« Zen, à table ! »
« J'arrive ! »
Abandonnant son téléphone sur son lit, Zen prit un instant pour se renifler, puis rassuré de son odeur corporelle, il vint s'installer devant le plat de lasagnes fumantes.
En l'avisant, Milena soupira, sans cesser de couper des parts avec la spatule.
« Tu as encore enlevé ton collier. »
Il haussa les épaules.
« Au moins, comme ça, tu es sûre de ne pas avoir gaspillé ton argent avec ces stickers. » répliqua-t-il, désignant du menton la fenêtre à présent dépolie de la cuisine.
« J'ai précisément acheté ce film opacifiant parce que tu te promènes toujours comme ça ! » siffla-t-elle, exigeant d'un geste de la main qu'il tende son assiette.
Il obtempéra. Le sujet n'était pas nouveau. Tout avait déjà été dit, et il n'était pas inconscient non plus. Jamais il ne sortait sans le collier. Jamais.
Il se resservait de sa quatrième part lorsqu'il avisa le regard inquiet de sa mère.
« Quoi ?! »
Milena jeta un regard entendu à sa main.
« Tu as de l'appétit... »
Avec un grincement, il lâcha la spatule, et lui tendit sa paume.
« M'man, j'ai bossé toute la journée dans la réserve ! Manu à planté la faucheuse dans la boue. Il a fallu enlever une tonne de terre pour la sortir. J'ai faim parce que j'ai travaillé dur, OK ?! »
Après un rapide examen de sa paume, elle lui rendit sa main.
« OK, désolée. »
Roulant des yeux, il acheva de se resservir.
« Je te dirai quand mes schiitars s'ouvriront. Promis. »
« Je sais, mon chéri. Je sais. »
« Alors fiche-moi la paix ! »
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« Hé, qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit-il, curieux et avide de trouver une excuse pour procrastiner.
« Je révise pour mes examens du bac. Et toi ? » répondit Rorkalym.
«J'essaie aussi de réviser... Sérieux, à quoi ça peut bien me servir de savoir comment les cerfs se reproduisent ?! »
« Ça fait partie de ton apprentissage. Tu veux venir réviser avec moi ? »
Un instant, Zen hésita à décliner. Rory ne plaisantait pas avec les devoirs. Puis, à contrecœur, il accepta. Il n'avait qu'une journée de cours théorique par semaine, mais avoir trop de mauvaises notes pouvait lui faire rater son année d'apprentissage. Et ça, sa fierté le lui interdisait.
« OK. Tu montes ? J'ai la flemme de bouger. »
Pas besoin d'être dans la même pièce que son ami pour savoir qu'il roulait des yeux.
« J'arrive. »
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« A bas les taxes sur les tampons ! A bas les taxes sur les tampons ! » s'égosilla Tania.
Changeant de bras pour reposer le gauche, douloureux à force de brandir sa pancarte, Ilinka martela le mantra du pied.
« Y'a un blème avec tes cousins ? » s'enquit Tania, lassée de beugler.
« Non ! Pourquoi, il devrait ? »
L'adolescente haussa les épaules.
« J'sais pas. D'habitude, t'es tout le temps fourrée avec eux, et là, tout à coup, on vous voit plus ensemble... »
Ilinka sourit, un peu tristement.
« Non, c'est juste que Rory prépare son bac, et Zen travaille beaucoup actuellement... J'essaie de pas trop les distraire. »
« C'est vrai que la grande perche est en troisième... » musa Tania. « J'espère pour lui qu'il va pas se planter. »
Ilinka opina, les lèvres pincées.
Tania, pas plus préoccupée, s'époumona à nouveau : « Tampons gratuits ! Les règles, c'est pas une option ! »
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« Rhaaaa, mais j'en peux plus ! Mais quelle abrutie ! »
Le râle mental de Zen'kan résonna dans l'Esprit, vibrant de son ennui.
D'une pensée cinglante, Rory lui intima l'ordre de se taire. Ce n'était pas parce qu'il ne s'intéressait pas à la sociologie des marchés que le sujet était forcément nul.
Inconscient de cette interruption, l'étudiante en master poursuivit son exposé, s'assurant de temps en temps qu'ils comprenaient bien les termes qu'elle utilisait.
Une heure plus tard, la petite conférence privée prit fin, dans un éclat de joie de Zen'kan. Tandis que son ami s'éclipsait avec trop d'enthousiasme pour être poli, lui restait pour approfondir un ou deux points en compagnie d'Ilinka.
Sa curiosité satisfaite, il rentra. Les résultats des examens n'étaient pas encore tombés, mais il était relativement confiant. Et Selk'ym avait été clair. Ses schiitars n'étaient pas encore réellement ouverts. Il n'avait donc aucune raison de ne pas poursuivre ses études. Mais pour poursuivre, il lui fallait choisir un domaine d'études. Cela faisait déjà quelques jours qu'il se penchait sur les programmes proposés par l'université et les différentes hautes écoles de la région. Tant de choix, tant de choses intéressantes à apprendre ? Si peu de possibilités !
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« Allez, Ilinka ! »
La supplique d'Arnaud était toujours la même. Ilinka secoua la tête.
« Je vous ai aidé. C'était exceptionnel. Parce que Zen n'était pas là. »
« Mais... Ce serait trop bien de t'avoir aussi. De vous avoir tous les deux au chant ! Hé, vous autres, dites-lui ! »
Sébastien opina vigoureusement, Sam fit éclater une bulle de chewing-gum, Zen la fixa, plein d'espoir.
Elle hocha la tête de gauche à droite.
« Non, c'est non. »
« Rhooo, allez ! »
« Non ! »
Agacée, elle quitta le garage. Le jeune homme tenta de la suivre. Se retournant, elle lui feula dessus. Les lèvres pincées, il recula, les mains levées en signe de paix. Agacée, tant par son insistance que par sa propre réaction, elle partit, récupérant son vélo avant de s'enfoncer sous les frondaisons étouffantes de la réserve. A son plus grand soulagement, Zen'kan n'essaya pas de la suivre.
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« Je suis fier de toi, fils. »
Le compliment était bon. Autant que le petit « obtenu avec mention » écrit en gras sur son diplôme. Il avait réussi, comme il était attendu de lui. Non seulement, il n'avait déçu personne, mais en plus, il faisait la fierté de Selk'ym.
« Merci, père. »
« Tu as choisi pour la suite ? »
Opinant, Rory partit chercher son téléphone, afin de montrer à son père les pages Internet des curriculums qui l'intéressaient.
« J'hésite encore entre trois choses. J'ai opté dans tous les cas pour des prépas. C'est un peu plus généraliste que des spécialisations. Comme j'hésite, ça me permettra de me faire un avis sur le sujet. »
L'hybride opina, observant avec attention le petit écran.
« Donc, je balance entre une préparatoire en sciences humaines et sociales. Psychologie, socioéconomie, histoire, etc. Une préparatoire en biologie – génétique, microbiologie, zoologie, ce genre de chose – et enfin, une préparatoire en mathématiques. Ce qui me permettrait de partir sur n'importe quelle science dure par la suite... »
Selk'ym opina, mortellement sérieux.
« Tous de très bons choix. Les sciences sociales pourraient t'être utiles dans le futur, mais toutes seront codées selon les us et coutumes terriens, donc la plupart de ce que tu pourras y apprendre ne vaudra pas dans Pégase... Les sciences terriennes sont un peu rudimentaires, mais au moins, les lois de la physique ne changent pas d'une galaxie à l'autre... »
Sans hésiter, Rorkalym ferma l'un des trois onglets.
« Plus que deux. »
Ils restèrent tous deux une longue minute à fixer l'écran, qui finit par se mettre en veille.
« Je vais voir s'ils ont pas une journée d'information ou quelque chose du style. » finit-il par capituler.
Son père approuva d'un grondement.
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« Hé, Lili, ça va ? »
Forçant un petit sourire sur ses lèvres, elle opina.
« Oui... c'est juste que cette année, on va être tous séparés... » souffla-t-elle, malheureuse.
Les garçons échangèrent un regard, puis Rory lui passa une main réconfortante dans le dos, avant que Zen ne se vautre à moitié sur ses épaules.
« Oooooh ! On va te manquer ? » se moqua-t-il.
Elle le fixa, les sourcils froncés.
« Bien sûr ! »
Zen'kan ricana comme un abruti, puis Rory lui mit un coup de coude.
« C'est vrai que pour toi, c'est nouveau. Tu as toujours été soit avec Zen, soit avec moi. Mais ne t'en fais pas. On se verra quand même tous les soirs, et puis... on sera toujours là. » la rassura l'aîné, se tapotant la tempe.
Elle opina. Il avait raison, bien sûr... Mais cela ne rendait pas la chose moins pénible. Elle n'avait pas envie d'être seule. C'était rassurant de savoir qu'au moins un de ses amis était toujours là, près d'elle.
Zen'kan, toujours vautré sur ses épaules, se pencha un peu.
« Tu vas pas pleurer, hein, Lili ? » demanda-t-il avec malice, la serrant dans ses bras, la berçant comme si elle était un enfant qui s'est écorché le genou.
Découvrant les dents, elle gronda. Riant toujours le jeune mâle se redressa.
« Quoi ? Tu veux te battre ? Tu veux te battre ? » plastronna-t-il, tenant ses poings devant lui comme un boxeur de foire, et sautillant sur place.
Se redressant avec morgue, elle rejeta ses cheveux par-dessus son épaule.
« Non. Je ne relève les défis que quand ils en valent la peine. »
Zen'kan poursuivit sa comédie quelques instants, puis avec un air exagérément défait, se rassit.
« Z'êtes pas drôles... »
« Contrairement à toi, qui es un véritable clown. » ironisa Rory, pince-sans-rire.
Zen gronda en grimaçant, la faisant rire.
Pourquoi les vacances d'été ne pouvaient-elles pas durer pour toujours ?
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« Pfff, qui est le débile qui a eu cette idée de merde ?! » geignit Marie, écartant une branche de sapin.
Personne ne répondit. A quoi bon ? Aucune réponse ne satisferait la jeune femme, et au vu de la tenue qu'elle avait choisi de porter pour cette randonnée-chasse au trésor, son humeur ne risquait pas de s'améliorer.
Jetant un coup d'œil à sa montre, Ilinka grimaça. Le soleil allait bientôt se coucher. Elles avaient des lampes-torches, et elle n'avait personnellement aucun problème à se trouver en forêt de nuit, mais quelque chose lui disait que ce ne serait pas le cas de ses trois camarades.
Au moins, pour une fois, Tania serrait les dents et endurait en silence, contrairement à Marie et à Julie, qui ne rataient pas une occasion de se plaindre.
« Il nous reste combien de points de contrôle à atteindre ? » s'enquit-elle.
Tania déplia le plan sans enthousiasme.
« Quatre. »
« Je peux voir ? »
L'adolescente lui tendit le document. Elles avaient trouvé les cinq premiers postes, situés le long de la rivière. Sans Marie et Julie, elles auraient sans doute déjà terminé l'intégralité de la course, mais les deux citadines n'avaient cessé de réclamer pauses et repos. Et plus le temps passait, plus le rythme ralentissait. Chaque équipe était censée rester ensemble. Il ne s'agissait que d'une course scolaire de début d'année afin d'aider la classe à se lier, mais l'esprit de compétition d'Ilinka se refusait à abandonner. Déjà qu'elles allaient être bonnes dernières... Elle prit une décision.
« Vous êtes crevées. Je vais vous accompagner jusqu'au sentier, ici, et on va se séparer. Je vais aller valider les quatre autres postes. Vous, vous faites demi-tour et vous rentrez au refuge. Je vous rattraperai en route. OK ? »
« Tu vas jamais arriver à tous les faire avant qu'on soient rentrées, la boucle est méga longue. » objecta Marie.
« Pas si je coupe par ici. » répliqua-t-elle, désignant le chemin le plus direct jusqu'au prochain poste.
« Mais y a la rivière entre deux... »
« Elle est pas profonde et il y a plein de rochers qui affleurent, je pourrai traverser à gué. »
« T'as pas peur de te perdre ? »
Elle faillit lui expliquer qu'elle était la fille d'un garde-chasse. Qu'elle avait grandi au bord d'une réserve naturelle et qu'elle savait parfaitement s'orienter. Mais c'était gâcher de la salive.
« Non. »
« T'es sûre que ça va aller ? » s'enquit Tania, les sourcils froncés.
« Ouais, sûre. On devrait pas traîner si on veut rentrer avant la nuit. » répondit-elle, leur faisant signe d'obliquer sur le sentier qui redescendait en direction du refuge.
Au bas de la petite colline arborée, Ilinka leur désigna la route à gauche.
« Vous suivez la route, et au croisement, vous partez à droite ? OK ? »
« Heu... » hésita Julie.
« Putain, tu sais différencier la gauche et la droite, merde ?! » siffla Tania.
L'intéressée rougit, alors que l'adolescente colérique la poussait en avant.
Rassurée de savoir que les trois étaient en bonne voie pour rentrer en toute sécurité, Ilinka s'enfonça sans hésiter dans le sous-bois, droit en direction du prochain poste.
En moins de trois minutes, elle arrivait à la rivière, qui, comme elle l'avait prévue, était facile à traverser. Moins de dix minutes plus tard, elle avait validé un sixième poste, d'un adorable tampon de faon, posé sur un banc taillé dans un tronc tombé. Le chemin menant au prochain poste serpentait dans les bois sur un bon kilomètre. Prenant un petit trot, elle partit tout droit à travers la sylve, jusqu'à arriver à sa prochaine destination. Plus que deux tampons !
Comme les choses allaient plus vite sans les deux chouineuses ! La luminosité baissait de plus en plus nettement, mais en y mettant du sien, elle pouvait encore y arriver. Elle repartit de plus belle.
Le huitième emplacement n'était plus très loin.
Un immense pin sylvestre tout seul au milieu de la petite clairière formée par son ombre imposante.
L'indice de la carte disait : « Le roi toujours vert de la forêt », et elle était absolument certaine d'être au bon endroit, certitude renforcée par les nombreuses empreintes de pieds autour du tronc. Mais aucune trace du tampon-encreur dédié.
Un des autres groupes l'aurait-il volé pour empêcher les autres de le marquer ?
Frustrée, elle prit l'arbre en photo en guise de preuve, puis, plissant les yeux dans la pénombre, détailla la carte. Le plus court chemin pour le dernier poste était plein est.
Elle s'élança. A peine quatre-cents mètres et un talus très raide la séparaient de son objectif. S'accrochant aux branches et aux troncs, elle se mit à descendre la pente, aussi rapidement que la prudence le lui permettait, déclenchant de petites avalanches de sable argileux et d'humus sous ses pieds.
A mi-chemin, le sol se déroba sous elle, et elle s'accrocha de toutes ses forces au tronc d'un jeune arbre, qui pencha, grinça, ploya, puis – ses racines trop faibles et pas assez profondes – céda.
Avec un cri, elle se mit à dévaler, essayant autant de se rattraper aux troncs que de ne pas s'écraser contre. Finalement, sa course folle s'arrêta brutalement contre l'écorce rugueuse d'un hêtre. Le cœur battant la chamade, cramponnée à l'arbre, elle attendit d'être sûre de sa stabilité, avant de prudemment s'inspecter. Son poignet lui faisait mal, mais elle pouvait le bouger. Dans le pire des cas, il n'était que foulé. Ses mains et ses chevilles la cuisaient, de cette brûlure typique des vilaines écorchures. Là encore, rien de trop dramatique, tant qu'elle s'assurait de ne plus saigner avant de rentrer. L'hologramme cacherait les croûtes et les bleus. Rassurée, elle se remit en route, bien plus prudemment, le pied à présent incertain et tremblant.
Le temps qu'elle arrive au bas de la pente, elle avait les mains moites, et la nuque trempée de sueur.
Soupirant de soulagement, elle se remit en marche. Le dernier poste était près d'une fontaine. Elle pourrait se débarbouiller.
Le glouglou de l'eau la guida sur les derniers mètres, et elle ne tarda pas à découvrir une petite fontaine taillée dans un gros bloc erratique.
S'asseyant sur le rebord, elle plongea avec reconnaissances ses avant-bras endoloris dans l'eau, qui se teinta aussitôt de brun verdâtre.
L'eau n'était pas censée être potable, mais elle s'humecta tout de même la bouche, et se rinça le visage. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, il lui sembla que le petit bassin était anormalement opaque. Perplexe, elle sortit sa lampe de poche, l'allumant pour révéler une eau vert sombre. Soudain prise de panique, elle se détailla. Ce qu'elle avait prit pour de la sueur n'en était pas du tout, et son T-shirt beige était maculé de taches de sang d'un vert profond. Vert qui se mêlait aussi au bleu de son jean. Elle en trouva des gouttes jusque sur la boue fraîche de ses chaussures.
Une longue estafilade qu'elle n'avait pas sentie, dans le stress de sa chute, s'ouvrait, du bas de sa mâchoire à son oreille. D'une main tremblante, elle récupéra un paquet de mouchoirs dans son sac. Il fallait qu'elle arrête ce saignement tout de suite !
Se forçant au calme, elle élabora un plan. Tout d'abord, fermer son esprit. Si ses parents venaient à apprendre ce qui se passait, jamais plus elle ne remettrait un pied hors de la ferme. Ensuite, arrêter le saignement, et enfin, dissimuler les preuves. Une main sur la gorge, elle se débattit de l'autre avec la bonde du bassin afin de le vider.
Un bruit de moteur lui fit précipitamment éteindre sa lampe. Lorsque la lueur de deux phares perça l'obscurité du soir sylvain, elle recula précipitamment jusqu'à un buis, s'enfonçant maladroitement dedans, avant de se rouler en boule derrière un tronc, espérant parvenir à dissimuler les couleurs claires de ses vêtements.
« Ilinka ! Ilinka ! »
Elle reconnut la voix d'un des deux professeurs qui les accompagnaient. Osant à peine respirer, constatant avec une grimace que son mouchoir saturait déjà, elle attendit sans bouger.
Plusieurs voix l'appelèrent. Visiblement, la moitié de la classe au moins la cherchait.
Il y eut encore quelques appels, le balayage maladroit de torches sur le sous-bois, puis le professeur rappela tout le monde, le moteur redémarra, et bientôt le silence retombait.
Elle s'autorisa à respirer à nouveau, mais n'osa pas sortir avant plusieurs minutes.
Finalement, avec prudence, elle osa jeter un regard, puis sortir.
Avec une grimace, elle changea son mouchoir, se servant d'un paquet de biscuits vide pour stocker le précédent.
Voilà qui compliquait les choses. Si elle ne réapparaissait pas rapidement, nul doute que ses parents allaient être prévenus. Mais si quelqu'un la voyait comme ça...
Elle ne voulait même pas y penser.
Il fallait donc qu'elle rentre rapidement au refuge, et qu'elle se change. Le tout sans se faire voir.
Et tout ça en espérant que l'estafilade s'arrête bientôt de saigner...
Avec un gémissement désemparé, n'osant pas rallumer sa lampe, elle vérifia à moitié à l'aveugle qu'elle ne laissait rien derrière elle, puis se mit en route.
Sans lumière, courir dans la forêt était au mieux imprudent, au pire suicidaire. Sa meilleure chance de rentrer rapidement était de suivre la route, et de rester prête à se planquer.
