Chapitre 10. Fragments du présent
Les ressorts du lit grincent. Un grognement.
"Qu'est-ce qui ne va pas, Severus ?"
"Mpf. Ce satané genou ! Je ne peux pas manœuvrer !"
"Tu t'en sorts très bien. Écoute, si tu te tournes comme ça… aïe !"
"Qu'est-ce que j'ai fait ? Oh, ta blessure d'argent. Je suis désolé."
"Ça va."
Un autre grognement. "Oh, franchement. Dans quel état nous sommes ! Un vrai couple de vieux."
Un rire étouffé. "Severus, détends-toi, il faut juste qu'on trouve la bonne position."
"Aïe, ton coude me tire les cheveux."
"Désolé, Severus."
Un grondement, cette fois. "Et dire que j'étais plutôt doué."
Petit cri. "Oh ! Tu l'es toujours. Mmmm…"
"Ça te convient, comme ça, Remus ?"
"Oh, Merlin, oui ! Ouiiii !"
"Plus fort, Lupin. Je crois qu'il y a deux habitants de Penzance qui ne t'ont pas entendu."
"…"
"Tss. Quel langage. Il va falloir te punir."
"Oh, oui ! Punis-moi ! Ah, Severus, je suis un très vilain loup !"
Un ricanement.
…….
Fragments du passé"Il s'est réveillé ?"
"Non, Directrice, mais les signes vitaux sont bons. Il fait de gros progrès."
"Et sa gorge, Seigneur, elle est vraiment affreuse ! Va-t-il s'en remettre complètement ?"
"C'est trop tôt pour le dire. L'œdème est très important pour le moment, mais cela devrait commencer à dégonfler bientôt. Nous avons créé une voie artificielle et nous le nourrissons par intraveineuse pour ne pas aggraver les choses. Malheureusement, les lycanthropes ont besoin de potions différentes de celles requises pour les humains tout court. Il y a quelqu'un à l'Institut des Maîtres des Potions qui est en train d'améliorer un cataplasme expérimental ; cela devrait être prêt dans quelques jours. Il n'y a pas beaucoup de Guérisseurs ou de Maîtres des Potions qui s'intéressent à biologie lycanthropique, et le meilleur expert du pays sur la potion Tue-loup est… et bien…"
"Je sais, Guérisseur Indictor. Je viens de le voir."
Une pause. "Nous préférons ne pas discuter en détail des patients des autres. J'ai cru comprendre qu'il a subi le sortilège Endoloris pendant très longtemps ?"
Une inspiration douloureuse. "Nous le pensons. Harry est actuellement incapable de nous dire ce qui s'est passé, le pauvre chéri."
"Donc nous ne savons toujours pas ce que Qui-Vous-Savez leur a fait ?"
"Voldemort, Guérisseur Indictor. Ou Tom Jedusor, si vous ne pouvez faire mieux. Il n'est pas nécessaire de continuer à alimenter sa légende."
"Euh, oui, Directrice. Vvvoldemort."
"Bien. J'ai très peur pour Severus. Il ne répond à aucun stimulus."
Pause. "Je suis désolé. Pour le Professeur Dumbledore, aussi. La guerre a pris son dû."
"Mais c'est terminé, maintenant."
"Pour la plupart des gens, oui."
…….
"Monsieur…" longue pause. "C'est bizarre, Professeur. C'est comme si aucun mot ne parvenait à décrire ce qui s'est passé. Ils sont tous très gentils. Ils viennent me voir, et ils ne me bombardent pas de questions ni rien, mais je suis perdu. Ils me demandent si je veux un peu de jus de citrouille, et je ne peux même pas dire 'oui', je dois hocher la tête. Hah. Ils seraient très choqués de m'entendre déblatérer comme ça, alors que je ne peux même pas dire bonjour à Hermione, et je ne supporte pas d'être dans la même pièce que Remus. Mais vous étiez là. Vous savez." Pause.
"Si vous étiez réveillé, vous me diriez de me reprendre et d'arrêter le mélo. J'essaie, vraiment. Je crois que tout est fini jusqu'à ce que quelqu'un essaie de me faire parler, et alors tout à coup je les regarde, incapable d'ouvrir la bouche." Pause.
"Vous avez été si courageux. Tout ce qu'il vous a fait, vous l'avez supporté aussi calmement que possible. Vous avez été sacrément incroyable, Monsieur. Je suppose qu'on vous a parlé de votre Ordre de Merlin ? J'en ai un aussi. C'est chouette, je pense, mais c'est qu'un bout de métal, donné par un politicien ignorant qui a passé toute la guerre assis derrière un bureau, alors je n'arrive pas à être vraiment content."
"Vos blessures physiques guérissent bien, à ce qu'ils disent. À part pour le genou. Je ne sais pas si vous vous rappelez ce que Jedusor lui a fait, mais c'était…" frisson, "…vraiment, vraiment horrible. Ça m'a fait vomir. Mais vous n'êtes pas le genre de personne à laisser quelque chose comme ça vous arrêter. J'aimerais que vous puissiez voir toutes les cartes et les cadeaux qu'il y a sur votre table de chevet. Il y a une énorme chose signée par des centaines de gens de l'IMP, c'est incroyable. Et un bouquet de marguerites, juste signé 'D'. Je pense savoir de qui c'est. Il a quitté le pays, apparemment, avec sa maman." Pause.
"Je ne peux pas croire que le Professeur Dumbledore soit mort. Il avait l'air si puissant, et puis le voir juste étendu là sur le sol, fauché par seulement deux sorts, c'était vraiment choquant. Je suis désolé si je vous ennuie. J'espère que vous pouvez m'entendre. Je sais que vous devez avoir très mal, et les souvenirs doivent être si horribles que vous voulez que votre cerveau les oublie pour toujours pour ne pas devoir les revivre, mais je vous en prie, ne laissez pas tomber. Ne le laissez pas gagner. Il a déjà fait tant de mal, vous êtes bien plus pour ce monde qu'une statistique. Je n'ai pas exprimé ça très bien, j'espère que vous comprenez ce que je veux dire. C'est tout embrouillé. Je m'en vais, maintenant. Prenez soin de vous, Professeur."
La porte se referme.
…….
Allez vous-en allez vous-en ne me touchez pas je vous déteste je déteste tout ça je déteste tout ça fait si mal allez vous-en je n'en peux plus ne m'approchez pas pourquoi est-ce que cela continue ? Pourquoi ça CONTINUE ?
"Kerry, tiens-le, il convulse de nouveau."
"Professeur ? Pouvez-vous m'entendre ?"
"Son cœur bat trop vite."
"Ça va aller, Professeur, calmez-vous. Vous êtes en sécurité maintenant."
"Tiens-lui les bras ou il va encore se blesser."
Lâchez-moi lâchez-moi allez vous-en s'il vous plaît allez vous-en je vous hais pourquoi ne pouvez-vous pas me laisser tranquille pourquoi me faites-vous du mal je ne veux plus laissez-moi mourir pour que ça s'arrête. Je veux que tout s'arrête.
……
"Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant, Harry ?"
"Je cherche plus de renseignements sur le métier d'Auror. Je ne sais pas si c'est vraiment ce qui me conviendra, juste maintenant. Je pense que j'ai eu assez de sorcier obscurs et de danger pour le moment. Peut-être que je vais aider Fred et Georges avec la boutique de farces et attrapes."
"C'est très différent !"
"Je sais. Remus, c'est si embrouillé. Ron et Neville pensent économiser pour voyager. Je ne suis jamais sorti du pays, c'est ridicule, non ? Un meurtrier, un sauveur, un héro décoré – toutes ces choses énormes et je ne suis jamais allé passer un jour à Paris."
"Ça semble une bonne idée. Où allez-vous aller ?"
"Dean veut aller en Thaïlande. Ron est braqué à mort sur l'Australie. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire les deux. Aller à la plage !"
"Tu n'es jamais allé à la plage ?"
"Une fois. Mme Figg était malade et les Dursleys ont été obligés de me prendre avec eux à Brighton. C'était super !"
"Elle a dit ça, vraiment ?"
"Oui…oh ! Hah hah ! Génial, je dois remercier Arabella pour ça. La mer était glacée mais c'était quand même super. Oui, je pense qu'un peu de temps à l'étranger me fera du bien."
"Je le pense aussi. Je ne t'ai pas vu rire comme ça depuis des lustres. Oh, j'ai presque oublié ! Minerva était en train de parler à Severus ce matin, elle lui tenait la main et lui parlait de tout et de rien, et il l'a regardée !"
"Il a réagi !"
"En fait, il a juste légèrement tourné la tête et il a posé ses yeux sur son visage. Je ne sais pas s'il a compris ce qu'elle a dit, mais c'est la première fois qu'il a réagit à quoi que ce soit."
"C'est formidable !"
"Nous ne devrions pas nous réjouir trop vite, Harry."
"Je sais. J'ai vu les parents de Neville."
Une pause.
"Mais c'est quand même une bonne chose, non, Remus ?"
……
"Puis-je voir Severus ?"
"Oh, je suis désolé, mais il n'a droit qu'à un visiteur à la fois. Son neveu est avec lui en ce moment."
"Neveu ?"
"Oui. Euh, David, je pense qu'il a dit qu'il s'appelait. Un beau jeune homme aux cheveux noirs avec un costume chic. Un de ces costumes sur mesure italiens, je dirais."
La porte s'ouvre. Les cheveux sont teints, mais les yeux gris sont reconnaissables entre mille.
"Bonjour, David. Comment vas-tu ?"
"Bonjour. Bien, merci. Vous avez un air épouvantable, Monsieur."
"Je vais mieux, pourtant, de jour en jour. Tu es venu visiter ton oncle ?"
"Oui." Doucement. "Il va mal, n'est-ce pas ?"
"Je ne l'ai pas encore vu. Il paraît qu'il va beaucoup mieux."
"C'est la chouette de Potter qui les a trouvés ?"
"Oui. C'est ridicule, non ?"
"Potter a vraiment tué le Seigneur des Ténèbres ?"
"Oui. Mais je ne l'ai pas vu faire."
"Oh."
Une pause.
"Vous savez pourquoi je ne peux pas rester, Professeur Lupin ?"
"Oui. Je m'assurerai qu'il saura que tu es venu."
"Merci."
"Prends soin de toi, D… David."
"J'espère que la, euh…"
"La gorge brûlée."
"C'est ça. J'espère qu'elle va vite aller mieux."
"Merci."
……
Fragments du présentLa pluie crépite sur les carreaux, le temps couvert empêche Lupin de savoir quelle heure il peut être. Mais l'heure n'a aucune importance. Remus a l'impression d'avoir tout le temps du monde alors qu'il repose dans le lit de Severus, écoutant les légers ronflements de l'homme allongé à ses côtés comme ils entrent et sortent du sommeil ensemble, tous les deux satisfaits, mais peu habitués à la présence d'un autre. Les cheveux noirs striés de blanc de Severus sont répandus sur l'oreiller, encadrant ses traits marqués et soulignant ses longs cils contre ses pommettes pâles.
Si beau, pense Remus, pourquoi ne m'en suis-je jamais rendu compte avant ? Severus fait un petit bruit dans son sommeil, se blottit légèrement contre sa poitrine, et Remus sourit et le serre plus fort, savourant leur intimité.
"À moi", se murmure-t-il doucement, embrassant le front de Severus.
……
Plusieurs heures plus tard, Remus regarde Severus boire son thé, assis le dos contre la tête de lit, avec un air délicieusement débauché dans chacun de ses mouvements élégants.
"Quoi ?"
"Comment ça, 'quoi' ?"
"Pourquoi me regardes-tu comme ça ?"
"Parce que tu es extraordinaire. Et je t'aime."
"Tu es un idiot, Lupin."
"Je sais. Mais je suis ton idiot. Si tu veux bien de moi."
"Au cas où tu ne t'en serais pas déjà rendu compte, c'est déjà fait."
Petit rire. "Ah, oui, c'est vrai. Je me demandais ce que tu étais en train de faire, aussi."
Grognement. "Imbécile."
"Oui."
"Tu veux pas de thé ?"
"Non, je préfère te regarder boire le tien."
Grognement. "Arrête de faire tes yeux de chien battu."
"Quoi, ces yeux ?" Cligne cligne.
"Oui, ceux-là. Si tu utilisais l'objet visqueux et grisonnant qu'il y a entre tes oreilles, tu réaliserais que ton expression 'viens au lit avec moi' est redondante en ce moment."
"Oui, tu as raison. Que penses-tu alors de l'expression 'viens là et baise-moi' ?"
"Je suis en train de boire mon thé, espèce de chiot stupide."
"Tu as presque fini."
"Peut-être que je voudrai une autre tasse. Et je vas pas croire que je n'ai pas noté ton langage grossier."
Les yeux ambrés flamboient. "Est-ce que je vais encore devoir être puni ?"
"Naturellement."
La tasse et la sous-tasse de Severus disparaissent soudainement, remplacés par une brassée de loup-garou nu, qui embrasse et mordille sa poitrine et son ventre. Attrapant le menton de Lupin entre son pouce et son index, il le tire vers lui de sorte que leurs visages soient au même niveau.
"Tu le pensais vraiment ?"
"Quoi ?"
"Tu m'aimes ?"
"Oui." Pas même un soupçon d'hésitation.
L'expression de Severus s'adoucit, et il repousse gentiment Remus, sans cesser de le regarder dans les yeux. Il doit se forcer pour se rappeler une seule autre occasion où il aurait entendu ces mots, et l'énormité du moment le rend légèrement malade. Inquiet, Remus ouvre la bouche pour parler mais un long doigt touche ses lèvres, le réduisant au silence avec douceur, et il se trouve enserré dans une étreinte féroce. Le cœur de Rogue bat la chamade alors que tant d'émotions luttent pour échapper à son emprise, par sa bouche, ses yeux, s'affichant sur son visage, et dans son désespoir il ne peut que s'accrocher à Lupin, le tourmenteur de son enfance, son presque assassin, l'épitomé de la bondé Griffondoresque, et qui prétend maintenant l'aimer. L'aimer ! Lui ! C'est trop à assimiler d'un coup. Il ne sent les larmes que lorsqu'il sent qu'on les essuie de ses joues.
"Je suis désolé, Severus. Je ne voulais pas te bouleverser." Rogue cherche à répondre, mais se rend compte qu'il n'a plus de voix. Remus semble bouleversé alors qu'il bredouille, "Tu n'as pas à… je n'attends pas…"
"Ssh," dit-il. Dans les bras l'un de l'autre, ils glissent de nouveau dans le sommeil.
……
C'est lundi matin, et le soleil brille. Les mouettes volent en criant, dehors, et Remus et Severus sont couchés sur le côté face à face, les doigts entremêlés et complètement en paix l'un avec l'autre. En vérité, se dit Severus, je pourrais rester comme cela pour toujours. Lupin est si gentil et plein de joie.
"Remus," souffle-t-il. Le loup-garou lui sourit, les yeux dorés dans un rayon de lumière matinale, le regardant avec ce qu'il ne peut que qualifier d'adoration.
"Oui, amour ?" Amour. Oh là là. Il l'est "l'amour" de quelqu'un.
"Cette nuit. Quand tu as dit…" Severus est irrité par son propre embarras, qui semble amuser Remus.
"Oui ?" il se penche vers lui et l'embrasse, encourageant.
"Je… et bien, je suis devenu un peu émotif. Mais…"
Soudain, il se redresse. Des bruits, en bas. Des voix. Personne ne vient jamais à la Gatehouse, à part Remus. C'est très bizarre. Avec un petit pop, Josty apparaît dans la chambre, se tordant les mains et tremblant de peur.
"Maître Severus ! Oh, Maître ! Il y a des Aurors en bas. Ils veulent vous emmener !" Avant qu'ils puissent réagir, la porte de la chambre s'ouvre, vite mais sans violence, et deux calmes Aurors entrent.
"Professeur Rogue ?" demande la femme, d'une trentaine d'années. Ni Severus ni Remus ne la reconnaissent – elle n'a pas participé à la guerre. Severus enroule le drap autour de lui, se sentant vulnérable et embarrassé que des étrangers le voient dans une telle position.
"Que faites-vous ici ?" demande-t-il.
"Pourriez-vous parler plus fort, s'il vous plaît ? Êtes-vous le Professeur Rogue ?"
Cela met Remus en colère.
"Qui êtes-vous ?" demande-t-il. Les deux Aurors produisent leurs cartes. "Et bien, Auror Chiswick, Auror Phelps, comme vous le sauriez si vous aviez mené la moindre recherche préalable, Severus a perdu la voix quand il a été torturé par Voldemort pendant la guerre."
"Je vois. Et vous êtes ?" Elle est polie, mais ferme.
"Remus Lupin" répond le jeune Auror, une étrange expression sur le visage. Phelps ? William Phelps, de Serdaigle, un élève brillant en Défense contre les forces du mal, il a été son professeur à Poudlard. Le dernière année avait sérieusement le béguin pour lui, poésie, cartes de la Saint Valentin, la totale. "Un loup-garou", ajoute-t-il, avec une pointe de mépris. Aha, alors comme ça le jeune homme se sent trahi par son ancien professeur préféré. Est-il toujours vexé d'avoir appris le secret mortel de Lupin par les commérages des Serpentards, ou parce qu'il vient de le trouver au lit avec le professeur le plus haï de l'école ?
Chiswick balaie les reproches de son cadet d'un revers de baguette. Mais ses mots glacent le cœur de Lupin.
"Professeur Rogue, pourriez-vous nous accompagner au Ministère ? Nous voudrions vous poser des questions au sujet de la mort de Lucius Malfoy."
