Chapitre 9. Pluie d'été.
Le temps est resté si chaud et incroyablement beau pendant si longtemps que c'est presque un choc quand Remus est réveillé par la pluie d'été qui bat contre la vitre, le dimanche matin. Des nuages gris roulent dans le ciel comme il met son imperméable et s'en va s'occuper de son jardin, amenuisant son univers, bloquant la vue du Peak District dans une sorte de halo blanc humide. Les dernières fleurs de l'été semblent en piètre état, courbées sous le poids de la pluie, mais Remus espère qu'aucun dommage permanent n'a été infligé. L'Évêque de Llandaff se tient tout droit, se balançant légèrement dans la brise comme pour se moquer de ses voisins plus fragiles. Comme toujours, la fleur rouge fait mélancoliquement sourire Remus à travers les gouttes de pluie.
Dans le coin des plantes aromatiques, il cesse de sourire en trouvant un tas de boue gis-vert humide là où se trouvait son buisson d'octurvice. Comme il s'agenouille pour l'inspecter, le végétal tente d'éviter sa main et produit un misérable petit criaillement, qui tranche avec les trilles joyeux des oiseaux du jardin.
"Je suis désolé" lui dit-il tristement. "Je n'aurais jamais pensé que temps se dégraderait si vite, comme ça." La plante gémit plus fort, et le cœur de Remus se serre. Il se précipite à l'intérieur pour consulter "Cultiver et Soigner la Flore Magique Exotique et Rare", le seul livre qu'il ait trouvé qui contienne quelques conseils utiles sur l'octurvice.
"Quand l'octurvice commence à montrer des émotions comme un être humain, soyez sûrs qu'elle est moribonde et qu'elle mourra probablement dans l'heure. Il existe une possibilité de sauver votre plante en taillant tous les rameaux à deux centimètres du sol, mais je tiens à vous prévenir que la détresse du buisson risque de déprimer l'horticulteur le plus timoré."
Fantastique. Une plante mélodramatique. Mais il fera avec les cris et les pleurs de la plante, si cela peut lui donner une chance de survie. Il se munit d'une petite toile à bâche et de quatre piquets de la remise pour se bâtir un petit abri et se met en devoir de couper les feuilles purulentes et les branches en voie de dissolution, alors que l'octurvice sanglote et gémit tout du long. Franchement, se dit Remus, les voisins vont penser que je martyrise un chat. L'auteur anonyme avait raison, cependant. Les derniers hurlements du buisson l'ont laissé avec un sentiment de honte et de malaise, comme s'il avait commis un acte de cruauté.
"C'est pour ton bien", dit-il sombrement à la souche, parlant surtout pour remplir le silence de mort qui pèse sur le jardin après la chirurgie d'urgence. Tout ce qu'il peut faire, maintenant, c'est attendre. Et espérer.
Quand il s'est occupé du reste du jardin malmené, a retiré ses bottes et pantalons boueux et s'est réchauffé d'un grande tasse de café, il est midi et il sourit en anticipant sa visite à Severus.
Il est heureux de la tournure que prend leur relation. Les choses progressent doucement, en harmonie avec la nature prudente des deux sorciers, mais l'affection entre eux est chaque jour plus tangible. Ils se voient rarement plus d'une fois par semaine, restant parfois dormir l'un chez l'autre mais sans que ce soit la norme, bien que Remus se soit surpris à télé-foyer en Cornouailles chaque soir avant de dormir, pour échanger les détails de la journée et souhaiter une bonne nuit à Severus. Et Severus sourit avec un vrai sourire, exempt de toute trace de sarcasme ou de dérision, et lui souhaite bonne nuit aussi. Le frisson engendré par ces lèvres minces et douces murmurant son prénom ne s'est pas atténué, et tout récemment les rêves anxieux de ces dernières années ont été remplacés par d'autres visions bien plus agréables et occasionnellement plus voluptueuses.
A deux heures, Remus est accueilli à The Gatehouse par un baiser de Severus, qui semble content de le voir. Il y a quelque chose de différent, aujourd'hui, et il faut quelques instants au loup-garou pour se rendre compte qu'il a toujours vu le salon baigné par le soleil – à l'extérieur le ciel est sombre et pluvieux comme dans le Derbyshire, et la pièce semble particulièrement grise et froide. Avec un frisson involontaire, il entoure Severus de ses bras, et le serre fort, gagnant un petit rire et un autre baiser sur les lèvres.
"Moins agréable sous la pluie ?"
Faisant exprès d'avoir mal compris, Remus se penche légèrement en arrière pour apprécier la vue de l'autre sorcier sans devoir lâcher sa taille pour autant.
"Non, exactement aussi agréable". Il sourit à sa propre bêtise. Rogue lève les yeux au ciel et le repousse avec une exaspération feinte.
"Je parlais de la maison. Elle prend une toute autre personnalité quand il fait mauvais. Peut-être trouveras-tu son austérité gothique trop angoissante."
S'amusant énormément, Remus continue sur sa lancée, étudiant de nouveau le visage de Severus avant de conclure ;
"Non, je préfère l'austérité gothique à toute autre chose."
Severus se détourne pour cacher son sourire, marmonnant des choses qui ressemblent fort à 'incorrigible Griffondor' et ordonne à Josty d'apporter le thé. La fléreuse somnole dans son fauteuil préféré, mais un œil à demi ouvert et une oreille mobile suivent chaque mouvement du loup-garou jusqu'à ce que l'elfe arrive avec une jatte de crème pour elle et un plateau de thé et de cake aux fruits pour les humains. Apparemment toujours gêné de l'atmosphère lugubre de sa maison, Severus demande à Josty d'allumer quelques bougies sur le manteau de la cheminée et bientôt la pièce est baignée d'une lumière dorée plus douce.
"On dirait le soir, maintenant, tu ne trouves pas ?" observe Remus, se servant une large part de cake – si délicieux qu'il lui arrache un hmm de surprise. Rogue ricane.
"L'elfe de maison de ma grand-mère a inventé la recette. Apparemment le secret est de faire tremper les raisins secs dans de l'Earl Grey toute une nuit," Josty apparaît avec un pop sonore et se tient debout, fusillant son maître du regard, ses petites mains sur les hanches. Rogue est à la fois amusé, penaud et embarrassé. "Ah, Lupin, tu considèreras que cette information est hautement confidentielle, j'espère ?" Josty tourne un regard de cent kilowatts dans sa direction, les narines dilatées de manière menaçante.
"Bien sûr," dit-il avec ce qu'il espère être un sourire conciliant, "Crois-moi, je sais garder un secret" Rogue se renfrogne aussitôt, et Remus est sur le point de demander ce qui ne va pas quand l'elfe l'interrompt avec un reniflement.
"Et bien, Josty suppose que vous êtes un de la famille maintenant de toute façon", elle croise les bras sur la poitrine et disparaît.
C'est autour de Remus d'être la proie d'émotions contradictoires. Le plus réservé des hommes a accepté son ancien ennemi dans sa vie, l'accueillant comme une sorte de Rogue honoraire, ou telle est l'opinion de la seule créature à l'avoir connu depuis sa naissance. Il se demande si Severus est d'accord avec cela, se rappelant la façon qu'avait Mme Potter d'embarrasser James en déclarant publiquement ce qu'elle pensait être ses opinions. Neuf fois sur dix, James avait dû admettre à Sirius et à Remus, écroulés de rire, que, en fait, elle avait deviné juste. Les mères sont comme ça. De ce qu'il a réussi à glaner à propos de l'enfance de Severus, Josty l'a élevé plus ou moins seule, a plus été un parent pour lui que n'importe qui de son sang ou, en fait, de n'importe quel être humain. Remus sourit timidement.
"Est-ce vrai ?" demande-t-il doucement. Les yeux noirs ne trahissent rien comme il répond.
"Souhaites-tu être associé à une telle bande de scélérats Obscurs ? Meurtriers, bourreaux, propres-à-rien, charlatans, gibier de potence, joueurs, dégénérés ?" il s'arrête et regarde fixement le sol, avant d'ajouter, "Mangemorts ?"
Remus hausse les épaules de la façon la plus désinvolte possible.
"Je ne sais pas pour les autres. Je n'ai rencontré qu'un seul Rogue et aucune de ces étiquettes ne s'applique à lui." Même ses sens de lycanthrope ont du mal à entendre la réponse par-dessus le crépitement de la pluie, au-dehors.
"Certaines, si."
Remus sait qu'il est soumis à un test très important. Voulant désespérément réussir, il pèse sa réponse.
"Peut-être. Et pourtant je ne souhaite pas m'en aller."
Severus a enlevé ses lunettes et se masse la racine du nez. Il lui faut quelques minutes avant de pouvoir parler de nouveau.
"Je t'ai coûté ta position à Poudlard en révélant ton secret. J'ai agi par pure malveillance. Il ne peut y avoir ni excuse ni pardon." Remus a prévu cela depuis longtemps ; il a une réponse toute prête.
"Cette nuit-là, j'ai failli te tuer. Pour la seconde fois. M'as-tu pardonné pour ça ?"
"Les deux incidents étaient de la faute de Black. Il n'y a rien que je doive te pardonner. Toi, tu n'as jamais été que bienveillant et attentif envers moi depuis lors."
"Même si tu avais tenu ta langue, les autres auraient deviné" soupire-t-il. "Ils devinent toujours, tôt ou tard. Je pensais que nous avions laissé le passé derrière nous. Tout allait si bien entre nous."
Rogue secoue la tête et s'étreint l'avant-bras gauche.
"Le passé est toujours avec nous. On ne peut échapper au passé."
"Tu as raison", convient Remus, "mais je mets les moments douloureux du passé dans le même sac que ma malédiction. On ne peut rien y faire, et je m'efforce de regarder au-delà, vers le futur et tout ce qu'il peut apporter."
Les épaules de Severus se sont affaissées, et il semble incapable de continuer la conversation. Remus sait que ses derniers mots sont de la plus haute banalité, dignes de la "Pensée Heureuse de la Semaine" de Sorcière Hebdo, mais c'est la philosophie qui l'a gardé debout malgré des centaines de marques de mépris, d'automutilations, de transformations douloureuses, la perte de ses parents et de ses amis, la pauvreté, et toute une série de déconvenues meurtrières. Severus connu d'autre souffrances mais il a survécu, lui aussi. Remus se demande ce qui l'a soutenu pendant toutes ces années. Un lapement étrange le tire de sa rêverie, et il baisse les yeux pour voir la fléreuse sur la table, près de lui. Apparemment toujours assoiffée après avoir fini son propre rafraîchissement, elle est en train de boire son thé. Sentant ses yeux sur elle, elle le fixe d'un regard provoquant et continue de boire, le mettant au défi de dire quoi que ce soit.
Quand il lève les yeux, il voit Severus qui rit en silence depuis l'autre bout de la pièce. Soulagé de sentir la tension se dissiper, Remus lève les sourcils avec dignité.
"Professeur de Carvel Rogue, m'avez-vous donc aucun contrôle sur les créatures qui habitent votre maison ?"
"Aucun. Je suis constamment déchiré entre les désirs d'une elfe, d'une fléreuse et d'un loup-garou." Remus glousse et met immédiatement la main devant sa bouche traîtresse. Pourquoi le Maître des Potions le rend-il si puéril, aujourd'hui ? Il tente de produire une expression de dédain hautain, mais quand il parle les mots semblent aussi sincères qu'une promesse.
"Nous faisons de notre mieux pour prendre soin de toi."
Au grand ravissement de Remus, c'est au tour de Severus de rougir, cette fois. Il remet promptement ses lunettes cerclées de noir et laisse quelques mèches de sa chevelure blanche et noire tomber devant son visage alors qu'il claque des doigts pour convoquer Josty. Il parle calmement de son chuchotement rauque, sans regarder Lupin.
"Une autre tasse, s'il te plaît."
……
Contre toute attente, le buisson d'octurvice a survécu. Le dimanche suivant, on voit déjà un petit rejet gris-vert poindre, comme s'il testait l'air ambiant avant de s'engager dans une véritable croissance, et Remus en est si soulagé qu'il s'est mis à s'asseoir à côté de lui plusieurs minutes par jour, lui murmurant des mots d'encouragement. Bien qu'il sache parfaitement que c'est le fruit de son imagination, il sent une espèce de moquerie émaner du coin du jardin où se tient l'Évêque quand il parle à l'autre plante.
"Je sais" sourit-il d'un air penaud, ne sachant pas trop s'il parle au dahlia ou à l'esprit de Sirius, "le premier signe de la folie."
"C'est quoi ?" demande joyeusement une voix tout à fait vivante, de la porte qui donne sur le jardin.
"Se parler tout seul. Comment vas-tu, Harry ?" Remus se redresse et accepte l'embrassade du jeune homme, le seul à posséder un accès illimité à la maison et au jardin de Remus.
"Très bien", des yeux verts brillants lui sourient, "Je voulais juste te parler. Tu vas bien ?"
"Oui, merci. La pluie a presque tué mon octurvice le week-end dernier, mais il semble reprendre du poil de la bête, maintenant."
Harry se penche sur la souche, sous sa tente protectrice.
"Octurvice ? On l'utilise pour rendre les poisons indétectables, non ?" Remus ouvre la bouche pour répondre mais aucun son n'en sort, alors que des pensées qu'il avait essayé d'ignorer de toutes ses forces se rappellent à son bon souvenir. Harry ne se rend compte de rien et continue, d'un ton suggestif. "À propos de poisons et de potions, est-ce que tu vois toujours ton Serpentard ténébreux ?" Remus avale sa salive. Il est encore en train de rougir, bon sang.
"Ce n'est pas mon Serpentard. Mais oui, nous sommes toujours amis." Harry sourit malicieusement, clairement enchanté de sa réaction.
"En tout cas, je suis sûr que personne d'autre n'en voudrait. Tu as de quoi manger ? Je meurs de faim !"
Harry est impressionné par la sélection de fromages en provenance du fromager voisin de Hartington, et s'acharne sur eux avec enthousiasme, à l'aide de pain aux graines de pavot, de tomates du jardin et d'une généreuse quantité cornichons Branston1.
"Tu n'as pas encore réussi à faire pousser ton propre arbre à cornichons ?" se moque-t-il, la bouche pleine.
"Pas encore," répond sans sourire son parrain de substitution, "L'arbre à fromages n'arrête pas de laisser dégouliner du stilton dessus."
Harry renifle et prend une grande bouchée de son Ribena, soudain sérieux.
"Remus ?" commence-t-il pensivement, un doigt suivant le contour de son verre.
"Qu'il a-t-il, Harry ? Quelque chose ne va pas ?"
"Non. Pas vraiment, en fait," il semble chercher les bons mots. Baissant la tête, il se lance. "Quand est-ce que l'on sait qu'une fille t'aime bien ?"
Remus sourit. À vingt-et un ans, Harry pourrait sembler un peu vieux pour poser ce genre de questions, mais il a été occupé par des affaires bien plus importantes pendant la plupart de ses années d'adolescence.
"Tu es sorti avec Ginny pendant un an. Comment as-tu su qu'elle t'aimait bien ?"
"C'était différent. On était surtout amis, et je l'avais connue avant pendant plus de sept ans. Des amis qui faisaient un câlin de temps en temps. Aucun de nous deux ne s'attentait à rien de durable. Avec Hazel, c'est différent."
"Hazel ?" Là, Remus est curieux. Il n'a jamais entendu ce nom avant. Ou si ? Il se rappelle vaguement une fille brune à la soirée d'anniversaire de Harry, riant de ce que certaines sucettes des jumeaux Weasley faisaient à Neville. Elle n'avait pas semblé particulièrement proche de Harry.
"Elle vit à Godric's Hollow. Elle travaillait pendant ses vacances universitaires à l'auberge où je suis resté. On a passé des heures à parler et à jouer au billard mais on ne s'est embrassés que deux fois. Le semestre a commencé la semaine dernière et elle est retournée à Manchester, et maintenant j'ai l'impression que je ne peux pas vivre sans elle. Qu'est-ce que je peux faire, Remus ?"
"Et bien," commence Remus, se demandant quel conseil paternel il pourra bien dispenser. Ses histoires d'amour ont toujours été catastrophiques, terrifié qu'il était de s'engager trop profondément de peur d'être rejeté une fois sa lycanthropie révélée. Il sait que Harry a eu des difficultés à nouer des relations amoureuses, lui aussi, parce qu'il s'est accroché à ses amis de Poudlard comme s'ils étaient sa seconde famille, et parce que ceux qu'il a rencontrés depuis la fin de la guerre ont rarement été capables de voir au-delà de la légende dorée de son héroïque victoire sur Voldemort. Il a aussi eu des problèmes avec une chasseuse de dot. Mélanie quelque chose. Pleine d'indignation sororale, Hermione lui a mis son poing sur la figure en plain milieu de la cuisine des Weasley. Et puis quelque chose frappe Remus. "L'Université de Manchester ?" demande-t-il.
"Non, l'UMIST, la faculté de sciences et technologie de Manchester. Pourquoi ?"
"C'est une moldue ?"
Harry se met immédiatement sur la défensive.
"Cela pose un problème ?"
"Non, pas du tout, Harry ! Tu me connais mieux que ça ! Mais sait-elle qui tu es ? Ce que tu as fait, je veux dire ?"
"Non. Elle a deviné que je suis un sorcier – Godric's Hollow est un village intégré, donc elle est bonne à distinguer qui est quoi. Je lui ai un peu raconté quand nous sommes devenus amis, ce qui est arrivé à mes parents et tout ça. Elle m'a aidé pour la maison et pour le jardin du souvenir. Mais qu'est-ce qui se passe si elle me considère juste comme un flirt d'été ?" des yeux implorants se lèvent vers Remus, qui sourit avec encouragement.
"Demande-lui si tu peux lui rendre visite à Manchester. Si elle dit oui, passe un bon week-end et demande-lui si elle veut sortir avec toi."
"Et si elle dit non ?"
"Alors tu as ta réponse."
Harry se jette dans les bras de Remus, le remercie, et ressemble tant à James quand il était malade d'amour pour Lily qu'une boule apparaît dans la gorge du loup-garou. Harry sort son téléphone portable et parle déjà avant d'avoir franchi la porte du jardin.
"Attends une seconde, Haze, je suis dans un tunnel." La cheminette s'embrase, et il est parti, laissant Remus se tamponner les yeux comme une mère poule fière mais très émue.
…….
Remus arrive à The Gathouse pour trouver Severus assis à son bureau, dans le coin de la bibliothèque, plongé dans une pile de parchemins qui couvrent complètement la surface de la table et cascadent sur le sol. Il lève les yeux sur Remus, et montre délibérément la grande horloge comtoise, sur le mur opposé.
"Je sais, désolé, je suis en retard" alors qu'il traverse la pièce vers le bureau, il est un peu perturbé quand Severus jette un sort et les manuscrits s'enroulent sur eux-mêmes avant qu'il ait pu voir quoi que ce soit. "Je dispensais la bonne parole, comme un bon parrain. Qu'est-ce que tu lis ?"
Severus fronce les sourcils, croisant les bras sur sa poitrine quand Remus s'avance pour un baiser.
"Rien que j'aie envie de discuter." Remus semble si démonté qu'il ajoute, "le gamin a des problèmes de femme, j'imagine. Granger continue de séparer le bon grain de l'ivraie avec un poing d'acier ?" cela semble rasséréner le fichu loup-garou, le sourire revenant brièvement sur son visage.
"Tu as entendu parler de ça ?"
"La garce a vendu l'histoire à la Gazette des Sorciers. Il me semble me rappeler d'un déluge de lettres applaudissant Melle Granger, le lendemain."
"C'est vrai. Et bien, je pense que Harry a perdu la tête pour une moldue, cette fois." Remus rit, mais semble toujours hésitant. "Severus, es-tu fâché avec moi ?"
"Fâché ?" le Serpentard fronce les sourcils. "Non. Quand j'ai vu que tu n'étais pas là à l'heure habituelle, j'ai quitté le salon et je suis retourné à mes papiers. Nous n'avons jamais dit que nous nous rencontrerions à deux heures pile tous les dimanches."
"Oh." Remus se sent idiot. Ils se voient toujours à deux heures, il n'a pas oublié le rendez-vous, mais Harry lui a fait perdre la notion du temps. "Si tu n'es pas fâché, puis-je avoir un baiser ?"
Rogue sourit et abandonne sa posture défensive pour l'embrasser. Quand Remus commence à se dégager, il a la joie de se trouver fermement maintenu en place, sa bouche explorée avec bien plus de passion qu'à l'ordinaire. Il répond avec plaisir, et il se passe quelques délicieux moments avant qu'isl soient obligés de s'arrêter pour reprendre leur souffle.
"Alors tu n'est pas en colère contre moi ?" souffle-t-il, et il se sent rougir de nouveau. Rogue réclame un autre baiser profond, ses bras toujours serrés autour de la taille de Remus, avant de murmurer à son oreille,
"Ais-je l'air en colère ?" Remus secoue la tête, contemplant les yeux noirs brillants, les couleurs sur les pommettes pâles et le sourire qui joue sur ses lèvres minces.
"Non. Tu as l'air délicieux."
Severus lève les yeux au ciel mais ne dit rien, permettant que Remus pose sa tête sur son épaule avec un soupir de contentement. Encore plus de pluie grise crépite contre les vitres de la bibliothèque alors qu'ils savourent tranquillement la sensation de chaleur et de proximité engendrée par leur étreinte.
"Il ne pleuvait pas quand je suis parti de la maison" murmure-t-il.
"Tu réalises que le mauvais temps va encore nous empêcher de faire notre balade ? " Remus sourit quand Severus dit "notre" balade sur la falaise, qui est devenue une habitude dès les premiers moments de leur relation.
"Il faudra qu'on reste dedans, alors. Qu'est-ce que tu suggères, Severus ?"
"Échecs ?"
"Non, on a déjà établi qu'il te faut douze minutes et demie pour me battre."
"Transfiguronary ?"
"La dernière fois, tous tes bibelots ont explosé."
"Diagonopoly ?"
"Tu achètes Poudlard et le Ministère et tu fais ton rire maléfique quand je fais faillite."
"Arcanes ?"
"Je n'ai aucune chance aux cartes."
"Skrade ?"
"Ton dictionnaire prend toujours ton parti."
"Sexe ?"
Remus s'étouffe. Est-ce qu'il a entendu ce qu'il croit avoir entendu ? Un coup d'œil aux yeux de Severus confirme que oui. Le mot de trois lettres résonne aux oreilles de Remus, le murmure sensuel de la voix de Severus l'ayant déjà privé de ses facultés et gravement perturbé les battements de son cœur. Il parvient à répondre d'une voix égale tout en se penchant en arrière, se frottant le menton et faisant semblant de réfléchir.
"Hummm. Ça fait un bail que je n'ai pas joué à ce jeu-là, tu vas devoir m'en rappeler les règles."
Severus sourit maintenant d'un sourire de prédateur alors qu'il se penche pour l'embrasser sur les lèvres, puis descend lentement le long de son menton et de sa mâchoire jusqu'à ce qu'il atteigne son oreille, où il s'arrête pour murmurer ;
"De la façon dont je joue, Lupin, il n'y a pas de règles."
1 Note de la traductrice : tous les fromages dévorés si joyeusement par Harry sont typiquement anglais. Le lecteur francophone pourra se laisser aller à imaginer à la place de délicieux morceaux de ses fromages préférés – Merlin m'est témoin que ce n'est pas ce qui manque… Pour ma part, un peu de salers entre-deux, quelques tranches de manchego curado et un cabécou bien crémeux suffisent à mon bonheur.
