Chapitre 5. Qu'est-ce que tu as fait, quand tu étais à la guerre, Papa ? Deuxième partie
Note de l'auteur. Attention : Ce chapitre est MECHANT. Il y a de la torture, de la séquestration, certains personnages meurent, et il y a un super-vilain Voldemort. Je me suis même dégoûtée moi-même en en écrivant un bout en particulier. Dix point pour votre maison si vous trouvez lequel. Beuârk !
……
Flashback – trois ans et demi plus tôt
Mercredi, 14h15
Le laboratoire est tranquille alors que les élèves de septième année se concentrent sur leurs chaudrons, ayant été prévenus que la potion qui est à l'ordre du jour est l'une des favorites des examinateurs des APICS. Les seuls sons proviennent du cliquètement des pipettes en verre, des feux magiques et de Rogue, qui arpente la pièce de long en large dont le regard omniscient pèse sur leurs épaules, quand, soudain, Harry Pottter marmonne un petit 'oh !' et s'écarte violemment de sa paillasse.
"Faites attention, Mr. Potter," tance Rogue, paresseusement. Après l'attaque à la Place Grimmauld, le jour du seizième anniversaire de Harry, la haine tenace qu'il y avait entre eux s'est plus ou moins dissipée, mais ils sont loin d'être en termes amicaux. "Aucun sorcier de dix-sept ans ne devrait encore se brûler les doigts comme un vulgaire première année. Potter ?"
Harry ne l'écoute pas. Baguette brandie, ses yeux parcourent frénétiquement la pièce, comme s'il cherchait quelque chose. Il a une autre exclamation alors que son corps est pris de frissons.
"Harry ?" Hermione, qui a instinctivement sorti sa baguette, elle aussi, touche doucement son épaule. Comme il ne répond pas, elle cherche le professeur du regard.
"Miss Granger, mieux vaut pécher par excès de prudence. Veuillez demander au Directeur de nous rejoindre ; utilisez la cheminette, dans mon bureau à côté. Les autres, éteignez vos flammes et neutralisez votre solution en ajoutant…" il s'interrompt alors que le corps de Harry tout entier est pris de tremblements et qu'il porte la main à sa cicatrice, gémissant horriblement. Hermione se précipite hors de la pièce. Le reste de la classe a sorti sa baguette, maintenant, et Rogue se place devant le garçon, alerte mais parfaitement calme.
"Mr. Potter ? Pouvez-vous me dire ce qui se passe ?" Harry est toujours en train de gémir et de trembler.
"Lui. Tire. Voldemort. Ah !" il crie, pris de spasmes violents. Il est projeté dans la pièce, renversant les tabourets et les chaudrons comme s'il avait une attaque. Rogue sent la Marque des Ténèbres fouailler son bas gauche, mais il n'a pas le temps de se demander ce que cela signifie : le corps de Harry commence à disparaître.
"Finite Incantatem," crie le professeur, se demandant qu'est-ce qu'il est en train de se passer et comment diable l'arrêter. Le sort n'a aucun effet et Harry devient trouble, clignote comme s'il était une image de télévision mal réglée. Dumbledore entre dans le bureau et se décroche la mâchoire devant la scène qui se déroule devant ses yeux.
"Severus ! Jedusor est en train d'utiliser la cicatrice pour l'appeler ! Il ne devrait pas être capable de faire ça !"
Rogue, l'avant-bras gauche serré contre la poitrine, crache,
"Comment l'arrête-t-on ?" le vieux sorcier se lance dans l'action, sort après sort, liant, ancrant, rattrapant, mais Harry continue de clignoter et de crier. Les élèves se pressent contre le mur, terrorisés, et leur camarade disparaît entièrement le temps d'un battement de cœur puis réapparaît, s'agrippant à la paillasse devant lui avec des mains floues.
Rogue ne peut pas croire ce qui est en train d'arriver. Après tous les combats, pendant deux décennies, le Seigneur des Ténèbres ne peut pas simplement contourner toues les protections de l'ancien château et venir enlever Potter au milieu de sa classe, sous le nez d'Albus Dumbledore. Cela ne devrait pas pouvoir arriver. Il doit faire quelque chose. Instinctivement, Rogue tend sa main gauche, et Harry s'agrippe à elle. On peut lire du soulagement dans leurs yeux à tous les deux avant que la douleur de transperce chaque cellule du corps de Rogue, et avec le cri de Dumbledore dans leurs oreilles, ils clignotent une dernière fois et s'évanouissent.
Le silence soudain dans la classe est horrible. Dumbledore est anéanti, terrassé par son impuissance.
"Monsieur ?" demande Hermione. "Que… qu'est-ce qui vient de se passer ?"
Dumbledore se cacher le visage dans les mains, se permettant un bref moment de désespoir avant de devoir se reprendre et penser à un plan. Il se tourne lentement vers elle, l'air soudain très vieux.
"Voldemort a pris mes garçons."
……
14h20
Une petite pièce carrée – des murs froids et nus, un sol dur, pas de fenêtres, une porte, probablement sous terre.
Occupants – un adolescent, un Maître des Potions (médaille d'Or de l'IMP), un petit homme qui ressemble à un petit rongeur (avec une main d'argent), un Seigneur des Ténèbres.
Voldemort a du mal à contenir sa joie.
"Tu vois, Queudver," sourit-il, s'adressant à Severus et à Harry plutôt qu'à Pettigrow, qui se tient, frissonnant, derrière eux, "Les meilleures choses arrivent à ceux qui savent attendre. Plus d'un an de recherches intensives a fini par payer, et nous voyons ce petit nuisible, là, pour la dernière fois. Et un bonus délicieux, en prime ! Ma petite vipère, qui nous a fait une attaque de courage griffondoresque, dans ses vieux jours ! C'est si bon de te voir à ta place, prostré à mes pieds, tremblant de peur, mon cher Ssseverusss. Je ne supportais pas de te voir gâcher ton génie avec ces idiots. C'est la fin."
Harry et Rogue sont immobilisés sur le sol de pierre, incapables de bouger autre chose que les paupières, humiliés et bouillants tous deux d'une rage homicide. Attends un peu, tente d'imprimer Harry sur le visage plein de suffisance de Voldemort, c'est peut-être fini, mais ça se finira selon mes termes. Il n'est pas sûr que sa pensée soit pleinement intelligible, mais son regard meurtrier, lui, a de toute évidence été compris. Voldemort éclate de rire.
"Si pathétique, si digne d'un Griffondor ! Faire des menaces vides de sens alors que l'on est à la merci de son ennemi, incapable ne serait-ce que de battre des narines. Un vrai Serpendard," dit-il en s'adressant au Maître des Potions, allongé par terre, "tenterait de négocier avec moi. Il admettrait qu'étant incapable de me battre, il vaut mieux me rejoindre, et m'aider à mettre les sorciers aux commandes d'un monde qui leur revient de droit. Tu es un puissant sorcier, Harry James Potter, tu l'as prouvé à de nombreuses reprises. Mais tu es jeune, et tu suis naturellement les avis de ceux qui t'entourent. T'es-tu déjà arrêté sur le bien-fondé de ce que tu as appris ? As-tu déjà remis en cause la dévotion aveugle qu'ils demandent de toi ?" il se trouve à quelques centimètres du visage de Harry, lui parlant doucement.
"Depuis des temps immémoriaux, les chefs des hommes ont suscité la loyauté de leurs sujets en leur fabriquant des ennemis, en les forçant à s'unir pour défaire un danger extérieur. Tu n'es qu'un pion de plus dans leur jeu, Harry. L'icône jeune et séduisante, tellement plus adorable que celle de ce vieil homme tout ratatiné. Ils se fichent bien de toi. Dix ans de maltraitance de la part de ta famille, observée et rapportée chaque jour par la vieille cracmolle. Ils nous ont abandonné, toi et moi, et nous en avons souffert, mais malgré leur négligence nous sommes tous deux devenus de puissants sorciers."
Harry le fusille du regard, haïssant l'idée d'avoir quoi que ce soit en commun avec ce monstre, mais incapable de nier la vérité de ce qu'il avance. Voldemort murmure quelques mots et Harry se rend compte qu'il peut de nouveau parler.
"Tout ça, c'est du passé ! Vous ne pouvez rien y changer, et certainement pas en torturant et en assassinant tout le monde pour avoir une espèce de vengeance tordue !"
"C'est la naissance d'un nouvel ordre, Harry, et comme pour toute naissance, il y a du sang et des larmes. Qui sont rapidement oubliés, une fois que la miraculeuse nouvelle vie est présentée au monde."
"Oh, ça suffit, avec tes conneries révolutionnaires, Tom. Tu n'est qu'un malade."
Voldemort ne paraît pas vexé. Il dit, gentiment,
"Rappelle-toi, Harry, ensemble nous pouvons changer le monde. Nous pouvons discuter de ce qui doit être fait, et agir comme bon nous semble. Ne voudrais-tu pas être débarrassé de Fudge ? D'Ombrage ? Je dirais que tu n'aurais rien contre le fait de voir le père de ton ami le rouquin devenir Ministre de la Magie ? Limiter la discrimination légale à l'encontre des loup-garous ? Tout cela et encore plus, Harry. Nous pourrons tout."
Le visage de Severus ne trahit aucune émotion, mais, au fond de lui, il est inquiet. Il sait exactement sur quels boutons appuyer, pense-t-il. Merlin, Potter, vous devez savoir qu'il ne faut pas faire confiance à ce serpent.
"Va te faire foutre, Jedusor !" crache Harry. Severus soupire, soulagé. Apparemment, il y a quelque chose que Potter sait.
15h20
Voldemort revient une heure plus tard, sachant qu'ils auront tout tenté pour d'échapper, et qu'ils auront échoué. Il se fait plaisir. Il a tout prévu ; son plan est parfait. Ils ne peuvent pas s'évader, et personne ne pourra les trouver.
Pénétrant dans la pièce, il renouvelle son offre de partenariat avec Harry. Comme prévu, elle est rejetée dans un torrent d'injures venimeuses.
"Je vais considérer ceci comme un refus," dit-il, tranquillement. Reportant son attention sur Rogue, il se lance dans un long discours menaçant où il dénonce la terrible erreur qu'il a commise en devenant un espion, en permettant la capture de tous les Mangemorts avec son incroyable potion, en sauvant la vie de Harry à de si nombreuses reprises. Rogue ne répond rien.
"Donc, tu mérites vraiment ce qu'il va t'arriver", conclue-t-il, faisant signe à Queudver, qui s'avance et lui tend un marteau. Avec un sourire à Harry, Voldemort, dans un grand mouvement circulaire, l'écrase sur le visage de Rogue. Choqué par la rapidité de l'action, Harry laisse échapper un cri d'horreur. Rogue pousse un cri silencieux alors que le sang coule à flots de son nez brisé et de sa lèvre inférieure fendue. Souriant toujours joyeusement, Voldemort rappelle Harry :
"Bien sûr, le Professeur Rogue n'est là que parce qu'il essayait de te sauver la vie."
Il sort.
16h20
Harry se sent profondément misérable. Il comprend tout, maintenant. Voldemort va faire les choses à fond, détruisant leurs esprits en même temps que leurs corps. Il sera forcé de voir son professeur torturé à mort, avant que ce soit son tour. Le pire, et le salaud meurtrier a raison, c'est que Rogue de devrait pas être là. Mais il ne lui fera pas le plaisir de trahir à quel point il se sent coupable. Il est en train de murmurer à un Rogue toujours silencieux que Dumbledore va les trouver, d'une façon ou d'une autre, quand Voldemort revient.
Il inspecte le visage meurtri avec soin, toujours avec ce sourire malsain. Sous des paupières enflées, les yeux noirs lui jettent un regard de haine infini. Le marteau, comme Harry et Severus l'ont tous deux observé, dépasse d'une poche de sa robe. Il remarque qu'ils le regardent, et le caresse de ses doigts fins.
"Gore, je sais," dit-il comme pour s'excuser. "Et pas vraiment digne d'un sorcier. Mais si satisfaisant, à l'usage." Il le balance vers Rogue, s'arrêtant cette fois à quelques millimètres de son nez brisé. Rogue ne cille pas.
"Très bien," complimente Voldemort. "Tu ne pourras pas tenir bien longtemps." Il balance de nouveau le marteau, cette fois avec un angle différent, et l'outil fait un horrible petit bruit d'écrasement en entrant en contact avec l'arcade sourcilière de Rogue. Harry se mord très fort la lèvre inférieure, et il voit que Rogue fait de même. Il refuse d'entendre les moqueries que le Seigneur des Ténèbres lance à son ancien serviteur. Pourquoi est-ce qu'ils ne viennent pas, pense-t-il avec colère, je ne peux pas le supporter, et il n'a pas encore commencé.
17h20
Il y a un rythme. Toutes les heures, une offre de partenariat pour Harry, des moqueries pour Rogue, suivies par un terrible coup de marteau.
Cette fois, c'est la clavicule.
"Rien à dire, Harry ? Mais je suppose que tu as l'habitude de voir les gens mourir par ta faute, à force."
Rogue se permet un grognement une fois que Voldemort n'est plus là pour l'entendre.
La lèvre inférieure de Harry saigne. Je ne vais pas pleurer, se répète-t-il. On va s'en sortir. Il le faut.
18h20
Crac ! L'autre clavicule.
"James, Lily, Diggory, Black. J'espère que tu en vaux la peine, Harry."
19h20
Crunch, crunch, crunch, crunch, crac ! Tous les doigts de sa main gauche.
Voldemort joue du marteau comme sur un xylophone.
"Nous pouvons arrêter à n'importe quel moment, Harry. Je pourrais même l'épargner, si tu le souhaites. Joins-toi à moi."
"Jamais !" sa voix ne tremble pas.
Voldemort s'en va.
Rogue grogne pendant quelques minutes, cette fois. Puis il avale sa salive et parvient à parler.
"Bien dit, Mr. Potter. Il ne faut pas le croire. Pas une seconde."
"Jamais," promet-il.
20h20
Crac ! Les côtes, probablement. Harry avait les yeux fermés.
Cette fois, Voldemort les quitte sans un mot.
21h20
Crac ! Encore les côtes. Rogue ne peut plus se retenir de gémir ; même respirer est douloureux maintenant.
"Oh, très bien, Severus !" minaude Voldemort, enlevant le sort d'immobilisation de sorte qu'il puisse le voir se tordre sur le sol. "C'est un seuil de tolérance à la douleur incroyablement élevé." Il se penche vers Harry, avec un air de conspirateur. "L'un des meilleurs parmi les Serpendards, à son époque, tu sais. Quel dommage qu'il ait passé tant de temps à embrasser les chaussons-lapin roses d'Albus."
"Horrible," grogne Rogue, à travers un nuage de douleur, "la façon dont la peluche reste coincée entre les dents."
Voldemort rit de plaisir.
"Ça," explique-t-il à Harry, "c'est de l'humour noir. Mon préféré."
22h20
Harry et Severus tressaillent en entendant la porte s'ouvrir. Ils en ont honte tous les deux.
Voldemort les contemple pendant un moment, prenant plaisir à observer leurs visages terrifiés alors qu'ils se demandent quelle horreur il est encore sur le point de perpétrer. Merlin, qu'est-ce qu'il est en train de s'amuser. Il prend une grande inspiration.
"J'ai décidé," proclame-t-il a son auditoire, "de vous laisser partir tous les deux."
Harry ne peut pas le croire. Il laisse échapper un soupir de soulagement. Enfin ! Mais… quelque chose ne va pas. Il le regarde, les yeux écarquillés.
"Vraiment ?"
Voldemort garde sa pose pompeuse pendant quelques minutes. Puis il sourit.
"Non !"
Et il les quitte, en gloussant.
Harry est livide. Il a envie de hurler, de donner des coups de pied et de tuer des gens pour leur faire payer sa propre stupidité. Immobilisé comme il l'est, cependant, il doit se contenter de jurer et ne réussit qu'à se donner la migraine. Du sol, à côté de lui, il entend un petit rire chuintant.
"Vous l'avez cherché, Mr. Potter."
"La ferme," siffle-t-il.
Entre les petits interludes avec le Seigneur des Ténèbres, Harry et Rogue se sont creusé la cervelle pour trouver une façon de s'échapper, ou de contacter l'Ordre. La seule chose que Rogue a été capable de faire, c'est de gratter un peut de la poussière du sol avec les ongles de sa main endommagée, dans l'espoir que cela pourra constituer un indice permettant de localiser la cachette de Voldemort, quand leurs corps seront retrouvés. Pathétique, se dit-il, mais c'est tout ce que je peux faire pour le moment. Il ne dit rien au garçon, cependant. Il semble convaincu qu'ils vont s'en sortir, et Severus veut qu'il s'accroche à cet optimisme juvénile aussi longtemps que possible.
Rogue a l'impression de flotter sur des vagues de douleur. Top de blessures graves, qui alternent avec des élancements constants et des pics de douleur aigüe insupportable. Il miaule déjà comme un chaton, et cela ne peut qu'aller de mal en pis. Il se demande jusqu'à quand il pourra encaisser, sachant que le Seigneur des Ténèbres ne tournera son attention sur Potter qu'une fois qu'il sera mort, et fait le vœu de tenir aussi longtemps que possible.
23h20
Harry a des soupçons quand Voldemort revient, ôte le sortilège d'immobilisation pour l'attacher au mur. Il mijote quelque chose.
Savourant l'appréhension de ses victimes comme un vin rare, il sourit et quitte la pièce sans leur faire de mal. Tout est dans l'anticipation, décide-t-il.
Jeudi, 00h20
Cette fois, ils se tendent et se tortillent tous les deux dès qu'ils entendent les pas, dehors.
Jusque-là, Harry a estimé qu'il s'est comporté aussi honorablement que possible, compte tenu des circonstances. Mais quand Voldemort, avec une lenteur sadique, utilise un sort noir inintelligible qui plie le genou de Rogue dans la mauvaise direction, avec un craquement horrible de chairs arrachées, de tendons sectionnés et d'os brisés, Harry est violemment malade.
Voldemort rie à chaudes larmes quand Harry a fini de vomir. Levant les yeux, tremblant il remet ça en voyant la jambe, pliée à quatre-vingt dix degrés dans la mauvaise direction. Rogue, heureusement, a fini par perdre connaissance, et Harry se prend à espérer pouvoir faire de même, à espérer pouvoir fermer les yeux et ne pas avoir à vivre cela, à espérer être toujours un maigre petit modlu vivant dans la banlieue du Surrey, sans aucune idée de l'existence du monde magique.
Voldemort pointe de nouveau sa baguette sur Rogue.
"Ennervate !" commande-t-il. Rogue tressaille, ouvre un œil enflé, gémit pitoyablement et s'évanouit de nouveau.
01h20
Harry aimerait pouvoir arrêter les tremblements qui le parcourent quand Voldemort entre de nouveau dans la cellule. Il déteste montrer à son geôlier à quel point il tout cela l'affecte. Le Seigneur des Ténèbres est ravi, et il se lance dans de formidables reproches et moqueries, enchanté de voir que Rogue n'est plus qu'à demi conscient, et que, de surcroît, il commence à murmurer sporadiquement des choses inintelligibles.
"Qu'est-ce que tu dis, Severus ?" demande Voldemort avec une fausse inquiétude, s'approchant du visage sanglant et enflé.
"Nnngnahufka," murmure Rogue, les yeux vitreux, incapables de se fixer à cause de la douleur.
"Non, désolé, je ne comprends pas du tout ce que tu dis, fiston."
"La ferme !" hurle Harry. "La ferme ! Ferme-là ! Ferme-là et laisse-le tranquille !"
"Oh là là. Il y a quelque chose qui te dérange, Harry ?" dit-il en jetant un regard critique au membre horriblement tordu. "Oui, c'est assssez laid, je suis d'accord." Il attrape la cheville et fait jouer l'articulation en miettes avec un horrible bruit de râpe. Rogue pousse un petit cri tout à fait un-roguesque et s'évanouit de nouveau.
"Je devrais probablement remettre ceci comme c'était ?" demande-t-il à Harry, qui le fusille du regard mais ne peut s'empêcher de hocher la tête.
"Très bien," dit Voldemort, joyeusement.
Le corps de Harry est pris de spasmes , il vomit de la bile alors que le genou est remis en place, déchiré de manière irrémédiable.
"Ne sois pas bête, Harry. Ce n'est pas comme s'il allait jamais avoir à marcher de nouveau."
Poudlard, bureau du Directeur, 02h20 du matin.
"Très bien," dit la Vice-Premier Ministre Bones à Dumbledore. "C'est le seul plan qui nous reste."
"Ça ne marchera jamais" dit Maugrey, croisant les bras sur sa poitrine.
Dumbledore ignore le vieil Auror, espérant qu'il a tort..
"Miss Granger, Mr. Weasley," dit-il aussi joyeusement que possible, "pourriez-vous s'il vous plaît aller à la volière chercher Hedwige ?"
03h20
"Endoloris !"
Rogue hurle puis, incapable de supporter la douleur, il s'évanouit, en silence.
03h21
"Ennervate !" Rogue lutte pour regagner conscience.
"Endoloris."
Hurlements. Silence.
03h22
"Ennervate ! Endoloris."
Hurlements. Silence.
03h23
"Ennervate ! Endoloris."
Hurlements rauques. Silence.
03h24, 03h25, 03h26, 03h27, 03h28, 03h29, 03h30, 03h31, 03h32, 03h33, 03h34, 03h35. Cela continue sans fin. À 03h44, les hurlements rauques cessent, le larynx de Rogue détruit à jamais. Les sorts continuent, mais ils ne sont plus reçus que par de douloureuses inspirations.
Les larmes coulent le long des joues d'Harry. Nous l'allons jamais nous en tirer vivants, réalise-t-il. Il n'y a plus d'espoir.
03h50
Harry se demande combien de temps il a fallu à Bellatrix Lestrange pour détruire l'esprit des Londubat.
Poudlard, Bureau du Directeur, 04h20.
"C'est à des kilomètres !"
"Et si elle se trompe ?"
"C'est une fichue chouette, par la barbe de Merlin ! Elle a probablement juste trouvé une grenouille particulièrement juteuse, c'est tout !"
"Il faut faire quelque chose !"
"S'il vous plaît, Monsieur ! C'est son familier ! Elle ne lui a jamais failli avant !"
"Et si c'est un piège ?"
"On le fait quand même !"
"Pas question ! C'est de la folie !"
"S'il y a une chance, même minime, de retrouver Harry et Severus vivants, alors on la prends."
05h20
Harry a les oreilles qui sonnent, chaque muscle de son corps est douloureux, et Voldemort ne l'a pas encore touché.
"M… monsieur ?" demande-t-il à la figure qui gît sur le sol, à ses pieds. Il n'a plus la force de pleurer. Il semble aussi avoir des hallucinations auditives. C'est comme s'il y avait une espèce de bataille, assourdie et loin en haut.
"Harry !" un cri puissant retentit de l'autre côté de la porte. Il y a de l'écho.
Super. Pas la peine d'attendre Rogue, se dit-il. J'ai déjà perdu la boule.
"Harry ! C'est Remus ! Est-ce que tu es là ? Severus !" des coups sur la porte. Harry, qui suspecte un autre jeu ignoble de Voldemort, ne dit rien.
"Kingsley ! Je pense que c'est celle-là ! Aide-moi à enfoncer la porte !" Une explosion formidable. Dans un nuage de poussière, deux figures semblent reculer à l'entrée de la cellule – probablement à cause de l'odeur de sang et de vomi, et puis Remus défait ses liens et le bombarde de questions auxquelles il n'a pas la force de répondre. Alors qu'il sent les bras de Remus autour de lui, Harry accepte finalement qu'ils sont en train d'être sauvés, et permet à une vague de soulagement de baigner son corps épuisé.
"Sonorus ! Guérisseurs !" beugle l'Auror Shacklebolt, s'agenouillant aux côtés de Rogue, sans grand espoir.
"Est-ce qu'il…" demande Remus, hésitant. Kingsley secoue la tête.
"Il y a un pouls, mais très faible. Où sont ces foutus guérisseurs ?" il sort dans le couloir, et pousse une exclamation de surprise. Remus se retourne, et se trouve couché sur le dos, une main d'argent puissante lui agrippant la gorge, l'étouffant, brûlant sa chair lycanthropique.
… les livres d'Histoire magique disent que ce moment constitue le tournant de la guerre.
La rage balaie totalement Harry. Si pure et si intense qu'il n'a pas besoin de bouger un muscle. Queudver est projeté en l'air et explose dans de minuscules fragments de chair qui tapissent la cellule. Le bras d'argent sonne contre le sol de pierre et roule dans un coin. Kingsley titube dans la pièce, ayant réussi à se libérer des effets du sort que Pettigrow lui a lancé. Il dévisage Harry.
"C'est toi qui a fait ça ?"
"Oui."
"Comment ? Tu as ta baguette ?"
"Non. Je suis juste un tout petit peu énervé."
"Je vois."
Une guérisseuse vêtue de l'uniforme de Sainte Mangouste se précipite dans la cellule, s'agenouille entre Remus, qui gémit, et Severus, inanimé. Les larmes coulent sur ses joues alors qu'elle redonne sa taille normale à son sac et commence à en extraire des potions d'urgence.
"Dumbledore est mort ! Il faut nous en aller d'ici ! Ils étaient en train de se battre et il a été touché à l'épaule par un sort explosif. Il a trébuché et Vous-Savez-Qui l'a fini. Le vieil Auror, aussi !"
Les mots de Voldemort résonnent dans sa tête. "C'est la fin." Oh, que oui. Il a du mal à tenir sur ses jambes comme il sort dans le couloir, mais il est déterminé. Il sent la magie, brute et mortelle, qui pulse dans son corps, des étincelles s'échappant de ses yeux alors qu'une terrible pensée après l'autre se succède dans son esprit. Il a tué Pettigrow. À cause de Voldemort, il est un meurtrier. Et bien, il va l'être encore. Tout est de la faute de Voldemort. Toute sa vie, il a vécu dans son ombre terrible. Ses parents. Sirius. Cédric. Les parents de Neville. Madame Rosmerta. Les frères de Mme Weasley. Le papa d'Hermione. Tous les autres misérables qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Remus et Rogue qui gisent blesses, peut-être à mort, dans cette horrible petite pièce carrée.
Montant un escalier, il croise Tonks, le nez ensanglanté, et un autre Guérisseur, qui se dirigent vers les cachots.
"Harry ! Oh, miséricorde…" il l'effleure en montant, sans même ralentir. "Attends !" crie-t-elle, "Tu ne peux pas monter ! Dumbledore est mort et Voldemort…!" Il n'écoute pas, mais continue jusqu'à ce qu'il arrive à une espèce de hall d'entrée. Ils se trouvent dans une maison délabrée, quelque part à la campagne, apparemment. Les murs s'écroulent et le plafond est complètement éventré. Harry a le temps d'apercevoir le corps de Maugrey Fol-Œil, horriblement brûlé, étendu à travers la porte, et quelques personnes non identifiées qui tentent de se protéger derrière. Dumbledore semble toujours vénérable même dans la mort, un bras brûlé déplié à son côté, l'autre posé sur la poitrine, tenant toujours sa baguette.
Voldemort est debout, triomphant, au centre de la pièce. Il se redresse de toute sa hauteur en voyant Harry, et se lance dans un de ses discours.
"Et bien, que voilà ? Et ainsi les deux plus grands sorciers de tous les temps, enfin face à face. Nous, qui avons été abandonnés par ceux qui nous craignent, nous, qui…"
Harry n'est pas disposé à écouter. Il est si en colère, maintenant, que ses pieds ne touchent même plus terre. Sans un mot, il lâche sur Voldemort chacune des particules d'émotion qui le brûlent de l'intérieur, sentant le monde vaciller dans une fulgurance verte et un rugissement assourdissant d'énergie magique. Voldemort est catapulté dans les airs et réduit en miettes ; la maison tremble dans ses fondations.
Une épaisse flamme de fumée se tord dans l'air scintillant, dans le profond silence qui suit. Avec la vague idée qu'il s'agit de l'âme de Voldemort qui cherche un nouvel endroit où se cacher, Harry lui envoie les derniers fragments d'énergie qui lui restent. Elle se désintègre dans un cri inhumain, disparaissant à jamais dans l'éther.
05h35.
C'est fini. Tout finit ici. Il a réussi ! Harry glisse sur le sol alors que Bill Weasley et le Professeur MacGonagall se précipitent depuis le pas de la porte pour l'attraper.
"Je l'ai fait," bafouille-t-il fièrement, avant de perdre connaissance.
