CHAPITRE 24
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POV Tom
J'essuie rageusement ma joue et vois Sarah comme au ralenti ouvrir cette foutue porte. Et les pensées fusent dans ma tête.
Je suis un abruti… un putain de crétin !
La femme de mes rêves me demande de l'embrasser et je l'envoie balader : Il me manque une case, ce n'est pas possible autrement.
Et d'un coup, tout se remet en place. Exit l'espèce d'amoureux transi que je suis devenu, place au vrai Tom que j'ai toujours été ! Et il est hors de question qu'elle ressorte de cette chambre comme ça !
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POV Sarah
Allez ! Vas-y Sarah… ouvre complètement la porte et sort enfin de ce cauchemar.
C'est d'ailleurs ce que je m'apprête à faire avant que tout ne s'enchaîne rapidement.
Une main se pose d'un coup sur la porte en la faisant se fermer dans un claquement alors que dans le même temps, on m'empoigne le bras pour me retourner brutalement. Je n'ai pas le temps de voir l'expression de son visage que déjà sa bouche se pose sur la mienne avidement, faisant douloureusement heurter mon dos contre cette satanée porte.
J'étouffe un gémissement en dévorant ses lèvres et nos piercings s'entrechoquent dans la foulée. Ils passent ses bras avec possessivité autour de ma taille, ce qui me fait enfin décoller de ce battant de bois qui me martyrise le dos.
Une de ses mains remonte vers mon cou qu'il me découvre largement en tirant doucement sur les cheveux à la base de ma nuque. Il laisse alors une traînée brûlante partout où sa bouche se pose… j'en pleurerais tellement c'est bon de le sentir si près à nouveau.
Je crois qu'il vient de dire quelque chose, mais je suis tellement concentrée sur le fait que je me retrouve enfin à la place que j'ai toujours voulu occuper que je n'ai pas vraiment percuté. J'essaye d'articuler comme je peux un « quoi » pitoyable avant de me laisser aller complètement. Mes doigts s'aventurent sous son tee-shirt pour redécouvrir sa peau que je sais si douce et je tente de lui virer son maillot taille XXL pour un accès plus acceptable… mais il est trop proche pour ça.
Je pose mes mains contre lui et le pousse en arrière pour le faire reculer sauf qu'il a des réflexes que je ne soupçonnais pas et qu'il m'attrape le poignet pour me ramener à lui. On se percute violemment et il recule encore pour amortir le choc. Mais ce petit intermède ne nous fait pas ralentir pour autant, d'ailleurs quand je me rends compte que le lit n'est plus qu'à deux pas de nous, je le pousse directement dessus.
Oui, je sais ce que je veux, et dans l'immédiat… c'est lui. Je ne veux pas savoir à quoi il a pensé pour changer de comportement, je ne veux pas savoir si c'est pour une nuit ou plus, je ne veux rien savoir, juste… le sentir contre moi, autour de moi et... en moi.
Je m'installe accroupie sur lui et pose ma bouche dans son cou tout en lui retirant sa casquette que je balance le plus loin possible sans même regarder, puis je délaisse sa peau pour enfin retirer son tee-shirt que je trouve vraiment trop encombrant.
Et lui ? Il me paraît tout hésitant a contrario de l'ardeur qu'il avait il y a encore quelques secondes. Ses mains n'ont pas quitté mon dos mais lorsqu'il se retrouve finalement torse nue, je le sens m'éloigner un peu de lui.
Je lui lance un regard plus qu'étonnée pour savoir ce qu'il a et sa réponse me laisse encore plus perdue qu'avant.
- Il… il vaudrait mieux qu'on sorte de cette chambre avant que ça ne dégénère.
Hein ? Quoi ? Plaît-il ? Et devant mon silence, il se sent obligé de préciser sa pensée.
- Ça ne réglera rien et… je n'ai pas envie de ça.
Si la situation me le prêtait, j'aurai éclaté de rire. D'ailleurs, une audace s'empare de moi comme jamais et je lui pose une main sur son entre-jambe plus que réveillée. Il étouffe un gémissement tout en se mordillant la lèvre et c'est avec un petit sourire espiègle que je lui dis :
- Tu n'as pas envie de ça ? Tu rigoles ou quoi ?
Je repars à l'exploration de son cou sans attendre de réponse de sa part, et remonte lascivement vers sa bouche mais au moment où je m'apprête à l'embrasser, il m'éloigne de nouveau. Ce qui a le don de m'agacer prodigieusement.
- Putain Tom, c'est quoi ton problème ! Tu sautes n'importe quelle nana mais moi, je ne suis pas assez bien c'est ça ?
Il me sourit alors avec indulgence tout en remettant ma frange en place en un geste délicat.
- Peut-être que je ne veux pas te sauter, justement parce que tu n'es pas n'importe quelle nana.
Oh… d'accord. Mais malgré ce que sa phrase pourrait impliquer, il est hors de question que je lâche le morceau ce soir. Je me serre d'avantage contre lui, laissant mes mains se balader au grès de leur envie et chuchote à son oreille :
- Alors fais moi juste l'amour… parce que Tom, il est hors de question que je ressorte de cette chambre. J'ai envie que tu me fasses l'amour comme tu ne l'as jamais fait… à aucune autre…
Je recommence lentement à embrasser n'importe quelle partie de son corps qui se trouve à ma portée, une épaule, une courbe de clavicule, une joue, un nez… son cou aussi. Et malgré ça, je sens son hésitation plus que palpable. Une plainte sort alors de ma bouche, entre deux baisers.
- Tomy… je t'en prie…
Je ne sais pas ce que ma supplique à provoquer chez lui mais ses mains commencent à se mouvoir en un ballet qui me plaît bien d'avantage que leur passivité d'avant. Je sens l'une d'entre elle descendre lentement la fermeture de ma jupe alors que l'autre est déjà posée sur mon ventre. Et là où il m'a fallu dix minutes pour lui enlever une simple casquette et un pauvre tee-shirt, il ne lui faut que quelques instants pour me dévêtir entièrement.
J'ai alors l'impression de sentir ses mains partout sur mon corps et j'accompagne chacune de ses caresses par un soupire… ce mec va me rendre dingue à force de tendresse. On se retrouve très vite sous une couette chaude, nos vêtements disséminés dans toute la pièce et je peux vous assurer que la vue est parfaite.
Je m'installe sur lui de nouveau pour profiter un peu de sa personne mais il se redresse assez facilement pour planter son regard au fond du mien, plus sérieux que jamais. Je retire doucement une de ses dreads qui lui barre le visage avant de m'adresser à lui pour éviter une question que je trouve absolument inutile et d'un pathétique absolu.
- Ne me demande surtout pas si je suis sûre, sinon je te casse la gueule.
Ça a au moins le mérite de le faire sourire… ça illumine son visage et à ce moment précis, je le trouve d'une beauté à couper le souffle. Sa main remonte le long de mon dos pour passer dans ma nuque et s'arrêter à mi-parcours entre mon cou et ma joue. J'appuie d'avantage ce contact tout en fermant les yeux pour graver à jamais ce moment dans ma mémoire, pour graver chaque geste, chaque odeur, chaque sensation… puis je le sens me tirer vers lui et nous échangeons un baiser annonciateur d'une nuit pleine de promesses.
…
J'ouvre les yeux dans un sursaut. Quelle heure est-il ? Je tourne la tête en tous sens en espérant trouver un réveil et… MERDE : presque 7h !
Je me lève d'un bond et c'est seulement à ce moment là qu'une information arrive jusqu'à mon cerveau : La chambre est vide, le lit désert. Mes vêtements sont d'ailleurs les seuls à traîner dans la pièce, une seule conclusion : Tom est parti.
Je me passe les mains sur le visage et les remonte en tirant mes cheveux en arrière tout en essayant de me remettre les idées en place, mais une seule me revient sans cesse à l'esprit… il est parti.
On s'est reprochés beaucoup de chose hier soir, et on n'a pas vraiment résolu quoi que se soit… il me l'avait pourtant dit que ça ne résoudrait rien et… il est parti. Et pour moi, ça veut tout dire : il ne me reviendra pas.
Je ne lui en veux pas spécialement de n'être pas resté parce qu'après tout, cette nuit je la voulais, même s'il n'y avait pas de suite… mais le fait qu'il se soit comporté avec moi comme avec n'importe quelle autre groupie de bas étage me blesse. Et puis il aurait au moins pu me réveiller pour que je rentre avec les autres. Je vais faire quoi, toute seule chez Georg ?
De toute façon, je n'ai pas le temps de m'apitoyer sur mon sort, j'ai encore des choses à faire avant de partir.
Je récupère mes vêtements cachés aux quatre coins de la pièce, et lance un regard circulaire avant de refermer la porte sur cette chambre qui a abrité notre seule nuit avec un gros pincement au cœur. J'espérais qu'il me laisserait une dernière chance, qu'il nous laisserait une dernière chance. Mais apparemment je m'étais trompée… comme souvent en ce moment.
Je descends l'escalier le plus discrètement possible, mes chaussures à la main, tout en cherchant un moyen pour sortir de la maison sans me faire remarquer. Je m'installe sur la dernière marche pour lasser mes talons hauts et pars à l'aventure pour retrouver ma veste. Et je suis soudainement rassurée en pénétrant dans le salon.
C'est vrai que l'endroit ressemble à un champ de bataille après une guerre livrée sans merci mais au milieu de tout ce foutoir, je reconnais la tignasse blonde d'Andreas allongé sur une table enserrant amoureusement un cousin dans ses bras et plus loin sur le canapé, Gustav et Julie enlacés en train de partager très certainement le même rêve.
Il ne m'a pas laissé toute seule… oui je sais que c'est une maigre consolation, mais je me raccroche à ce qu'on me donne !
C'est un éclat de rire provenant de la cuisine qui m'interpelle finalement, alors qu'une boule d'angoisse née dans ma gorge. Est-il là ?
Et s'il est là… que vais-je lui dire ? Pire… que va-t-il me dire lui ?
Mon cœur bat à tout rompre au fur et à mesure que je me rapproche de la pièce… et je croise fortement les doigts pour qu'au final il soit là. Qu'il vienne m'embrasser pour me dire bonjour, qu'il efface ce sentiment de perte qui ne me quitte pas depuis que je me suis réveillée. Qu'il fasse taire toutes mes questions.
Le même spectacle de destruction massive de matériel me saute au visage quand je rentre dans la cuisine, mais c'est quand même un peu moins la misère qu'au salon, spécialement dû au fait qu'il y a des gens partageant un semblant de petit déjeuner. Bill… Georg… Lena… je regarde discrètement dans les coins pour vérifier mais non, aucune trace de Tom. Tout le monde me salut vivement puis la conversation reprend. Mon cœur en profite pour s'effriter douloureusement face à son absence… il est parti.
- Du café petite Sarah ?
Je remercie chaleureusement Georg. Je ne serai pas contre un bon café, histoire d'éliminer à base de caféine, les derniers vestiges d'une nuit bien trop courte. Je me saisie de la tasse qu'il me tend, tout en écoutant les bavardages.
- Tu ne te rappelles vraiment pas de son nom ? – Demande Lena en direction du bassiste.
- Je te dis, c'est Elisa… ou Melissa… ou peut-être Flora – Répond-il vaguement, un doigt sur le menton en une réflexion extrême. Tu sais, c'est pas vraiment son prénom qui m'intéressait et de toute façon, dés qu'elle se réveille, elle dégage de ma piaule. Elle sait très bien à quoi s'attendre, je ne lui ai rien caché.
Et j'écarquille les yeux de stupeur en comprenant l'histoire. C'est d'ailleurs à grand renfort de gestes inutiles que je résume ce que j'imagine être la situation.
- T'es en train de dire que t'as couché avec une nana qu'est en train de finir sa nuit dans ta chambre… et que tu ne sais même pas comment elle s'appelle ?
- Tu as un sens de la déduction dés le matin, c'est impressionnant ! – S'exclame Bill tout en étouffant un bâillement.
On éclate alors tous de rire. On le connaît bien le petit Georg et même si c'est souvent le guitariste du groupe qui passe pour le Don Juan de service, le bassiste le suit de très, très prés. Finalement le calme revient assez rapidement, et le silence avec. Je vois bien les regards en coin que me lancent Bill et les petits sourires de Lena mais je reste obstinément bouche fermée, l'air de rien. Qu'est-ce que je pourrais bien dire de toute façon ?
- Bon… Vous avez disparu en même temps et n'êtes pas réapparus de la soirée, alors tu vas l'avouer que vous avez passé la nuit ensemble ou pas ?
J'essaye d'avaler correctement ma gorgée de café et relève la tête de ma tasse pour regarder l'auteur de cette question, mais c'est Lena qui répond d'une voix relativement lasse :
- Georg… tu manques cruellement de tact ! Je le savais déjà mais ça se confirme de jour en jour mon pauvre...
Bien. Donc tout le monde attend de savoir ce qu'il en est… et je ne peux pas leur en vouloir vue tout ce qu'ils ont dû subir depuis des mois. Au risque de passer pour une traînée aux yeux de tous, je leur réponds avec autant de tact que Georg en a utilisé pour poser sa question.
- Oui, on a fait l'amour toute la nuit et pour ma part, je suis tombée de fatigue vers 6 heures du matin. Mais en ouvrant les yeux tout à l'heure, j'ai constaté que j'étais seule. Voilà, le résumé est assez complet où tu veux aussi connaître les positions que l'on a expérimentées ?
Je n'ai sans doute pas besoin d'être aussi acide et certainement pas besoin de m'en prendre à eux. D'ailleurs je m'excuse rapidement en soupirant.
- Désolée… mon retour en France me met un peu sur les nerfs.
La réalité c'est que l'absence ce matin de Tom me broie le cœur. Mais comme d'habitude, l'indulgence de mes amis est sans limite et ils me disent tout de laisser tomber avant de parler d'autre chose. Je m'affale sur la première chaise venue, et mon intention est attirée par Bill quittant le plan de travail. J'échange avec lui un regard en espérant qu'il puisse me répondre mais je n'ai pas besoin d'ouvrir la bouche qu'il a déjà comprit ma demande.
- Je ne sais pas où il est… je vais justement essayer de l'appeler. – Me dit-il en me montrant son portable à la main.
- Laisse, c'est pas grave. – Dis-je dans un optimisme feint.
Je suis pitoyable, mais je n'ai pas envie que tout le monde se mette à le chercher. S'il avait envie d'être retrouvé, il ne serait simplement pas parti.
- J'essaye de l'appeler et c'est tout ! – M'impose le brun avant de sortir de la pièce.
Lena tente alors d'attirer mon attention, et je rentre dans son jeu bien volontiers. Elle me demande des détails sur ma nuit alors que je la supplie de me dire comment Bill s'est déclaré. A notre grande surprise, la conversation met trop mal à l'aise notre bassiste qui décide de partir avec un verre d'eau fraîche pour réveiller Andreas qui squatte toujours la table à manger. Lena et moi suspendons alors notre conversation pour entendre la réaction du blondinet et j'éclate franchement de rire lorsque son cri retentit dans toute la maison.
Hurlement, bien entendu, qui a réveillé les derniers dormant, à savoir Gus et Julie. En moins de temps qu'il n'en faut, nous nous sommes tous retrouvés autour de la table et j'avoue avoir espéré naïvement en voyant Bill nous rejoindre, mais rien qu'à son regard je comprends. Tant pis, il aura au moins essayé.
J'avale d'un coup ce qui reste de liquide chaud dans ma tasse et après avoir rassemblé mon courage, me lève. Il est temps pour moi de laisser tout ce beau monde et autant en profiter maintenant.
- Quoi ? Tu veux partir maintenant ? Mais il est encore super tôt… et puis on voulait venir avec toi à l'aéroport et...
Je lève une main pour couper Bill dans sa lancée, sinon il est capable de parler pendant dix minutes sans s'arrêter.
- Bill… votre seule règle d'or est de ne pas apparaître tous les quatre ensembles…
Merde. C'est sorti tout seul tellement je ne concevais plus de partir d'ici sans lui avoir dit au revoir… J'avale ma salive et reprends contenance avant de poursuivre :
- Même si vous n'êtes que trois, ne prenaient pas de risque pour rien. Y'aura beaucoup trop de monde là-bas.
Il fait un semblant de moue et je m'approche de ma Julie en lui tendant la clé de notre chambre.
- Tiens, si jamais j'ai oublié un truc, tu pourras me le récupérer ?
Ses yeux rougissent au fur et à mesure que je lui parle, et c'est déstabilisant. Elle parait si forte d'ordinaire et je ne pensais pas que la situation la peiné à ce point là. Elle est vraiment bête mais c'est aussi parce qu'on se voue une amitié sans borne que je l'aime tant.
- Je te rappelle que je passe chez toi dans trois semaines, alors t'es mignonne et tu m'évites une scène devant nos amis d'accord ? – Je la menace ironiquement pour éviter qu'elle ne pleure.
Et je la prends dans mes bras pour lui faire un gros câlin… je n'aime pas la voir comme ça, c'est trop… inhabituel. Je fais alors un petit signe à Gustav qui se trouve derrière pour qu'il vienne prendre ma place et continue mon petit tour.
Lena profite que je me sois débarrassée de Julie pour se jeter littéralement sur moi, tentant au vue de la pression exercée sur ma taille, de me casser une ou deux côtes.
- Pourquoi tu ne veux pas rester encore un peu ? T'as toute la matinée pour disparaître dans la nature.
- Parce que j'ai déjà donné pour les adieux larmoyants et que ça ne me réussi vraiment pas. – J'arrête de parler quelques secondes et lui fait un bisou sur le front. Fait attention à toi d'accord ?
Elle jette un œil discret vers Bill et se retourne vers moi les yeux brillants.
- Sarah… je… je ne sais pas comment te remercier pour ce que tu as fait.
- Je n'ai rien fait du tout. Tu n'as donc pas besoin de me remercier… de quoi que se soit.
Elle me regarde en coin et un petit sourire apparait sur son visage avant qu'elle ne réponde :
- Moui, on va dire ça comme ça. Fais bon voyage et donne de tes nouvelles d'accord ?
Une fois rassurée sur ce point, j'enlace rapidement Georg en le remerciant de cette soirée inoubliable et fais de même avec Gustav en lui demandant discrètement de faire attention à mon amie. J'approche alors de mon ange gardien Bill et c'est seulement à ce moment que l'émotion commence à déborder de mon cœur. Je rentre chez moi et je ne les reverrai pas de si tôt, tous autant qu'ils sont.
- Fais pas cette tête, sinon on va croire que t'es triste.
Je me rappelle qu'il avait dit exactement les mêmes mots à Paris et je repense à ce jour-là avec beaucoup de nostalgie.
- Tu te répètes Billou. Et si tu veux tout savoir, oui je suis triste. Vous allez me manquer… tu vas me manquer.
Il passe un bras autour de mes épaules et m'attire contre lui en posant son menton sur le haut de mon crâne.
- Toi aussi tu vas me manquer. Et n'essaye pas de m'esquiver comme en début d'année d'accord ? Je veux de te nouvelles tout le temps, tous les jours, toutes les semaines. Sinon je débarque avec Lena à Paris pour te botter les fesses. Et fait gaffe… je me suis acheté de nouvelles bottes.
Je lui passe une main affectueuse dans le dos et me desserre de lui le cœur au bord des lèvres. Non, je ne craquerai pas, non je ne craquerai pas, non je ne craquerai pas… Je croise son regard et on se fixe un instant… je remercie alors intérieurement son maquillage. J'aurai eu dû mal à soutenir ce regard s'il avait été trop identique au sien.
- Vous serez les bienvenus, c'est quand vous voulez. Et puis… si jamais je t'esquive, je m'en excuse par avance. Ce n'est pas contre toi, se ne serait contre personne d'ailleurs… je… tu… tu pourras lui dire que... que je…
Je tente de définir ce que je ressens pour mettre des mots dessus et finalement abandonne rapidement en lui souriant.
- Non, laisse. C'est pas grave.
Il m'enserre le poignet et me ramène à lui pour m'offrir une étreinte rassurante avant de chuchoter de façon à ce que je sois la seule à entendre.
- Je lui dirais… promis.
- HEY, j'ai le droit de lui dire au revoir moi aussi ou pas ! Ma petite sœur qui s'en va et je passe en dernier, merci bien !
Je me retourne alors pour regarder Andreas… mais quel pitre celui-là !
- Le meilleur pour la fin grand frère… c'est toujours comme ça. Allez, viens là grand béta !
Mais à peine ai-je fini ma phrase qu'il me prend par la taille en me faisant tournoyer en l'air comme une vulgaire poupée de chiffon.
- Tu vas me manquer !! Reviens vite d'accord ?
J'acquiesce, plus pour qu'il me repose à terre qu'autre chose… je sais très bien que je ne reviendrai pas de si tôt. Et c'est aussi pour ça que je préfère leur dire au revoir maintenant… je n'aurais pas à angoisser le moment des adieux toute la matinée. Mon départ est soudain pour tout le monde, moi inclus… je n'avais pas spécialement programmé de leur dire au revoir ce matin.
Ça y est, j'ai fais le tour. Il ne me reste plus qu'à partir.
- Bon et ben je file. Prenez soin de vous d'accord ? Et puis, négociez avec David un concert à Paris que je puisse vous revoir rapidement. – Dis-je en direction des garçons, puis je me tourne vers Andreas : – Et si jamais t'as besoin de quoi que se soit par rapport à ce qu'on a fait pour le site, tu me bipes ok ? Non correction, même si tu n'as besoin de rien, tu me bipes !
Je lance un coup d'œil circulaire pour enregistrer tous ces visages qui vont tant me manquer et m'arrête sur celui de ma Ju' qui est au bord des larmes. Une seconde de regard échangé et on se tombe dans les bras l'une de l'autre. Je ne suis pas habituée à la voir s'effondrer, et la sentir sangloter sur mon épaule me fait vraiment mal.
- J'aurai tellement voulu que ça se passe autrement pour toi, ici… Je m'en veux, tu peux pas savoir comme je m'en veux…
Je resserre d'avantage mon étreinte pour avoir quelque chose à quoi me rattacher, j'ai réussi à me retenir jusqu'ici, ce n'est pas maintenant que je vais me mettre à pleurer !
- Ecoutes-moi bien petite idiote, tu n'as à t'en vouloir pour rien du tout. Je veux que ça soit clair, limpide même, dans ton petit crâne de jeune écervelée amoureuse. Profite de tout ce que tu peux en étant ici et reviens-moi en forme, d'accord ?
- De toute façon, il ne te méritait pas. Tu peux être conne à bouffer de la paille des fois, mais même comme ça, t'es encore trop bien pour lui.
Je lève les yeux au ciel pour retenir mes larmes qui ne demandent qu'à tomber et la laisse repartir vers l'homme de sa vie.
C'est plein de promesse qu'ils m'ont enfin tous laissé partir et je respire à plein poumons dés que la porte de la maison se referme derrière moi. Il fait un peu frais en ce matin de mai et cette fraîcheur fini de me revigorer. Finalement, c'était aussi bien qu'il n'ait pas été là, c'était… plus facile.
Je me dirige dans un premier temps à mon hôtel pour me préparer au trajet retour et récupérer mes bagages. La petite Anaïs est encore couchée me signale sa mère lorsque que je lui demande de m'ouvrir la chambre et avant de me laisser, elle me remercie de m'être occupée de sa fille comme je l'ai fait.
Je n'ai pas envie de me battre avec elle en lui expliquant que je n'ai pas fait grand-chose et accepte ses remerciements chaleureusement.
Je prends ensuite une douche rapide, enfile ma petite jupe écossaise et mes Converses et fais une boule avec les vêtements de la veille pour leur trouver une place au fond d'une valise. Je descends ensuite comme je peux avec mes valises dans chaque main et attends finalement mon taxi… qui m'emmène directement chez les jumeaux. Le chauffeur a bien eu un mouvement de surprise et c'est avec beaucoup de tact qu'il m'a expliqué :
- Si vous êtes une fan, je préfère vous prévenir… ils ne sortent jamais.
J'ai envie d'éclater de rire devant les recommandations du vieux chauffeur. Il est trop gentil.
- Merci, mais… non, je ne suis pas une fan.
- Dans ce cas – répond-il avec un sourire avant de passer la première.
Je lui demande, lorsqu'on arrive à bon port, de m'attendre quelques minutes dans la rue et sors du véhicule en espérant qu'elle soit encore là.
Je remonte l'allée en regardant le jardin comme si je le voyais pour la première fois et contemple un peu la maison histoire de ne pas l'oublier. Une fois arrivée à l'entrée, je frappe à la porte qui s'ouvre pratiquement dans la foulée. Me fait alors face une Simone en tailleur sur le point de partir puisqu'elle a déjà son sac à main sur l'épaule.
- Sarah ? – S'étonne-t-elle.
- Bonjour, je suis désolée de vous déranger de si bon matin mais… je rentre chez moi et je voulais vous rendre ça.
Je lui tends alors le trousseau de clés qu'elle m'avait si généreusement donné à mon arrivée chez elle, qu'elle récupère tout en me regardant des pieds à la tête.
- Tu n'aurais pas un peu grossi toi ?
Comment les mères arrivent-elle à voir le moindre changement, ça me fera toujours halluciner.
- Un peu, oui. Il faut dire que tout le monde a été au petit soin pour moi depuis mon arrivée. Merci pour tout ce que vous avez fait… vraiment.
Elle balaye ma dernière remarque de la main et sors dans l'allée pour refermer la porte de la maison à clé.
- Il ne t'a pas demandé de rester alors ? – Me questionne-t-elle innocemment.
Mon cœur rate un battement en l'entendant. Ne me dites pas qu'elle sait tout depuis le début ! Et devant mon air ahuri, elle éclate de rire.
- Tu devrais savoir que même s'ils ne me racontent jamais rien, se sont mes enfants et je les connais mieux que personne. Je ne pensais cependant pas qu'il pouvait être aussi bête parfois. Mon pauvre Tom a encore bien des choses à apprendre…
Je suis sur le cul ! C'est tout ce qui me vient à l'esprit. Cette femme ne cessera jamais de me surprendre.
- En tout cas tu seras toujours la bienvenue dans cette maison. Je te souhaite un très bon retour Sarah.
Elle me fait, elle aussi, promettre de lui donner des nouvelles avant de me serrer dans ses bras comme seule une mère peut le faire et je la regarde depuis l'intérieur du taxi monter dans sa propre voiture et s'éloigner dans le sens inverse. Ce n'est qu'à ce moment là, enfin seule, que j'autorise une larme à dévaler ma joue… oui, ils vont tous me manquer… à en crever.
Lorsque j'arrive à l'aéroport, il est déjà presque 10 heures et je n'ai finalement pas tant d'avance que ça. L'embarquement est prévu à midi et déjà une foule de personne fait la queue pour l'enregistrement des bagages.
Le contrôle de sécurité se passe sans encombre et je m'installe tranquillement dans la salle d'embarquement. Je souris bêtement en voyant un petit garçon porter un magnifique tee-shirt à l'effigie des Tokio Hotel et prends mon lecteur mp3 pour écouter un peu de musique histoire de me détendre. Mes pensées divaguent comme de bien entendu vers la nuit qui vient de se passer mais au moins, je n'ai pas de regrets. Je n'oublierai jamais ces moments… jamais.
Je ressens encore sa main me caresser une jambe en remontant langoureusement vers mon dos… je sens encore ses doigts passer sur mon ventre et descendre… encore… et toujours… je revois aussi ses yeux se fermer au moment où nous ne formions plus qu'un… je n'oublie pas sa délicatesse, sa tendresse… j'ai l'impression d'entendre sa respiration saccadée comme si j'y étais et ma langue se rappelle encore le goût de sa peau. Je suis sûre qu'en me concentrant un peu, je pourrais aussi me rappeler du bruit que les draps faisaient en se froissant.
Je l'aime, il ne le sait pas et ne le saura très certainement jamais mais je sais que je peux maintenant me reconstruire. On ne s'est rien promis, je n'ai donc rien à attendre cette fois-ci. La boucle est enfin bouclée.
Je récupère mon cahier presque plein et commence à gribouiller des dessins sans queue ni tête. Une main par ci, une bouche avec un piercing par là, j'écris aussi… des sentiments qui ne seront jamais dévoilés et que je dois bien partager avec quelqu'un. Les minutes passent, s'égrènent sans que rien ne puisse les arrêter, jusqu'à ce qu'enfin :
Les passagers du vol n°4213 à destination de Paris sont attendus porte 4.
Ah, c'est le mien ! Je range méthodiquement mon lecteur de musique et mon cahier dans mon sac et me lève… pour me rassoir directement.
Non mais… dites-moi que je rêve !
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POV Tom
Elle vient de s'endormir. Je le sais parce que sa respiration est devenue lente et régulière. J'en profite pour jeter un coup d'œil au réveil qui m'annonce qu'il est à peine 6 heures. Je me retourne vers Sarah qui dort maintenant profondément et me hisse sur un coude pour la regarder. Ses yeux ont l'air de s'agiter un peu sous ses paupières closes et je passe machinalement une main sur sa joue en un geste protecteur. Elle se pelotonne alors encore un peu plus contre moi et je laisse mes doigts redécouvrir lentement sa peau.
Peau que j'ai caressé sans aucunes retenues toute la nuit et que j'ai presque peur de retoucher en ce petit matin.
Et si seulement je n'avais peur que de ça… mais non. Une peur sans nom s'immisce dans mes veines, jusqu'à empoisonner tous mon sang. C'est une catastrophe. J'ai peur… la dernière fois, c'était pour notre tout premier concert en tant que Tokio Hotel, imaginez un peu le temps qui est passé depuis !
Oui, j'ai peur… peur de cette nuit magique qui vient de prendre fin… de ce petit corps qui se serre avec tant de confiance contre moi… de tous ces sentiments qui ont explosé dans ma poitrine alors que je lui faisais l'amour… peur de souffrir, encore.
J'essaye de m'éloigner un peu d'elle, doucement pour ne pas la faire sortir de son sommeil, parce qu'il faut que je sorte de cette chambre qui m'oppresse. Mon cœur s'emballe avec toutes ces pensées contradictoires, et je ressens vraiment le besoin de mette de l'ordre dans ma tête.
Je ramasse mes vêtements et les enfile machinalement, replace ma casquette en quelques secondes et regarde une dernière fois Sarah que je sais nue, entortillée dans les draps, avant de fermer la porte de la chambre. Je tente de descendre l'escalier le plus doucement possible et ne m'étonne pas vraiment de constater l'état actuel de la maison. Tout est sans dessus dessous et au milieu de tout ce bazar trône mon meilleur ami… je ne comprends pas trop ce qu'il fabrique sur cette table mais bon. Et en regardant bien, je retrouve tous mes amis éparpillés dans la pièce… mon frère va se réveiller avec un de ces mal de dos ! Ils n'ont rien trouvé de mieux, avec sa nouvelle petite amie, que de poser des cousins à même le sol pour pouvoir s'allonger, quel manque d'imagination !
Je fais marche arrière pour éviter de réveiller tout ce monde et referme la porte d'entrée derrière moi le plus délicatement possible. Je suis alors saisi du froid environnant… Il ne doit pas être loin de 6h30 et pour être honnête, ça caille sévère ! Pourtant ça ne dure que quelques secondes avant que je ne m'adapte à ce changement de températures et je regarde finalement les rues désertes d'un œil morne.
Mes pas m'entraînent au hasard de ces mêmes rues et je mets machinalement les mains dans les poches de mon jean en regardant les premiers rayons du soleil se lever. Ça fait une éternité que je n'ai pas pris le temps de regarder de simples choses comme celle-ci… mais la pâle chaleur qui caresse mon visage n'arrive pas à réchauffer mon cœur. Il s'est tellement consumé cette nuit qu'à mon avis, il ne s'en remettra jamais.
J'avise un peu plus loin un arrêt de bus, et me laisse tomber comme un sac sur le semblant de banc à disposition des usagers. Non… mon cœur ne s'en remettra jamais. Elle va partir et tout ce qui me restera, c'est un sentiment de culpabilité exacerbé par la seule et unique nuit que j'aurai passé avec elle.
J'ai jamais culpabilisé d'avoir couché avec qui que se soit, mais je voulais tellement que se soit différent avec elle. Et pour moi, dans un sens, ça l'a été. A chaque caresse, j'avais l'impression de redécouvrir des courbes que j'avais pourtant vu de nombreuses fois ailleurs, ses soupirs, ses simples soupirs arrivaient à me faire chavirer les sens… et ses yeux prenaient une couleur que je n'avais même jamais vu chez elle. J'ai presque ressenti les choses comme si ça avait ma première fois tellement c'était pur.
Non, je ne m'en remettrai jamais…
Mes pensées sont interrompues par un bus que je regarde, relativement étonné s'arrêter à mon niveau, avant de me rappeler que je suis à un arrêt. Mais ma surprise n'est rien comparée à la tête du conducteur lorsqu'il me voit.
- Heu… bonjour… vous montez ? – Demande-t-il avec un soupçon d'humour dans la voix.
Malgré mon état lamentable, j'arrive à esquisser un sourire devant la situation.
- Non c'est gentil… je prends juste l'air.
- Je me disais bien aussi. Ne prenez pas l'air trop longtemps… vous allez prendre froid par ce temps. Bonne journée.
Il est bien gentil ce bonhomme et c'est avec un sourire plus franc que je le remercie de sa sollicitude avant qu'il ne referme les portes de son véhicule pour continuer sa route… et me voila de nouveau seul, à ressasser tout ce qui s'est passé hier soir.
Mais tout ce que je voulais c'était que tu me rassures…
C'est la seule phrase qui me perturbe un temps soit peu par rapport à toutes les conneries qu'on s'est dites avant de se sauter dessus. C'est vrai qu'on a eu du mal à se parler depuis son arrivée chez nous, mais je pensais qu'elle savait ce qu'elle représentait pour moi. J'ai failli me pisser dessus d'angoisse le soir où Bill à dû chanter cette satanée chanson… quels mots n'a-t-elle pas compris dans ce que j'ai écris ?
Je suis encore sortie de ma torpeur par mon téléphone qui vibre… mon frère. Il a sans doute remarqué mon absence... je suis étonné de le savoir réveillé à une heure si matinale ! Je range mon portable dans ma poche sans prendre le soin de décrocher, je n'ai aucune envie de lui parler. Il ne se vexera de toute façon pas, parce qu'il me connaît trop bien… même si je sais que ça ne l'empêchera pas de s'inquiéter.
Mon téléphone vibre encore une ou deux fois avant de s'arrêter enfin. La rue est toujours déserte et ce décor va parfaitement bien avec mon humeur du moment. Le soleil a fini de se lever depuis longtemps et je n'arrive pas à réaliser…
J'ai fais l'amour… je lui ai fait l'amour…
Ne rigolez pas ! Pour moi c'est tout nouveau… j'ai plutôt l'habitude de tirer mon coup qu'autre chose. Et putain ce que c'était bon.
Je regarde l'heure… déjà une heure que je suis dehors comme un galérien et je n'arrive pas à m'enlever tout ça de la tête. Si seulement Andreas n'était pas complètement hors-service, l'entendre débiter des conneries m'aurait fait du bien. Mais en ce lendemain de fête, il faut que je me débrouille tout seul.
Qu'est-ce qui a foiré avec elle si ce n'est mon problème de célébrité ? Et ça… je ne peux malheureusement rien y faire. Pour autant que je puisse l'aimer, il est hors de question que j'abandonne ce à quoi j'ai toujours rêvé !
Oui, je l'aime… ça vous étonne ? Pas moi… c'est la première fois que j'en parle parce que je l'assume enfin. Quand je pense que Julie avait peur que je réduise le petit cœur de son amie en charpie… quelle ironie de constater que c'est l'inverse. Tom… le grand Tom Kaulitz… qui se fait briser le cœur, c'est d'un risible !
Mais tout ce que je voulais c'était que tu me rassures…
Qu'est-ce que j'aurai pu lui dire de plus… qu'est-ce que j'aurai pu faire de plus ? Pourquoi est-ce qu'elle préfère partir plutôt que de rester ici avec moi… qu'a-t-elle a là-bas qu'elle ne pourrait retrouver ici ?
Putain, mais ça me saoule ! On ne peut pas être peinard cinq minutes dans ce pays ! Je regarde avec agacement mon portable qui sonne encore… mon frère… toujours lui.
- QUOI ? – Je hurle dans le cellulaire.
- HEY TU TE CALMES ! – Aboie-t-il en retour.
J'adore notre manière de communiquer. Je laisse donc un blanc s'installer… il m'appelle, c'est quand même à lui de me parler non ?
- Elle est partie y'a presqu'une heure. – Me lâche-t-il finalement comme une bombe.
Ça y est… mon cœur se brise. Vous l'entendez vous aussi ?
- Elle s'est réveillée toute seule. – Continue-t-il avec un soupçon de reproche dans la voix.
Mais je ne sais pas quoi répondre, de peur que ma voix ne trahisse mon état.
- Alors pour toi c'est tout ce que c'était ? Une partie de jambe en l'air, comme toutes les autres ! Tu t'es bien pris la tête pour pas grand-chose si c'était ton but.
- Tais-toi ! – Je le coupe brutalement.
Il a réussi au-delà de toute espérance et il le sait… rien qu'en deux phrases, il m'a fait sortir de mon état léthargique. Et tout devient clair en une seconde.
- Elle est où ? – Je demande toujours avec le même ton.
- Aéroport… embarquement à midi. Dépêche-toi !
Je vais pour raccrocher mais remet le téléphone en place une seconde encore.
- Merci frangin !
Et je coupe la communication. Je sais enfin ce que je ne lui ai jamais dit… je sais aussi ce que je ne lui aie jamais demandé… et j'espère vraiment arriver à temps.
-
POV Sarah
Je retourne la tête lentement… et non, je ne rêve pas. Tom est au milieu de la salle d'embarquement, en train de regarder partout. Déjà quelques personnes l'ont reconnu et je l'entends répéter à ceux qui ont le courage de venir le voir des « après », « plus tard » et autre « tout à l'heure » plutôt angoissés.
Sans me sentir être le nombril du monde, je suppose que s'il est là c'est pour moi, alors je rassemble tout mon courage et me relève en remettant inconsciemment ma jupe et mon tee-shirt en place. Je m'approche de lui alors qu'il est de dos et lui tapote l'épaule… mais il n'a pas l'air décidé à se retourner vers moi.
- Après ! – Répond-il sans même me regarder mais en faisant un geste de la main comme pour me signaler de dégager.
- Après ça risque d'être dur, j'ai un vol à prendre moi !
Il a dû reconnaitre ma voix car il se retourne immédiatement vers moi et je ne retiens pas plus, ni un sourire sur mes lèvres, ni ma curiosité. Il est là… putain… il est là.
- Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
- Et ben, je pars à... – il regarde vite fait le billet d'avion qu'il a dans la main – … à Lisbonne.
- Tu pars à Lisbonne ? – Je répète de façon plus qu'étonnée.
- On ne voulait pas me laisser rentrer sans ça, et comme le vol pour Paris était plein, il a bien fallu que j'achète un autre billet.
On échange un sourire complice, c'est impossible d'être sérieux avec lui. Je reviens alors sur Terre quand un flash m'aveugle d'un coup… un parfait inconnu nous canarde… il ne manquait plus que ça. Tom ne fait même pas attention à lui et continue de me fixer étrangement.
Les passagers du vol n°4213 à destination de Paris sont attendus porte 4.
Les fameux passagers de mon vol ont presque déjà tous disparu à l'intérieur de la carlingue et j'entends les clics à répétition de l'appareil photo de l'autre zigoto. Trente fois la même photo, il ne se lasse pas ?
En tout cas, lui n'a pas l'air de vouloir bouger et je ne comprends pas très bien pourquoi est-ce qu'il est venu jusque-là s'il n'avait rien de précis à dire. Une déception sans limite emplie mon cœur mais je ne le lui montre pas. Au contraire… je lui souris de plus belle avant de prendre congé.
- Je suis contente d'avoir pu te voir avant de partir – je lui pose un tendre baiser sur la joue tout en respirant une dernière fois son odeur avant de m'éloigner de nouveau. Au revoir Tomy.
Il n'a toujours rien dit, ni rien fait… c'est à se demander ce qu'il est venu faire ici. Je réajuste mon sac sur l'épaule et fais quelques pas en arrière pour le regarder encore un peu avant de me retourner et partir. Je m'apprête à donner mon billet à l'hôtesse qui me fait face lorsque :
- Reste !
Je suspends mon geste et ferme les yeux… est-ce que j'ai bien entendu ? Je le regarde de nouveau pour avoir la certitude que je n'ai pas rêver et le vois s'approcher de moi.
- Puce… Sarah… je t'en prie… reste.
Je suis tellement surprise qu'aucun mot n'arrive à franchir ma bouche. Il me prend alors une main pour entrelacer nos doigts et finalement, tout ce que j'arrive à dire c'est :
- Tom, on est en train de te photographier…
- M'en fous complètement. Au pire je ferai la une des journaux me montrant en train de prendre un râteau comme jamais… c'est pas bien grave.
Dernier appel : Les passagers du vol n°4213 à destination de Paris sont attendus porte 4.
Je regarde nos mains soudées mais je ne veux pas y croire.
- Il faut que j'y aille j'ai…
Mais il me coupe la parole en me lançant un regard suppliant.
- Reste, reste, reste, reste !!! Il faut que je te le demande comment ?
Il me prend alors mon autre main et enlace nos doigts de nouveau tout en posant son front sur le mien.
- Sarah, putain ! Mais quand est-ce que tu vas percuter ?
- Percuter quoi ? – Je réponds en fermant les yeux pour m'enivrer de sa présence.
Ses lèvres effleurent alors les miennes et il chuchote :
- Que je t'aime…
Mes yeux se remplissent d'eau dans les secondes qui suivent sa déclaration et je me jette à son cou alors qu'il se redresse en m'entourant la taille. Me revoilà à vingt centimètres du sol mais je m'en moque… il m'aime ! IL M'AIME !!
Je quitte son cou et on s'embrasse comme si c'était la première fois… c'est délicat et plein de tendresse. Quand on se sépare enfin et que l'ont se regarde droit dans les yeux, c'est moi qui ose enfin lui avouer mes sentiments.
- Tu restes, alors ? – Me redemande-t-il timidement tout en me reposant par terre.
- Non.
Son regard change alors du tout au tout… j'adore jouer avec ses nerfs. Disons que c'est une petite vengeance pour ce que j'ai vécu ce matin. Je le laisse d'ailleurs mijoter quelques secondes avant d'abréger ses souffrances.
- Il est important que je rentre, ne serait-ce que pour ma mère. Et puis, tu me demandes de rester mais j'ai une vie en dehors de l'Allemagne. Je ne peux pas rester tout de suite.
Je le vois acquiescer avant de s'inquiéter si je reviens bientôt.
- Dés que possible… c'est assez rapide sans que j'ai à m'inquiéter de te trouver dans les bras de quelqu'un d'autre ?
Il me fait un gros câlin tout en me traitant d'idiote et m'accompagne jusqu'à la porte d'embarquement. Il jette un coup d'œil au photographe amateur qui n'a pas raté une miette de nos retrouvailles avant de se retourner vers moi.
- Fais attention à toi… demain… les photos vont vite circuler et je… te savoir loin à ce moment là… ça me stresse.
- Ils ne savent rien de moi… et puis, tu sais bien que je suis une insociable. Ne t'inquiète pas pour ça.
Je le vois hésiter, alors qu'un doute monstrueux s'étale sur son visage.
- Ce n'est pas vraiment les autres le problème… c'est plutôt ce que tu risques de penser et de ressentir toi qui m'angoisse.
Celle-là, je l'ai bien cherché. Et le pire, c'est que je n'ai pas beaucoup d'arme pour le rassurer. Il a entièrement raison sur le fait que je vais très certainement m'affoler. En même temps, cette fois, je sais qu'il tient autant à moi que moi je ne tiens à lui.
- Je ne peux pas te promettre que c'est quelque chose que je vais très bien vivre mais… ça ira. Promis. Je t'appelle quand j'arrive d'accord ?
On s'échange un dernier baiser et me voilà en train de boucler ma ceinture. Je me sens si bien… et pourtant je le quitte… mais je sais que je vais vite le revoir… ce n'est pas du tout la même configuration que la dernière fois… non, cette fois, il m'aime aussi.
