CHAPITRE 21
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POV Sarah
- Non, c'est hors de question !
- Sarah, arrête de faire ta mijaurée et enfile cette jupe tout de suite !
- NON !
Mais elles ne sont pas bien ou quoi ? Je veux bien faire un effort mais faut pas pousser mamie dans les orties non plus.
- Je n'ai pas envie que Tom me revienne parce que j'aurais montré mon cul à tout le monde ! Vous avez vu la taille de cette jupe ? C'est même plus mini à ce stade.
Lena soupire une énième fois alors que Julie manque de s'arracher les cheveux. Ça va faire une heure qu'elles tentent de trouver la tenue idéale pour ma petite personne. Mais je suis désolée, je n'ai pas envie de ressembler à une pétasse sur le retour.
- Ah je sais ! – S'exclame ma meilleure amie en claquant des doigts.
Je la regarde se mettre à quatre pattes pour tirer ma grosse valise de sous le lit et l'ouvrir rapidement. Je ne sais pas ce qu'elle va me sortir encore mais j'angoisse un peu, surtout quand je l'entends s'agacer de ne pas trouver sa perle rare. Elle extirpe finalement, après quelques minutes de dur combat, un vêtement qu'elle me tend l'air convaincu.
- C'est noir. – Je constate d'une voix plate. Vous allez encore vous foutre de moi.
- Sarah, je te promets de ne plus jamais me moquer de ta façon de t'habiller mais s'il te plaît, prépare-toi qu'on puisse finir de se fringuer nous aussi !
Je me saisie du vêtement que je reconnais facilement ; c'est aussi pour ça que je ne rechigne pas à m'en vêtir. Il s'agit d'une jupe droite s'arrêtant aux genoux et fendue sur les deux côtés jusqu'à mi-cuisse. Sobre mais sexy, surtout rehaussée de mes petites chaussures à talon. Le problème c'est que je ne me rappelais pas qu'elle me moulait autant les fesses.
- Mais… T'as grossi ma parole ! – S'exclame tout sourire ma meilleure amie.
Oui, c'est un fait indéniable. Parce qu'en partant de Paris, je peux vous certifier qu'elle ne m'allait pas aussi étroitement. Ce qui veut dire que depuis que je suis ici, j'ai dû récupérer un ou deux kilos manquant à l'appel.
- C'est moche. – Dis-je excédée après m'être regardée dans le miroir.
- Non mais tu rigoles ou quoi ? Ton boule n'a jamais été autant mit en valeur. C'est parfait.
Je lance mon regard de chien battu parfaitement travaillé mais Julie ne changera pas d'avis et j'abdique finalement, plus pour les laisser en paix que parce que je cautionne ce qu'elles m'obligent à porter.
Lena pousse une exclamation de soulagement et commence enfin à se maquiller et se coiffer. J'ai l'impression d'aller au bal de promo tellement ça fait des heures qu'on est là à vider nos armoires et valises à la recherche du vêtement parfait.
Ma petite Julie est la plus sage de nous toutes avec un pantacourt et un débardeur à paillette mauve alors que Lena à enfiler un ensemble pantalon et petit haut noir ultra sexy.
- Quoi ? Je ne pars pas en chasse moi ce soir ! - Nous a ensuite répondu ma meilleure amie quand on s'est étonnées de son look plutôt soft.
- Moi non plus je ne pars pas en chasse, comme tu dis. – A alors répliqué notre amie allemande.
- Toi, ce soir tu vas me faire le plaisir de te réconcilier avec Bill – lui ai-je lancé en tentant de ne pas me crever avec œil avec ma brosse à mascara. Et j'y veillerai personnellement !
- Tu auras bien trop à faire avec son frère pour surveiller Billou. Et puis de toute façon, Nico sera là… je ne serai pas toute seule.
Oh non mais ce n'est pas possible… je les avais presque oublié ces deux-là. Ils n'auraient pas pu se casser une jambe avant d'arriver dans le parc où on se trouvait ce midi ? Mais j'arrête là mes sombres envies de meurtre et saute sur mon lit pour récupérer mon portable qu'est en train de vibrer sur ma table de nuit.
« J'espère que tu te fais belle pour ce soir… Je passe vous prendre ? Bisous »
Après avoir régler le problème du trajet avec Andreas et terminer de se préparer, on est allées passer un petit bonjour à Anaïs qui s'est extasiée devant notre allure.
- Les filles, vous êtes trop belles ! Vous allez où ?
Avant de lui répondre, j'ai quand même fait les présentations avec Lena et on lui a enfin expliqué qu'on allait fêter mon départ.
- QUOI ? Tu pars déjà ? Mais tu ne peux pas partir maintenant !
Heu… plaît-il ? C'est limite si elle ne s'est pas jetée dans mes bras pour me retenir… ah pardon, elle vient de se jeter dans mes bras pour me retenir. Je lui fais un câlin tout en lui expliquant que ma place n'est pas ici mais allez faire comprendre ça à une enfant de onze ans… peine perdue.
Je la console quelques minutes, le temps que ses larmes se tarissent mais j'avoue que l'attachement qu'elle me porte me pince un peu le cœur… Ouai, cette gamine va me manquer c'est certain !
- Arrête de pleurer… t'as bien Internet ? On pourra toujours se parler comme ça.
- Et puis elle va vite revenir, n'est ce pas ? – Me menace Julie.
Je fais celle qui n'a rien entendu et on se quitte finalement sur un adieu larmoyant. La promesse de garder le contact coûte que coûte a été faite en bonne et due forme et on part enfin dans la rue retrouver, ou plutôt attendre notre chauffeur. Heureusement qu'il ne s'est pas trop fait attendre, car avec nos tenues légères, on commençait sérieusement à se cailler.
- La vache les filles, vous êtes… torrides ! – S'est exclamé le peroxydé.
- T'es qu'un crétin Andreas ! On est juste habillées pour sortir, y'a rien de torride là-dedans.
Il me regarde alors en bougeant la tête négativement tout en claquant sa langue.
- Ts, ts, ts, ts, tu dis encore des bêtises Sarah chérie. Tu veux me faire plaisir ?
On s'installe toutes les trois dans la voiture et je me retourne vers lui une fois ma ceinture bouclée.
- Mais bien sûr Andreas chéri. Que puis-je faire pour t'être agréable ? – Dis-je de la même façon humoristique que lui.
Mais son air sérieux m'interpelle un peu. Il plonge son regard dans le mien et me présente sa requête.
- Pour ce soir, juste ce soir : Arrête de réfléchir et fait la fête. Tu peux faire ça pour moi ?
Le silence est palpable dans l'habitacle et je sens que je vais me faire allumer si je réponds autre chose que oui. En même temps, j'ai prié tous les saints que je connaissais pour que mes amis soient présents ce soir, je ne vais pas les rejeter maintenant.
- Promis, après avoir descendu une bouteille de Tequila à moi seule, j'arrêterai de réfléchir.
- T'es obligée d'en arriver à cet extrême ? – S'étonne Lena.
Mais c'est Julie qui vient à ma rescousse en expliquant ma petite phobie des soirées volumineuses en termes de fréquentation. Et bien entendu, tout le monde me promet la torture si jamais je me rends malade d'un trop plein d'alcool.
L'ambiance dans le véhicule est super bonne, on est en train de chanter un vieux tube des années 80 quand on arrive devant chez Georg et je suis ébahie par la taille de la maison. Tu m'étonnes que ses soirées soient blindées de monde ! Notre chauffeur se gare un peu plus loin dans la rue pour ne pas risquer une contravention et c'est en remontant cette même rue que l'on tombe comme de par hasard sur les deux boulets de cette après-midi. D'ailleurs je ne suis pas la seule à ne pas leur réserver une place de choix dans mon cœur quand j'entends Andreas.
- Oh non… pas ces connards. Qui est-ce qui les a invités ?
- Moi – réponds effrontément Lena. Ça te pose un problème blondinet ?
- Oui ! Je ne les aime pas. Ils sont super chiants et en plus, je sais pertinemment pourquoi tu as fait ça.
Ah ? Il m'intrigue. Pourtant je n'en saurai pas d'avantage puisque les dits boulets arrivent à notre niveau. Et mon pot de colle attitré, j'ai nommé Thomas, commence déjà les festivités.
- Sarah, tu es… magnifique !
- L'approche pas espèce de pervers. Elle n'est pas pour toi.
Heu… Je ne savais pas qu'Andreas pouvait être désagréable, mais maintenant c'est fait. Sa dernière remarque a d'ailleurs comme qui dirait, jeté un froid et je vois les deux garçons se jauger du regard comme deux coqs dans une basse-cour.
- Ça va aller les gars, vous battez pas. On est là pour s'amuser, rappelez-vous. – Tente d'apaiser Julie, ce qui fonctionne plus ou moins bien.
On se remet tous en marche direction la maison alors qu'Andreas passe un bras protecteur sur mes épaules sous le regard noir de Thomas. Puis, comme pour chez les jumeaux, il rentre dans la maison sans même frapper. S'il faut que j'arrête de réfléchir ce soir, autant commencer par des choses simples, je le suis donc à l'intérieur de la maison sans plus de cérémonie.
On arrive en quelques enjambées au cœur de la fête et je ne sais pas si on est les derniers mais en tout cas, il y a déjà un monde de folie. Notre petit groupe se disloque automatiquement et je me saisie du bras d'Andreas rapidement alors qu'il fait un pas pour s'éloigner.
- Tu m'abandonnes ici au milieu de tout ce monde, toute seule et je rentre tout de suite chez moi.
- Ok la tigresse, mais lâche mon bras si tu veux que ma main continue d'être irriguée en sang. Je voulais te rapporter ta bouteille de Tequila. T'as qu'à venir avec moi.
Ah… boire… très bonne idée. Je traverse la pièce main dans la main avec mon garde du corps jusqu'à arriver à une table couverte de bouteilles d'alcool. On récupère deux verres et une bouteille pleine puis tentons de trouver une place quelque part mais abandonnons vite cette peine perdue. Du coup, c'est sur ses genoux que je termine alors qu'on a réussi à se dégoter une seule chaise de libre autour de la table prise d'assaut. S'enchaînent alors les verres, qu'ils soient pleins ou vides !
- Ça va, je vous dérange pas trop ?
Une seconde j'ai eu peur qu'il ne s'agisse de Tom, avant de me rappeler qu'il ne me parlait plus. C'est en fait son frère qui est venu à notre rencontre et je dois dire qu'il est particulièrement bien habillé : un jean avec une chemise noir, très sobre mais très classe. De toute façon, tout lui va bien à lui… c'en est limite agaçant.
- Pas le moins du monde, tu te joins à nous ? – Lui demande son meilleur ami.
- Non ça va aller. – Explique-il tout en montrant sa bouteille de bière.
On discute de tout et surtout de rien, mais j'arrête immédiatement lorsque j'entends sa voix à lui malgré le bruit et la musique environnants. Ce qui, par contre, me hérisse le poil, c'est l'espèce de rire de hyène qui lui répond. Je me lève mécaniquement pour chercher l'origine de ce son et si ma mâchoire n'était pas bien accrochée, je crois qu'elle se fracasserait par terre.
Tom est en train de parler avec une… fille ? Elle a des cheveux magnifique qui lui tombe jusqu'à la taille, d'une blondeur et d'un lisse parfait. Je regarde avec horreur la main de Tom se poser sur sa hanche largement mise en valeur entre une brassière aguicheuse et une jupe ultra mini blanche. On a l'impression que cette pétasse – comment ça je suis jalouse ? – a des jambes interminables avec ces talons hauts et ces lanières qui enserrent ses mollets.
Je sens alors qu'on me tape sur le bras et quand je tourne ma tête, je vois Andreas me tendre un nouveau verre de Tequila que je saisie sans vraiment réfléchir pour l'avaler cul-sec.
- Brave fifille. Tu vas en avoir besoin. – Dit-il en regardant dans la même direction que moi.
- Qui c'est cette conne ? – Je demande d'une voix blanche, presque menaçante en me retournant vers Bill.
Il se tortille nerveusement d'un pied sur l'autre mais quand je le fixe de mon regard de tueuse, il détourne les yeux en m'expliquant qu'il s'agit d'une ex.
- Une vraie ex ou une ex du genre « je-t'appelle-quand-j'ai-envie-de-baiser ? ».
- Sarah. – Me lance Andreas en me proposant un nouveau verre. Arrête de réfléchir je t'ai dit… et bois… et arrête de parler comme ça. C'est… vulgaire.
J'avale de nouveau une gorgée d'alcool sans faire d'histoire mais je ne peux empêcher mes doigts de rester crispés sur mon verre quand Tom et son « ex » s'approchent de nous. Comble de l'horreur, cette pin-up exhibe un piercing au nombril sur un ventre ultra plat… je la hais. Le pire c'est que je la trouve même pas jolie tellement elle est maquillée.
Je serre d'avantage mon verre jusqu'à ce que je sente ma main en trembler et c'est finalement Bill qui me retire mon exutoire d'un geste doux avant que je ne l'explose entre mes doigts. Je lui jette un regard froid qui ne l'impressionne pas du tout, au contraire ! Il me regarde avec une infinie gentillesse puis me parle comme si j'avais cinq ans.
- Tout ce que tu vas réussir à faire c'est de te blesser et ça servirait à rien du tout. – M'explique t-il.
- Salut mes mignons !
Oh seigneur… en plus elle parle comme une dégénérée. J'ai déjà dit que je la détestais ? Oui ? Ah mince… Elle fait la bise à Bill puis Andreas avant de me tendre une main superbement manucurée.
- Jennifer, enchantée – me dit-elle alors que je meurs d'envie de lui broyer une ou deux phalanges.
Je la laisse me scruter des pieds à la tête alors que Tom m'ignore superbement et le petit regard malveillant de miss parfaite ne me dit rien qui vaille.
- Mes amies m'appellent Jeni… mais toi, tu pourras continuer de m'appeler Jennifer.
Oh, c'est trop d'honneur. Si elle essaye de m'impressionner c'est raté et je la rembarre directement avec le même petit sourire qu'elle me réserve.
- Ça tombe bien, je ne comptais pas t'appeler du tout.
Je me retourne alors vers Andreas qui me tend un nouveau verre… au moins tous les deux, on est sur la même longueur d'onde. Je vois bien le sourire que Bill tente de dissimuler derrière sa main mais je vois surtout le regard noir de Tom. C'est donc vers lui que je déverse ma mauvaise humeur, comme d'habitude.
- Qu'est-ce qu'il y a Tom, j'ai froissé ta copine ?
- Me froisser ? Mais tu rigoles ma jolie. On ne joue pas dans la même cours toutes les deux et un conseil… quand tu achètes une jupe, pas la peine de prendre une taille en dessous, ça boudine.
Et avant que je n'aie eu le temps de répliquer quoi que se soit, elle s'éloigne déjà vers un autre groupe. Et comme une conne, je me tortille désespérément pour réussir à regarder mes fesses… Oui, ce qu'elle m'a dit m'a blessé, même si c'est débile vue mon poids plume.
- Ne l'écoute pas… cette jupe te va très bien.
- T'es gentil Billou mais elle a raison… J'ai grossi depuis que je suis dans votre satané pays.
- Et bien, ça fera plaisir à notre mère d'entendre ça ! Elle n'arrête pas de me demander si tu te remplumes. Et je t'assure que cette jupe te va à merveille… sûrement même mieux qu'avant. Parole de mec !
Tom est toujours avec nous mais il n'a pas encore ouvert la bouche et ce qui me met le plus mal à l'aise, c'est qu'il a l'air obsédé par ma foutue jupe lui aussi. Puis c'est toujours silencieux qu'il fait demi-tour pour aller retrouver sa copine après être remonté de ma jupe jusqu'à mes yeux.
- Tu sais que je t'adore ? – Me lance Bill alors qu'il jette un œil rapide à Jennifer.
- Oh arrête… même Anaïs qui a onze ans serait capable de rembarrer cette pouffiasse.
- Ouai, mais en attendant, cette pouffiasse comme tu dis, est en train de mettre le grappin sur ton Tom. – Plaisante à demi-mot Andy.
Je reporte mon attention sur le fameux couple, elle tout sourire et lui la conduisant d'une main dans le dos. Je préfère abandonner là cette vision douloureuse et me retourne vers mes acolytes. Elle est peut-être conne mais elle a raison, on ne joue pas dans la même cours toutes les deux.
- S'il est assez con pour vouloir passer la nuit avec elle, je ne vois pas ce que je peux y faire.
- AH NON ! – S'insurge Bill. J'en ai marre ! Tu vas te bouger le cul et te serrer mon frère comme jamais il ne s'est fait serrer par une fille. C'est clair ?
Et sans attendre de réponse, il s'éloigne. WOUAW, je ne le connaissais pas si directif le Billou.
Me serrer Tom ?
C'est une chose que je n'avais pas envisagée ce soir, mais si je ne dois plus jamais le revoir, ce ne serait pas une mauvaise idée… Je me secoue la tête comme pour me remettre les neurones en place… mais à quoi est-ce que je pense ce soir ? Je ne vais vraiment pas bien !
- Tu viens danser frangin ?
Ça me fera peut-être du bien de bouger mon popotin sur le dance-floor.
- Non, j'ai pas assez bu pour ça. Mais je t'en pris, montre moi tes talents.
Il n'a pas assez bu ? On a descendu les deux tiers de la bouteille et moi j'en peux presque déjà plus, comment fait-il ? Je me dirige d'un pas relativement sûr vers ce qui sert de piste de danse mais il n'y a rien de pire que de danser en soirée… seule. Je fais un tour d'horizon du monde environnant et avise alors un peu plus loin Thomas, mon petit pot de colle ; il va bien se sacrifier pour moi, non ?
Je m'approche et commence à danser avec lui sans qu'aucun mot ne soit prononcé. Au début on bouge chacun librement et puis au fur et à mesure des musiques, son bras vient se perdre autour de ma taille et le zouk endiablé que les enceintes diffusent nous fait danser de façon plus suggestive.
- Tu sais que tu me rends dingue à bouger comme ça – me chuchote t-il à l'oreille.
C'est sûrement dû à la présence élevée d'alcool dans mon sang, mais je le trouve presque moins chiant que cette après-midi. Je me tourne alors pour me retrouver le dos contre son torse et continue de danser comme si de rien n'était mais lorsque je regarde dans la direction d'Andreas, je le vois mort de rire avec un Tom on ne peut plus sérieux jetant de fréquent petits coups d'œil vers moi. Tiens… monsieur montrerait-il des signes de jalousie ?
- J'ai soif, peut-être à tout à l'heure beau blond.
Je dépose un rapide baiser sur sa bouche mal rasée et m'éloigne pour retrouver mon compagnon de bouteille. Je ne sais pas ce que j'ai ce soir mais c'est no limit comme j'ai rarement était no limit. Qui a dit que j'allumais ?
- J'espère que t'as pas fini la bouteille pendant mon absence sinon…
Mais je n'ai pas le temps de finir ma phrase qu'Andy me tend déjà un verre plein… je l'adore !
- Tu ne devrais pas la faire boire autant. – Lâche Tom pour recadrer son ami.
Vous voulez savoir ? Ça ne fait vraiment pas plaisir de se faire ignorer de la sorte… Déjà qu'il ne m'a toujours pas dit un mot depuis le début de la soirée, il aurait au moins pu me réprimander directement ! Du coup, avant qu'Andreas n'ait eu le temps de finir son verre, c'est moi qui ouvre ma gueule.
- Et toi tu ne devrais pas t'afficher avec une lolitrash pareille. On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, que veux-tu.
Notre ami commun se fait tout petit sur sa chaise alors que l'ambiance s'électrise quelque peu. Et au moment où j'aurai parié que Tom allait me parler, « lolitrash » pointe le bout de son cul.
- TOOOOOOOM, on cherche des gens pour jouer au jeu de la bouteille. Tu ne peux pas ne pas venir !
Je soupire vaguement en l'entendant, j'ai vraiment du mal avec sa façon groupiesque de parler mais en même temps, je rigole en voyant la tête du guitariste qui a levé les yeux au ciel. Ils s'éloignent d'un même pas, Tom m'ignorant toujours superbement… lorsque la situation me saute enfin au visage.
Jeu de la bouteille… bisous… elle… lui… vite !
J'empoigne le bras d'Andreas pour le faire se lever et le tire derrière moi pour essayer de rattraper les deux autres. Il traîne un peu des pieds et je suis prête à parier qu'il ne comprend pas ce qui est en train de lui arriver. Après, il ose dire qu'il n'a pas bu « assez »… tu parles !
- Qu'est-ce que tu fous Sarah… ? – Marmonne-t-il
- Tu ne me laisseras pas toute seule dans cette galère et il est hors de question que je laisse Tom entre les griffes de cette tordue.
- Ce n'est pas comme s'ils ne se connaissaient pas tu sais…
Merci de me le rappeler, des fois que j'ai pu oublier ce genre d'information. Mais si je veux qu'il me parle, il va falloir que je passe outre ma timidité et surtout, que je le fasse réagir.
On se retrouve finalement à être une petite dizaine à s'installer sur le parquet. Je reconnais les têtes de Anke et d'Eva que je n'ai pas revu depuis une paye et croise aussi le regard brillant de Thomas, ainsi qu'une jeune fille qui pourrait être le portrait craché de Jenifer : un pantalon taille basse avec un string qui dépasse largement et un chignon ultra sophistiqué sur la tête, quelle classe.
- Jenniiiiiiiiiiiii, t'as trop de bonnes idées des fois !
Ok… elles sont donc amies. En même temps, je ne vois pas pourquoi ça m'étonne, vue leur look copier-coller.
- Ouai je sais Sandy ! Le seul truc, c'est qu'une française s'est glissée parmi nous… j'espère ne pas tomber sur elle, parait-il que leur réputation de french kiss est plus que révolue… on m'a dit qu'ils embrassaient comme des bavettes.
Je m'étouffe discrètement avec ma salive mais quand je vois une ou deux têtes se tourner vers moi, je ne peux m'en empêcher :
- Désolée, c'est moi la française qui ne sait pas embrasser. Mais promis, j'essayerai de m'appliquer quand se sera mon tour.
Et je lance un clin d'œil bien appuyé à la conasse de service. Elle ne va pas me chercher longtemps elle !
Le jeu débute doucement par des bisous timides et rapides mais lorsque vient le tour de cette Jennifer de malheur et que cette satanée bouteille de bière vide s'arrête devant Tom… je sais immédiatement que je vais passer un sal moment.
Je suis le trajet du goulot de la bouteille jusqu'au visage de Tom qui me lance un sourire un peu mauvais ; lui aussi est décidé à m'en faire baver mais je serai forte dans l'adversité. Je replace ma frange comme pour me donner contenance et le défi du regard… je suis sûre que je peux être plus forte que lui !
Notre petit duel visuel ne passe pas inaperçu et c'est finalement Jennifer qui se racle la gorge pour attirer de nouveau l'attention des participants. Elle replace ses cheveux d'un magnifique geste du cou et après un dernier regard de Tom, je vois cette vorace se jeter sur lui.
…
Restons stoïque…
…
Non je ne suis pas jalouse, ce n'est qu'un jeu ! Et peut-être qu'en me répétant cette phrase inlassablement, j'arriverai à m'en convaincre.
Je vois comme au ralenti leurs bouches se rapprocher pour finalement se souder… ouf, j'ai survécu.
Sauf que la main de Tom se pose sur la nuque de Jennifer et le dicton « la vengeance est un plat qui se mange froid » prend pour moi une toute autre dimension. Ce qui devait être finalement qu'un simple bisou est vite remplacé par un léchage d'amygdales en bonne et due forme… c'en est même dégueu. Mais je rigole légèrement quand je constate que c'est Tom qui est obligé d'éloigner la folle furieuse, avant de terminer en steak tartare. Qui est pris qui croyait prendre, petit guitariste !
Chacun reprend sa place sous les applaudissements des participants et je suis peut-être vieux jeu mais je ne vois vraiment pas ce qu'il y a à applaudir. Il me regarde alors en biais tout en levant un sourcil moqueur ; c'est qu'il me met au défi, le bougre ! J'ai promis à Andreas de ne pas réfléchir et de m'amuser, ça tombe bien parce que je me sens d'humeur joueuse ce soir. La bouteille recommence à tourner de plus bel et je trouve ça toujours aussi niais, toujours aussi timide et toujours aussi ennuyant… jusqu'à ce qu'arrive mon tour.
Je lance l'objet du hasard et croise fortement les doigts pour que cette bouteille maudite s'arrête soit devant Thomas, soit devant Andreas, mais encore une fois, la vie me joue des tours. Et c'est devant un parfait inconnu, plutôt mignon au demeurant, que se stoppe la bouteille : ça aurait pu être pire… et se sera largement suffisant.
Je m'avance langoureusement vers Mr L'inconnu et lance au passage un petit clin d'œil à Tom. Suis-je satisfaite du regard noir qu'il lance à mon partenaire ? Oh que oui, j'adore !
- Alors beau brun, tu es prêt à découvrir comment on embrasse dans mon pays ?
- Je n'attends que ça beauté. – Répond-il d'une voix doucereuse.
On accroche nos regards jusqu'au point de non retour et je pose doucement mes lèvres sur les siennes. Je veux que notre baiser soit tendre, non pas que je ressente quoi que se soit pour ce brave garçon, mais simplement pour que notre « prestation » soit en parfaite opposition avec l'espèce de truc dégueulasse que nous a fait l'autre tâche de blonde. Je le sens pencher la tête et j'approfondis peu à peu le baiser. Nos langues se trouvent timidement au début pour finalement se croiser et se décroiser plus aisément. Emporté dans le délire, il passe un bras dans mon dos pour me coller contre lui alors que je tente de garder la tête froide. Et c'est très dur quand on a un coup dans le nez.
- Hum, hum… vous n'allez peut-être pas nous faire un bébé sur le tapis non plus.
Je souris à cette réplique et termine simplement par un baiser sur le bout du nez de mon parfait inconnu avant de me retourner et de répondre à notre enquiquineur.
- Pourquoi Tom, tu as besoin qu'on te montre comment faire ?
Je suis satisfaite de constater que mon partenaire de jeu est resté dans la même position que quand je l'ai quitté… et oui, je suis douée ! Je fais alors face à la poupée Barbie de service pour lui dire ma façon de penser.
- Tu vois – lui dis-je en montrant du doigt mon petit brun toujours dans la lune – ça c'est un french kiss. Maintenant, si un jour tu as besoin d'un cours, n'hésite pas.
Je me relève et pars du cercle de jeu la tête légère alors que mon dos me brûle à l'endroit où je sais qu'il me regarde.
Sarah 1 / Tom 0
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POV Bill
Putain… je me rappelle maintenant pourquoi est-ce que je n'aime pas les grandes fêtes. Y'a trop de monde que je ne connais pas et en plus, si tu ne danses pas où que tu n'es pas venu là pour te saouler et bien au final, tu n'as pas grand chose à faire.
Je sirote ma bière tranquillement en regardant les gens faire leur vie. La fête a commencé il y a à peine deux heures et déjà, certaines personnes sont malades, c'est pitoyable. Un peu plus loin, je vois mon frère rouler la pelle du siècle à Jennifer (et non, ce n'est pas mon amie… elle est trop stupide pour ça) et sous le nez de Sarah. C'est officiel, mon jumeau est un grand crétin !
Flash back
- Tom… Apelles-la!
- Non.
Mais ce n'est pas possible d'être aussi buté. Qu'est-ce que j'ai fait à Satan pour avoir un frère aussi tête de mule ? Je ne comprends pas… Surtout qu'il n'a jamais été aussi attentif en regardant son portable.
- Alors pourquoi est-ce que tu regardes ton téléphone avec autant d'insistance ?
Et franchement, j'aurai pu m'attendre à tout, mais pas à ça…
- J'attends un appel de Jenni.
- Que… QUOI ?
Et ce bouffon me regarde avec son éternel sourire qu'il réserve d'habitude aux groupies.
- Ne me regarde pas comme ça Tom… Je sais pas ce que tu as en tête mais te connaissant ce ne doit rien être de bon. Déjà le coup d'hier soir avec Dany c'était limite mais alors… Jennifer… tu ne pouvais pas trouver pire.
- C'est bon, je ne te demande pas de valider mes moindres faits et gestes. Elle sera parfaite pour ce soir, elle est peut-être conne à bouffer de la paille mais si tu savais ce qu'elle arrive à faire avec sa bouche…
Qu'il est con, mais mon Dieu qu'il est con ! Je me pince l'arrête du nez, signe avant coureur d'un mal de crâne puissance dix tout en soupirant. J'inspire et expire pour me calmer, et tente une nouvelle fois d'avoir une conversation intelligente avec lui.
- Tom… arrête, c'est stupide.
Il grimace puis se lève pour ranger ses affaires dans son armoire avec, à mon avis, un peu trop énergiquement avant de se tourner vers moi. Et je sais déjà ce qu'il va me dire avant même qu'il n'ouvre la bouche.
- Toi, arrête ! Je refuse de parler de ça.
Je me rapproche de la fenêtre de sa chambre et jette un œil à l'extérieur pour regarder les gens normaux vivre leur vie normale, mais il n'y a personne. Qu'est-ce que je peux envier leur existence parfois. Surtout en ce moment en fait.
Je regarde d'un côté puis de l'autre et après quelques minutes, je reconnais une silhouette familière… Mais qu'est-ce qu'elle fait là ?
- Au lieu de t'occuper de ce que je fais, tu pourrais peut-être rappeler Lena. Ou alors tu comptes ne plus jamais lui adresser la parole ?
Je lâche le rideau qui retombe doucement devant la fenêtre. Il m'agace mon jumeau et le pire c'est qu'il le sait. Je soupire avant de rendre les armes.
- Ok t'as gagné… je ne me mêle pas de ta vie amoureuse et tu ne te mêles pas de la mienne.
- Tu comprends vite dis donc, mais faut t'expliquer longtemps !
Fin flash back
L'ambiance a été un peu tendue le reste de la journée, parce que lui comme moi savions que nos réactions étaient puériles, mais c'est comme ça. Du coup, il a passé son temps à jouer de la guitare dans sa chambre alors que je suis resté cloué sur mon lit, à compter les défauts de mon plafond.
L'entendre jouer me détend, j'y peux rien.
Quoi ? Vous pensiez qu'on était allés répéter ? On devait, mais je ne suis pas certain que le groupe aurait eu le cœur à jouer sachant qu'une de nos amies rentrait chez elle demain. Personnellement, j'ai trop pris l'habitude de l'avoir dans les pattes la petite Sarah… ça va faire bizarre quand elle va partir et à chaque fois que j'imagine son départ, j'ai un gros pincement au cœur qui pointe le bout de son nez.
- Tu rêvasses encore ?
Je cligne des yeux et tourne la tête pour trouver mon trouble fête, en l'occurrence, mes troubles fêtes.
- Mais que vois-je ? Notre couple vedette. Comment ça va vous deux ?
Gustav se pose sans aucune délicatesse sur la place libre du canapé que je squatte sans vergogne puis il attire Julie sur ses genoux. Si j'avais dû parier, je n'aurais jamais dit qu'ils se mettraient ensemble avant Sarah et Tom et pourtant…
- Elle m'épuise. – Me lance Gus comme un S.O.S.
- Oh arrête… ça fait à peine une heure qu'on danse. Tu exagères !
Connaissant le caractère explosif de sa nouvelle petite amie, je ne parierai pas qu'il exagère autant qu'elle le suppose mais comme je suis pour la paix des ménages, je préfère me taire.
- JUUUUUUU' !!!
Oh merde, je reconnaîtrai cette voix n'importe où. Julie se lève d'emblée en entendant son nom alors que Gustav grimace de douleur quand elle lui écrase le pied ; ils sont vraiment trop mignon ces deux là.
- Aaaahhhhhh Lena ! Je te cherche partout depuis tout à l'heure !
Il va bien falloir que je la vois, je vais pas passer mon temps à l'éviter comme me l'a si bien fait remarquer mon frère. Alors après avoir rassemblé mon courage, je lève enfin la tête… que j'aurais mieux fait de garder baisser. Qu'est-ce qu'il fait là, lui ? Et pourquoi est-ce qu'il la tient par la taille ?
- Tiens Bill, ça fait un bail !
Nicolas… un bail ? Si seulement ça pouvait faire une éternité ! Mon regard glisse vers mon amie et je la trouve plus que ravissante dans son petit ensemble noir. Nos yeux s'accrochent un instant avant qu'elle ne détourne le visage, le rouge aux joues. Je me reconcentre alors sur le navet qui l'accompagne.
- Salut. Oui effectivement, ça fait bien longtemps. Comment vas-tu ?
Si ce n'est pas pathétique… Me voilà à parler de la pluie et du beau temps à un mec que je ne peux pas encadrer. Ça doit faire deux longues minutes qu'on se parle pour ne rien dire avant que monsieur « je m'incruste » ne dépose un baiser dans le cou de mon amie, qui a l'air on ne peut plus gênée.
- Heu… Nico… tu peux aller me chercher un truc à boire s'il te plait ?
- Pour toi ? Je peux tout faire ma douce.
Gustav se lève en même temps que lui pour l'accompagner alors que Julie se rappelle un soudain besoin de parler à Sarah… si ça sens pas le coup monté tout ça !
Je recommence à siroter ma bière comme si de rien n'était, en évitant de prendre conscience que mes amis m'abandonnent un par un… comme si le fait de me trouver à vingt centimètres de la nana qui me retourne le cerveau depuis des jours ne me faisait rien. Sauf que lorsque je vois son regard blessé face à mon ignorance, mon cœur se serre. Je ne veux pas la voir triste, c'est la dernière chose que je veuille au monde. Je repose ma bouteille à moitié entamée sur le sol et lorsque je relève la tête, c'est pour plonger dans ses yeux.
- Bill…
- Lena…
On a parlé en et nous sommes arrêtés en même temps. Avant d'échanger un petit sourire gêné. Je n'ai jamais ressenti aucune gêne avec elle, mais qu'est-ce qui m'arrive bon sang ! Le silence retombe et alors que je vois Nicolas revenir au loin, je n'arrive pas à taire mon agacement envers cet homme.
- Vous êtes ensembles ?
Ok, j'ai peut-être parlé de façon un peu plus directe que ce que je n'espérais mais bon, c'est comme ça.
- Qu'est-ce que ça peut bien te faire de toute façon avec qui je suis ?
Et je trouve sa voix bien trop lasse. Ça fait une semaine que je ne l'ai pas vu et tout ce que je trouve à lui faire, se sont des reproches. Je me retiens de passer ma main dans sa cascade de boucle et…
- Tu me manques…
C'est sorti tout seul, parce que j'ai besoin qu'elle l'entende, parce que j'ai besoin qu'elle me revienne et que je suis bien incapable de lui dire autrement. Parce que de la voir avec cet air triste me fait trop culpabiliser.
- Je sais… toi aussi.
Je le sais aussi, mais c'est agréable de se l'entendre dire. En fait c'est surtout rassurant. Et je repose la question qui m'intrigue le plus dans l'immédiat, en essayant d'enlever le côté agressif de la chose.
- Tu ne m'as toujours pas répondu… vous êtes ensembles ?
Elle tourne alors son magnifique visage vers Nicolas, qui est en train de se battre pour traverser la piste de danse sans renverser les verres qu'il a dans les mains. Je détaille les traits fins de son visage, les courbes délicates de sa bouche, sa peau laiteuse… et je ne comprends pas ce qui m'a pris tant de temps à la voir comme je la vois en ce moment.
- Et toi, tu ne m'as toujours pas expliqué ce que ça pouvait bien te faire.
Elle me lance une perche, je ne sais pas si c'est intentionnel ou pas mais je ne la laisserai pas passer.
- Ça me fait qu'il n'est pas assez bien pour toi.
Ce n'était peut-être pas ce qu'il fallait lui dire. Je vois un éclair d'agacement traverser ses prunelles et me gifle mentalement : je suis une vraie catastrophe !
- Et qui serait assez bien pour moi selon tes critères Bill ? Chaque garçon, puis chaque homme qui ont croisé ma route n'ont jamais été assez bien. Tu ne sais que me répéter cette phrase, mais moi, j'en ai marre. Alors vas-y Bill, trouve moi une personne dans cette assemblée qui te satisfasse.
Son ton est plein d'ironie et ça me blesse.
- Tiens Lena… je t'ai pris une bière, ça ira ?
Ça y est, le navet est de retour et comble de l'horreur, il dépose un rapide baiser sur le coin de la bouche de mon amie, qui n'a pas l'air plus étonnée que ça. Je sursaute alors violemment quand, par-dessus le canapé, quelqu'un pose abruptement ses mains sur mes épaules. Cette même personne se penche sur mon oreille et me chuchote :
- Arrête de jouer avec le feu sinon tu vas la perdre. Lance-toi putain ! Tu sais très bien ce que tu ressens pour elle et tu sais aussi très bien ce qu'elle ressent pour toi !
Tom… comment fait-il pour toujours apparaître au bon moment celui-là ?
- Salut Lena, ça va ? Bon bah je vous laisse, j'avais juste un petit truc à voir avec mon jumeau. Bonne soirée ! Au fait Stéphane…
- Je m'appelle Nicolas… – dit-il agacé.
- Ah, ouai, pardon Stéphane… tu ne devrais pas t'approcher comme ça de Lena… mon frère peut mordre tu sais ?
Et il repart aussi soudainement qu'il est arrivé. S'il ne m'avait pas mis dans une situation si embarrassante, j'aurais sans aucun doute éclaté de rire devant la mine de Nicolas. Mais en même temps, ce qu'il m'a dit me fait prendre conscience de plein de chose. Oui, je sais ce que je ressens pour elle.
- Viens.
Je me lève en intimant à Lena de me suivre, mais quand je constate qu'elle décide de ne pas faire un geste, j'enserre sa main et l'oblige à me suivre.
- Et toi, tu restes où tu es, sinon je mords ! – Dis-je en direction de Nicolas qui fait mine de retenir mon amie.
Je traverse la maison dans toute sa largeur pour déboucher sur le jardin… au frais et surtout au calme.
- Qu'est ce qui te prend ? Lâche-moi !
- Ce qui me prend ? – Je lui réponds de la même façon agressive qu'elle utilise pour me parler. T'as rien à faire avec un clown pareil, c'est tout !
- Et bien si c'est tout, t'avais pas besoin de me traîner dehors pour me dire ça. Et arrête de parler de lui, tu ne le connais même pas !
Oui, elle a raison… Je n'ai connu aucun des hommes qui sont entrés dans sa vie, non pas que ça ne m'intéressait pas mais parce qu'une furieuse envie de leur casser la tête me prenait les entrailles quand je les croisais.
- Mais je te connais toi… enfin je crois…
- Non tu ne me connais pas ! Si tu me connaissais vraiment, il y a longtemps que…
Mais elle s'arrête subitement, les joues légèrement colorées.
- Ecoutes, si tu n'as rien d'autre à me dire… je… je vais rentrer. Je n'ai pas envie de me disputer une nouvelle fois avec toi.
Je me masse les tempes alors qu'elle commence à repartir en direction de la maison. Ça parait si simple quand on imagine des scènes de retrouvailles…Alors pourquoi est-ce que ça ne l'est pas dans la vraie vie ?
- Attend…
Il faut que je lui dise, il faut que ça sorte ! Je me rapproche d'elle jusqu'à pouvoir passer ma main sur sa joue. Je la sens légèrement frémir pendant que je déplace ma main vers sa nuque.
- Bill… arrête – chuchote-t-elle.
J'incline alors légèrement ma tête, en chuchotant comme elle mais laisse ma main où elle se trouve.
- Pourquoi ?
- Parce que tu me fais du mal.
Elle l'a murmuré… assez fort pour que je l'entende mais je ne suis pas certain que ce fût dit dans ce but.
- Je n'ai pas envie de te faire du mal, bien au contraire. Laisse-moi te le montrer…
Je me rapproche encore d'elle, le plus lentement possible pour lui laisser le temps de me repousser. J'ai l'impression de voir des étoiles au fond de ses yeux, avant qu'elle ne les ferme pour parcourir le dernier centimètre nous séparant. La dernière pensée qui me vienne à l'esprit avant de complètement déconnecter, c'est que je trouve ses lèvres d'une douceur hallucinante.
Mes doigts se crispent doucement sur sa nuque alors que je passe mon autre bras autour d'elle afin de la coller contre moi. J'ai l'impression de l'entendre gémir, sans en être vraiment sûr, mais ça me met les sens en ébullition. Je suis d'ailleurs au bord de l'explosion quand elle passe finalement une main sous ma chemise qui baille largement sur mon pantalon.
On s'est séparés à bout de souffle, alors que mon cœur manquait de peu d'éclater de joie. Pourquoi est-ce que je ne me suis pas rendu compte de ça plus tôt ? Je ne comprends vraiment pas…
- Je… tu… on… mais… heu… mais… pourquoi ?
Ok, je branche donc mon décodeur spécial Lena et tente de comprendre le sens de sa phrase.
- Pourquoi est-ce qu'on s'est embrassé ? – J'hasarde maladroitement.
Elle me fait un signe affirmatif et je lui parle alors à cœur ouvert. Ce qui me paraissait insurmontable il y a une heure me parait maintenant couler de source.
- Parce que comme tu l'as si bien dit, personne n'est assez bien pour toi… et moi, encore moins que les autres. Pourtant j'ai envie de le croire… tu m'as affreusement manqué cette semaine et tu me manques chaque minute que je passe loin de toi. Je ne supporte pas de te voir avec un autre simplement parce que… parce que je t'aime. J'ai mis le temps à mettre un mot sur ce que je ressentais mais maintenant j'en suis sûr… je t'aime.
J'arrête là mon monologue pour voir sa réaction, mais elle ne bouge même pas un cil. Si elle ne bouge pas, imaginez bien qu'elle ne répond pas non plus. On dirait qu'elle s'est transformée en une vraie statue. Et mon sang se glace… elle ne m'aime pas, voilà la cruelle vérité.
- Je t'en prie Lena… dis quelque chose…
Elle cligne plusieurs fois des yeux, comme si elle revenait dans la réalité et je l'entends murmurer :
- Je…
Elle…
- Je t'aime aussi.
Et avant même que je ne réalise l'ampleur de notre déclaration, je l'ai serré dans mes bras pour raviver ses lèvres de nouveau.
