Chapitre 2. Qu'est-ce que tu as fait quand tu étais à la guerre, Papa ? partie 1
Flashback 5 ans plus tôt
Plus tôt dans la journée, Remus et Tonks sont allés chercher Harry chez les Dursley. Il n'y est resté que deux semaines après la mort de Sirius ; Dumbledore a finalement cédé et l'a autorisé à s'en échapper après qu'Hermione et Molly ont plaidé sa cause en montrant les lettres déchirantes que le garçon leur a envoyées. Le chagrin de Harry est infini et personne n'est d'avis qu'il faut le laisser chez ces gens. De manière surprenante, même Rogue a mentionné "certains évènements dont il avait été le témoin pendant les leçons d'occlumencie" mais il a refusé de donner plus de détails.
"Severus, si tu sais quelque chose sur ces moldus, tu devrais…" l'apostrophé Mme Weasley.
"Vous êtes censés être ses amis" a-t-il craché à la foule de visages soucieux, "s'il n'a pas jugé bon de vous mettre au courant de son enfance misérable, cela n'est certainement pas à moi de le faire."
Remus en est resté stupéfait. D'abord, Severus garde les secrets de sa Némésis adolescente. Ensuite, Severus a vu des choses le conduisant à qualifier l'enfance de Harry de 'misérable'. Sa vie chez les moldus doit avoir vraiment été horrible. En conséquence, Remus a été exceptionnellement ferme et l'a directement conduit Place Gimmauld, sans la foule bruyante des Weasley. Harry en est reconnaissant. Il a été invité au Terrier pour une fête d'anniversaire "surprise", mais il a dit à Remus qu'il préférait le confort de la maison de son parrain, où ils pourraient aussi bien échanger leurs mémoires de Sirius que rester assis en silence.
Rogue arrive à six heures avec la potion Tue-loup, tendant silencieusement son gobelet à Remus, qui la vide avec la grimace habituelle. Rogue s'assied à côté de Harry, qui se redresse, alarmé.
"Mr. Potter," demande-t-il doucement, entrelaçant ses doigts devant lui et dirigeant son regard sur eux. "Qui a tué Sirius Black ?"
Le silence résonne aux oreilles de Remus, assourdissant. Mais à quoi diable Rogue est-il en train de jouer ? Le visage de Harry se déforme d'angoisse, puis de chagrin, puis de rage, puis de détermination glacée. Après ce qui semble durer une heure, il réplique :
"Bellatrix Lestrange." Rogue hoche la tête, fermement, et soudain Remus comprend.
"Mais,"·continue Harry, détournant le regard, "d'autres ont aussi joué un rôle. Je n'aurais pas dû être aussi inconscient. Kreatcher n'aurais pas dû nous trahir. Ombrage n'aurait pas dû chasser Dumb… pardon, le Professeur Dumbledore. Le Professeur Dumbledore n'aurait jamais dû me traiter comme un gamin. Je n'aurais pas dû regarder dans votre pensine et vous n'auriez pas dû m'expulser de votre bureau. Le Ministère n'aurait pas dû attaquer Hagrid et le Professeur MacGonagall. Et Sirius," il s'arrête pour avaler sa salive, puis continue "Sirius n'aurait pas dû quitter cette maison. Il y a eu beaucoup de choses qui ont conduit à ça."·Les larmes se mette à couler sur ses joues. "Son emprisonnement l'avait rendu un peu instable, tout ça à cause de Quedver qui a maquillé sa mort parce que mes parents…" il s'arrête, incapable de continuer. Rogue hoche de nouveau la tête, avant d'ajouter, doucement ;
"Vous avez raison. Les choses arrivent rarement suite à un seul facteur décisif. La mort de Black est le résultat d'une chaîne d'évènements qui remonte à plus de vingt ans. Mais, en analysant votre explication, tous ces facteurs conduisent à un individu. Une personne est, au final, la cause de tout ceci."
"Voldemort,"·murmure alors Harry.
Les trois sorciers restent assis en silence. Quelque chose est passé entre Severus et Harry, ni de l'approbation, ni du pardon, mais une certaine compréhension, et Remus en est soulagé. Il est bon que le garçon ait cessé de s'accuser de la mort de Sirius, qu'il ait réfléchi sur tout cela avec maturité et soit arrivé a sa propre conclusion. Le loup-garou sent un élan de fierté paternelle pour le fils de son ami, ainsi qu'une étincelle de respect pour la décision de Rogue de poser lui la question.
Le silence est soudain troublé par le hurlement assourdissant d'une alarme. Le 12, Place Gimmauld est lourdement protégé et quelqu'un ou quelque chose vient d'attaquer violemment le Quartier Général de l'Ordre. Ils sursautent tous, sortant immédiatement leurs baguettes. Des voix d'hommes retentissent de la cuisine, puis le rire caractéristique de harpie de Bellatrix Lestrange.
"Les Mangemorts ! Ici !" dit Remus.
"C'est elle" dit Harry dans un sifflement féroce.
"Lupin, fais-le sortir d'ici !" crie Rogue, les poussant vers la cheminée.
"Pas possible, le réseau de cheminette est bloqué. Et on ne peut pas transplaner, non plus. La porte de derrière !"
"Elle sera gardée" dit Rogue, calmement, "c'est la procédure standard. Mais l'Ordre doit avoir été prévenu, ils devraient arriver d'une…"
La porte du salon explose, et les trois sorciers n'ont d'autre choix que de se replier dans un coin, Remus et Severus forçant Harry à rester derrière eux alors que la pièce se remplit rapidement de Mangemorts masqués. Le sourire de Bellatrix pourrait illuminer le Grand Hall de Poudlard, une fois qu'elle leur a eu jeté un sort les privant de leurs pouvoirs magiques.
"Quelle joie, " grince-t-elle, "un mutant, un traître et le Garçon-qui-a-Survécu ! C'est quel jour, aujourd'hui, Dolph ?"
"Le 31 juillet" répond une silhouette à la voix rude, "pourquoi, mon amour ?"
"J'aurais pensé que c'était Noël !" se moque-t-elle. "Quel bonheur ! Qu'est ce que tu deviens, Sevvie-Weevie ? On t'a manqué ? En tout cas, tu as manqué au Seigneur des Ténèbres, il sera tellement content de te revoir. C'était des plus impolis, d'ignorer ses convocations. Pas étonnant qu'il soit… en colère contre toi !"
Des voix au-dehors annoncent l'arrivée de l'Ordre, et Remus se tend, prêt à tout. Rien ne se passe.
"Nous avons des otages !" entendent-ils Rodolphus Lestrange crier dans le couloir. "Si vous approchez, ma femme va jeter le sortilège Endoloris sur eux. Toute la nuit, s'il le faut. Elle a une endurance incroyable quand elle jette des sorts."
Harry fulmine contre le mur.
"Ne bouge pas" murmure Remus. "L'Ordre va nous sortir de là."
Bellatrix ordonne à deux énormes Mangemorts de les attacher. Rogue plonge la main dans une des poches de sa robe.
"Qu'est-ce que vous faites ?" siffle Harry.
"J'ai une potion expérimentale, mais je ne l'ai jamais testée sur des sujets humains." Remus et Harry échangent un regard inquiet, mais Rogue lance une petite fiole au milieu des Mangemorts. La fiole explose en heurtant le sol.
Un gaz bleu emplit instantanément la pièce. Les silhouettes encapuchonnées suffoquent, puis agrippent leur bras gauche, hurlant de douleur. Les yeux pleins de larmes, Remus voit Rogue s'effondrer aussi et s'agenouille à ses côtés pour tenter de lui porter secours. Les Mangemorts s'écroulent et se tordent sur le sol pendant que les membres de l'Ordre font irruption, apparemment immunisés contre le gaz, mais plutôt désorientés.
Deux jours plus tard, quand Severus est suffisamment remis pour s'expliquer, tout s'éclaircit. Il a développé une potion réagissant violemment avec la magie hautement spécialisée présente dans la Marque des Ténèbres, mais totalement inoffensive pour ceux qui ne la portent pas. Dumbledore est ravi, tout comme Rogue, qui n'aurait jamais imaginé un tel succès pour son petit projet de l'été. Le fait d'avoir passé 48 heures dans le coma ne semble pas le gêner, et il semble être aussi près du bonheur que possible. Seuls Voldemort et Pettigrow restent en fuite – le Ministère, l'Ordre et le monde des sorciers en général sont très reconnaissants envers Rogue d'avoir porté un tel coup en faveur de la Lumière.
Rogue est toujours en convalescence à l'infirmerie de Poudlard quand il en reçoit le meilleur hommage. Le professeur MacGonagall et Madame Pomfresh bavardent tranquillement dans le dispensaire quand elles entendent un rire hystérique venir de la chambre de leur collègue. Craignant une sorte d'effet secondaire désagréable, elles se précipitent à ses côtés pour le trouver étreignant un parchemin d'une main et caressant la chouette qui le lui avait apporté de l'autre. La chouette lève sur elles un regard stoïque.
"Severus, lâche cette chouette, s'il te plaît", demanda Madame Pomfresh, préparant prestement une potion calmante.
"Qu'est-ce qui se passe ?" demande Minerva. Rogue lui sourit et brandit la lettre. Elle la prend, enfourche ses lunettes et parcourt rapidement les quelques lignes de calligraphie officielle, puis le regarde, bouche bée.
"L'Institut des Maîtres des Potions te donne le Niveau d'Or !"
Poppy lâche la fiole qu'elle tenait et le regarde avec stupeur à son tour.
"C'est une merveilleuse nouvelle ! Il n'existe qu'une poignée de sorciers possédant le Niveau d'Or dans tout le pays ! C'est le top du top !"
Rogue se remet à rire et serre la chouette contre lui. Elle piaille, le mord aussi fort qu'elle le peut et s'envole par la fenêtre, dégoûtée.
"Cinq" sourit-il aux deux sorcières stupéfaites, ignorant son pouce ensanglanté. "Les cinq meilleurs Maîtres des Potions de Grande-Bretagne."
Dumbledore arrive quelques instants plus tard, du champagne à la main et des paillettes dans ses cheveux à cause de la fête impromptue dans la Grand Salle, et il est étonné de les trouver tous les trois riant de bonheur. C'était merveilleux de voir ses enfants heureux. Et maintenant, se dit-il, si seulement ils pouvaient attraper Jedusor…
