CHAPITRE 25

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POV Sarah

Le trajet de retour m'a paru d'une longueur insoutenable, heureusement que ma mère m'attendait déjà à la dépose minute. J'ai vraiment hâte d'arriver chez moi pour pouvoir l'appeler tranquillement. Il me manque trop…

J'ai cru que j'allais éclater de rire quand me mère m'a demandé si on m'avait engraissé comme une oie pendant mon séjour.

- Pourquoi, tu me trouves trop grosse ?

- Non mais tu rigoles ou quoi ? Tu es magnifique ! Si seulement j'avais pu penser qu'un séjour en Allemagne te réussirait tant, je t'y aurai envoyé depuis longtemps. Tes amis vont bien, tu as réussi à faire tout ce que tu voulais ?

Je lui promets de lui montrer le fruit de ma collaboration avec Andreas dés notre retour à la maison et nous voilà sur les routes en un rien de temps. Je profite d'être enfin au calme pour allumer mon téléphone… qui se met à bipper dans tous les sens. Des messages écrits, des messages vocaux… tout y passe. J'ai quatre nouveaux textos et si le premier ne me donne que l'air idiot, les suivants me font rigoler toute seule… il est adorable. Les quatre disent exactement la même chose : « Je t'aime. T »

Les vocaux sont un peu plus variés… un de Bill qui m'annonce avoir retrouvé son frère, à 10h08. Ah bah oui, j'avais déjà éteint mon portable dans la salle d'embarquement. Le second, toujours de Bill qui me demande quand est-ce que je reviens en Allemagne pour calmer son jumeau qui ressemble à une vraie pile électrique depuis son retour de l'aéroport. Le troisième est de ma Julie me prévenant qu'elle a encore menacer Tom des tortures les plus folles si je ne devais verser qu'une seule larme par sa faute et le dernier est de mon grand frère… juste pour me dire que je lui manque déjà. Trop mignon et je ne peux empêcher une larme d'émotion de couler !

- Et bien, j'ai l'impression que tu vas avoir pleins de choses à me raconter ! Il a l'air de s'en être passé en 10 jours. – Me taquine ma mère.

Je ne suis même pas sûre qu'elle puisse imaginer ne serait-ce que le dixième !

En tout cas, je retrouve mon chez moi avec une gaieté que je ne m'imaginais pas. Ma chambre, avec mes livres partout, et mes affaires qui traînent… quel bonheur ! Je réinstalle immédiatement mon ordinateur et à peine le dernier fil branché que je l'allume de suite en me connectant à MSN. Bingo !

Je clic deux fois sur le pseudo Tom_incognito mais il est plus rapide que moi !

Tom : Salut puce !! Bon voyage de retour ?

Pikachu : Excellent. Ma mère se demande ce que vous m'avez fait dans votre pays de fou pour me revoir en si bonne forme… et physique et morale !

Tom : Une nuit avec moi, et elle comprendra XD

J'éclate de rire en lisant sa phrase… manque pas d'air le petit Tom.

Pikachu : Ça va les chevilles ?

Tom : Attend je regarde…. ouai : Impec !

J'allume mon programme de mp3 et lance la playlist alors que je vois que Tom_incognito est en train d'écrire.

Tom : Quand est-ce que je te revois ?

Pikachu : Je sais pas… si je le pouvais ça serait tout de suite.

Tom : Qu'est-ce que t'as à faire de si important chez toi ? Tu me manques trop… je veux pas ressentir ce que j'ai ressenti la dernière fois…

Pikachu : Tu me manques aussi... tout le temps, à chaque seconde… ce matin aussi tu m'as manqué…

Où comment amener un sujet le plus naïvement du monde. Je voudrais bien comprendre pourquoi je me suis réveillée sans lui, moi !

Tom : je suis désolé pour ce matin mais j'avais besoin de faire le point sur tout ce qui venait de ce passer. J'ai dû me lever quelques minutes avant toi et je suis allé me balader dans les rues.

Pikachu : Faire le point ?

Tom : On s'est dit beaucoup de choses pas très sympas hier soir au cas où t'aurais oublié… et j'ai essayé de te comprendre. De comprendre pourquoi tout ça était arrivé et comment.

Pikachu : Et ta conclusion ?

Tom : Que si tu étais un peu moins bornée, tout aurait été beaucoup plus simple !

Je souris devant ses mots… oui c'est possible en effet. Quand j'ai une idée dans la tête, il est dur de me prouver le contraire, je l'avoue !

Tom : Et aussi que si j'avais su être là et te parler au moment voulu, tu n'aurais jamais eu besoin de te protéger comme tu l'as fait.

Et là… les émotions m'étreignent le ventre… Il a réussi à sortir ça de toutes les conneries qu'on s'est balancés hier ? Je suis impressionnée.

Tom : il faut que j'y aille puce… on va répéter aujourd'hui sinon David va nous allumer.

Pikachu : Passe lui le bonjour de ma part ;o)

Oui, c'est ironique ! Mais j'y peux rien et de toute façon, va bien falloir qu'on s'entende tous les deux non ?

Pikachu : Je t'embrasse fort fort fort ! jtm

Tom : Bisous puce, reviens-moi vite.

Le reste de la journée s'est passée entre mes valises que j'ai dû déballer et ma mère à qui il a bien fallut un peu raconter mon séjour. Etant donné la vie de Tom, j'ai aussi préféré lui parler de ma relation avec lui, plutôt qu'elle ne découvre ça dans un quelconque magazine… même s'il ne s'agit pas vraiment de son style de lecture.

- Et ben ! Ma fille sort avec une rock star… j'aurais tout entendu ! Et tu repars quand pour l'Allemagne ?

- Je te demande pardon ? – Je lui demande en reposant rapidement mon verre de boisson.

Pourquoi est-ce qu'elle me demande ça ? Elle est tombée sur la tête ! Et contre toute attente ; elle commence alors à énumérer ce qui devrait me paraître évident.

- Et bien… ton petit ami est allemand, il voyage sans cesse et toi, tu n'as aucune obligation en France. Donc, quand est-ce que tu repars en Allemagne ?

- Tu me mets dehors ou quoi ?

- Ma fille… qu'est-ce que tu peux être bête quand tu t'y mets. Soit honnête avec moi, et ose me dire que tu préfères être ici avec ta mère plutôt que là-bas avec lui ?

Ok, elle marque un point. Je donnerai tout ce que j'ai pour le retrouver dans la seconde… mais je ne vois pas comment je vais faire pour vivre là-bas. Je n'ai pas assez d'argent de côté, ni pour me payer un loyer, ni pour me payer l'hôtel. Je n'ai donc pas l'impression d'avoir beaucoup d'autre choix que de rester ici pour le moment. Et une fois mon point de vue partager avec ma chère mère… elle a l'air de comprendre un peu plus le problème.

- Bon, fini de t'installer. On en reparlera plus tard.

C'est comme ça que la soirée s'est lentement déroulée et après un repas familial intimiste, il a été plus que temps pour moi de rejoindre mon lit. Je suis totalement épuisée… impossible pour moi de faire une sieste dans l'avion tellement mes nerfs me tenaient éveillés… mais là, c'est mon corps tout entier qui me dit stop ! Je suis d'ailleurs tombée de sommeil et ai dormi comme ça fait bien longtemps que je n'avais pas dormi… c'est-à-dire de façon sereine et reposante.

Le lendemain matin… la vie a reprit son cours normal. J'ai aidé ma mère comme j'ai pu pour ranger la maison qui avait, en plus du reste, besoin d'un bon coup de dépoussiérage.

- Mais t'as arrêtée de vivre quand je suis partie ou quoi ? – Je m'exclame en ramassant un petit tas de poussière au balai.

- Qu'est-ce que tu crois, j'ai profité de ton absence pour m'amuser aussi.

Et devant mon regard blasé, elle rend les armes.

- Ok, j'ai rien fichu pendant deux semaines tellement je m'inquiétais de te savoir loin d'ici, surtout en sachant l'état dans lequel tu étais partie.

Il est maintenant 11 heures et je ne sais plus quoi faire pour arrêter de penser à lui. Mais qu'est-ce qui m'a pris de rentrer ! A peine 24 heures de passées que j'en peux déjà plus de son absence… et finalement l'envie d'entendre sa voix se fait la plus forte, je me saisis alors de mon portable et tente de l'appeler.

- Coucou puce ! – Décroche-t-il rapidement.

Et rien que d'entendre cette simple phrase me rassure que je ne rêve pas, et me réchauffe le cœur.

- Puce ? T'es là ?

- Heu… oui, oui. Je te dérange pas ?

- Tu ne me déranges jamais. Qu'est-ce qui se passe ? – Me demande-t-il avec un soupçon d'inquiétude dans la voix.

- Rien de spécial. Tu me manques c'est tout. Et toi, qu'est-ce qui se passe, t'as une voix bizarre.

- Je viens d'avoir une petite conversation avec David… pas grand-chose d'important en fait.

Ce foutu manager… toujours et encore lui. Est-ce que j'ai déjà dit que je détestais ce type ?

- Si ce n'était pas important, ça n'affecterai pas ta voix comme ça. Vous avez parlé de quoi ? – Je lui demande alors avec une petite boule au ventre, m'attendant au pire.

Et le peu de maîtrise qu'il a tenté d'avoir disparaît en fumée pour laisser place à une colère sourde.

- Il se passe que le petit connard qui nous a photographié hier s'est sûrement fait des couilles en or en revendant les clichés au premier journal à scandales qu'il a trouvé. Et qu'on fait un peu les gros titres en ce moment et ça me… – il s'arrête et je l'entends pousser un profond soupire.

Je le soupçonne d'essayer de sa calmer pour ne pas me communiquer son stresse. Et finalement, il reprend plus sereinement.

- Je suis jaloux… tu ressors mieux que moi sur les photos.

Mais malgré tous ces efforts et la dérision de ses derniers mots, je panique. La même peur que lorsque j'avais fait la une il y a une semaine s'empare de moi. D'ailleurs, mon angoisse doit être palpable parce que Tom s'en inquiète immédiatement.

- Sarah… dit un truc s'il te plait. J'aime pas quand tu dis rien… c'est jamais très bon signe.

Est-ce que je suis prête à faire partie aussi de sa vie publique… je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que je n'ai pas vraiment le choix, au risque de le perdre.

- Tu veux que je dise quoi ? Lui dis-je sur un ton léger. On fait les gros titres, on fait les gros titres. C'est comme ça !

- Tu t'es énervée pour beaucoup moins que ça il n'y a encore pas si longtemps… t'es sûre que ça va ?

Dans d'autres circonstances… j'aurai pu éclater de rire ! Mais au lieu de ça…

- Tu m'aimes ?

Ma question à l'air de le désarçonner un peu, mais il me répond sans aucune hésitation par la positive.

- Alors dans ce cas tout va bien. Tant que tu seras là… ça ira.

J'ai murmuré mes derniers mots… j'ai peur de l'effrayer avec mon angoisse permanente qu'il va me quitter un jour ou l'autre.

- Arrête de t'inquiéter – m'annonce-t-il le plus simplement du monde.

- Je ne m'inquiète pas !

Quoi… on sort ensemble… ça ne veut pas dire que je dois déjà partager avec lui toutes mes états d'âmes ! Si ?

- Tu mens. Et ce n'est pas beau de mentir à son petit ami !

Fidèle à lui-même… et c'est sûrement ce que j'aime en lui : Il n'est jamais sérieux !

- Bon… je m'inquiète un peu c'est vrai. C'est juste que je me demande bien ce qu'il va se passer après ça. David… il t'a dit quoi ?

- Je dois raccrocher puce !

Je trouve sa façon de prendre congé un peu cavalière mais ravale mon venin face à son excuse.

- On était en pleine répétition et les gars commencent à s'impatienter. Je te rappelle ce soir, ça va aller ?

Que dire contre ça ? Rien.

Je le rassure donc et lui ordonne d'aller rapidement retrouver ses potes avant qu'ils ne se mettent à me détester. On se quitte sur un bref « je t'aime » partagé et la morosité qui m'avait quitté quelques minutes plus tôt en entendant sa voix refait surface en m'enveloppant encore plus fortement. Et ma curiosité se rappelle alors à moi… je voudrais bien savoir ce qu'ils racontent comme conneries sur nous, les médias allemands ! Parce que quoi qu'ils puissent dire, ça sera forcement très, très loin de la vérité.

Ni une, ni deux, je me connecte sur le net et tape en mots clés pour ma recherche « tom kaulitz petite amie ». Me voilà inondée d'article en quelques secondes… apparemment les photos ont déjà fait le tour de la planète via le web. Je clique sur le premier lien et arrive sur un forum qui me parait quelconque… et qui après étude ne l'est pas du tout… il s'agit d'un des forums les plus fréquentés par les fans. Je reporte finalement mon attention sur le topic grâce auquel je suis arrivée ici et peux lire en titre « Tom à une copine !! ENFIN ».

S'étale en dessous trois images scannerisées de ce qui m'a l'air d'être des journaux allemands et Tom ne m'a effectivement pas menti. Les photos ne peuvent pas être plus explicites puisque sur l'une, Tom et moi sommes face-à-face, fronts collés et mains enlacées… sur la seconde, il me tient dans ses bras… et sur la troisième on est carrément en train de s'embrasser. Les clichés sont plutôt de mauvaise qualité mais on reconnaît très facilement le guitariste… c'est la merde !

J'abandonne les images pour lire ce que l'auteur du sujet a pensé bon de rajouter et suis presque soulagée. « Les filles, préparaient vos mouchoirs, Tom s'est trouvé une copine ! On savait toutes que ça arriverai et je leur souhaite pleins de bonnes choses… même si je tuerai père et mère pour être à la place de cette parfaite inconnue !! ».

Pourquoi est-ce que j'annonce être « presque » soulagée ? Parce que manifestement, tout le monde ne pense pas comme elle. Entre celles qui annoncent que je ne suis en fait que sa dernière conquête d'un soir, et celles qui trouvent que je ressemble à un gros boudin, ça craint. Mais ce qui me fait le plus mal au cœur, se sont toutes ces personnes qui me vouent une haine sans limite alors qu'elles ne me connaissent même pas. Elles ont des mots tellement fort contre moi, que même la pire des bêtes ne seraient pas traitée ainsi. Je referme la fenêtre du forum en même temps que celle de ma recherche après quelques minutes de lecture, je crois que j'en ai vu assez.

Et par pure habitude, je prends mon téléphone pour appeler ma meilleure amie, je vais exploser mon forfait à ce rythme-là mais j'ai la gorge tellement nouée qu'il faut que j'évacue ça avec quelqu'un. La première tonalité sonne et je réalise alors mon erreur… elle est encore en Allemagne, et si ça se trouve, elle est même au studio avec eux ! Je raccroche tout de suite mais pas assez, puisqu'elle me rappelle dans les secondes suivantes. Merde ! Foutue présentation du numéro !

- Salut coupine ! – Me hurle-t-elle à l'oreille après mon bref allo. Ça va ? – Continue-t-elle avec le même enthousiasme.

- Heu… oui et toi ? T'es où ?

Et mes craintes sont confirmées puisqu'elle m'annonce la bouche en cœur être en ce moment même avec les garçons. Re-merde !

- Sarah… t'es toujours avec moi ? Tu veux parler à ton Tom peut-être ?

- NON ! – Dis-je rapidement.

- Heu… je sors deux secondes dans le couloir les gars.

Elle a éloigné le téléphone de sa bouche, mais ça ne m'empêche pas d'entendre tout ce qu'il se passe autour.

- Qu'est-ce qu'elle a ?

Et re-re-merde ! C'est Tom qui a posé la question… pourquoi je suis aussi conne des fois, ce n'est pas possible !

- Rien du tout ! C'est juste moi qui dois lui parler de deux, trois trucs en privé. Je ne voudrais pas évoquer mes parties de jambe en l'air avec votre batteur devant vous. Ça pourrait vous choquer !

Je ne suis pas physiquement avec eux… mais en imaginant la scène, c'est tout comme. Je suis certaine que mon amie a ce petit sourire en coin si caractéristique et que Gustav est tout rouge de gêne. Le pauvre… tout ça à cause de moi, s'il savait !

- C'est bon, je suis plus avec eux. Tu peux me dire ce qu'il se passe maintenant ?

Je lâche un soupir avant de lui annoncer que j'ai vu les photos des journaux.

- Et alors tu les as vues ? Qu'est-ce qu'on s'en fout ? Ne me dis pas que tu flippes encore… Sarah…

Son ton est implorant… elle sait exactement dans quel état d'esprit je suis et quelles bêtises je suis capable de faire quand c'est comme ça.

- Il ne va pas abandonner sa vie et sa carrière malgré tout l'amour qu'il te porte, va vraiment falloir que tu fasses un travail sur toi-même sinon ça va te pourrir l'existence.

- Se ne sont pas les photos le problème… enfin, pas complètement – Dis-je piteusement.

- Alors c'est quoi nom d'un chien ! – Relance-t-elle agacée.

- Toutes les filles de la planète me détestent… j'ai même peur de mettre un pied dehors au risque de me faire couper la gorge.

Et tout ce qu'elle trouve à faire, cette traîtresse, c'est d'éclater de rire… et elle rigole comme jamais.

- Vas-y, fous-toi de ma gueule ! –Dis-je vexée.

- Non mais… hahahahaha… Sarah, t'es trop, je te jure… hahahahaha… j'en peux plus ! Tu veux me tuer avec tes conneries ou quoi ?

Je ne prends même pas la peine de répondre et attends que mademoiselle veuille bien se calmer. M'en fiche, c'est elle qui paye la communication de toute façon, elle peut prendre tout le temps qu'elle veut !

- Tu sais que t'es conne quand même des fois ?

Déjà que j'étais vexée parce qu'elle se foutait de moi ouvertement, mais alors là, je suis super vexée !

- Arrête de voir Tom comme Mr-Tout-Le-Monde. C'est une star… un mec connu… qui est adulé par la moitié des nanas connaissant un minimum le groupe. Tu t'attendais à quoi ? Elles sont jalouses et toi, tout ce que tu trouves à faire c'est de rentrer dans leur jeu ? Bien sûr que tu vas te faire détester et que beaucoup seront odieuses avec toi mais le principal, c'est qu'il t'ait choisi toi… non ?

Je sais qu'elle a raison… mille fois raison… mais je n'arrive pas à faire taire la peur qui s'est emparée de moi.

- Sarah, ce n'est que la première fois mais à chaque apparition avec lui, ça va être pareil. Tu crois que les photographes vont vous laisser tranquille après ça ? Atterries putain !

- Que j'atterrisse ? C'est toi qu'est dans la lune… il va forcement me quitter un jour ou l'autre ou pire… me tromper avec l'une d'elle. Qu'est-ce que tu veux qu'il fasse d'une petite française loin de lui.

- Petite française qu'il est allé récupérer à l'aéroport pour l'empêcher de partir je te ferais remarquer. A qui il a dit « je t'aime » alors qu'il réservait ces mots là pour sa si précieuse guitare. Une petite française qui lui ferait faire des folies sur simple demande. Alors arrêtes de flipper d'accord ?

J'entends alors ma mère qui m'appelle depuis en bas… l'heure de passer à table a sonné !

- Je dois y aller Ju' ! Embrasse tout le monde d'accord ?

- Sarah… réponds-moi !! Sarah… Sarah…

Mais je n'ai pas la force de lui mentir et préfère lui raccrocher au nez. Tout ce qu'elle me dit est plein de bon sens mais il m'a déjà oublié une fois, pourquoi pas deux ?

C'est dingue comme le fait qu'on soit loin l'un de l'autre me fait complètement perdre confiance en notre histoire… mais je ne comprendrai jamais ce qu'il fait avec moi.

Je rentre dans la cuisine l'air maussade et ma mauvaise humeur n'est pas passée inaperçue auprès de ma petite maman qui n'a cependant pas relevé… elle a aussi rongé son frein devant mon silence alors qu'elle tentait de me faire parler… mais elle a totalement craqué voyant mon assiette à laquelle je n'avais pas touché.

- Si tu recommence à ne plus manger, je te promets que je te le trouve moi-même ton appartement en Allemagne !

S'en est suivi une longue engueulade complètement stérile qui s'est soldée par moi, quittant la maison en claquant la porte pour aller me défouler dans les rues de ma ville. Loin d'Internet, loin de ma mère et bien malgré moi, loin de l'Allemagne.

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POV Tom

On est encore en train de bosser sur des chansons qui normalement passent très bien… alors qu'aujourd'hui c'est un vrai massacre. Mais le pire, c'est que le problème vient entièrement de moi, je ne suis pas du tout dedans et je sais pourquoi. Entre la prise de tête avec David et Sarah qu'est rentrée chez elle… surtout Sarah qu'est rentrée chez elle en fait… c'est comme s'il me manquait un truc. Je m'étais habitué à l'avoir dans les pattes moi, à la voir débarquer avec Andreas à l'improviste au studio… je m'étais simplement habitué à pouvoir la voir à n'importe quel moment de la journée si l'envie m'en prenait.

L'entendre tout à l'heure m'a fait un bien fou, même si je n'ai pas vraiment réussi à masquer ni mon énervement, ni mon angoisse… Etre le centre d'attention d'un pays, je m'en tape complètement, mais je sais qu'elle ne supporte pas ça… et je sais aussi que beaucoup de nos problèmes « de couple » viennent de ma médiatisation.

- T'as pas envie de partager tes sombres pensées avec moi frangin ?

Je relève la tête pour faire face à Bill, mon double, dont le visage plutôt serein ne reflète absolument pas l'inquiétude que j'arrive à lire au fond de ses yeux.

- Excuse-moi pour la répétition complètement foireuse… on aurait autant fait de rester chez nous, ça aurait été autant productif.

Il balaye ma phrase de la main et préfère venir partager le bout de table sur lequel je me suis installé après l'appel de Sarah.

- Alors, qu'est-ce qu'il se passe ? – Insiste-t-il après plusieurs minutes de silence.

On est dans le bureau d'où est gérée notre partie « publique » et plutôt que de répondre, je préfère regarder un peu notre planning pour le mois à venir… comme d'habitude, ultra chargé. Et tout en tournant les pages que je ne regarde même plus, je lâche comme un cheveu sur la soupe

- Je lui ai menti.

- Oh bah si tu lui as menti… ça explique tout alors ! – Persifle-t-il.

Je reporte mon attention sur lui en entendant le ton humoristique qu'il a utilisé et constate qu'effectivement, il est à deux doigts d'exploser de rire.

- Te fous pas de moi s'il te plait.

- Non mais tu rigoles ou quoi… je pige rien à ce que tu me racontes. Va falloir être un tout petit peu plus clair si t'as pas envie que je me marre.

Je me disais bien aussi que mon frère ne pouvait pas s'être levé ce matin en étant plus intelligent que la veille, c'est tout simplement impossible.

- Je lui ai dit que vous m'attendiez pour bosser. – J'annonce alors en rangeant le classeur qui m'encombrait les mains.

- Ah bah ça, c'est le mensonge du siècle. C'est pas comme si c'était vrai hein !

Mais quel benêt quand il s'y met je vous jure.

- Tu sais quoi… laisse tomber, c'est pas grave.

Et je me relève pour aller recommencer à jouer… ou tenter de recommencer à jouer. Mais je me fais arrêter par la main de mon double qui me retient le bras.

- Arrête de faire ta tête de cochon et crache le morceau en une seule fois… histoire que je ne te fasse pas passer pour un crétin.

- C'est toi le crétin. T'as qu'a me laisser parler au lieu de faire le malin… j'arrête pas de m'engueuler avec David, je voudrais vraiment éviter de me prendre la tête avec toi aussi, tu vois !

C'est marrant parce que dés que j'évoque David, il reprend son sérieux immédiatement… autant on peut blaguer sur beaucoup de chose, autant on ne prend jamais le boulot à la légère.

- C'est vrai qu'en ce moment, vous avez un peu de mal à vous parlez normalement. – Concède-t-il avant de me demander quel est le problème du jour.

- Il veut exposer Sarah… genre animal de foire. Elle m'a appelé et je lui ai dit que vous m'attendiez quand elle a voulu savoir ce que David avait en tête. Je refuse qu'on l'utilise… ça va trop loin.

J'ai rarement vu mon frère essayer de se maîtriser, mais il sait très bien qu'une seule étincelle de sa part… et je pars au quart de tour pour le soutenir. On est dans la même merde après tout… si on commence à exposer Sarah… vont très vite suivre Lena et Julie, ce n'est qu'une question de temps. Pour le coup, je peux vous assurer qu'il essaye de se maitriser.

Et puis, sans jalousie aucune, je sais qu'il aime beaucoup ma puce, amicalement parlant j'entends… et on ne touche pas aux gens que Bill aime. C'est une règle élémentaire de base si on veut pouvoir survivre avec lui dans les parages.

- Bon, je te propose qu'on termine cette foutu répétition qui se passe si mal et puis on essaye de trouver une solution à ton problème… ça te va ?

J'ai pas vraiment le choix, je peux pas lâcher le groupe maintenant. J'accepte donc lamentablement la proposition de mon frère et on retourne ensemble dans la salle de musique où le pauvre Georg est en train de tenir une chandelle du diable.

- Heu… les amoureux… vous ne voulez pas en laisser pour ce soir ? – Gueule-t-il en nous voyant arriver. Vous tombez bien les mecs, j'arrive pas à les décoller !

Je m'apprête à sortir une réplique bien cinglante sauf que commence à raisonner une musique de portable que je ne connais pas… avant de s'arrêter dans la seconde. C'est finalement ce petit événement insignifiant qui fait enfin décoller Julie des genoux de Gustav.

- Merde ! Pourquoi elle a raccroché !! – Gueule-t-elle en regardant son portable qu'elle a sorti de la poche de son jean.

Et elle fait sa vie comme si nous n'étions pas dans la pièce… comme d'habitude en fait. Cette nana est impressionnante de sans-gêne. J'adore ! On se regarde entre mec, cherchant une explication à son attitude mais je pense piger quand je l'entends hurler en français avec un sourire qui fait trois fois le tour de sa tête.

Georg soupire d'agacement et s'installe sur une chaise en posant son menton dans une main… impossible de faire quoi que se soit avec cette furie en train de parler comme si elle était seule. Personnellement, je ne la quitte pas des yeux et ce passe alors deux événements presque consécutivement. J'entends clairement un « Tom » dans la conversation et le visage de Julie s'obscurcir dans la seconde qui suit.

- Qu'est-ce qu'elle a ? – Je m'inquiète alors aussitôt.

Et voilà… je me fais encore rembarrer ! En même temps, elle sait trouver les arguments qui font mouche, vue la couleur écrevisse qu'ont prise les joues de Gustav. Mais moi… j'ai un mauvais pressentiment, qui ne fait qu'accroitre quand elle glisse un regard vers moi avant de fermer la porte derrière elle.

Je regarde ma montre qui m'indique presque midi avant de reporter mon attention sur mon frère…

- Bill, faut qu'on parle.

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POV Sarah

Une bonne journée de merde comme ça fait quinze jours que je n'en avais pas eu. Si je fais le point sur ce que j'ai fait aujourd'hui, ça se résume bien vite : un peu de ménage, beaucoup de prise de tête, le tout saupoudré de « ruminage ».

Autant dire que je ne suis pas dans de superbes dispositions quand je rentre enfin à la maison.

- Ton portable n'a pas arrêté de sonner ! La prochaine fois, prends-le avec toi pour aller bouder…

Et voilà par quoi je me fais accueillir, elle ne m'épargnera rien du tout.

- Je ne boudais pas ! – Je réponds de façon extrêmement mature avant de m'engouffrer dans l'escalier qui me mène à ma chambre.

Elle tente tant bien que mal de me faire descendre pour dîner, mais tous ses essaies se fracassent systématiquement à mon mur de silence. J'ai faim pourtant, mais satisfaire mon corps ne me fera que rappeler ma souffrance morale. Il me manque… encore plus que la première fois si c'était possible… parce que je ne sais pas quand je le reverrai, parce que je ne sais pas quelle excuse débile pourrai justifier que je l'appelle toutes les heures pour ne serai-ce qu'entendre sa voix, parce que j'ai envie de me retrouver dans ses bras toutes les nuits, parce que je suis incapable de me passer de lui… tout simplement.

C'est complètement épuisée que je me fais sortir des bras de Morphée le lendemain matin par une maman surexcitée. Je me suis couchée avec les vêtements de la veille au dessus de la couette et me suis mise en position du fœtus toute la nuit pour me tenir un minimum chaud… ça n'empêche pas ma gorge de ma chatouiller un peu.

- Sarah… il est bientôt midi. Va prendre une douche et descends, je voudrais te présenter quelqu'un.

- Ça peut pas attendre une autre fois ? – Je tente d'articuler alors que je baille à m'en décrocher la mâchoire.

- Non, ça ne peut pas attendre. Et s'il te plait… fais-toi belle comme tu sais le faire. Je peux te faire confiance ?

Je la chasse de ma chambre en lui promettant de faire un effort avant de sauter sous la douche.

Tout en me lavant les cheveux, je tente d'imaginer les fringues que je pourrais enfiler pour « me faire belle » mais là comme ça… j'ai pas vraiment le déclic. En plus, j'ai beau réfléchir, je ne vois pas qui est-ce qu'elle aurait envie de me présenter ? Puis tout d'un coup, une lumière s'allume au fond de mon crâne : ça se trouve, elle a remplacé papa ! Oh le pauvre mec… vu l'humeur massacrante que je traîne depuis deux jours, je vais lui faire la misère !

C'est finalement dégoulinante d'eau que je me plante devant mon armoire avec la ferme attention de m'habiller comme je l'entends… aucune chance que je me fasse jolie pour un type comme ça. Donc, mon jean… qui me moule plus qu'il y a quinze jours, c'est toujours ça de pris ; et un tee-shirt. Je pose la main sur la trousse à maquillage qui traîne encore sur mon bureau et ouvre un tiroir pour la balancer dedans… je ne veux faire aucun effort.

Je me rends bien compte de l'absurdité de la situation, je déteste déjà ce mec avant même de l'avoir rencontré mais… savoir qu'il risque de remplacer mon père, c'est quelque chose que je ne suis pas encore prête à accepter. Pourtant, ne serait-ce que pour ma mère, j'essayerai de faire bonne figure… elle a le droit au bonheur aussi non ?

Allez hop, il est temps de descendre voir le grand méchant loup et c'est le moral dans les chaussettes que je m'arrête discrètement dans l'entrée pour le détailler un peu. Il est de dos, en train de regarder les photos qui trônent sur la poutre de la cheminée et tout ce qui me vient à l'esprit, c'est un « putain qu'il est grand ! ». Je respire un coup pour rassembler mon courage et me répète comme une litanie de ne pas oublier d'être polie… ne pas oublier d'être polie… ne surtout pas oublier d'être polie…

Il est brun, quelques cheveux blancs et est tellement concentré sur ce qu'il regarde qu'il n'a pas l'air de m'avoir entendu.

- Bonjour. – Je lance mollement pour attirer son attention.

D'un coup d'œil circulaire, je m'aperçois que ma mère n'est pas là… elle a osé me laisser seule avec lui la garce ! Mais mon choc n'en est que plus terrible quand il se tourne enfin.

- Bonjour Sarah. Comment ça va ? – Me demande-t-il tout sourire.

Ma respiration se bloque immédiatement au fond de ma gorge, et je dois avoir l'air complètement débile. Le pire reste à venir lorsque j'arrive à ouvrir la bouche pour me mettre à bafouiller.

- Sa… Saki…. Mais qu'est… qu'est-ce que vous faite ici ?

- Il est venu accompagner ce jeune homme… – Entends-je alors dans mon dos.

Je regarde ma génitrice et surtout qui est-ce qui se trouve à ses côtés… et là, je suis obligée de m'agripper au dossier d'une chaise pour aider mes jambes qui sont à deux doigts de flancher.

- On vous laisse. – Annonce ma mère en entraînant Saki dans la cuisine.

Tom… dans mon salon… je me pince discrètement un bras pour vérifier que je ne rêve pas mais non… il est toujours là, souriant de toutes ses dents.

- Putain puce… t'as une de ces têtes ! T'as pas dormi de la nuit ou quoi ?

Je suis clouée sur place… il est là, devant moi mais l'information n'arrive pas jusqu'à mon cerveau. Lui s'approche de moi comme si on s'était quittés le matin même et d'un coup, toutes les émotions se déversent en même temps que mon cœur se remet à battre. Je casse notre lien visuel pour qu'il ne puisse pas lire le trouble que je suis en train de ressentir… je sais que mes yeux ont toujours tendance à parler plus facilement que moi.

- Hey. – Murmure-t-il en me passant un doigt sous le menton pour me faire relever la tête. Bonjour toi.

Il a un regard si doux pour moi que le peu de moyen qu'il me restait s'envolent en fumée et sous le coup d'un trop grand nombre de mots qui veulent sortir de ma bouche en même temps, je n'arrive qu'à articuler des bouts de phrases complètement incohérentes.

- Je… Bonj… Qu'est-ce-que… Tom…

- Oui, c'est moi ! Maintenant que tu m'as reconnu… je peux t'embrasser sans risquer de me faire assommer ?

Mais je n'écoute même pas ce qu'il a à me dire et lui saute dessus pour le serrer tout contre moi. Je ne comprends toujours pas ce qu'il fait au milieu de mon salon mais je veux profiter de chaque seconde de sa présence. Je sens sa main jouer dans mes cheveux alors que ma tête repose sur son épaule… j'ai l'impression d'avoir été séparée de lui pendant des mois tellement le manque était important.

- Qu'est-ce que tu fais là ? – J'arrive enfin à demander, et après ça, j'enchaîne les questions sans arriver à m'arrêter. Comment t'es venu ? T'es arrivé à quelle heure ? Où sont les autres ? Tu repars quand ? Pourquoi tu… hummm.

Mon flot de parole est endigué par ses lèvres se posant dans mon cou et je ne peux empêcher tout mon corps de réagir.

- Tu ne veux pas me faire un bisou avant de commencer ton interrogatoire… tu m'as manqué.

Je crois que mon cœur essaye de quitter mon thorax tellement il bat fort suite à sa déclaration… il ne peut pas me dire ça et espérer que ça ne me fasse rien.

- Viens !

Je lui prends la main et l'entraîne à travers toute la maison jusqu'à le faire entrer dans ma chambre. Je le laisse faire quelques pas dans mon antre et manque de ricaner en voyant son air de petit garçon quand il découvre ma bibliothèque. Je profite que son attention soit occupée pour refermer la porte sur laquelle je pose mon front pour essayer de me remettre de la surprise, mais le fait de le sentir dans la même pièce que moi m'empêche vraiment de me calmer. Je me tends d'ailleurs un dixième de seconde quand il passe ses bras autour de moi pour me ramener à lui… en se moquant un peu au passage.

- Si j'avais su que ça te ferait tant d'effet, je serai venu avec un appareil photo. Je t'assure que ta tête valait le coup d'être immortalisée !

Je l'insulte gentiment d'idiot et me retourne pour enfin lui ravir ses lèvres… ce qu'il devait attendre avec autant d'avidité que moi parce qu'il m'enserre d'avantage faisant passer une main dans ma nuque pour pouvoir approfondir notre baiser, alors que son autre descend irrémédiablement vers mes fesses.

Tout de lui m'a manqué, ses mains, son sourire, sa tendresse, ses baisers, son rire… sa présence me décuple les sens et c'est machinalement que je remonte son tee-shirt en le froissant entre mes mains. Je laisse le bout de mes doigts passer sur le tissu de son caleçon qui dépasse comme de bien entendu de son pantalon, pour remonter vers son dos et redécouvrir enfin sa peau.

- Puce… humm… laisse tes doigts tranquilles. – Me dit-il en abandonnant ma bouche pour s'attaquer à mon cou. Sinon je vais au bout de ce que j'ai envie de te faire et je ne suis pas certain que ta mère apprécierait d'entendre sa fille crier.

Je ricane doucement et m'éloigne de lui pour m'installer en tailleur sur mon lit. Le plus loin possible de lui, histoire d'avoir une certaine sécurité.

- Espèce de vantard… je n'ai jamais dit que je te laisserai faire et puis de toute façon… je voudrais bien avoir quelques réponses avant.

- Qu'est-ce que tu peux être curieuse !

Je le regarde s'installer à mes côtés avec une légère angoisse. Lui… moi… mon lit… mais je n'ai pas le temps d'aller plus avant de cette tentation car il reprend la parole.

- Alors je suis arrivé par avion ce matin, ma tendre mère, jugeant le trajet trop inhabituel, à supplier Saki de m'accompagner. J'ai demandé ton adresse à Julie, ce qui nous a permit d'arriver jusqu'ici sans encombre et quand aux autres… ils m'attendent patiemment à la maison. Enfin je crois. Voilà !

Il termine son récit avec un sourire à damner un saint et moi, j'attends désespérément une suite qui manifestement ne vient pas.

- Voilà ? Voilà ?? Mais non pas « voilà ! »… mais qu'est-ce que tu fais ici ?

Bon, d'accord, ma voix est un peu partie dans les aigues mais… je suis désolée c'est pas dans mes habitudes de voir Tom débarquer dans mon salon !

- T'as vraiment des questions connes des fois. Je suis venu te voir, c'est pas assez clair ?

J'ai un sourire plein de tendresse pour cet homme… qui me surprendra toujours. Il jette un œil autour de lui pour regarder ma chambre et je ne peux m'empêcher de constater :

- Ça me fait super bizarre de te voir ici en fait !

- Ouai ? N'en prend pas trop l'habitude.

… Ok, ça fait plaisir à entendre. Si je comprends bien, il ne reviendra pas de si tôt. Pourquoi est-ce qu'il vient maintenant alors ? Il veut rompre peut-être ?

Mille questions se bousculent dans ma tête alors qu'il soupire tristement en me voyant me torturer les méninges.

- Tu sais ce qui me ferait super plaisir ?

Je le regarde, bouche close, mais à l'affut de la moindre information qui me permettrait de savoir ce qu'il se passe. Il reprend la parole, sérieux comme je l'ai rarement vu.

- Je voudrais vraiment… mais alors vraiment, que t'es un minimum de confiance en moi.

Ah c'est tout ? Facile !

Sauf que je me prends une claque magistrale en réalisant l'état dans lequel je me suis mise en deux jours à cause de lui. Et devant son regard déçu, je ne peux m'empêcher de m'excuser.

- Je ne veux pas que tu t'excuses ! Je voudrais que tu crois en nous autant que moi… je n'ai pas envie de me lancer dans une histoire si je dois m'inquiéter de savoir si tu seras toujours là demain dés qu'il se passe un truc qui te dépasse un peu.

Je l'invite à poursuivre en lui faisant un geste de la tête, simplement parce que je ne peux pas parler tellement ma gorge est nouée en ce moment même.

- Je t'aime… je ne sais pas ce que je pourrai te dire de plus qui te rassurerai mais je ne vais pas pouvoir courir ici tous les trois jours pour vérifier que tu vas bien. Même si je le voudrais, crois-le bien.

J'avale un peu de salive et lui demande s'il a vu Julie avant de venir jusqu'ici.

- J'ai pas eu besoin, je commence à te connaître un minimum et vu la scène que tu m'as faite pour la photo le jour du concert… j'ai pas vraiment cru à ton « je vais bien, tout va bien » si soudain.

Je lui parle alors à cœur ouvert de mes craintes débiles et surtout de ma découverte sur Internet… et il a la même réaction que Julie à savoir qu'il éclate de rire… merci pour le soutient !

- C'est tellement important pour toi de plaire à tout le monde ? Moi-même je ne plaie pas à tout le monde ! Et puis franchement… je ne veux pas me vanter mais j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup d'ex… je t'ai vu casser la gueule à Jenifer et t'as peur de nanas que tu ne connais même pas ? Je vais pas pouvoir rejeter toutes les filles qui vont vouloir une photo ou un autographe ou même un sourire ! Je sais que je te demande beaucoup, mais je ne vais pas avoir le temps matériel de m'inquiéter de savoir si tu m'attendras. Est-ce que tu crois que tu pourras faire avec ?

Je m'apprête à répondre mais il lève sa main pour me couper dans mon élan.

- Et je veux une réponse honnête… je refuse que tu me dises oui si tu as ne serait-ce qu'un petit doute que non.

Ok… s'aimer et coucher ensemble c'est bien, mais je confirme, ça ne résout absolument rien. La preuve puisque nous voilà au cœur même du problème et je dois maintenant prendre une décision qui peut changer toute ma vie. Je réfléchis le plus vite possible mais le fait qu'il ait tout plaqué pour venir me voir et faire le point, et surtout, ce regard qu'il ne lance qu'à moi finit de faire valser mes derniers doutes.

- D'accord.

Il lève un sourcil en une parfaite imitation de son frère, l'air plutôt interpellé.

- D'accord quoi ?

- D'accord sur tout. J'oublie ou du moins j'essaye, les jolies filles qui te courent après, je tente de ne plus m'inquiéter et… heu… je te fais confiance.

Un petit sourire commence à naître sur son visage mais je rajoute rapidement :

- Mais ne t'attends pas à ce que je ne sois plus jalouse !

Il acquiesce avant de me questionner à nouveau.

- Promis ?

- Promis ! – Lui dis-je plus sûre de moi que jamais.

Il camoufle alors un petit ricanement derrière sa main en me provoquant comme quoi je ne tiendrai pas.

- On paris ? – Je lance effrontément.

On se tape alors dans la main pour valider puis je le regarde s'allonger de tout son long sur mon lit. Mon plafond à l'air d'être une œuvre d'art à ses yeux tellement il le scrute avec insistance.

- Je suis pourtant certain de te faire paniquer en trois secondes.

Il me lâche ça l'air de rien et je lui assène un « que de la gueule » pour le faire réagir. Il se retourne enfin vers moi et j'ai l'impression de m'être faite avoir en beauté en voyant son air de triomphe. Tout ça ne me dit rien qui vaille et cette espèce de gamin laisse planer un suspens que j'ai bien du mal à soutenir. Il joue tranquillement avec son piercing, me regardant droit dans les yeux… pour enfin lâcher sa bombe.

- Viens vivre avec moi en Allemagne.

- Que… quoi ??

Ok, il a gagné, je panique !

- Rentre avec moi. C'est nul quand t'es pas là… tu me manques trop, j'arrive pas à me concentrer sur ma guitare quand je m'inquiète pour toi. Et puis…

- Non mais tu délires ? – Je lui coupe alors la parole en me relevant de sur le lit. Je peux… Je peux pas partir comme ça, j'ai rien moi là-bas !

J'ai l'impression de l'avoir blesser, il n'a pas changé spécialement d'attitude mais ses yeux ont perdu un peu de leur malice. Il se détourne pour recommencer à regarder le plafond avant de murmurer :

- Tu m'as moi…

Mon cœur se serre à ses mots. Oui je l'ai lui mais ça ne règle pas tout.

- Tom… ne confond pas tout. Je n'ai nulle part où aller et je refuse de squatter chez ta mère. Quand à mon compte en banque, il est plus que limité pour me payer l'hôtel tu vois !

- J'étais sûr de te faire paniquer… T'auras pas tenu bien longtemps.

- Mais t'as vu ce que tu me demandes ? – Je m'égosille alors.

Il se relève aussi de mon lit et se plante devant moi.

- Et alors… ce que je te demande ! Franchement, qu'est-ce qui te retiens ici ? Ta mère tu pourras la voir quand tu veux… Deux heures d'avion, c'est pas le bout du monde.

Il approche une main de mon visage mais je recule d'un pas pour laisser un peu plus de distance entre lui et moi. A quoi va ressembler ma vie là-bas ?

- Et tu vas faire quoi ? M'installer gentiment à l'hôtel et passer me voir quand tu voudras tirer ton coup ?

Mauvaise foi… quand tu nous tiens !

- Je t'ai aussi demandé d'avoir confiance en moi… ça non plus ça n'aura pas duré longtemps.

Merde ! Je suis trop conne ! Je passe mes mains dans mes cheveux et me laisse tomber comme un sac sur la chaise de mon bureau.

- Ok… heu... désolée. J'ai un peu de mal à tout assimiler, je m'attendais pas vraiment à tout ça… c'est quoi ton plan ?

Il s'accroupit à mon niveau, mauvaise humeur complètement envolée.

- On emménage avec mon frère… C'était sûr que tu ne voudrais pas t'imposer chez notre mère… et c'est presque mieux comme ça. Par contre, je ne peux pas me séparer de mon jumeau… désolé.

Il chamboule toute sa vie pour moi, et il est encore désolé ? Je ne mérite même pas un mec comme lui.

- Et je vais faire quoi pendant vos mois de tournée ?

Il recommence à arpenter ma chambre en faisant pleins de geste avec ses mains comme il sait si bien le faire.

- J'en sais rien moi… tu iras tenir compagnie à Andreas… vérifier que Lena est fidèle à mon frère… tu peux même venir avec moi si tu veux. Sarah… je ne te vends pas une prison dorée, tu continueras de vivre comme tu l'entends. Je… je refuse juste de vivre un truc avec toi si c'est pour te parler une fois par mois sur Internet. Trouve-moi une bonne raison, une seule, pour ne pas venir et promis… je n'insiste plus.

Ça y est, la conversation arrive à son terme. Il se force à paraître cool et pourtant je vois tout son corps se tendre… mais, j'ai une dernière cartouche !

- David…

- … n'est pas mon décisionnaire ! Oui, je ne te cache pas qu'il va vouloir qu'on fasse une déclaration par rapport aux photos qui sont sorties dans les journaux hier mais… tu sais bien que je ne ferai rien si tu n'es pas d'accord.

Une déclaration… il ne manquait plus que ça à mon bonheur.

- Je repars ce soir… avec ou sans toi. On a une émission à assurer demain et je ne peux pas lâcher les mecs comme ça. Excuse-moi de te mettre la pression comme ça mais…

Il s'arrête de parler en me regardant me mettre à quatre pates sur le parquet pour tirer un gros carton de sous mon lit. J'aperçois d'ailleurs son regard.

- C'est moi où t'es en train de me mater le cul, Tom ?

- Voyons puce ! Je l'ai vu sous un angle beaucoup plus intéressant. Y'a quoi dans ta boîte ? – Demande-t-il en faisant un petit geste du menton vers ce que je tiens entre mes mains.

- Ma valise ! S'il faut partir ce soir, je n'ai pas vraiment de temps à perdre. – J'annonce alors le plus simplement du monde.

- Sérieux ? Tu viens ?

Il demande ça les yeux écarquillés… comme s'il n'y croyait pas.

- Je t'ai promis un truc tout à l'heure et j'ai pour habitude de tenir mes promesses.

Il a paru tellement heureux que j'ai finalement eu l'impression de ne jamais l'avoir vu sourire. On s'est embrassés pour sceller ce nouveau pacte et à cet instant présent, j'ai su que je prenais la meilleure décision de toute ma vie.

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Convaincre ma mère a été une des choses les plus simples que je n'ai eu à faire. Elle m'a aidé à faire mes valises et c'est limite si elle ne nous a pas mis dehors pour qu'on parte le plus vite possible. Avec le recul, je me demande si elle n'avait pas simplement peur que je ne change d'avis.

Notre arrivée en Allemagne ce jour-là a été un peu plus problématique. Apparemment, Tom était parti sans aucune précaution et un paquet de journaliste l'attendait à l'atterrissage. Je n'ai pas cessé de remercier Simone pour avoir obligé Saki à l'accompagner… il nous a été d'une aide plus que précieuse pour passer tous ces envahisseurs !

Tom m'avait prévenu qu'il faudrait habiter quelques jours encore chez sa mère, le temps de régler tous les papiers pour leur nouveau « chez eux » et Bill m'a sauté dans les bras en me voyant arriver dans leur jardin. Il n'a eu que des paroles gentilles en me promettant qu'il serait toujours là pour que ma nouvelle vie me pèse le moins possible.

Tout n'a pas été comme sur des roulettes après ça. Il a fallut que je réapprenne à faire confiance à un homme, que Tom apprenne ce que c'est que d'avoir une copine « officielle » et surtout que j'arrive à me faire accepter dans leur monde. On s'est beaucoup fait critiquer, sur notre différence d'âge (deux ans pourtant… ce n'est pas le bout du monde !!), sur le fait qu'il était bien jeune pour se caser, des rumeurs dégueulasses ont fait le tour de la planète en m'annonçant tous les deux jours que j'étais cocue (même quand il avait passé la journée avec moi d'ailleurs) mais je crois que tout ça n'a fait que souder d'avantage notre couple au fil du temps.

J'ai été entouré, pendant cette période, comme jamais je ne l'avais été de ma vie et après des débuts un peu houleux, je vis maintenant le plus beau de tous les rêves. Simone a toujours était là pour moi et c'était toujours vers elle que j'allais quand ma propre mère me manquait de trop.

- Tu ne devrais pas porter ça, c'est trop lourd ! – Me gronde Julie depuis la cuisine.

Julie et Gustav ? Ça a été un peu plus compliqué. Mademoiselle a absolument voulu terminer ses études et la distance n'aidant pas vraiment, ils se sont séparés quelques temps… pour mieux se retrouver par la suite. Ni lui, ni elle, n'ayant réussi à faire une croix sur l'autre.

- Ça va, je ne suis pas handicapée ! – Je lui balance alors en posant finalement mon sac de course avant de m'asseoir comme je peux sur le canapé.

Quatre ans sont passés… Quatre sacrées années... mais quand je passe ma main sur mon ventre tout rond, je me dis que je n'ai rien à regretter.

FIN