Chapitre 8. Réflexion

Il fait chaud et lourd, l'unique son provient des quelques cigales dispersées dans le jardin. L'atmosphère feutrée est très différente de celle des deux visites précédentes de Severus, avec les rires des sept enfants du Comte qui cascadaient dans la vallée, ses cinq petits-enfants, ses innombrables amis et sa nouvelle femme complétant un tableau plein de vie et de lumière. Ce soir, le silence est plein de respect, et Severus en est reconnaissant.

Il est assis sur un petit muret de pierres, contemplant, en contrebas, les lumières de la grande ville. À sa gauche, Drago n'a pas bougé depuis une demi-heure. Ils se sont dit tout ce qu'il y avait à dire pendant ces dernières 24 dernières heures. Il y a eu de la colère, des regrets, du soulagement, du chagrin, des accusations et des questions, des questions, des questions. Les années d'école, le temps des Mangemorts, le jour de la naissance de Drago, la dernière visite de Severus à la prison. Un océan d'émotions les a balayés pendant une nuit et un jour, les réduisant finalement, épuisés, naufragés, au silence.

Lucius est vraiment parti, il peut l'accepter, maintenant. Lors de sa dernière visite dans sa sordide cellule, Lucius l'a reçu avec la dignité d'un roi accordant une audience, cinq années de privations et de souffrances incapables de ternir ses cheveux blond argentés, de troubler l'éclat de ses yeux bleus. Après que Lucius l'a renvoyé, les couloirs lui ont semblé plus étroits, les portes plus épaisses et les Détraqueurs plus proches qu'à l'aller. Bouleversé par la peine et l'horreur, il s'est précipité vers Remus Lupin, utilisant sa présence réconfortante comme un Patronus pour éloigner l'obscurité. Pleurant comme un enfant, gisant pathétiquement sur le sol dans les bras de Remus, il s'est senti plus heureux que jamais auparavant.

Et donc, voilà. Il a finalement appris à compter sur les autres. Après une vie de solitude et d'indépendance, Severus s'est réveillé un jour à Sainte Mangouste pour découvrir que sa voix était cassée, son corps brisé et ses deux maîtres – le bon et le mauvais – morts. Guérir n'a été possible que grâce à une armée de gens de bien, donnant leur temps et leur énergie pour l'aider. Ils ont ignoré la marque abjecte imprimée de façon indélébile sur son bras gauche, et l'ont soigné, nourri, lui ont parlé, l'ont calmé, et ont même remplacé les fonctions les plus basiques de son corps et ce, uniquement parce qu'ils se sentaient responsables de lui, en tant qu'être humain. Et non parce qu'ils attendaient quoi que ce soit de lui. Et il a appris à accepter leur aide, et même à la demander lorsque cela était nécessaire. Et maintenant que le maudit loup-garou semble déterminé à envahir sa vie, il pense que demander un peu de réconfort rentre dans le cadre de ces besoins élémentaires.

Il est heureux de réaliser qu'il a été capable de donner un peu de réconfort, lui aussi, ce jour-là au sommet de la falaise, quand Lupin s'était senti si mal à propos de sa brûlure d'argent. Transformer l'air misérable de Lupin en un sourire radieux, juste avec un petit baiser, a été une expérience étrangement satisfaisante pour Severus. Qui aurait pu l'imaginer ? Qu'être embrassé par le sinistre et repoussant Severus Rogue pouvait balayer le blues de quelqu'un et le faire rayonner de la sorte ? Cela le fait rayonner, lui aussi. Un tout petit peu.

Des pas crissent sur le gravier parfaitement ratissé derrière lui, rappelant à Severus où il se trouve. Il se retourne pour voir le visage inquiet de la nièce du Comte, Luisa, debout derrière eux. Il lui fait signe d'approcher. Elle lui sourit avec reconnaissance, l'aide à se mettre debout et prend sa place sur le mur près de Drago. Après quelques pas, il se retourne pour voir une tête blonde se poser sur son épaule. Il réajuste sa prise sur sa canne, et suit son chemin dans la nuit milanaise.

…….

"Lupin ?"

"Oh ! Severus. Entre."

Il est plutôt content de remarquer que, cette fois, Lupin s'est approché de la cheminée, l'attrapant juste avant qu'il ne tombe. Le sentiment s'atténue légèrement lorsqu'il constate qu'ils ne sont pas seuls.

"Bonjour, Professeur ! C'est une joie de vous voir. Voici mon ami, Matthew."

Un grand jeune homme à lunettes lui donne une poignée de main ferme, et la Je-sais-tout qui se targue des meilleures notes d'ASPIC de Poudlard – depuis les siennes – le conduit vers le canapé.

"C'est un honneur de faire votre connaissance, Monsieur. Hermione a la plus haute opinion de vous et de votre travail."

Luttant contre son instinct qui le pousse à leur jeter les meilleurs sorts obscurs de son répertoire, il arrive à murmurer "comment allez-vous" alors que Lupin invoque une autre tasse de thé.

"J'étudie les potions à l'IMP cette année – c'est une partie de mon cursus de Guérisseur et, Monsieur, vous êtes une vraie légende !"

Lupin doit avoir remarqué le rictus sur son visage et averti Granger, car elle se met soudain debout et tire sur la manche dudit Matthew. Ils prennent poliment congé, et avec un dernier

"Prenez soin de vous, Professeur" de la part de la brillante jeune sorcière, il se retrouve assis dans un silence reposant, seul avec le maudit loup-garou.

Rogue trouve le silence reposant, mais Lupin semble un peu agité. Il se tortille pendant cinq minutes avant d'arriver à dire, doucement

"J'ai lu les journaux. Je suis désolé pour Malfoy." Rogue hoche la tête.

"J'étais avec Drago quand on a reçu la nouvelle."

"Oh !" Lupin est vraiment nerveux. Rogue se demande pourquoi. Ils ont tous deux été les témoins de tellement de morts et de destruction, pourquoi cela le dérange-t-il à ce point ?

"Cependant, bien que je sois désolé, je ne peux prétendre que cette mort ne soit pas un sort préférable au Baiser." Manifestement, ce n'était pas la meilleure chose à dire, Lupin renverse son thé sur ses genoux et bondit hors de son fauteuil, marmonnant quelque chose à propos d'une serviette. Les Griffondor. Severus lève les yeux au ciel. Personne n'a donc jamais pris la peine de leur apprendre les sorts de nettoyage ? Apparemment non, à voir l'état de la plupart d'entre eux.

Remus est de retour, s'excusant de nouveau. Le souci plisse son front, et le regard ambré enveloppe Rogue, cherchant quelque chose sur son visage. Severus est un peu dérouté, mais il est aussi trop fatigué pour tenter de comprendre ce qui se passe. Se rappelant de la dernière fois où il a réussi à calmer Lupin, il se penche et l'embrasse sur les lèvres.

"Il y a un problème, Lupin ?" demande-t-il doucement. Le loup-garou écarquille les yeux et reste pétrifié une seconde, mais au grand soulagement de Rogue l'éclat radieux revient, et il sourit timidement.

"Non, Severus. Enfin, rien d'important."

Ils s'embrassent encore. Des baisers doux, rassurants, qui déclenchent des frissons de plaisir. Rogue se rend compte qu'il est à peine capable de garder les yeux ouverts, s'affaissant dans le canapé avec un soupir d'excuse.

"Je suppose que tu n'as pas beaucoup dormi la nuit dernière, à discuter avec les Malfoy."

"Je n'ai pas dormi du tout, je le crains. Excuse-moi. Je ne voudrais pas que tu penses que tes baisers m'ennuient." Lupin rougit d'une façon charmante et demande :

"Pourquoi ne resterais-tu pas ici cette nuit ?"

Rogue hausse un sourcil.

"Je veux dire, juste pour dormir. Euh…." Cela semble une excellente suggestion, et Rogue se sent délicatement porté dans les escaliers.

"Je crains que le chambre d'ami ne soit pleine de bazar. Je peux la débarrasser, si tu veux."

"Je suis sûr que ta chambre sera très bien," dit-il, observant la réaction de Lupin avec attention. Il est ravi de voir que l'éclat est revenu, et reste là alors qu'ils s'installent dans le grand lit de Lupin, avec cinquante bons centimètres entre eux. Remus franchit la distance pendant une seconde pour lui donner un dernier baiser, léger comme une plume.

"Bonne nuit, Severus."

"Bonne nuit, Remus."

Comme il l'avait espéré, l'usage de son prénom a fait rougir Lupin – de nouveau. Severus le dévisage un moment, mémorisant la délicieuse vision du loup-garou rayonnant et rougissant à cause de lui, l'imprimant dans son esprit, avant de retirer ses lunettes et de murmurer "nox."

…….

Remus est allongé sur le dos dans le noir, écoutant la respiration de l'incroyable sorcier qui repose à ses côtés dans son lit. A-t-il assassiné Malfoy, ou non ? À ce moment précis, il se rend compte qu'il n'en n'a cure. Quelle importance, vraiment ? Pourquoi se torture-t-il à ressasser le passé de la sorte, quand le futur semble si prometteur ? Il sourit dans le noir. Si seulement il pouvait contrôler cette maudite manie de rougir sans cesse…