Chapitre 7. Just a Kiss
Notre de l'auteur. Attention. Mort d'un personnage, sans gore, sans violence, non explicite. Mais il y a aussi de la guimauve !
Remus a essayé d'effacer le sourire idiot de son visage toute la matinée. Pour l'amour de Dieu, c'était le plus léger des baisers, le plus léger effleurement des lèvres contre la peau, se dit-il. Il a certainement reçu des baisers plus grands de Molly, Hermione, Ginny et le reste des ses amies, mais quand il réalise (toutes les cinq minutes) ce que représente toute marque d'affection de la part du Prof. Severus Alexander de Carvel Rogue, MIMP (d'Or), OM (2è), il se dit que ce doit être l'équivalent d'une maison pleine de roses rouges et d'une déclaration d'adulation obsessionnelle remplissant une double page dans la Gazette des Sorciers de la part de n'importe qui d'autre.
Il se demande quand il a commencé à penser à Severus autrement que comme un ami. Il a refoulé l'idée – il s'en rend compte maintenant – étant donné la quasi-impossibilité de voir ses sentiments partagés. Mais quels sont ses sentiments, au juste ? De l'admiration, certainement. De l'affection, sans aucun doute. De la curiosité, absolument. De l'attraction, oh oui. De l'amour ? Hmm. Un peu trop tôt pour le savoir. Mais il y a cette indéniable douce chaleur qui l'enveloppe dès qu'il pense à ce baiser. Et Severus ressent visiblement quelque chose aussi. Mais est-ce suffisant pour commencer une relation ? Sirius lui dirait d'arrêter de tout analyser et de se laisser aller. Bon, après avoir sans doute exprimé de la répulsion, de l'indignation et l'incrédulité à l'idée que Remus ait des sentiments pour ce Serpentard sournois, bien sûr. Cher Sirius. Comment aurait-il supporté la paix ? Pas très bien, se dit Remus, les mots "paix" et "Sirius" étant rarement prononcés dans la même phrase. Et si…
"Non," dit-il tout haut. "Pas de "et si"." Décidant de prendre le temps de penser à Sirius, il met ses sabots de jardinage et s'en va visiter l'Évêque.
Dans la jungle de mauvaises herbes, orties et ronces qui peuplaient le jardin de Gimmauld Place, Remus avait découvert un grand dahlia rouge vif se dressant tout droit, dédaignant le fouillis qui l'entourait. Fasciné par la beauté des fleurs, Remus avait réquisitionné Sirius pour qu'il l'aide à l'identifier. Grognant quelque chose à propos des tapettes et de leurs fichues fleurs, il avait obéi, n'ayant rien de mieux à faire, et après quelques heures le bouton rouge sang s'était révélé être un Évêque de Llandaff, ce que Sirius avait trouvé désopilant.
"Il porte le nom d'une espèce de vieux curé !" avait-il hurlé de rire.
Sirius ne jardinait pas, considérant qu'il s'agissait d'un passe-temps pour les vieilles femmes et les homos, mais, prisonnier de cette terrible maison, incapable de sortir ou de faire quoi que ce soit d'utile pour l'Ordre, il avait fini par s'occuper de l'Évêque. Il coupait les broussailles qui menaçaient de l'étouffer, vérifiait qu'il avait assez d'eau et de lumière, et allait même jusqu'à étaler du crottin d'hippogriffe sur le morceau de sol caillouteux sur lequel il poussait. Remus imagine qu'il y a là une sorte de métaphore, à propos d'une rose parmi les épines – ou quelque chose comme ça. Sirius, le rejeton de la perverse Maison de Black, devenant un Griffondor.
Après la guerre, l'Évêque était la seule chose que Remus a prise de cette maison. Maintenant, il prospère dans un coin ensoleillé de son propre jardin, un mémorial violemment coloré pour son ami mort et sans tombe.
Il est perdu dans ses pensées, agenouillé devant un massif, arrachant quelques feuilles, quand il entend la cheminée siffler, l'avertissant que quelqu'un tente de l'appeler. Se redressant et se précipitant à l'intérieur, il est surpris d'entendre la voix de Severus dans le salon, chuchotant son nom de sa voix rauque.
"Je suis là ! Désolé, j'étais dans le jardin. Est-ce que ça va ?"
Le visage habituellement impassible de Rogue montre des signes de détresse. Il parle avec une certaine urgence.
"Es-tu occupé ? Puis-je venir ?"
"Bien sûr. Quelque chose ne va pas ?"
Les flammes vertes flamboient une seconde, et Severus apparaît. Alors qu'il fait un pas en avant, son mauvais genou se dérobe, le déposant de façon disgracieuse sur le sol. Remus lui entoure les épaules pour l'aider à se relever et est surpris de sentir des bras se glisser autour de sa taille et le serrer fort. Il tremble comme une feuille, ce que Remus trouve inquiétant, mais il ne dit rien, se contentant de rendre l'étreinte dont Severus semble avoir tant besoin. Après quelques minutes, Severus relâche sa prise, et dit la dernière chose à laquelle Lupin s'attend.
"Tu as du chocolat ?"
"Toujours" sourit le loup-garou, invoquant quelques morceaux du placard de la cuisine. Après quelques bouchées, Rogue cesse de trembler et se laisse guider vers le sofa.
"Excuse-moi, Lupin, pour cette honteuse manifestation de faiblesse."
"Pas du tout, mais je suis inquiet. Qu'est-ce qui s'est passé ?"
Après une autre bouchée, il murmure,
"Azkaban."
"Quoi ? Mais qu'est-ce que tu es allé faire à… oh. Oh, je vois. Tu es allé voir Malfoy."
Rogue hoche la tête, frissonnant de nouveau.
"Ce n'est pas ma première visite dans l'île. Mais cette fois j'ai été très affecté. Je ne me suis pas senti capable de rentrer seul à la maison. J'espère que je ne te dérange pas…"
"Bien sûr que non, Severus. Tu es toujours le bienvenu, ici." Ne sachant pas si le Maître des Potions souhaite parler de ce qui de toute évidence a été une expérience désagréable, Remus commence : "j'ai lu dans le Prophète que son appel en cassation a échoué. Il n'a plus aucune chance d'échapper au Baiser maintenant, n'est-ce pas ?"
"Aucune. Ses avocats ont tout tenté, ces cinq dernières années. Ils ont exhumé des tonnes d'anciens décrets à demi oubliés et ils ont essayé de tirer parti de toutes les failles du système juridique. Maintenant, seule la mort pourrait lui permettre d'éviter d'être Embrassé." Il frissonne de nouveau, et une étrange expression passe sur son visage quand il prononce le mot "mort". "Cela devrait avoir lieu demain."
Remus ne sait absolument pas quoi dire. Il sait que Severus et Lucius Malfoy ont été proches par le passé, une relation compliquée qu'il n'arrive pas à comprendre. Il sait, cependant, que Severus ne conteste pas la peine, ayant été aux premières loges des atrocités dont le si beau démon était capable. Il sait aussi que Rogue a passé quelques jours terribles dans l'enfer d'une cellule à Azkaban avant son propre procès pour meurtre à la fin de la première guerre. Il va avoir besoin d'autre chose que de chocolat pour se remettre, cet après-midi.
"Il m'a demandé de venir", murmure Rogue, "il avait droit à un dernier visiteur. Naturellement il a d'abord demandé à Drago et à Narcissa, mais ils ont refusé tous les deux. Tous les autres ont été soit tués soit Embrassés depuis des années."
Ça, Remus peut le comprendre. Ses contemporains sont morts, aussi, la plupart tués par les ex-complices Mangemorts de Severus, d'ailleurs. Mais telle est la nature de la guerre, et à la fin, tout ce qui compte pour Remus est qu'ils aient survécu tous les deux. La seule chose qu'ils peuvent faire pour les morts, maintenant, est de s'efforcer de profiter du mieux qu'ils peuvent des précieuses années de vie qu'il leur reste. Il vient s'asseoir près de Severus. Délicatement, il prend Severus dans ses bras, et quand l'autre sorcier est secoué par des sanglots silencieux, il ressent un étrange mélange de plaisir et de peine. À nouveau, Remus se sent privilégié d'être le témoin d'une manifestation d'émotion de la part de l'homme de moins démonstratif qu'il connaisse. Severus Rogue est en train de pleurer.
…….
Le matin suivant, Remus fredonne joyeusement en dévorant son petit déjeuner, sur sa terrasse ensoleillée. Le lien entre Severus et lui se renforce de jour en jour, et quel que soit le nom qu'il faut donner à la sensation cotonneuse au fond de son estomac, il décide qu'il l'apprécie vraiment beaucoup. Quand il ouvre le journal, sa bonne humeur s'évanouit et sa tasse the thé s'écrase sur le sol, éclaboussant les dalles de pierre.
Malfoy trouvé mort dans sa cellule à Azkaban
Le dernier des Mangemorts décède d'une crise cardiaque à quelques heures de son exécution
L'assassin Mangemort Lucius Malfoy a été retrouvé mort à 3h55 par les gardiens d'Azkaban. Le Mangemort de 46 ans devait recevoir le Baiser des Détraqueurs plus tard dans la journée après de rejet, vendredi dernier, de son appel en cassation, après des années de procédure juridique. Selon l'autopsie, Mr Malfoy est décédé d'un arrêt cardiaque entre une et deux heures du matin.
"Aucune malformation n'avait été décelée lors des examens médicaux menés pendant son emprisonnement. Les résultats de la dernière visite médicale, qui s'est déroulée il y a deux semaines, montrent que Mr Malfoy était en parfaite santé" a affirmé Dolores Ombrage, porte-parole du Ministère. "Cependant le magilégiste affirme avoir la certitude qu'aucune potion ou sort n'a pu causer cette mort. Le Ministère tient à dire que…"
Remus se moque bien de ce que le Ministère tient à dire. Il a le vertige. Severus. Il doit voir Severus. Se précipitant dans le salon, il prononce son nom dans la cheminée, mais c'est Josty qui apparaît.
"Josty ! Où est Severus ? Est-ce qu'il va bien ?"
"Maître Lupin, Monsieur, Maître Rogue est à Milan. Il a l'air bien. Y a-t-il de mauvaises choses ? Vous êtes inquiet pour Maître Rogue ?"
"Milan ? Il est allé voir Drago ?"
"Oui, Monsieur, Josty pense."
Lupin fronce les sourcils alors qu'une petite pensée perverse se forme dans son esprit. Il tente de l'ignorer, mais se rend compte qu'elle ne fait que grandir. Les lettres d'imprimerie dansent devant ses yeux. Aucune malformation. Dans ce cas, pourquoi Malfoy est-il mort si brusquement ? Aucune potion n'a été trouvée dans son organisme, mais il existe des potions intraçables. Arrête. Ne pense pas ça ! Remus Lupin ne pensera PAS ça. Oh, Merlin, oh Merlin, il l'a vu hier après-midi. Calme-toi, respire, calme-toi. Inspire. Expire. Inspire. Expire. Inspire.
O.K.
"Josty ?"
"Oui, Maître Lupin, Monsieur ?"
"Quand Severus est-il parti pour l'Italie ?" S'il te plaît, dit ce matin, s'il te plaît, ce matin.
"Vers six heures hier soir, Monsieur. Le Maître part juste après qu'il arrive de la maison de Maître Lupin."
Remus s'écroule dans le fauteuil le plus proche du feu. Est-il idiot ? A-t-il une imagination trop débridée ? Il ne peut oublier l'expression du visage de Severus quand il a dit que seule la mort éviterait que Lucius ait l'âme arrachée de son corps. Il est évidemment tout à fait capable de brasser une potion indécelable, une potion qui arrêterait les battements du cœur exactement comme s'il s'agissait d'une crise cardiaque. Mais a-t-il été capable de la donner à son vieil ami ? L'a-t-il considéré comme un meurtre charitable ? Ou Malfoy lui a-t-il demandé ce dernier service, comme un dernier défi au Ministère ?
Mais il a tout aussi bien pu décider d'aller voir Drago et Narcissa pour leur parler de sa dernière visite – sa visite innocente – à la prison. Il peut très bien être allé aider un jeune homme qu'il aime à affronter le jour où le corps de son père ne sera plus qu'une coquille vide. Sans aucun recours entre lui et une fin effroyable, Lucius a aussi très bien pu succomber à l'impossibilité d'accepter son destin. Remus est certain qu'aucun garde humain – sans parler d'un Détraqueur – ne s'est précipité à son chevet s'il a fait une attaque de panique au milieu de sa dernière nuit cohérente sur terre. Après tout, les gens meurent tout le temps. Non ?
Remus l'espère.
