Chapitre 5

Ils firent un crochet par les bureaux de CBI où quelques irréductibles détectives travaillaient encore. Des saletés de rapports à finir. Encore et toujours la paperasse que Minelli tenait à faire faire. Des questions d'archives et d'intérêt historique.

Les jeunes femmes disparurent dans une pièce que Jane et Cho n'avaient pas remarquée la première fois qu'ils étaient venus… ce matin en fait…

La journée avait été riche en événements et en avancées pour l'enquête.

Lorsque Lisbon et Van Pelt reparurent, elles portaient un costume noir identique à celui d'un homme. Le pantalon était droit sur des chaussures confortables et sans talons, la veste était ajustée afin de cacher l'arme qu'on devinait à peine sur le côté et le petit veston rembourré qu'elles portaient dessous pour leur sécurité cachait malgré tout très mal le fait qu'elles étaient des femmes.

Jane et Cho écarquillèrent les yeux de surprise. D'une certaine façon, leur association poussait certaines limites de la société mais des femmes en pantalon…

Lisbon et Van Pelt étaient très satisfaites de leur effet. La jeune femme brune ne put s'empêcher d'écarter légèrement les bras avant de dire.

- Quoi ? Jane ? Cho ? Vous croyez vraiment que nous allons en opération en crinoline ? Ce que les hommes peuvent être naïfs !

Tous rirent de bon coeur. Jane et Cho se sentaient un peu idiots.

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La nuit était presque noire sur Sacramento. Le petit croissant de lune éclairait mal les rues quasi-désertes du quartier où habitait James McKingley.

Un peu de musique sortaient que quelques bars encore ouverts. On croisait des femmes au regard lascif. Un ivrogne chantait dans un coin.

Lisbon et son équipe dépareillait dans cet environnement. Ils étaient un groupe et un groupe fait toujours peur. Quand ce ne sont pas des criminels, alors ce sont des flics.

Ils descendirent en silence les rues dont les maisons, collées les unes aux autres, formaient des blocs. Elles partageaient parfois un balcon et leurs toits étaient plats pour permettre aux habitants de profiter d'une terrasse ou d'un endroit pour faire sécher le linge.

Ils trouvèrent rapidement l'adresse donnée par le patron de McKingley, ou plutôt Red John. Pour Lisbon, cela ne faisait plus aucun doute.

- Pas de lumière aux fenêtres, chuchota Lisbon, il n'a pas dû encore revenir… Van Pelt, Cho… vous surveillez l'entrée du bâtiment depuis l'autre côté de la rue, s'il prend les escaliers de secours pour fuir, vous le cueillerez… Si c'est bien notre homme, il peut être très dangereux… Ca va aller Cho ?

- J'ai grandis dans la rue, j'ai eu mon lot de bagarres… se contenta-t-il de dire.

- Faites attention quand même… conclut Lisbon en lui tendant une matraque.

Ils se séparèrent et le reste de l'équipe entra dans l'immeuble.

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Jane crocheta rapidement la serrure.

Ils entrèrent dans un appartement de deux pièces pauvrement meublé.

Dans la pièce principale, une table et une chaise se disputaient l'espace avec un poêle éteint. Une bougie était collée sur le rebord de la fenêtre, une assiette avec les restes d'un petit déjeuner traînait sur la table.

La chambre n'était pas plus accueillante : un lit défait, une armoire et un pot d'aisance s'étaient perdus là, éclairés péniblement par la lune. Cela sentait le renfermé, la viande avariée, et la misère.

Ils décidèrent d'attendre sans rien déranger.

Ils perdirent le fil du temps. 5, 30 minutes ? Une heure ? Ils ne savaient pas depuis combien de temps ils attendaient quand la clé tourna dans la serrure.

Une silhouette apparue dans l'encadrement de la porte. Une silhouette fine. L'homme qu'on appelait Red John ne devait pas mesurer plus de 1mètre65. Il était mince et athlétique. C'est tout ce qu'ils devinèrent.

Il entra dans la pièce et se dirigea vers la fenêtre. On entendit qu'il fouillait parmi des allumettes.

Lisbon sortit de la chambre, elle parlait calmement.

- James McKingley… rendez-vous…

Le temps s'arrêta.

On entendit un cliquetis.

Lisbon avait armé son pistolet.

Rigsby sortit à son tour de la chambre, suivit de Jane, un peu en retrait.

Et tout bascula en une seconde.

McKingley, d'une extension incroyable, traversa la fenêtre pour atterrir sur le palier des escaliers de secours, se releva et disparut.

Lisbon n'avait rien pu faire.

Rigsby fut le premier à réagir. Il enjamba la fenêtre et vit immédiatement que son adversaire montait sur les toits.

- Il s'enfuit par les toits ! Cria-t-il vers la rue, à l'adresse de Van Pelt et Cho.

- Van Pelt y est ! Répondit Cho en sortant de l'ombre. On s'est séparé pour couvrir plus de terrain !

- Van Peeelt ! Il arrive vers toi ! Hurla Rigsby alors qu'il gravissait les premières marches de l'escalier de secours.

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Van Pelt entendit vaguement des hurlements dans son dos. Elle crut reconnaître la voix de Rigsby mais elle n'était pas sûre. En revanche, elle vit très bien une silhouette se faufiler par l'escalier de secours sur le toit. L'homme regarda autour de lui avant de se mettre à courir sur sa gauche. Elle se précipita à sa rencontre.

- Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous ou je tire !

Elle fut saisit lorsque, avec une rapidité déconcertante, l'homme changea de direction pour se précipiter vers. Elle eut seulement le temps d'entre-apercevoir un éclat dans la nuit et quelque chose s'enfonça dans sa poitrine.

Elle sentit un choc puissant.

Une douleur brûlante étoila dans sa cage thoracique.

Red John l'avait poignardée.

Elle avait le visage de son agresseur contre son oreille. Il semblait grogner.

Il grognait de mécontentement. Le veston de protection qu'elle portait en opération avait arrêté la course du couteau. Il lâcha l'arme et donna un coup de poing sur les tempes de la jeune femme.

Elle tomba.

Groggy.

Rien.

Elle entendit des pas s'évanouir.

Du noir.

Lorsque Rigsby arriva sur le toit, la première chose qu'il vit fut Van Pelt à terre. Red John avait pris un peu d'avance mais pour lui, à cet instant, c'était sa partenaire qui primait. Il courut jusqu'à elle. Lorsqu'il vit le couteau planté dans le veston, il pensa au pire. Il vérifia, deux doigts à la carotide, qu'elle était toujours vivante. Le pouls était irrégulier mais elle ne semblait pas en danger, plutôt sous le choc.

- Grace ! Grace ? Ca va ? Demanda-t-il.

Elle ne put marmonner qu'un vague « oui ».

La silhouette, au loin, enjambait maintenant un nouveau toit. Il devait poursuivre Red John.

Il allait se lever lorsque, pris d'une impulsion, il déposa un baiser sur le front de Van Pelt. Elle réagit à peine. Il quitta sa veste qu'il mit sous la tête de sa collègue et partit à la poursuite du criminel.

Il courut le plus rapidement possible, louvoyant entre les cheminées et les déchets déposés sur les toits. La colère lui donnait de l'énergie. Il se jetait littéralement d'un toit à l'autre, le regard toujours fixé sur sa proie, prêt à faire payer au centuple ce que Red John avait fait à Van Pelt. Il gagnait du terrain, lorsque tout à coup, la silhouette disparut.

Rigsby restait concentré sur son objectif et lorsqu'il arriva à l'endroit où Red John s'était évanouit, il s'arrêta.

Il fixa les ténèbres, les yeux grands ouverts. Il tenta de canaliser sa respiration, essaya de s'ouvrir aux sons de la ville. S'il se calmait, peut-être allait-il saisir une seconde respiration, derrière la cheminée, là ?… ou sur le côté, ici ? Il cligna des yeux, regarda autour de lui, la main serrée sur son arme, le bras tendu vers un adversaire invisible. Puis rien.

Lisbon, Jane et Cho étaient arrivés près de Van Pelt. Rigsby voyait qu'elle s'était relevée.

- Alors ? Demanda de loin Lisbon.

- Je l'ai perdu ! Cria Rigsby en revenant vers ses collègues et scrutant autour de lui… au cas où.

Il vit Lisbon taper du pied dans un détritus au sol. Probablement, lâcha-t-elle un juron.

Rigsby revint à petites foulées. Van Pelt semblaient encore un peu sonnée. Jane la soutenait, Cho lui parlait en lui tâtant le visage à plusieurs endroits.

- Comment va-t-elle ? Demanda-t-il en arrivant

- Ca va aller, répondit Cho, mais il va falloir qu'elle se repose.

Rigsby souffla de soulagement.

- J'ai vraiment eu peur. Dit-il en esquissant un geste vers Van Pelt.

Elle le regarda un instant, quelque chose passa dans ses yeux.

- Rigsby ? Est-ce que tu…

- … mis une veste sous ta tête ? dit-il précipitamment… oui, oui… C'est quand même pas cet enfoiré qui aurait pris soin de toi… Puis il alla faire son rapport à Lisbon.

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Ils redescendirent à l'appartement de McKingley. Ils fouillèrent rapidement pour trouver, à peine cachés dans l'armoire de la chambre, une série de documents portant tous des noms différents. Lisbon pestait en feuilletant les pages.

- Davies ! Johnson ! Ivory ! O'Leary ! Tulsa ! Peters ! Combien de noms a-t-il cet individu ? Il sait qu'on le tient maintenant. Ce n'est plus qu'une question d'heure. On va prévenir la police et fouiller tout le quartier…

Jane la coupa.

-… Et ce serait la plus grave erreur que l'on ferait… Si on le traque, il quittera la ville et le problème ne sera que déplacé… On a un avantage sur McKingley ou peu importe son nom… il ne sait pas qu'on ne sait rien sur lui… Il faut en profiter…

- Comment ? Lisbon semblait inquiète et intriguée tout à la fois.

- Utilisons les journaux. Jetons-le en pâture… Demandez à vos contacts dans la police d'organiser une conférence de presse… Je la mènerai… on peut faire ça tôt demain matin et tout sera publié pour l'édition de midi… Poussons-le à se découvrir… Tendons-lui un piège ici même… chez lui…