CHAPITRE 23

-

POV Tom

- BILL !!!

J'appelle mon frère depuis le rez-de-chaussée… J'ai beau être habitué, c'est quand même super rageant. C'est une vraie gonzesse ce type… il squatte encore plus longtemps la salle de bain que la pire des filles, c'est vous dire !

- Ah bah quand même ! – Je l'accueille quand il apparait enfin dans l'escalier.

En même temps, il le prend son temps, mais il est toujours parfait… je vous dis : une vraie gonzesse. Et le pire c'est qu'il se regarde encore dans la glace de l'entrée.

- Mais oui t'es beau, allé on se casse.

- Oh ça va… on va encore arriver les premiers, je ne vois pas l'intérêt. – Me répond-il en enfilant sa veste.

J'enlève un grain de poussière imaginaire sur la visière de ma casquette en passant devant la dite glace et ouvre la porte.

- L'intérêt c'est qu'on se fera moins remarqué si on est déjà sur place que si on arrive alors que la maison est pleine. Et puis… oh et laisse tomber ! On y va et puis c'est tout.

- T'as rendez-vous avec l'autre blonde, pas la peine de t'en cacher devant moi. Je n'ai jamais jugé tes faits et gestes et tu sais bien que je ne vais pas commencer maintenant.

Je sais qu'il a dit ça d'un bon fond, mais cette simple phrase me renvoie en pleine tronche toutes les conneries que j'ai pu faire… ou que je m'apprête à faire d'ailleurs. Tout, de toute façon pour ne plus penser à elle… qui me déteste…

Toute la journée, ces mots n'ont fait que tournoyer dans ma tête… encore et encore… je m'en suis écorché les doigts sur ma guitare à force de jouer pour arrêter de penser à son putain de message. J'en suis arrivé à la triste conclusion que ça ne m'intéressé plus de savoir pourquoi… Elle part demain, terminé de me triturer les méninges pour rien !

- Tom ? Ça va ?

Rien qu'au son de sa voix, je sais qu'il sait. Sa question n'est que rhétorique, et il m'offre une possibilité de me confier à lui… encore. Mais mes intentions sur le sujet n'ont pas changé depuis ce matin.

- Mais oui, t'inquiète ! On peut y aller maintenant ?

Oui je suis de mauvaise foi et oui, j'ai pas envie de parler de ça avec lui… c'est mon droit quand même. Il a d'ailleurs compris le message car il lève les yeux au ciel avant de me suivre dans le jardin.

On n'ouvre pas la bouche tout le temps que dur le trajet et je remercie intérieurement Georg de ne pas habiter trop loin de chez nous. Ce silence me bouffe. Son inquiétude pour moi me fout les nerfs. Je déteste quand il s'inquiète pour moi.

Je déteste être une source de soucis perpétuels pour lui.

Flash back

- Tom, ouvre cette porte ! Ça va faire pratiquement quatre heures consécutives que tu joues.

Mon frère… que j'aime par-dessus tout. Mais qu'est-ce qu'il peut être lourd quand il veut !

- Et alors ? – J'hurle depuis mon lit sans lui demander d'entrer.

D'ailleurs, il a la politesse de rester dehors pour me répondre… jumeau oui, envahissant non !

- Je suis le premier à adorer t'écouter… mais je sais aussi qu'il n'y a rien de normal dans ton attitude actuelle.

Je décide de l'ignorer, d'ignorer la vérité qui suinte dans ses paroles, mais pose quand même ma guitare sur la couette en réalisant effectivement que ça va faire un moment que je n'ai pas changé de position.

- Ouvre-moi… s'il te plaît ?

Son ton est suppliant et je sais qu'il est en train de se faire un sang d'encre de pas grand-chose. Je mets fin à son supplice en lui criant de rentrer et il pousse la porte timidement avant de me rejoindre sur le lit.

- Ta main, ça va mieux ?

- Tu m'as déjà posé la question trois fois ce matin ! – Je lui réponds de mauvaise grâce tout en regardant les croutes qui se sont formées ci et là.

Quelle idée à la con d'avoir voulu passer mes nerfs sur ce mur. Encore une idée brillante qui m'a foudroyé l'esprit… des fois je voudrais vraiment être un peu moins impulsif.

J'attends finalement encore un peu mais voyant que Bill n'a pas l'air décidé à parler, je reprends ma guitare pour commencer un nouveau morceau. Pourtant mes cordes sont vite stoppées par sa main manucurée.

- Bill putain !!

- Arrête. Regarde l'état de tes doigts. – Il se tait une fraction de seconde et reprend : – Tu te fais vraiment du mal pour rien. – Me dit-il d'une voix douce.

- J'ai l'habitude de m'écorcher les doigts, ça va passer.

- Je ne parlais pas de ce mal là en fait.

Et voilà que ça recommence. Il ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui !

- Bill… tu comptes faire un copier-coller de la conversation qu'on a eu ce matin ?

Il a l'air mal à l'aise, mais continue quand même sur sa lancée :

- J'y peux rien, je m'inq…

- Je sais, tu t'inquiètes. Y'a vraiment pas de quoi pourtant.

- T'as raison, depuis hier soir je peux compter tes minutes de paroles sur une main.

Je repose ma guitare brutalement sur mon lit, les nerfs en pelotes !

- Bon, écoute-moi bien parce que je vais faire un résumé très simple de la situation histoire que tu piges une bonne fois pour toute : Après différentes tentatives de ma part, jusque-là infructueuses, j'ai décidé de laisser tomber. Est-ce que tu peux comprendre que je veuille retourner à une vie beaucoup plus simple ? Et surtout à une relation homme/femme encore plus simple ?

Je connais son opinion concernant ma vie… disons sexuelle. Et son air encore plus navré pour moi, finit de me gaver.

- Tu pourrais me laisser maintenant ? J'ai besoin de bosser mes accords...

Je reprends alors ma guitare et place machinalement mes doigts sur le manche, avant de laisser tomber ma main en entendant la porte se refermer. Je pousse un petit soupire de soulagement… et recommence à jouer.

Fin flash-back

Quel soulagement d'arriver enfin ! On retrouve finalement nos acolyte, Georg et Gustav, dans la rue en pleine conversation. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle parce que ça veut dire qu'on est effectivement les premiers.

- Salut les gars ! – Je lance à la cantonade.

- Ah les frangins ! C'est gentil de venir m'aider à tout mettre en place – me réplique le propriétaire des lieux sous les rires de notre batteur.

Je fais alors un demi-tour sur moi-même en criant vers ma moitié

- Bill ! Il faut qu'on repasse dans une demi-heure !

Et oui je sais… je suis un surdouée de l'humour. C'est ce qui fait mon charme, non ? Ouai… bref ! On décide finalement de rentrer dans la maison pour effectivement l'aider dans sa tâche et je m'inquiète alors du sort que le bassiste a réservé à ses parents pour pouvoir avec l'endroit à lui tout seul. Il m'explique qu'ils sont simplement partis rendre visite à de la famille à Berlin pour quelques jours.

- Pour une fois, j'ai même pas eu besoin de faire quoi que se soit… c'est juste bien tombé !

On sort alors des cartons tout ce qui ressemble de prêt ou de loin à un liquide buvable, alcoolisé ou non et on bouge un peu les meubles pour faire de la place. C'est d'ailleurs quand on termine de déplacer le dernier que la sonnerie commence à retentir.

La maison se remplit en ce qui me parait être quelques instants, d'un tas de gens que je n'avais plus vu depuis bien longtemps. L'ambiance est plutôt sympa en plus, ce qui me fait encore moins comprendre la nervosité soudaine de mon frère.

- Mais qu'est-ce qui t'arrive ce soir ? Je ne t'ai jamais vu aussi nerveux sauf avant de monter sur scène.

Il me lance alors un regard suppliant… ça veut dire qu'il ne faut pas que je rigole ça !

- Lena…

J'essaye… je vous jure que j'essaye… mais mon frère parler de fille est quelque chose que j'ai toujours trouvé hilarant !

- Putain mais t'es chiant Tom ! Tu peux jamais être sérieux cinq minutes.

Je reprends ma respiration, me recompose un visage on ne peut plus zen et tente de reprendre là où la communication avait coupé. Je ne voudrais pas vexer mon frère non plus !

- Donc… Lena ?

Mais il n'a pas le temps de m'en dire plus car j'entends mon prénom hurlé comme si on était en plein concert.

- TOOOMMMM !

Oh merde… elle est super jolie dans son genre, mais faut vraiment qu'elle apprenne à ne plus ouvrir la bouche. Elle ne se rend pas compte de l'effet néfaste que ça a sur elle… et sur nous d'ailleurs ! J'écarquille les yeux vers mon frère qui rigole déjà sans aucune retenue et me retourne en lançant le plus hypocritement possible :

- Jeni ! Quel plaisir de te revoir !

En même temps c'est un peu moi qui l'aie faite venir, je ne vais pas l'éviter maintenant ! Je suis venu ici pour prendre du bon temps et je vous assure qu'avec elle… c'est on ne peut plus parfait… quand elle se tait bien sûr. Mais pour ça, j'ai quelques techniques en stock.

Mon frère me pose une main sur le bras et se penche à mon oreille pour me signaler son départ de façon bien ironique.

- Je te laisse en « bonne » compagnie. A plus tard frangin.

Quel lâcheur celui-là ! Enfin bref… il faut savoir payer un peu de sa personne pour avoir ce qu'on veut. Je lance donc une conversation oh combien passionnante avec mon amie que je n'écoute d'ailleurs que d'une oreille, pour plutôt regarder ce que Mère Nature lui a fourni.

Ok : je suis en train de me rincer l'œil comme un voyeur. Mais quelle idée de venir habiller comme ça aussi !

Je ne sais pas quelle connerie j'ai encore sortie, toujours est-il qu'elle se fend la poire comme rarement en se rapprochant de moi un minimum. J'en profite pour poser une main sur sa hanche tout en passant en mode « drague » mais tout ce qui me vient à l'esprit, c'est qu'elle n'a pas la peau aussi douce qu'elle.

NON ! On ne pense pas à elle, on a dit ! Elle… c'est le mal, elle… te fait tourner en bourrique, elle… ne comprend jamais rien à ce que tu lui dis, elle… est avec mon meilleur ami et mon frère en train de boire en ce moment même…

Pourquoi ? Mais pourquoi est-ce qu'on tombe toujours sur la personne qu'on tente d'éviter au maximum ? Sérieusement ? On est un nombre incalculable de personne dans ce putain de salon, et il faut que je tombe sur elle. Et malgré moi, je mets mes oreilles en mode off pour la contempler. Elle se trouve en ce moment de dos mais je ne la confondrais avec personne d'autre. Je reconnaîtrais cette chute de rein n'importe où… et nom d'un chien ! Ça ne va pas de mettre une jupe pareille !

Quoi, vous pensez que je suis pervers ? Mais vous croyez que ma réputation vient d'où ? J'aime regarder les filles et je ne m'en cache pas. De toute façon, quand elles s'habillent comme ça c'est bien pour être regardés non ? Mais je ne suis pas le seul à remarquer la présence de mes amis.

- Oh ! Andreas est là-bas… vient !

Il ne manquait plus que ça à mon bonheur : une confrontation Jeni / Sarah. Ça promet ! Je la suis comme si c'était naturel alors qu'intérieurement je hurle de faire demi-tour le plus vite possible, et le regard que se lance les gonzesses quand elles se remarquent ne fait que confirmer mon pressentiment.

Après tout, je m'en fiche. Ce n'est pas mon problème ! Elle me déteste, elle doit donc logiquement détester mes amies.

- Salut mes mignons !

Non… il faut vraiment que je lui explique que de parler aux gens ce n'est pas bien pour elle ! Après cette entrée remarquée, elle embrasse tout le monde avant de tendre une main réticente vers Sarah. Quel sens de la politesse…

- Mes amies m'appellent Jeni… mais toi, tu pourras continuer de m'appeler Jenifer.

Non mais pour qui elle se prend à lui parler comme ça ? Elle est barge ou quoi ! Ah oui merde, j'ai oublié : je m'en fiche !

Ça va être mon leitmotiv de la soirée… je me fiche de ce que fais Sarah, j'en ai même rien à foutre… D'ailleurs, même pas je lui dis bonjour. Je décide de jouer mon rebel.

- Ça tombe bien, je ne comptais pas t'appeler du tout.

Hou… quelle répartie. Elle est de mauvaise humeur la petite, mais je préfère regarder ce que fabrique Andreas plutôt que de la regarder elle. L'ignorer… c'est un bon moyen de ne pas morfler… si, si, je vous jure ! Quand je pense que la dernière fois que je l'ai vu tout allé bien… j'ai même cru que tout pourrait s'arranger. Mais avec son message on ne peut plus limpide d'hier soir, c'est bon ! Et franchement, plus loin elle sera de moi, et mieux je me porterai. J'en viens à me dire qu'Andy aurait mieux fait de se taire et de la laisser partir ce matin.

HEY, mais il lui donne à boire ! Tout fout le camp… mon propre meilleur ami qui tente de saouler ma puc… heu… Sarah.

- Qu'est-ce qu'il y a Tom, j'ai froissé ta copine ?

Hein, quoi ? Elle me parle ? Ah non pardon… elle m'agresse. Si seulement elle pouvait imaginer à quel point je m'en tape de ce qu'elle raconte à Jenifer. De toute façon, je n'ai pas le temps de répondre quoi que se soit que mon amie ouvre déjà la bouche

- Me froisser ? Mais tu rigoles ma jolie. On ne joue pas dans la même cours toutes les deux et un conseil… quand tu achètes une jupe, pas la peine de prendre une taille en dessous, ça boudine.

Mon Dieu qu'elle est conne, je le sais et pourtant malgré ça, j'arrive encore à en être étonné. Sarah porte merveilleusement bien cette jupe. Certes, elle moule. Impossible de dire le contraire. Mais elle moule juste ce qu'il faut et où il faut. Et je me gifle mentalement lorsque je me rends compte que je la regarde ! Pire… je suis en train de la reluquer ! J'entends vaguement mon frère tenter de rassurer Sarah mais mes yeux n'en font qu'à leur tête et continuent de fixer ce satané morceau de tissu. Ok… nouvelle stratégie : replions-nous.

Et je pars sans même avoir prononcé un mot. Tout ce que j'ai vu, c'est un Andreas faisant boire Sarah bien au-delà de la limite légale… Et une Sarah en état de gaieté avancée, habillée comme elle l'est, ce n'est pas du tout adéquat avec mes bonnes résolutions !

Je fais d'ailleurs demi-tour, en constatant qu'elle se dirige vers la piste de danse, pour expliquer à mon meilleur ami de faire un peu attention à elle ce soir. Oui je sais que je suis censée me foutre comme de ma première couche culotte de ses faits et gestes mais malgré tout… je n'arrive pas à taire cette petite inquiétude.

- Andreas, mon ami… bonsoir.

- Oh Tom, tu as retrouvé ta langue ! Je vois que t'as ressorti les vieux numéros de téléphone. – Ironise-t-il en regardant Jeni au loin. T'étais tant en manque que ça ?

- M'en parle pas… j'aurais mieux fait de me péter un doigt. Je sais pas ce qui m'a pris. – Avoue-je piteusement.

- Moi je sais – Répond-il énigmatiquement en s'enfilant un énième verre de Tequila.

Oui, moi aussi je sais… tout le monde sait d'ailleurs… mais c'est comme ça et on n'en parle pas. Je jette un œil par pur réflexe vers Sarah et manque de broyer le verre que je tiens dans la main.

- Elle danse bien, hein ?

Si elle danse bien ? Mais ce que j'avais vu en boîte de nuit à Paris n'est rien comparé à ce que je vois en ce moment. Si je n'avais aucun respect pour elle, je dirais juste qu'elle est… bandante… mais je peux pas penser ça… si ?

… Définitivement si !

C'est vraiment bizarre parce qu'il n'y a rien de vulgaire dans sa façon de danser en plus, mais… je ne sais même pas comment l'expliquer.

Putain… il fallait que son cavalier soir Thomas bien entendu… et il a l'air de bien en profiter aussi ce connard. Je vais le tuer…

- Tu penses à voix haute ! – Me fait remarquer Andreas avant d'éclater de rire.

- Vas-y moque toi... mais si elle veut jouer à ça, j'ai de quoi faire.

Et c'est entre deux crises de fou rire qu'il me remet en place.

- C'est un peu toi qui as commencé en te pointant à cette fête avec l'autre greluche mais bon… Vous faites bien ce que vous voulez de toute façon. Moi j'essaye même plus de vous comprendre : Pour moi vous êtes aussi con l'un que l'autre.

- Y'a pas grand-chose à comprendre en même temps. – Je réponds en faisant abstraction de la dernière insulte.

- Hum… moui, elle part demain, tu te pointes avec une autre nana à la dernière soirée qu'elle passe avec nous et tout ça pour…

Il laisse alors sa phrase en suspend pour que je la complète, chose que je fais rapidement.

- … passer du bon temps avec quelqu'un qui ne sera pas elle, justement. Manifestement je suis trop encombrant comme garçon pour sa vie si bien huilée. Donc… je passe à autre chose.

Je rejette un œil que je pense être discret vers la piste de danse, juste de quoi la voir embrasser son cavalier avant de revenir vers nous. Je vais le tuer… l'égorger… le dépecer… le broyer… le…

- Tu penses encore à voix haute. C'est comme ça que tu comptes « passer à autre chose » ?

Aucune chance de lui répondre quoi que se soit puisque le sujet de notre conversation est déjà parmi nous. Mais elle n'arrête donc jamais de boire !

- Tu ne devrais pas la faire boire autant. – Dis-je en direction de mon ami qui tend déjà un autre verre plein à Sarah.

Mais elle sort les crocs encore plus vite que ses griffes.

- Et toi tu ne devrais pas t'afficher avec une lolitrash pareille. On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, que veux-tu.

Je rêve où elle est jalouse ? C'est elle qui je me jette et elle se permet de me faire une crise de jalousie… changement de programme… c'est elle que je vais tuer. Elle se comporte comme la dernière des salopes sans s'en rendre compte et c'est à Jeni qu'elle jette la pierre. Faut peut-être pas pousser là ! Et au moment où je m'en vais lui faire part de ma façon de penser, je me fais alpaguer par ma cavalière pour jouer au jeu le plus stupide du monde.

La bouteille.

Quel est le connard qui a inventé ça aussi ! Je lève les yeux au ciel en la suivant et m'installe avec les autres participants en cercle. Quelle n'est pas ma surprise de voir débarquer Andreas et sa moitié du soir, j'ai nommé Sarah, dans les secondes qui suivent. Ma vie est un putain de cauchemar !

Forcement, Jeni ne manque pas de vanner la petite française au passage… sur un sujet d'ailleurs qu'elle n'aurait pas dû évoquer. Sarah ne saurait pas embrasser ? La bonne blague… non, non, non ! Mauvaise pensée ! On ne pense pas à ça…

- … Mais promis, j'essayerai de m'appliquer quand se sera mon tour.

Ah bon, elle veut s'appliquer ? Elle a décidé de me rendre fou ce soir ou quoi ? Le premier qui la touche, je le descends. Quoi ? J'ai décidé de l'ignorer elle… pas d'ignorer les gens qui s'approcheraient d'elle.

Je suis tellement dans mon monde que je ne fais même pas attention au fait que la bouteille vient de s'arrêter devant moi et quand je percute sur le fait que c'est Jeni qui jouait, je ne peux empêcher un coup d'œil vers Sarah… et un seul mot me vient à l'esprit… vengeance !

Je m'approche de ma partenaire et l'empoigne par la nuque pour échanger avec elle un baiser on ne peut plus provocateur mais je suis bien obligé de la faire reculer un peu si je veux pas être mangé tout cru… pas tout de suite en tout cas.

Alors petite Sarah… tu veux toujours jouer avec moi ? Mais c'est quand tu veux !

Le jeu reprend de plus belle et l'insistance avec laquelle Jeni me regarde devient franchement lourde. Mais mon intention revient au sommet quand le tour de Sarah arrive. Je la vois lancer la bouteille sans aucune hésitation puis regarder son coéquipier l'air presque satisfait.

Ça pu.

Elle me lance un clin d'œil tout en s'approchant de lui le plus lascivement possible alors que je suis en train de me dire que je vais être obligé de tuer un homme ce soir…

- Alors beau brun, tu es prêt à découvrir comment on embrasse dans mon pays ?

M'en fiche… elle fait ce qu'elle veut… JE-M'EN-FICHE !

- Je n'attends que ça beauté.

Si tu la touches… je te casse la main !

Je les regarde comme au ralenti se rapprocher… jusqu'à me rendre compte que ce n'est pas un ralenti… ils s'embrassent le plus sensuellement du monde et une haine sans borne monte en moi. Il ose même passer un bras autour de sa taille pour la serrer un peu plus contre lui… et vous voulez savoir le pire ? C'est qu'elle ne fait rien pour l'arrêter.

Je ferme les yeux instinctivement pour me soustraire à ce spectacle qui me met les entrailles au supplice… Avait-elle le même air satisfait quand elle m'embrassait moi ?

Quand je les rouvre en espérant que se soit fini, les mêmes acteurs, dans la même position, sont toujours là et je laisse bien malgré moi ma jalousie se manifester.

- Vous n'allez peut-être pas nous faire un bébé sur le tapis non plus.

Elle réagit comme si je n'avais pas ouvert la bouche et termine le « jeu » comme si de rien, avant d'enfin se tourner vers moi.

- Pourquoi Tom, tu as besoin qu'on te montre comment faire ?

Ne me provoque pas… parce qu'aux dernières nouvelles c'est toi que ça gêné qu'on s'embrasse devant du monde. C'est que je meurs de lui hurler à la tronche, mais elle se détourne finalement pour régler ses comptes avec Jenifer.

- Tu vois, ça c'est un french kiss. Maintenant, si un jour tu as besoin d'un cours, n'hésite pas.

Et sans attendre de réponse, elle se relève sous le regard étonné d'Andreas, celui courroucé de Jeni et le mien… elle va me rendre dingue cette fille.

Dans la minute qui suit, Mr Je-me-fais-embrasser-par-une-française décide de sortir du jeu, suivi de prêt par mon meilleur ami… et moi, il est temps que je règle quelques comptes. Qui a dit que j'étais énervé ?

- Tu pars déjà Tomy ?

- Putain mais lâche-moi Jeni ! Je suis grand et je ne vais pas me perdre. On se voit tout à l'heure !

J'ai peut-être été un peu méchant mais elle me gave… franchement, si je l'ai faite venir ici ce soir, ce n'est certainement pas pour parler avec elle !

Je m'engouffre dans le salon télé où l'autre connard est parti ce réfugier et m'approche de lui l'air menaçant.

- Toi !

Il relève alors la tête rapidement et je ne sais pas ce qu'il voit en me regardant mais il se tasse immédiatement dans le fauteuil où il a élu domicile. Je m'accroupie à son niveau et lui annonce le plus calmement du monde :

- Tu t'approches d'elle à moins de cinq mètres encore une fois ce soir et je t'explose. Est-ce que c'est clair ?

Peut-être est-il est suicidaire ou simplement débile mais il trouve le courage de me répondre :

- Pour qui tu te prends ? Tu crois peut-être que…

Je lève alors un doigt pour le faire taire, cet abruti commence à m'énerver… vraiment.

- Je veux juste savoir si c'est clair ?

On échange alors un regard lourd de sens et je pense qu'il commence à saisir le concept.

- D'ac… d'accord. Je ne l'approche pas.

- Bien. – Dis-je en me redressant. Sur ce, passe une bonne soirée.

Et je repars aussi rapidement que je suis rentré. Maintenant, passons à Sarah ! J'ai une envie de lui tordre le cou comme jamais. Inutile de dire que mes recherches débutent par la salle à où se déroule la fête et pour une fois la chance est avec moi, puisque je la vois au loin rentrer dans la cuisine… alors toi ma cocotte, tu vas m'entendre !!

Mais il faut que je me calme avant… sinon je risque vraiment d'être très, très mauvais. Je me pose sur un tabouret qui traîne par là et mon regard est attiré par la tignasse brune de mon frère qui se trouve en ce moment seul avec Lena. Au moins, peut-être que ça va s'arranger entre eux. La soirée aura au moins servi à ça. Je profite du spectacle, un sourire vraiment moqueur plaqué sur la tronche… mon frère à l'air autant à l'aise que lorsqu'il est obligé de chanter en anglais, c'est dire ! Malheureusement pour lui, ce petit crétin de Nicolas ramène déjà sa fraise… déjà que tout seul il a du mal, si en plus il doit se justifier devant le pseudo-mec de Lena, il n'y arrivera jamais.

Je jette un œil vers la cuisine où m'attend mon fardeau personnel, mais je peux pas non plus laissé mon frère dans cette galère. Il doit se rabibocher avec elle… l'inverse est simplement inimaginable… et j'ai vraiment envie que ça marche. Déjà parce que Lena est géniale, en plus parce que mon frère mérite vraiment d'avoir une fille comme elle a ses côtés… et enfin… ça me donnera peut-être un peu d'espoir…

J'abandonne mon siège de fortune et me dirige vers le canapé où se déroule le drame afin d'aider mon jumeau… il lui faut vraiment un coach pour les filles, c'est incroyable ! Il est dos à moi et je pose, dans un geste rapide, mes mains sur ses épaules… et manque de rigoler en le sentant sursauter comme un gamin à qui on vient de faire la peur de sa vie.

Je me penche finalement à son oreille pour éviter que les autres ne profitent de mes conseils… ouai ok, je veux surtout éviter de l'afficher ! Je suis trop bon… ça me perdra.

- Arrête de jouer avec le feu sinon tu vas la perdre. Lance-toi putain ! Tu sais très bien ce que tu ressens pour elle et tu sais aussi très bien ce qu'elle ressent pour toi !

Pour moi c'est clair comme de l'eau de roche, et ça depuis des années. Et je ne comprends pas qu'il n'ait pas ouvert les yeux plus tôt ! Finalement, je crois que je vais l'afficher un peu quand même… je l'aime trop pour ne pas profiter de ce moment ! Je me retourne donc vers notre amie d'enfance pour la saluer.

- Salut Lena, ça va ? Bon bah je vous laisse, j'avais juste un petit truc à voir avec mon jumeau. Bonne soirée !

Quand à l'autre empoté que je n'aime pas…

- Au fait Stéphane…

Et ce bouffon tombe dans le panneau, c'est vraiment trop facile.

- Je m'appelle Nicolas…

Pour un peu, je le verrai presque grincer des dents.

- A ouai, pardon Stéphane… tu ne devrais pas t'approcher comme ça de Lena… mon frère peut mordre tu sais ?

Bon bah comme ça, si ils n'ont pas tous comprit… je ne peux plus rien faire ! De toute façon, mon rôle dans cette histoire ce termine ici. Le reste appartient à mon frère. Je me retourne sans plus de cérémonie et, de meilleure humeur, décide enfin d'aller retrouver Sarah. Je fais cependant à peine quelques pas avant qu'Andreas ne m'alpague.

- Où tu vas ?

- Devine.

Bah quoi ? A question conne, réponse conne !

- Tu devrais la laisser respirer… et surtout arrêter tes conneries. Renvoies Jeni chez elle sinon ça va très vite dégénérer.

Ses conseils sont peut-être judicieux mais tout ce que son intervention arrive à faire, c'est à me replonger tête la première dans ma mauvaise humeur… je ressens une telle rancœur au fond de moi que tous les conseils du monde n'atteindraient même pas mon cerveau… alors de là à atteindre mon cœur. Je le repousse pour le dépasser sans même lui répondre et pars en direction de la cuisine. Et lorsque je fais un tour d'horizon de la pièce plus qu'envahie d'intrus, je décide de faire le ménage pour éviter une scène devant des personnes que tout ça ne regarde aucunement.

- Tout le monde dehors.

Oulaaaa… c'est moi qu'ai parlé comme ça ? Surement vu que les personnes présentes me regardent l'air un peu sceptique avant de bouger pour me laisser avec la principale intéressée… qui a fait comme si je n'avais pas parlé. Et son ignorance me contrarie encore plus. J'attends patiemment que la demoiselle ait terminé et savoure l'air bête qui est le sien quand elle s'aperçoit enfin de ma présence.

Pourtant ça ne dure qu'une seconde, avant qu'elle ne décide de sortir sans même avoir prononcé une parole et par pur reflexe, j'enserre son bras quand elle passe à mon niveau. De toute façon, vu le regard qu'elle me lance, je sais très bien que ça ne l'impressionne pas.

- Lâche-moi Tom.

Que je la lâche ? Certainement pas… elle va m'écouter, qu'elle le veuille ou pas. Je la balance dans la cuisine sans ménagement et alors qu'elle heurte la table, je me rends compte qu'à part le fait que je sois jaloux… je n'ai pas grand-chose à lui reprocher. : Merde !

Qu'importe… maintenant qu'on est là. Et le seul mot que j'arrive alors à cracher est :

- Arrête !

Je la regarde se masser le bras alors qu'elle me demande ce qu'elle doit arrêter. Et deux sentiments se mélangent imperceptiblement en moi… de la culpabilité de lui avoir fait mal et de l'énervement à l'état brut à être pris pour un crétin.

- Tout.

C'est clair… en tout cas dans ma tête c'est clair. Qu'elle arrête de me fuir, qu'elle arrête de flipper pour un rien, qu'elle laisse enfin mes pensées en paix, qu'elle arrête de venir s'incruster dans chacun de mes rêves, qu'elle arrête de n'en faire qu'à sa tête… qu'elle arrête de se comporter ce soir comme une fille qu'elle n'est pas… qu'elle arrête tout quoi !

- Tu bois sans retenue et t'embrasse n'importe quel mec qui se frotte un tant soit peu à toi… qu'est ce qui t'arrive putain ?

Ses yeux se rétrécissent alors en deux fentes avant qu'elle n'éructe :

- Et en quoi est-ce que c'est ton problème… t'es bien accompagné toi, je ne vois pas pourquoi je devrais rester dans mon coin à te regarder faire ta vie.

Non mais c'est l'hôpital qui se fout de la charité. Elle me reproche d'être accompagné alors que c'est elle qui refuse quoi que se soit venant de moi. Et si elle se met à allumer tous les mecs sous mon nez, il est fort possible que je grille tous les plombs d'un coup… mais niveau drague, je pense en connaître un peu plus qu'elle.

- Ne me pousse pas à bout Sarah… tu risques franchement de perdre à ce jeu là.

- Et bien parle moi ! – Hurle t-elle.

Quoi… la demoiselle n'est pas contente d'être ignorée ? Ce n'est pas ce qu'elle a demandé ? Ce n'est pas ce qu'elle souhaite depuis le début ? Et voila que là-dessus rentre Julie sur le ring de boxe… il manquait plus qu'elle pour compléter le tableau. De toute façon, dés qu'on touche un cheveu de Sarah, elle rapplique dans la seconde. Elle a un radar ou quoi ?

- Vous êtes épuisants tous les deux.

En même temps… je t'ai rien demandé moi ! Retourne voir Gustav si j'y suis.

- Tellement occupé avec vos propres difficultés dans cette histoire que vous n'arrivez même pas à vous mettre à la place de l'autre. Vous êtes en train de vous combattre comme des chiffonniers… mais merde !

Et comme j'aurai dû le parier, elle se tourne vers moi. Pourquoi c'est toujours de ma faute ?

- Elle part demain ! T'as rien de mieux à faire que tes conneries ?

Non ? Elle part demain, sans déconner ? Première nouvelle, je ne le savais pas. Merci d'être venue… cette information valait son pesant de cacahuètes. Par contre, là où je suis impressionné, c'est qu'elle s'en prend aussi à sa grande amie. Et le pire c'est qu'elle est d'accord avec moi sur son attitude de ce soir… merci !

Ah merde… j'ai parlé trop vite. Voilà qu'elle me reprend pour cible.

- C'est pas parce que t'es jaloux que t'es obligé de nous imposer la présence de l'autre pétasse au cerveau de moule trop cuite.

Oh, oh… moule trop cuite, faut pas charrier non plus. Ça se voit que c'est une fille qui dit ça. Et puis très honnêtement, ce n'est pas pour son quotient intellectuel que je l'ai faite venir, mais je devrais peut-être pas trop la ramener sur ce sujet... elle m'a déjà grillé avec Dany, on ne va pas jouer avec le feu.

- Bon, j'ai vidé mon sac et je ne me sens pas mieux pour autant. Donc maintenant, toi tu dégages rejoindre ta « copine » et toi tu restes deux minutes avec moi. S'il faut vous séparer pour que la soirée se passe à peu prés correctement, je m'en occupe.

Hein ? Je me fais foutre dehors, non mais je nage en plein délire là. En plus, je n'en avais pas spécialement fini avec puce… heu… Sarah.

- Tom… bouge… tout de suite !

Ok, vaut mieux capituler. Je me suis déjà frotter à Julie et franchement… je n'ai pas envie de me prendre le chou avec elle ce soir… pour ensuite subir les foudres de son autoritaire petit ami. Je repars en claquant la porte le plus fort possible et vais directement dans le jardin pour me griller une clope, il faut que je me calme... et vite ! C'est urgentissime, même ! J'ouvre la porte coulissante de la véranda, fais quelques pas dehors et pose mes fesses sur une pierre plus importante que les autres avant d'allumer ma cigarette. Mon pseudo-calme est pourtant de courte durée.

- Tom… tu peux te détendre un peu s'il te plaît.

Tiens, ma moitié à moi personnelle.

- Billou – je soupire.

Franchement ce n'est pas le meilleur moment.

Mon frère s'installe alors à mes côtés et me vole une cigarette dans mon paquet. J'allume le briquet machinalement pour qu'il puisse allumer à son tour sa cigarette.

- Tu racontes ?

- Y'a rien à raconter. Sarah est en train de péter les plombs c'est tout.

Cette information l'étonne au plus haut point et quand je finis de lui raconter brièvement la situation, cette andouille prend parti immédiatement.

- Julie n'a pas tord. T'es jaloux à n'en plus pouvoir.

- Peut-être – j'avoue piteusement, à lui je peux tout avouer de toute façon. Mais je ne trouve pas son attitude très saine. Elle m'envoie balader pour ensuite venir se plaindre que je l'ignore… je pige pas.

J'écrase le mégot sur la semelle de ma basket avant de me relever.

- Tu devrais retourner voir Lena… elle a l'air d'avoir froid toute seule là-bas. Au fait…

- Oui. – Répond-il simplement en arborant un petit sourire discret.

Cool ! Mon frère à une copine… j'ai cru ne pas vivre assez vieux pour voir ça ! Il me pose une main sur l'épaule avant de s'éloigner la retrouver et moi… ma clope ne m'a pas spécialement détendu. Je sais que c'est dégueulasse… je sais que ça ne se fait pas… je sais tout ça… mais là c'est un cas critique : il faut que je vois Jeni… en privé.

Quoi de mieux pour oublier une femme que de coucher avec une autre ? J'en parle d'expérience, y'a rien de mieux… sauf si on couche avec l'autre par procuration… auquel cas ça devient vraiment malsain. Bref, arrête de penser Tomy, ce n'est pas bon pour ton neurone !

Je rentre de nouveau dans la cage aux lions et regardent tout ce monde boire, danser, fumer, s'allumer… que de débauche au mètre carré, mais j'adore ça. Je retrouve Jeni un peu plus loin en train de parler avec des garçons que je connais de vue et quand j'arrive à son niveau alors qu'elle est de dos, je pose une main sur son ventre et embrasse son cou doucement.

- Tom… tu m'as manqué.

Pas toi… mais tu n'es pas censé le savoir. Elle se retourne alors vers moi, oubliant au passage les mecs qui étaient avec elle, et se met à danser… ou à se frotter plutôt. On va dire que ça dépend de quel point de vu on se place. On s'embrasse un peu, nous touchons beaucoup et ce petit jeu dure un certain temps avant qu'on ne se mette à boire aussi. On enchaine quelques verres, je l'écoute me raconter sa vie… on danse encore… mais ma patience à des limites. Ce n'est pas spécialement dans mes projets que de passer la soirée à la séduire… Je lui demande alors le plus naturellement du monde alors que ni elle ni moi ne relançons la conversation :

- Tu viens ?

Elle sait bien où et elle sait bien pour quoi faire. C'est pas comme si on ne l'avait jamais fait avant d'ailleurs.

- Tu sais bien que pour toi, c'est où tu veux et quand tu veux.

Après on s'étonne que j'ai gardé son numéro dans mon téléphone… mais n'importe quel mec normalement constitué l'aurai gardé ce putain de numéro !

Elle me prend alors la main et me guide elle-même dans la maison… puis me saute dessus dés que la porte de la chambre se referme derrière nous. Et mon cerveau se met alors à faire des siennes… quand elle m'embrasse, je recherche un piercing… quand je joue avec la peau de son cou, je la trouve trop grande… quand elle pose ses mains sur moi, je les trouve trop sûres d'elles… et quand j'ouvre les yeux, c'est pour me dire que ses cheveux sont beaucoup trop blonds… je ne parle même pas de son parfum je trouve trop entêtant.

En un mot comme en cent : je ne suis pas du tout avec la personne avec qui je voudrais être.

J'en suis là de mes conclusions lorsque la porte s'ouvre à la volée, ce qui nous fige, Jeni et moi, quelques secondes. Le temps de reconnaître l'intrus.

Oh… merde.

Sarah… mini-pouce en taille, mais je peux vous assurer qu'elle peut être impressionnante quand elle veut… genre, en ce moment.

- Ne… touche… pas… à… mon… mec !

Son mec ? Je suis bien le seul mec dans cette chambre, rassurez-moi ? Je sens vaguement Jeni bouger pour se tourner un peu plus vers elle avant de repartir à l'assaut de mon cou… elle a un peu plus d'aplomb que Dany qui s'est sauvée en courant quand Julie a débarqué. Je dois au moins lui reconnaître ça.

- T'es sourde en plus d'être conne ou quoi ? T'es tellement blonde que tu ne comprends pas le sens de ma phrase ? Tu préfères que je te le dise en français pour voir si tu comprends d'avantage ?

La vache… elle est remontée la petite française. D'ailleurs je crois qu'elle a visé juste parce que Jeni m'abandonne complètement pour lui faire face.

Chouette, un combat de fille. Heu… j'espère que Sarah va être de taille quand même.

- C'est toi qui dégages ! T'as pas l'impression de déranger ? Et puis « ton mec », non mais laisse moi rire… je vous ai pas vu beaucoup ensemble ce soir. D'ailleurs… il ne m'a pas parlé une seule fois de toi.

Oui mais ça c'est parce que t'as presque pas été avec moi non plus connasse. D'ailleurs, tu vas lui parler autrement parce que ça va finir de me gonfler. Ne me demandez pas pourquoi je prends la défense de Sarah… peut-être que je suis maso en fait.

- Jeni, laisse là tranq…

Je n'ai pas le temps d'aller plus loin qu'elles se retournent toutes les deux contre moi en me hurlant

- Toi la ferme !

Quoi… moi, vexé ? Vous croyez ? Oh puis qu'elles se débrouillent, merde ! Le seul truc qui m'inquiète un tant soit peu, c'est que je n'ai jamais vu Sarah autant énervé… on dirait une cocotte sur le point d'exploser.

Tiens… elles se rapprochent encore. Je ne pense pas que se soit pour mieux s'entendre étant donné qu'elles gueulent comme des folles. J'écoute Jeni essayer une nouvelle fois de faire dégager Sarah et vois avec appréhension le poing de la française se serrer.

Non, elle ne va pas… Si, elle l'a fait ! Est-ce que j'ai déjà dit qu'elle était épatante cette femme ?

Maintenant, grande question : Dois-je venir en aide à Jenifer qui a l'air totalement dépassée par les événements ? Pffff… oui je devrais, mais sincèrement… je ne préfère pas m'en mêler. Y'a pas à dire, une prise de bec entre femelle… c'est impressionnant ! Surtout que je sais pertinemment qu'une fois la blonde dehors, toute la colère de Sarah va être retournée contre moi.

- … Alors casse-toi si t'en veux pas une autre !

Pas la peine de me regarder Jeni… crois-moi bien que je préfèrerai être à ta place qu'à la mienne. Ce n'est pas toi qui va te coltiner la demoiselle en mode « totale furie ». La blonde part finalement en claquant la porte tout en maugréant :

- Non mais elles sont complètement schyzo les françaises… faites vous soigner, merde !

Moui… là-dessus je ne peux qu'acquiescer.

- Alors maintenant, à nous deux !

Ouai bah tu vas commencer par te calmer ma grande, je ne suis pas franchement d'humeur... Tentons de rester calme.

- T'es encore plus tarée que ce que je pensais. Non mais ça va pas de lui taper dessus ?

Pas que ça m'intéresse beaucoup… mais si on pouvait éviter le cœur du problème encore un peu.

- Oh arrête, je vais pleurer sur son pauvre sort. Tu t'es bien foutu de ma gueule, quand j'y pense, ça me donne envie de gerber !

Pardon ? Ok, je corrige. Plongeons dans le cœur du problème de suite… je ne peux pas rester zen devant tant de mauvaise foi réuni en une seule et même personne.

- Bah au moins, tu gerberas pour autre choses que ton repas hebdomadaire.

Je sais que c'est franchement dégueulasse de l'attaquer là-dessus mais il est temps qu'elle se rende compte de certaines choses. Et l'air blessé qu'elle me renvoie me pince le cœur… non, je n'aurais pas dû l'attaquer sur ce sujet.

- Qu'est-ce que t'en a à foutre de pourquoi je vomis… je me suis laissée mourir pour toi, parce que je t'aimais, parce que je ne supportais pas la séparation alors que pendant ce temps-là, tu sautais la moitié des filles qui croisaient ton chemin !

Chaque mot me fait l'effet d'un coup de poing au ventre… parce que s'imaginer les choses est quelque chose, mais se l'entendre dire en face, ça donne une toute autre dimension.

Elle m'aimait… et le pire c'est que moi aussi je l'aimais... même si à ce moment là je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire. Alors ok, j'ai déconné, mais qu'elle ne pense surtout pas savoir par quoi est-ce que je suis passé. Jamais je n'ai eu aussi mal de ma vie… jamais.

- Tu ne sais pas ce que j'ai vécu en rentrant ici ! Putain mais… ne parle pas de ce que tu ne connais pas ! – Je lui lance alors ulcéré.

Ulcéré, qu'elle puisse imaginer que ça a été une partie de plaisir de rentrer chez moi comme si de rien n'était. Comme si l'image d'elle s'écroulant à notre départ ne m'avait pas hanté pendant des mois… Elle ne sait pas le dixième de tout ce que j'ai pu ressentir.

- Mais je ne demande que ça ! Savoir ! Tu ne m'en n'as jamais parlé !

Mais parce que je ne sais pas comment l'expliquer. La seule solution que j'avais, je l'ai utilisé… et ça n'a servit à rien du tout.

- Et ma chanson, c'est de la merde en bâton peut-être ? Et puis c'est toi qui as dit que tu me détestais… non mais vraiment : une pauvre photo et hop, tu t'esquives !

J'ai cru que j'avais des hallucinations à ce moment là… heureusement que les gars et moi on ne réagit pas pareil, sinon on ne s'en sortirait plus.

- Mais une chanson c'est quoi ? Ça veut tout dire et rien dire à la fois.

Une chanson, c'est QUOI ? Elle ose me poser la question alors que j'ai laissé parler toutes les émotions que j'avais en moi à ce moment là… que je l'ai regardé dans les yeux quand Bill terminait de chanter…

Et vas-y qu'elle revient sur la photo et sur l'interview télé… elle ne voit en moi que Tom, c'est peut-être pour ça que je ressens autant de chose pour elle d'ailleurs… mais le reste de la planète ne me considère que comme une star. Je n'y peux rien, et je n'y pourrai jamais rien. Et ça me désole de comprendre qu'elle ne pourra jamais s'y faire.

Je tombe sur le lit, plus que je ne m'y assoie et me prend la tête entre les mains… je ne pensais pas que mon métier me séparerai d'elle. Mais de toute façon, elle est tellement de mauvaise foi que quoi j'eusse dit hier soir, elle l'aurait mal pris. Tiens, piégeons-là… peut-être qu'elle aurait été meilleure que moi après tout.

- Tu aurais voulu que je réponde quoi ?

Tiens, elle hésite…

- Dis-moi Sarah, à ma place, qu'est-ce que tu aurais dit ?

Elle hésite encore un peu avant de me répondre qu'elle n'aurait pas mieux fait… et ça devrait me faire plaisir, mais au contraire, ça m'énerve d'avantage. Elle ne sait pas mais moi, je devrais. Je suis désolé mais je ne suis pas un surhomme !

- Alors bordel de merde, qu'est-ce que tu as à me reprocher ?

Et je déverse alors toute ma colère… elle prend tout de travers et c'est encore et toujours de ma faute, alors merde !

- Depuis le début, quoi que je fasse, ça ne va jamais ! Alors je veux bien croire que je sois maladroit parce que je n'ai jamais vraiment eu à gérer une situation comme celle-là avant, mais faut pas pousser ! Dés que j'ouvre la bouche, tu me dis de me taire, quand j'essaye de te faire comprendre les choses autrement, tu piges rien et quand je fais mon boulot, en essayant de ne pas t'exposer, ça va pas non plus.

Je suis là, à attendre de voir ce qu'elle va bien pouvoir répondre à ça… et tombe des nues face à sa réponse.

- Mais tout ce que je voulais c'était que tu me rassures !

S'en suit alors toute une tirade sur le star-system que je traîne comme un boulet et qui a perturbé sa pauvre petite vie. Parce que des milliers de fans dorment avec des posters de moi dans leur chambre, je devrais être plus heureux c'est ça ?

- Plus compliqué pour toi ? Non mais j'hallucine…

- Ah bon t'hallucine ? Tu rencontres des gens comme moi tous le temps. Mais excuse-moi Tom, un mec comme toi… tu es une star, avec toute la vie qui va avec. Tu penses vraiment que ce n'est pas plus chamboulant pour moi, de voir une personne comme toi rentrer dans ma vie pour en sortir après, que pour toi, qui croise des gens du « petit peuple » tous les jours ?

OK ! Tout ça ne mène strictement nulle part. A part se faire des reproches, je ne vois pas à quoi ça rime. Elle trouve ma vie trop compliquée, je peux le comprendre, et pour rien au monde je ne voudrais lui imposer quoi que se soit. Je préfère donc terminer là cette conversation avant de vraiment commencer à dire des choses que je pourrai regretter.

- Tu sais quoi… j'abandonne. – Dis-je en balayant l'air avec mes mains. J'en ai marre de me battre dans le vent. Si tu penses que je te considère comme le commun des mortels, je ne vois pas ce que je fais ici à essayer de te convaincre du contraire.

Elle ne se rend pas compte de l'effort que je suis en train de fournir pour sortir de cette pièce. Elle ne saura jamais que chaque matin quand je me lève, c'est vers elle que va ma première pensée, et je ne saurai jamais plus ce que c'est que de la voir me sourire sans retenue…

Je l'entends vainement tenter de me retenir mais franchement ça ne sert à rien. On ne se comprend pas, et on ne sait pas se parler sans s'engueuler.

- Très bien !

Pardon ? Qu'est-ce qui est très bien ? Et machinalement je me retourne vers elle pour comprendre.

- Tu abandonnes… moi pas!

Qu'est-ce qu'elle veut dire par là ?

Je la regarde se rapprocher à une distance dangereuse de moi avant de sentir son souffle s'écraser dans mon cou… non… elle ne peut pas me faire ça…

Je m'obstine alors à regarder devant moi, parce que je sais très bien quel pouvoir à son regard sur moi. Et je ne souhaite pas me perdre. Allez, Tom… concentre toi. Mais elle est si proche, tellement proche… sentir son parfum… sentir sa peau… entendre son petit rire… elle ne peut pas me faire ça…

Je baisse alors le regard sur elle et plonge dans toute cette émeraude… ça y est… je suis perdu.

- Arrête…

Pitié, entend ma demande à travers ce murmure roque que je ne me connais que peu. Mais elle est décidée à jouer avec mes nerfs bien au-delà de ce que je pensais.

- Arrête-moi…

Je la sens se hisser jusqu'à moi pour m'embrasser… non, je ne peux pas l'arrêter… Mais quelle n'est pas ma frustration quand elle s'arrête à une distance ridicule de ma bouche. A quoi elle joue bon sang !

- Embrasse-moi…

Que je l'embrasse ? Elle me tente mais si elle savait tout ce dont je rêve de faire avec elle en ce moment, je pense qu'elle serait déjà loin d'ici. Mes yeux quittent les siens et glissent sur son visage que je trouve si parfait comme pour en graver le moindre trait. Les graver avant de les quitter définitivement… parce que non, je ne l'embrasserai pas.

J'étais venu à cette soirée dans une optique très simple : tirer mon coup. Je ne voulais pas la revoir, je ne voulais pas lui reparler, je ne voulais rien avoir à faire avec elle… tout était programmé pour que je l'oublie. Et non ! Je me retrouve dans une chambre avec elle, en train de me faire allumer comme rarement je l'ai été.

Et si je l'embrasse… ça va forcement déraper. Et je ne veux pas, j'ai trop de respect pour elle pour que ça ne se passe comme ça.

J'enregistre les courbes de sa bouche, descend un peu sur ce petit grain de beauté qui décore le côté gauche de son menton… remonte en suivant la ligne fine de sa mâchoire et fixe un peu ses joues qui ressortent tellement quand elle sourit… et arrive finalement à ses yeux, d'un vert que je n'avais jamais vu et que je n'ai jamais retrouvé depuis. Je crois qu'elle comprend alors qu'il ne se passera rien entre nous. Son visage est insondable, j'ai juste vu ses yeux briller un peu trop… ça n'a duré qu'une seconde, mais je l'ai vu.

- Bien. – Murmure-t-elle tout en baissant la tête.

Je crève de ne pouvoir lui relever son beau visage… parce que je refuse qu'elle ressente le besoin de baisser les yeux devant moi mais si je la touche… Je contemple ses cheveux bruns un temps qui me parait infini avant qu'elle ne décide à me regarder plus franchement de nouveau.

- Au revoir Tom.

Et elle se détourne pour sortir… je sais alors qu'elle va sortir de cette chambre en même temps que de ma vie et ça me broie le cœur.

Au revoir Tom…

Ces mots résonnent en moi comme un écho macabre… je la perds… je me perds aussi… Et si j'avais su que cette nuit à Paris avec elle serait la dernière, aurai-je réagit pareil ? Certainement pas.

Au revoir Tom…

Je ne lui ai même pas répondu, je ne lui ai même pas souhaité bon voyage… je ne lui ai pas avoué la moitié des choses que je devais lui avouer… alors qu'elle continu de marcher vers cette porte.

Tout va recommencer… elle va partir en emmenant mon cœur avec elle et je vais recommencer à souffrir comme jamais… elle va partir et me manquer tout les jours que Dieu fait… elle va partir, et je ne la reverrai jamais.

Je la vois hésiter une seconde, sa petite main suspendu au dessus de la poignée, et je prie pour qu'elle ne se retourne pas… qu'elle ne voit pas cette traitresse de larme couler le long de ma joue.

Au revoir Sarah…