. Et prépare ta soirée… parce qu'il va falloir que tu sortes le grand jeu si tu veux réellement le récupérer.

Le grand jeu ? Pour qu'il refuse même de me parler, c'est que j'ai vraiment dû le blesser. Elle a donc raison : Autant ne pas perdre de temps et commencer à recoller les morceaux avec celui qui est pour le moment plus accessible. Je tire le sac de Julie et me mets à fouiller dedans pour en sortir son portable.

- Qu'est-ce que tu fous ? – Me demande-t-elle.

- Je t'enregistre le numéro de Lena pour que vous puissiez vous trouver sans moi.

- Tu comptes faire quoi pendant ce temps là ?

- Suivre ton conseil. Je vous rejoins juste après alors gardez un téléphone à porté de main.

Je lui claque une bise sur la joue avant de faire demi-tour et de monter dans le premier bus que je croise.

« Bonne chance, mais tu n'auras pas à t'excusez beaucoup. A toute suite. Ju' »

A peine les fesses posées sur un siège que mon téléphone vibrait déjà et j'ai donc pu lire un petit message de soutient de la part de ma meilleure amie. Je l'adore… je crois que je ne lui dis vraiment pas assez souvent.

C'est après deux lignes de bus différents et une petite marche à pied que je passe, tête baissée, devant la maison des jumeaux et que je poursuis ma route jusqu'à celle de leur meilleur ami. Est-ce Tom est déjà réveillé ? Peut-être que comme me l'a si bien dit Julie, ils sont partis répéter… elle doit être mieux au courant que moi si elle a passé la nuit chez Gustav.

Je m'approche de la maison d'Andy avec un peu d'appréhension et je ne vous raconte même pas l'anxiété que je ressens lorsque je toque à la porte. Mon angoisse est pourtant de courte durée quand une femme de l'âge de ma mère se présente. Elle a les mêmes cheveux qu'Andreas, blond presque blanc, je suppose qu'il s'agit donc de sa maternelle.

- Bonjour, est-ce qu'Andreas est ici ?

- Et vous êtes ? – Me demande-t-elle de façon un peu froide.

En même temps, c'est vrai que je manque à tous mes devoirs. Reprenons.

- Je m'appelle Sarah et je suis une amie d'Andreas. J'ai besoin de le voir mais s'il n'est pas là, pourriez-vous lui dire de me contacter rapidement ?

Au fur et à mesure que je déballe mes phrases de politesses, je vois ses traits se détendre rapidement et quand je termine, elle sourit... bizarre.

- Enchantée Sarah. Je suis la mère d'Andreas et je dois dire qu'il m'a beaucoup parlé de vous, je me demandais quand est-ce que j'aurais le plaisir de vous rencontrer.

Ah bah je ne m'attendais pas trop à ça mais bon. Elle finit d'ouvrir la porte pour m'inviter à rentrer dans la maison.

- Vous êtes l'amie de Tom c'est ça ? – S'enquit-elle en m'emmenant vers le salon.

J'avale ma salive un peu de travers et m'installe sur le fauteuil qu'elle m'indique.

- Heu… je crois que ce n'est pas aussi simple que ça mais… heu…

Franchement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde à ça ? Je la regarde se servir une tasse de thé et lui réponds par l'affirmative quand elle me montre la théière.

- Ah les jeunes… vous êtes si compliqués.

On sirote notre boisson tranquillement mais… je n'ai pas vraiment la journée devant moi. Et au risque de passer pour une impolie, je coupe court à notre échange muet.

- Votre fils est ici ?

- Oui mais il dort. Ce n'est pas faute d'essayer de le réveille mais je dois dire que ce matin, je n'ai pas eu beaucoup de succès. Peut-être aurez-vous plus de chance.

Elle me lance un sourire espiègle qui tranche vraiment avec son air coincé… elle est vraiment bizarre cette femme. Je prends congés et vais directement vers la chambre de mon grand frère. Je tapote doucement sur la porte mais comme je m'y attendais, aucune réponse ne me parvient. Je la pousse doucement pour faire le moins de bruit possible et rentre dans cette pièce où j'ai passé des heures entières ces derniers jours. Je trouve alors une touffe de cheveux blond dépassant de sous une couette… trop mignon.

Je m'assoie sur le rebord de son lit et le regarde dormir encore un peu, il a l'air tellement paisible comme ça. J'écarte quelques cheveux qui menacent son œil droit et malgré toute la délicatesse de mon geste, je le vois ouvrir ce même œil puis le refermer en fronçant un peu les sourcils.

- Humm… Sarah ?

Dans sa voix encore endormie transperce sa surprise.

- Quoi, tu pensais t'être débarrassé de moi aussi facilement hier soir ? Tu rêves mon pote ! Bien dormis ?

Il se frotte les yeux comme un nourrisson alors qu'un bras jaillit de sous la couette pour m'entourer la taille et me faire basculer sur le lit. Je me retrouve dans ses bras en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, sa tête perdu dans mon cou. Je sais que la situation pourrait paraitre ambigüe vue de l'extérieur, mais lui comme moi savons que ces gestes n'ont pas d'arrière pensée.

- Non – grogne t'il. J'ai super mal dormi et c'est pour ça que je n'arrive pas à me lever ce matin. On ne devrait jamais s'endormir après s'être engueulé avec quelqu'un à qui l'on tient.

Son souffle dans mon cou me chatouille un peu mais je suis tellement bien que je ne bougerai pour rien au monde. Et puis, ses mots me réconfortent, m'atteignent, de part leur sincérité.

- On devrait faire un pacte. Réconciliation obligatoire avant de se coucher en cas de crise, ça marche ?

Je le sens me déposer un bisou dans le cou comme pour accepter notre nouvelle règle et l'on reste encore un temps sans bouger. Mais comme pour tout à l'heure avec sa mère, je n'ai pas trop le temps de flemmarder.

- Andreas… je suis désolée pour hier. – Je murmure.

- Dis pas de conneries, c'est moi qui t'es secoué dans tous les sens, donc c'est plutôt à moi de m'excuser.

- Oui mais toi tu avais raison… sur toute la ligne. Je n'ai pas le dos assez large pour supporter tout ça alors que…

Je m'arrête… parce que je m'apprête à annoncer une vérité que seule Julie a entendu jusqu'à maintenant, et encore, elle l'a plus deviné qu'entendu. Mon blondinet se redresse, comme s'il présentait que ce que j'avais à dire était important mais je n'arrive pas à le dire… je ne l'ai jamais dit à voix haute, de peur que ces simples mots me consument.

- Alors que ? – M'encourage t-il à poursuivre.

Je soupire lamentable. Autant que ça sorte une bonne fois pour toute !

- Je n'arrive pas à gérer ma peur d'avoir mal et le fait que… que… que je l'aime à en crever.

Voila, c'est sorti. Je l'aime. Je l'aime, je l'aime, je l'aime, je l'aime… mais est-ce si surprenant ? Et maintenant que je l'ai dit une fois, j'ai l'impression que je pourrai le crier au monde entier. Comme si mon cœur était soulagé d'un poids devenu bien trop lourd à porter tout seul. Andreas me lance un petit sourire indulgent devant ma confession et s'approche pour me déposer un baiser sur le front.

- Tu vois, ce n'était pas si dur.

Non, ce n'était pas si dur. Mais devant la catastrophe que j'ai faite hier, je me rends compte que je l'ai peut-être perdu pour de bon et ça fait mal. Une telle douleur s'empare de moi que ma vue commence à se brouiller légèrement.

- Hey, qu'est-ce qui t'arrive sœurette ?

- Il me déteste… il ne veut plus entendre parler de moi. A quoi est-ce que ça sert que je dise au monde entier que je l'aime… il ne me reviendra pas pour autant.

- Que tu le dises à tout le monde n'aura peut-être aucun impact, mais que tu lui dises à lui… je pense que ça serait plus ingénieux.

- On verra bien… je… tu seras là ce soir hein ?

Il me rassure comme il peut sur la soirée à venir je l'abandonne au bon soin de sa douche pour repartir retrouver mes amies. Ma matinée a été plutôt fructueuse puisque j'ai réussi à arranger les choses avec Ju' et mon frère. Reste le plus gros morceau pour ce soir… mais je n'ai plus peur.

Le fait d'avoir annoncer haut et fort que je l'aimais a été pour moi une révélation. Oui je l'aime, et non, je ne veux pas le perdre une seconde fois. Pourquoi m'a-t-il fallut autant de temps pour me rendre compte de ça ?

Je quitte le domicile du blondinet et comme tout à l'heure, j'accélère un peu le pas devant la maison Kaulitz ; encore plus lorsque je me convaincs d'avoir vu un jumeau à une fenêtre de l'étage… mais ça a été tellement fugace que je ne saurai dire s'il s'agissait de Bill ou de Tom.

Tom… Ce soir il va falloir que je prenne une décision et dans l'immédiat, tout ce que je sais, c'est que je l'aime comme je n'ai jamais aimé personne et que je n'ai vraiment pas envie de le perdre. Mais lui ici et moi en France… lui une star et moi une inconnue… lui qui ne m'a jamais demandé de rester et moi qui n'ai jamais voulu l'approcher… Indécise vous dites ? Comment osez-vous !

Sur le chemin du retour, j'essaye de retourner la situation dans tous les sens mais je n'arrive toujours pas à trancher dans le vif. Oui je l'aime… oui il a écrit une superbe chanson sur nous… mais non je ne sais toujours pas ce qu'il ressent réellement pour moi… peut-être que ça me rassurerai un peu de savoir ce qu'il pense de tout ça.

Rah j'en ai marre ! Et puis de toute façon, j'aperçois déjà les filles qui me font signe à la terrasse d'un café. Je me jette pratiquement sur Lena pour lui faire la bise tellement j'ai l'impression qu'une éternité est passée depuis la dernière fois où je l'aie vu.

- Comment ça va ma grande ? – Me demande-t-elle.

Je fais la moue tout en lui lançant un regard en biais… faut pas me prendre pour une idiote non plus.

- Je suis certaine que Julie t'a tout raconté dans les moindres détails… Aïe !

Cette chipie vient de me pincer une côte pour me punir de tant de médisance, me serai-je trompée ?

- Je ne me serai pas permise ! Et pour ta gouverne, on évoquait plutôt ma nuit agitée que des problèmes quelconques.

- Une nuit agitée ? Ça explique donc ton côté débraillé de ce matin. Alors… heureuse ?

On s'est alors mises à raconter plus de conneries qu'autres choses et j'ai complètement relâché la pression en charriant mon amie à tout va.

- Vous savez qu'il a toute petite tâche de naissance sur la fesse gauche ?

Et après une ou deux autres informations croustillantes, la pauvre Lena avait les joues toutes rouges et se bouchait les oreilles.

- Arrêtez les filles ! Sinon j'arriverai plus jamais à le regarder normalement.

Mon Dieu qu'ils sont réservés ces allemands ! En même temps, vu que Ju' et moi on se raconte tout, je vous laisse imaginer quelle direction prenait notre conversation.

- Vous jouez au jeu de la bouteille en soirée arrosée et ça te choque de parler de sexe ? – Je lui demande un peu surprise.

- Oh tu sais… on joue à ce jeu depuis qu'on a douze ans et c'est toujours avec les mêmes personnes. C'est plutôt une « habitude » qu'on a prise, du coup c'est vrai que ça me gène un peu moins…

- Oh oui, c'est vachement logique – s'exclame Julie. Et sinon, tu viens à la fête ce soir ?

L'enthousiasme de mon amie est communicatif et j'avoue que je serai super contente d'apprendre la présence de Lena ce soir parmi nous… un peu plus de force pour moi avant d'affronter la tornade « Tom ». Mais à ma grande surprise, le regard de la belle brune s'assombrit très légèrement.

- Oui… oui je serais là.

- Cache ta joie ! – La taquine Julie.

C'est clair que ce n'est pas la bonne humeur qui l'étouffe… je ne comprends pas bien pourquoi d'ailleurs.

- Hey, pourquoi tu fais cette tête. Tu sais que Bill sera là ce soir ?

Elle finit son café alors qu'on attend toujours de comprendre ce qu'il se passe. Et quand elle me regarde en souriant, je pige encore moins.

- Quoi ? – Je lui demande naturellement.

- Rien… tu ressembles beaucoup à Bill quand tu joues avec ton piercing comme ça. C'est marrant c'est tout. Et oui, je sais qu'il sera là… c'est un peu ça le problème.

Les filles déposent sur la table de quoi payer leurs consommations alors qu'on récupère toutes nos sacs et le top départ de la journée shopping est lancé. C'est donc entre deux essayages que j'arrive à faire parler Lena…

- C'est rien de bien grave tu sais… on s'est engueulés c'est tout.

- Engueulés… c'est tout ? Toi et Bill qui vous vous engueulés, et c'est tout ? Mais c'était quand ? – Je demande avidement, alarmée par son ton presque résigné.

- Bah… ça remonte à quand je t'ai aidé à bouger tes affaires.

Oh la boulette ! Putain mais Bill t'es vraiment trop con des fois.

- Non mais tu déconnes ? Vous vous parlez tous les jours depuis je ne sais pas combien d'années et là, ça va faire une semaine que vous vous êtes rien dit. Qu'est-ce qui se passe ?

Elle m'explique alors que Bill est aussi mulet que son frère et qu'elle-même est plutôt du genre à ne pas lâcher le morceau quand elle n'a rien à se reprocher.

- Et là, je ne suis pas du tout en tord ! Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à aider une amie. Qu'il fasse la gueule si ça l'amuse mais je ne ferais certainement pas le premier pas !

Ok… ils ne vont pas imiter mon histoire avec Tom parce que sinon ça va vite devenir ingérable. De toute façon, je le connais le Billou, et dés qu'il reverra sa petit Lena chérie… il va lui sauter dans les bras, enfin j'espère.

- Bon les filles, j'en ai marre. – Geins Julie en sortant de la cabine avec un pantalon qu'elle n'arrive pas à fermer au niveau des hanches. Vous voulez pas aller prendre l'air… je sais pas moi, y'a pas un parc dans le coin où on pourrait se la couler douce avant de devoir aller se préparer pour ce soir ?

Ah non… pitié ! Pas ça ! Pas deux heures de préparation avant la « grande fête » ! C'est juste hors de question ! Lena intercepte d'ailleurs mon regard blasé et elle se range immédiatement du côté de Julie.

- Sarah… ce n'est pas une beuverie ce soir. On fait une fête… ta fête. Alors tu vas nous faire le plaisir de ne pas débarquer là-bas en camionneur.

Ah bah ça fait plaisir à entendre ! D'ailleurs Ju' est morte de rire en entendant la réplique de notre amie allemande… elles sont bien faites pour s'entendre ces deux là ! Je me fais encore et toujours charrier jusqu'à ce qu'on arrive enfin au fameux parc que Lena « mourrait d'envie de nous faire connaître » et on s'installe directement dans l'herbe. Ça fait un bien fou parce qu'on ne s'est assises qu'une petite demi-heure pour déjeuner sur le pouce et l'après-midi est maintenant bien avancée.

- Bon ça va aller les filles, je crois que j'ai compris. Mais en attendant, je n'ai pas l'impression de m'être habillée en « camionneur » aujourd'hui.

Je leur montre mon pantalon taille basse et mon tee-shirt mais elles n'ont pas l'air heureuse pour autant.

- Quoi ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Bah rien… mais heu… un peu de couleur ne te tuera pas, tu sais.

Je réalise alors que je suis habillée en noir, des pieds à la tête… sans compter mes cheveux. Avec mon teint blafard je fais un peu gothique sur les bords mais bon, et alors ? C'est très bien le noir, qui a t-il y a de plus classe que le noir ? Rien !

Je m'apprête à rétorquer à voix haute mais je n'ai finalement pas le temps de répondre que deux garçons s'approchent déjà de nous en saluant bruyamment Lena.

- Salut les gars, qu'est-ce que vous faites là ?

Julie et moi nous retournons vers Lena qui vient d'accueillir ces messieurs, et vue qu'ils se font la bise, je dirais qu'ils se connaissent très probablement. Puis elle se retourne vers nous tout en faisant les présentations, un grand sourire aux lèvres.

- Thomas, Nicolas, je vous présente des amies françaises : Julie et Sarah.

Et comme à chaque fois que le mot « française » est prononcé, je vois une petite lumière lubrique s'allumer dans le regard des hommes… pourquoi a-t-on a une réputation de cochonne à l'étranger ? Je ne comprendrai jamais.

- Des françaises ? Comme c'est intéressant. Enchanté mesdemoiselles.

- Tom et Nico sont des amis de la fac… ils sont certainement aussi barjes que Bill, Tom et Andreas réunis.

Ils s'installent à même le sol, encadrant Lena au passage et je me retrouve donc avec le fameux Thomas à mes côtés. Ils commencent tous les trois à parler de leurs différents cours et je me mets à les détailler. Nicolas est plutôt grand, ses cheveux aussi bruns que les miens coiffés dans tous les sens grâce à une bonne dose de gel et des yeux très clairs cachés derrière une paire de lunette fine, il parle beaucoup avec les mains et sourie presque tout le temps. En comparaison, son ami Thomas est plutôt petit, les cheveux châtain et le regard noisette… et il n'arrête pas de me regarder.

- Thomas c'est ça ? – Je demande sans enthousiasme en le montrant du doigt, autant être polie.

Il me lance un sourire qu'il jugerait sans doute charmeur et me répond :

- Appelle-moi Tom, Sar…

Et au risque de casser l'ambiance, je lui coupe la parole.

- Thomas, c'est ton prénom ? Donc je t'appellerai Thomas. C'est tout.

Il a rien compris celui-là. J'ai pas du tout, mais alors pas du tout envie de l'appeler Tom. Ma Julie a très bien suivi le cheminement des mes pensées et change immédiatement de conversation.

- Vous savez que Sarah dessine aussi ? Je n'arrête pas de lui dire qu'elle a du talent mais elle refuse de me croire.

- C'est vrai ça ? Elle ne m'en a jamais parlé, petite cachottière !

Et Lena se met à me chatouiller brièvement une côte. Mais elle s'arrête rapidement pour me supplier de lui montrer ce que je fais… la honte. Montrer mes pseudo-dessins à des étudiants en art… c'est la claque assurée !

Après un quart d'heure de chipotage, j'extirpe enfin mon vieux cahier de mon sac. Il paye pas de mine tellement il est corné dans tous les coins, des pages gondolent d'un jour où j'ai renversé un gobelet de café les colorant légèrement, et la couverture est déchirée en certains endroits… en un mot, il me suit partout, par tout temps et en n'importe quel lieu.

Je le tends négligemment à Lena qui se jette dessus comme la peste sur le pauvre monde et je la regarde tourner les pages rapidement. Elle s'arrête quelques secondes supplémentaires sur des pages bien précises et tape sur l'épaule de Nicolas pour attirer son attention.

J'ai un sentiment de panique au fur et à mesure que je les regarde tourner les pages… c'est toute une partie de ma vie que je n'ai montrée qu'à très peu de monde. Pourtant j'ai un petit sourire qui passe inaperçu pour tous, quand Lena s'arrête un peu plus de temps que prévu devant le dernier portrait que j'ai fait de Bill. Se sont les dessins de la nuit dernière et ils sont tous dans la même lignée que le premier que j'avais fait de Tom… c'est un peu moderne, un peu grossier et pourtant très reconnaissable.

- Dire que tu as du talent serait un euphémisme… c'est hallucinant. T'as déjà pris des cours ? – S'étonne Nicolas alors que Thomas a repris le cahier pour le feuilleter à nouveau.

- Heu… non, non j'ai commencé à dessiner comme ça.

Et ma manie de rougir pour un oui ou pour un non revient au galop. Il faudrait que je comprenne pourquoi est-ce que je rougie comme une débutante à chaque fois qu'on me fait un compliment, parce que c'est vraiment gênant.

Je regarde deux petits enfants jouer avec une balle non loin de nous et sursaute un peu quand je sens qu'on me tapote l'épaule. Je fais alors face à Thomas que je trouve proche… bien trop proche pour la situation. Je recule de quelques centimètres et récupère mon cahier qu'il me tend. Et c'est limite si je ne lui arrache pas mon bien quand je sens ses doigts caresser légèrement ma main.

- C'est vrai que tu as beaucoup de talent.

- Me… Merci.

Et voila que je bafouille mais ne vous emportez pas, ce n'est pas ce brave monsieur qui me fait de l'effet, je dirai plutôt qu'il m'agace. Et cette espèce de pot de colle ne me laisse pas d'autre choix. Des deux maux, il faut savoir choisir le moindre.

- Les filles, il faudrait y aller si vous voulez être prête à temps.

Julie lève un sourcil interrogateur mais s'active immédiatement en voyant l'heure.

- Mais c'est que t'as raison en plus. Lena… faut qu'on se sauve, tu viens avec nous ?

Elle se lève aussi et au moment où je pensais être débarrassée de l'autre navet, c'est Nicolas qui nous demande :

- Vous faites quoi ce soir les filles ? On pourrait se voir…

- On est invitées chez Georg. Vous avez qu'à passer si vous voulez ! A plus !

Non… NON ! Tout mais pas ça ! Je la regarde en faisant des grands yeux, et demande le plus naïvement possible :

- Ça ne va pas embêter Georg qu'on débarque avec d'autres personnes ?

- Non t'inquiète, dans ses fêtes on ramène toujours des amis. C'est la règle : ne jamais venir seul !

Ah… chouette. J'abandonne donc la partie et nous rentrons toutes les trois dans la chambre que je partage avec Julie. Mon angoisse concernant la soirée à venir ne fait qu'accroitre maladivement. Je n'ai eu aucune nouvelle de Tom de la journée et cette espèce de petit morveux me manque affreusement. Pourtant je sais que je risque fortement de me faire rembarrer ce soir… C'est à se demander pourquoi je tente le coup.

Allez Sarah… bordel, soit courageuse !