Chapitre 11. Amis et Ennemis
La salle d'interrogatoire est petite, carrée, sans fenêtres, et elle lui rappelle de façon frappante la cellule où le Seigneur des Ténèbres les a tenus prisonniers, Potter et lui, trois, non, presque quatre ans plus tôt. L'association le rend nerveux, mais il tente de le dissimuler, en espérant que les Aurors ne tirent pas de conclusions erronées de son malaise. Après des heures passées à lui asséner les mêmes questions, Chiswick et Phelps l'ont laissé immobilisé sous la supervision d'un collègue au regard acéré, craignant apparemment qu'il ait dissimulé une potion malfaisante sur sa personne. Il y a quelque chose de bizarre dans l'attitude du jeune Phelps, et le nom lui rappelle vaguement autre chose qu'un ancien élève.
La situation est insupportable. Il se sent complètement impuissant, encore une fois. Tout allait si bien, dernièrement, sa relation avec Remus était une très grande source de réconfort, et maintenant ces absurdités ont tout ruiné, avant qu'il arrive à dire au maudit loup-garou ce qu'il ressent. Il a été un lâche, un idiot à la langue pâteuse, désorienté et trop embarrassé pour dire une chose aussi simple que "Remus, je t'aime", et maintenant il est bien trop tard. Il ne verra probablement jamais Remus de nouveau.
Le sort d'immobilisation rend son genou douloureux, sa gorge le brûle après avoir dû tant parler (sans compter les constantes demandes de répétition !), il est tout collant et malodorant parce qu'ils lui ont refusé la permission de se doucher avant d'être amené ici, et la boîte claustrophobique qui lui sert de cellule semble rétrécir de seconde en angoissante seconde. Il a de très gros ennuis. Il se rend compte maintenant de l'importance de la protection de Dumbledore. On lui a pardonné ses terribles erreurs, évité Azkaban, donné un travail et un toit, et le vieil homme l'a fréquemment défendu contre les soupçons de Fudge et de ses laquais. Mais Albus n'est plus là. Il est seul. Personne ne pourra l'aider.
……
Toyle & Turbill est une boutique d'apothicaire extrêmement spécialisée, à laquelle on peut avoir accès via une discrète porte verte, à l'angle du Chemin de Traverse et de l'Allée des Embrumes. Peu de gens séjournent à cet endroit, les joyeux chalands du Chemin de Traverse se trouvant mal à l'aise dans son atmosphère interlope, les familiers de l'Allée des Embrumes évitant les rayons de soleil qui filtrent de la rue adjacente. Il y a un apothicaire dans le Chemin de Traverse, qui suffit aux besoins de la plupart des élèves et de leurs familles, et un autre enfoui dans les profondeurs les plus glauques de l'Allée des Embrumes pour les sorciers et sorcières qui dissimulent leur visage en commandant les articles les plus douteux. Toyle et Turbill est bien plus petit que l'un et l'autre ; dans son catalogue ne figurent que les ingrédients les plus rares et de la meilleure qualité pour les chercheurs de l'IMP ou les vrais perfectionnistes.
La clochette fixée au-dessus de la porte tinte à l'entrée de Chiswick et Phelps, qui brandissent leurs cartes sous le nez de la jeune sorcière aux cheveux sombres, derrière le comptoir. Elle les examine d'un air soupçonneux.
"Notre licence pour les Ingrédients Magiques Hautement Sensibles est tout à fait à jour, et les inspecteurs qui sont venus le mois dernier nous ont félicité pour nos modes opératoires" dit-elle, avant qu'aucun d'entre eux n'ait pu parler.
"Mais j'en suis sûr," commente l'Auror Chiswick sur un ton amical. "Puis-je parler à l'un des propriétaires, s'il vous plaît ?" La jeune femme appelle quelqu'un par une porte dérobée, apparemment dégoûtée. Elle déteste les officiers du Ministère. C'est leur faute si elle en est réduite à travailler dans une boutique comme une fille du commun, parce que le pouvoir a confisqué les biens de sa famille sous le prétexte qu'ils étaient des profiteurs de guerre – comme si personne d'autre n'avait bénéficié de la guerre ! Les Aurors ont tous été décorés, ils ont été promus. Les boutiquiers ont monté leurs prix, et des gens ont fait des fortunes en vendant des amulettes de protection, des pierres tombales, des potions réparatrices, de mille façons encore. Mais les seules à payer sont les vieilles familles de Serpentard, bien sûr. Les hypocrites donneurs de leçons.
"Mr. Toyle ! La poulaille… Je veux dire, deux Aurors veulent vous parler ! Elle leur lance un méchant sourire et s'appuie contre le mur, attendant de voir ce qui va se passer.
Un homme d'environ soixante ans, portant un tablier taché, entre d'un pas compétent ; il enlève ses gants en peau de dragon qui lui montent jusqu'au coude pour leur serrer la main.
"Mr Toyle, nous voudrions voir vos registres concernant vos ventes récentes d'octurvice, s'il vous plaît," dit Chiswick, d'un ton amène.
"Octurvice ?" il siffle entre ses dents tachées, "je n'en n'ai pas depuis… oh, ça doit faire un an, maintenant."
Phelps hausse un sourcil sceptique.
"Et pourquoi, je vous prie ? Je croyais que cette boutique se faisait fort d'obtenir les ingrédients les plus rares."
"C'est le cas, en effet, monsieur. Mais l'été dernier a été si humide que toutes nos sources ont perdu leur récolte. C'est une plante très délicate, l'octurvice – elle déteste la pluie. Cette année, ça sera mieux, je pense, mais personne n'en n'a commandé, alors je ne sais pas. Une fois qu'elle est récoltée, elle ne reste pas fraîche plus de quelques heures, alors je n'en fais pas rentrer à mois qu'elle soit spécifiquement demandée par l'Institut ou un particulier."
"Comme Severus Rogue, par exemple ?" suggère Phelps, l'air bonasse. Toyle jette un coup d'œil acéré aux deux Aurors. La jeune sorcière les fusille du regard depuis l'arrière de la boutique, les bras croisés sur la poitrine.
"Oui, il commande souvent des ingrédients chez nous. Mais pas d'octurvice, cela dit. Il passe ses commandes par hibou, il lui est difficile de venir en personne à cause de son genou. Vous savez-qui, maudit soit-il, continue de détruire des vies."
"Hmm," dit Phelps, sans s'avancer. "Puis-je voir sa dernière commande, Mr. Toyle ?"
"Puis-je savoir pourquoi ?" la voix du boutiquier a pris un ton métallique qu'elle ne possédait pas quelques instants auparavant.
"Nous enquêtons sur le meurtre de Lucius Malfoy," déclare Phelps, l'air content de lui. Il sait que ce n'est pas exactement la vérité, car personne n'a pu prouver l'assassinant. Pas encore. Mais il sait qu'en règle générale les commerçants ne tiennent pas à se voir impliqués dans des activités illégales. Mr Toyle semble légèrement déstabilisé.
"Pansy, voudriez-vous apporter la dernière lettre du Professeur Rogue, s'il vous plaît ?" La sorcière disparaît dans l'arrière-boutique et revient quelques instants plus tard avec une feuille de parchemin. Toyle la lit à voix haute avant de la passer aux deus Aurors. "Nous y voilà. Le 28 juillet. Sept vers de fleuk entiers, frais, non séchés, à envoyer par retour d'hibou."
"C'est tout ?" Chiswick demande, incrédule, tentant de déchiffre l'écriture en pattes de mouches et l'adresse de l'expéditeur.
"Oui" disent Toyle et Pansy en même temps. Après quelques instants supplémentaires passés à fouiner un peu partout, s'arrêtant sur le registre – illisible sauf pour les rares initiés capables de lire les abréviations de Pansy – les Aurors quittent la boutique.
Mr Toyle et Pansy se regardent, sourcils froncés, dans la boutique vide.
"Ils pensent qu'il a tué le papa de Drago" dit-elle, sombrement. Le boutiquier acquiesce.
"Hmm," il s'éclaircit la voix et continue, d'un ton neutre, "il est heureux que tu aies oublié d'apporter la commande que le Professeur Rogue a placée à la mi-août. Celle où il voulait tous ces ingrédients toxiques. Ils auraient pu se faire des idées."
"Oh, zut alors. Quelle idiote je fais. Cela m'est complètement sorti de l'esprit."
"Du mien aussi. Je l'avais totalement oubliée."
"Nous devrions les contacter, pour les mettre au courant," dit-elle en examinant ses ongles.
"Ils m'ont eu l'air très occupés," il examine les siens.
"C'est vrai, nous ne voudrions pas déranger le travail si important du Ministère."
"Non."
"Pas pour quelque chose d'aussi insignifiant."
"Certainement pas."
Ils échangent un sourire secret.
……
Après que Remus a eu répondu à une série de questions gênantes et tout à fait impertinentes, il est autorisé à partir, et rend au seul endroit où il peut raisonnablement faire face à une crise, le Terrier. Molly a immédiatement contacté Arthur et Tonks, qui se sont immédiatement mis en action et ont pu réunir certains éléments. Tout d'abord, Severus n'a pas été arrêté ou mis en examen, il est simplement retenu pour interrogatoire. Ensuite, la théorie du meurtre de Malfoy a été suggérée par un garde d'Azkaban qui était présent lors de la dernière rencontre entre le condamné et son vieil ami, et qui a trouvé que leur comportement était suspect. Une poignée de fonctionnaires du Ministère, furieux que Lucius ait pu échapper à sa sentence, et qui ont possiblement été soumis aux désastreuses méthodes d'enseignement de Severus dans leur jeunesse, ont décidé qu'il vaut la peine d'enquêter, alors que la majorité n'en n'a que faire. Après tout, Malfoy et Rogue se sont toujours comportés de manière suspecte. Les vieilles habitudes ont la vie dure.
"Je crois que le Département de la Justice Magique n'a pas grand-chose à faire, dernièrement," admet Arthur, l'air honteux, à travers la poudre de cheminette. "Le sentiment majoritaire est que quoi qu'il se soit passé dans cette cellule, cette nuit-là, le résultat c'est que Malfoy a été neutralisé, et puisqu'il a été tué avent de recevoir le Baiser, le Ministère n'a plus besoin de gâcher de l'argent public pour loger et nourrir son corps sans âme. Kingsley est de service de nuit, cette semaine, il sera là à sept heures pile pour tout démêler."
"Tu vois," dit Molly à Remus, en l'enveloppant dans ses bras maternels, "tout va bien se passer."
Remus est reconnaissant pour tout le soutient qu'ils lui donnent ; il souhaite pouvoir la croire. En tant que loup-garou, il a dû subir les contrôles tatillons du Ministère à de nombreuses reprises, et il sait que la Marque des Ténèbres sur l'avant-bras de Severus en fera toujours une cible pour ceux qui ont souffert aux mains de ses anciens complices, héros ou pas. Il aurait certainement dû être plus sympathique avec ses élèves, lorsqu'il était enseignant à Poudlard, se dit Remus. Être moqués et taxés d'incompétents deux fois par semaine pendant les sept ans de votre adolescence, cela peut laisser des séquelles, voir une envie irrépressible de vengeance. Que des générations entières maudissent votre nom, ce n'est pas une bonne police d'assurance pour quelqu'un qui n'a pas d'enfants. Mais il est vrai que Severus n'a jamais fait de plans d'avenir, préférant se perdre dans les souffrances du passé, tout en s'attendant au pire à chaque instant. Remus baisse la tête. Pauvre, cher Severus, si meurtri. S'ils s'en sortent, il fait le vœu de consacrer le reste de sa vie à rendre Severus heureux.
……
Il est bien établi que des institutions possédant une longue et glorieuse histoire acceptent difficilement que le pouvoir en place se mêle de leurs affaires, par exemple sous la forme d'officiers de police du Ministère. Diana Chiswick a demandé a ses collègues de s'occuper des éléments de l'enquête qui se rapportent à l'Institut des Maîtres des Potions, mais dès qu'elle a mentionné l'IMP, tout le bureau s'est soudainement trouvé très occupé par différentes tâches qu'elle jurerait n'avoir avoir eu aucune espèce d'importance quelques secondes plus tôt. Maintenant, elle comprend pourquoi. Le regard condescendant du personnel de la réception est très déroutant, et les mesures de haute sécurité auxquelles ils doivent se soumettre frustrent les deux Aurors au plus haut point, jusqu'à ce qu'on leur apprenne qu'avec toutes les étranges concoctions développées et testées dans le périmètre, des Choses Bizarres sont susceptibles d'arriver à ceux qui n'ont pas l'habitude de faire une confiance absolue à leurs instincts.
"Nous sommes des Aurors," grogne Phelps avec dédain. "Nous avons d'excellents réflexes."
Un des sorciers attachés à l'accueil des visiteurs leur adresse de nouveau ce sourire amical mais si condescendant.
"Certes, mais vous n'êtes pas des potionneux." Chizwick ouvre la bouche pour demander ce que cela peut vouloir dire quand une boîte intercom buzze dans le couloir et délivre un message incompréhensible. Le sorcier souriant remercie la voix désincarnée et se retourne vers les visiteurs. "Le professeur Hayashi se trouve au Concours de Distorsion de Noise du Sourcil Roussi. Je vais vous y conduire."
"Le quoi ?"
"Une tradition du lundi après-midi," c'est tout ce qu'il veut bien dire. Il les conduit à l'extérieur du bâtiment où est situé la réception, à travers une ancienne cour, passant à travers une ancienne arche voûtée dans ce qui devait héberger des laboratoires, à en juger par les marques de brûlures sur les murs rapiécés et le grand nombre de sorciers reconstructeurs habillés de robes protectrices. Le jeune maître des potions remarque leurs regards et leur donne un petit commentaire.
"À votre droite vous voyez le Bloc Delta, où la Potion Tue-loup a été inventée en 1984 et qui a été l'une des sections utilisées par feu Albus Dumbledore dans ses recherches sur les douze propriétés du sang de dragon. En face de nous se trouve le Bâtiment Nicholas Flamel, qui subit d'importantes réparations pour la neuvième fois cette année après qu'une couple d'étudiants de Bronze lui ont fait sauter le toit en testant l'inflammabilité de l'insuline éruptrice, il y a deux semaines.
"Quelle horreur ! Le toit tout entier !" ne peut s'empêcher de dire Chiswick.
"Pas vraiment, M'dame," réplique le jeune homme, "on l'a retrouvé juste à côté de la gare de Salisbury hier midi. Il devrait être repositionné très bientôt. Maintenant, faites attention, je vous prie. Nous passons devant le Bloc Lambda, le département pharmacologique," il hâte le pas et jette des regards partout, aux aguets, "cette section est l'aire où des Choses Bizarres sont le plus susceptibles de se produire."
"Oui, et qu'entendez-vous exactement par "Choses Bizarres ?" demande Phelps, mal à l'aise, se dépêchant de le rattraper.
Comme pour lui répondre, un nuage de dense fumée mauve se matérialise soudain et plane au-dessus de leurs têtes, menaçant. Au cri paniqué de leur guide, le petit convoi se met au trot, alors que de minuscules canards en plastique pleuvent en faisant coin-coin autour d'eux.
"Maudis apprentis guérisseurs !" crie le jeune homme. "Quoi qu'il se passe, n'avalez pas de canard !"
Les Aurors gardent les lèvres serrées, se demandant s'il est judicieux d'exiger une explication détaillée avec des diagrammes, ou s'il vaut mieux ne rien savoir. De toute façon, ce n'est pas le moment.
Finalement, ils passent à travers une porte et se retrouvent à l'extérieur des murs de pierre de l'Institut, qui sont si épais que Poudlard, par comparaison, semble aussi massif qu'une toile de tente bizarrement taillée. En face d'eux se trouve un petit rassemblement de boutiques de chaudrons et de librairies, ainsi qu'un vieux pub à l'air miteux qui arbore fièrement le nom de "Sourcil Roussi". Une affiche sur son mur annonce le Concours de Cocktails de l'IMP pour Halloween. Phelps ne peut réprimer un tressaillement en y pensant.
Le Concours de Distorsion de Noise est fini, de toute évidence, car les gens sont en train de rire et de comparer leurs préférences, et des odeurs bizarres flottent dans l'air. Il semble également y avoir une chèvre en bronze brillant sur le comptoir, qui mâchonne nonchalamment le tapis vert alors qu'une serveuse à l'air surmené tente de la repousser.
Assise à une table dans un coin de la pièce est assise une petite sorcière japonaise d'environ une centaine d'années, en qui les Aurors reconnaissent immédiatement la plus grande maîtresse des Potions vivante, qui est également la Directrice de l'Institut, le Professeur Hayashi. Elle est en train de ramasser une énorme pile de gains et s'apprête à s'en aller quand Chiswick et Phelps font leur respectueuse entrée.
"Professeur, c'est un honneur de vous rencontrer," Will s'incline en lui montrant sa plaque.
"Quoi ?" Grince-t-elle. "Oh, non, pas la police ! Qu'est-ce que ces horribles guérisseurs ont encore fait ? Encore des Choses Bizarres ?"
"Euh, non, Maîtresse. Pas que je sache. Le Ministère aimerait votre assistance dans une affaire de meurtre." Le regard qu'elle lui décoche aurait pu geler l'Enfer. Quelques étudiants, qui s'attardaient dans le pub, commencent à s'intéresser à eux. Phelps déglutit, comprenant soudain où Rogue a appris ses techniques d'intimidation. Qui parle de Voldemort, cette femme ne mesure pas plus d'un mètre cinquante et elle l'a presque réduit en larmes."Nous aurions besoins de votre aide pour interpréter les notes scientifiques de l'un des membres de l'Institut, que nous interrogeons en ce moment dans nos locaux." Le pub devient mortellement silencieux. Une multitude d'yeux sont fixés sur eux. Le Professeur Hayashi semble très en colère et Phelps a la très nette impression qu'il va avoir de gros, gros ennuis.
"Vos hommes… retiennent l'un de mes membres ?" crache-t-elle dans le silence d'une foule qui retient son souffle. "Qui ?"
"Je ne suis pas autorisé à…"
"Qui ?" l'ignore-t-elle.
"L'affaire est encore…"
"Qui ?" La Directrice se trouve à quelques pouces de lui, le regardant d'en bas et le fusillant avec ses yeux sombres impitoyables. Phelps avale sa salive.
"Severus Rogue."
Jusqu'à ce moment, la foule avait été simplement intéressée par les évènements. Maintenant, l'hostilité suinte de chaque recoin de la salle, et l'œil exercé de Chiswick détecte de nombreuses mains saisissant des baguettes, et, bien plus inquiétant compte tenu des circonstances, de nombreux doigts tirant des fioles de cristal pleines de liquides divers et variés d'une multitude de poches dissimulées. Quelque part, un chien se met à grogner. De toute évidence, l'Institut est très loyal avec ses membres. Les yeux de Hayashi ne quittent pas le visage du jeune Auror.
"Je vois," dit-elle tranquillement. Chiswick commence à se demander s'il ne faudrait pas qu'elle appelle des renforts, quand Hayashi fait un pas en arrière et semble s'adresser à la foule autant qu'aux Aurors. "Je vais m'occuper de ceci," déclare-t-elle, les yeux flamboyants. "Personnellement." Beaucoup de ricanements et de hochements de tête accueillent cette déclaration, et la foule s'écarte pour les laisser sortir, à la suite de la Directrice, qui s'arrête pour laisser tomber une goutte d'une solution transparente sur la chèvre. Une seconde plus tard, elle bêle une fois, apeurée, puis redevient une noise brillante de bronze. Phelps décide qu'il veut rentrer à la maison.
……
"Oui, je me rappelle de Will Phelps", dit Percy assis très raide près de Remus à la table de cuisine des Weasley. "Il est de ma promotion. Préfet de Serdaigle. Son père a s'est tué avant sa naissance, pendant la première guerre, mais il disait que quelque chose clochait avec la lettre qu'il avait laissée."
"C'était un faux ?"
"Et bien, c'était un Auror, et il était responsable du raid anti-Mangemorts où le père de Lucius Malfoy a été tué." Percy jette un regard à sa mère pour avoir confirmation. Molly continue son récit.
"À l'époque, tout a été étouffé, bien sûr. Les Malfoy ont clamé haut et fort que toute l'histoire était un guet-apens, et qu'Abraxas était innocent. Il semble plausible que Lucius ait cherché à se venger. Apparemment Jim Phelps a bu du hemlock et laissé une note disant qu'il ne pouvait plus supporter les horreurs de la guerre."
"Qu'y a-t-il de surprenant à cela ?" demande Remus, sourcils froncés. Ce sentiment de désespoir, il l'a bien connu, à l'époque, mais il ne l'admettra jamais. Bon, peut-être qu'il le dirait à Severus.
"Il a signé avec son vrai nom, 'Jeremiah'," dit Molly, sombrement. "Toute sa vie, on l'a appelé Jim. Même ses parents l'appelaient ainsi. Il n'aurait jamais utilisé ce nom. C'est comme si Tonks signait 'Nymphadora'."
"Je vois. Mais c'est lui qui a écrit la note ?"
"Oui, il n'y a aucun doute. En signant ainsi, cela aurait été un très bon moyen de montrer qu'il était forcé d'écrire contre son gré."
"Forcé par Lucius Malfoy ?" les choses commencent à se mettre en place dans l'esprit de Remus.
"Nous n'avons aucun moyen de le savoir," dit Percy. "Il a été bien trop malin pour laisser des indices. Mais Will était convaincu qu'il était responsable. Il mettait tout ce qui n'allait pas dans sa vie sur le compte de l'absence de son père. Je me rappelle que Flitwick lui a donné le sermon de sa vie pour avoir jeté un sort à Drago la semaine de son arrivée à Poudlard. J'imagine que Lucius n'a pas été très content et l'a fait savoir à Dumbledore."
Remus se sent soudain très âgé. Est-ce que le passé ne cessera jamais de hanter le présent ? William Phelps s'est de toute évidence convaincu que Malfoy était à la source de tous les maux de l'univers, et il attendait certainement plus que tout de le voir recevoir le Baiser. Il suppose qu'aux yeux de Will, Lucius a échappé à la Justice, une fois de plus, et que l'étape logique suivante a consisté à reporter sa soif de vengeance sur l'homme qui pourrait lui avoir donné cette échappatoire. Il y a aussi la possibilité… Remus se déteste d'avoir cette idée, mais il est certain qu'elle a dû traverser l'esprit de Phelps. Jim Phelps a été tué par le poison, six bon mois avant que Severus ne change de camp. Lucius se serait-il vraiment sali les mains en commettant le meurtre lui-même ?
Sans comprendre la raison de son regard de désespoir total, Molly le prend de nouveau dans ses bras.
"Tu aimes vraiment Severus, n'est-ce pas ?" demande-t-elle, souriant gentiment. Percy s'agit sur son siège, mal à l'aise.
"Oui," dit Remus, luttant contre les larmes. "Je l'aime. Malgré tous ses défauts."
……
L'Auror Chiswick commence à avoir de sérieux doutes sur leur enquête. Elle n'a pas du tout aimé l'expression du visage du Professeur Hayashi, quand la potionneuse de légende s'est chargé des notes scrupuleusement amassées par Rogue dans son laboratoire et sa bibliothèque. Parce qu'elles n'ont absolument aucun sens pour les Aurors, ils ne peuvent que compter sur l'aide de l'Institut, mais maintenant Diana se demande s'il ne faudrait pas mieux tout simplement oublier toute l'histoire.
Elle avait réservé un siège pour l'exécution de Malfoy, espérant de tout cœur le voir aussi vide et inutile que sa très chère amie et collègue Alice, et son mari Frank, condamnés à se traîner dans le monde clos de Saint Mungo comme des imbéciles, leur esprit en miettes. Il va sans dire qu'elle a immensément apprécié de voir Bellatrix Lestrange être Embrassée. Mais maintenant une pensée déplaisante s'impose à elle, lui rappelant que c'est grâce à l'incroyable potion de Rogue que ces misérables ont pu être capturés, alors, s'il a tué Malfoy, quelle importance ? Rogue était un membre de l'Ordre du Phénix, comme Alice et Frank, son ancien patron Maugrey Fol-Œil et une poignée d'autres. On ne lui a jamais demandé, à elle, de les rejoindre. Elle est en partie blessée de ce rejet – ils ont bien accepté un ex-Mangemort fuyant et sadique, après tout – mais au vu des choses horribles qui sont arrivées à la plupart des membres de l'Ordre pendant les deux guerres, elle est aussi un peu soulagée. La guerre est terminée depuis plus de trois ans, mais elle continue d'empoisonner la vie de tous. Peut-être est-ce le moment de tourner la page.
Et maintenant le jeune Phelps a découvert que l'amant de Rogue est un jardinier hors pair et a insisté pour qu'un représentant de la division de la Magiflore du Ministère inspecte son jardin du Derbyshire pour tout signe d'octurvice, la racine qui masque les poisons, sur laquelle repose toute sa théorie. Chiswick pénètre dans le jardin de Lupin et sourit en reconnaissant l'expert en herbologie.
"Neville !"
"Bonjour, tante Diana," sourit-il. Un garçon si gentil et poli, compte tenu de ce qu'il a enduré. Et qui réussit vraiment bien dans son travail, aussi, si on lui confie une telle affaire ! "Ton collègue m'a tout raconté sur votre enquête." Y a-t-il une trace de glace dans sa voix ? Will s'est encore certainement lancé dans son discours sur la justice et la vengeance, alors que Neville a toujours préféré ne pas s'appesantir sur son propre passé difficile.
"Alors, est-ce que tu as trouvé quelque chose, mon chéri ?"
"Je ne vois aucune feuille d'octurvice dans ce jardin," dit-il, assez formellement, se dit Chiswick. Un bon garçon, qui fait les choses comme il se doit. Phelps a l'air vaguement irrité.
"Êtes-vous certain, Londubat ?" Neville rougit visiblement.
"Est-ce que vous seriez capable de reconnaître un buisson d'octurvice feuillu en pleine santé si vous vous trouviez en face de l'un d'entre eux ?"
"Euh… non."
"Et bien, moi oui. Et je ne vois rien de tel dans ce jardin. Est-ce que ce sera tout ?" Neville souhaite une bonne journée à sa tante de cœur et quitte le jardin. Tout va bien, se dit-il en luttant pour calmer les battements de son cœur, je n'ai pas menti. Ils ne m'ont pas demandé si je voyais le moignon noirci et racorni d'un buisson d'octurvice qui lutte pour survivre. Il sourit tout seul.
Remus lui doit une bièraubeurre. Ou deux.
……
Kingsley Sacklebot, qui est maintenant à la tête de la Police Magique, traverse les couloirs du Ministère comme une furie, avec une telle expression sur le visage que tous ceux qui croisent son chemin disparaissent ou se pressent contre le mur pour le laisser passer. Il n'apprécie pas d'être forcé de devoir prendre son service bien avant l'heure ; il n'apprécie pas d'avoir reçu un savon carabiné de la part du Ministre de la Magie ; il n'apprécie pas l'idiotie de certains de ses subordonnés ; il n'apprécie pas les insinuations de Tonks, selon laquelle il n'a qu'à agiter sa baguette pour que tout rentre dans l'ordre mais, plus que tout, il n'apprécie pas les gros titres de la Gazette du Sorcier de Nuit.
À peine a-t-il pénétré dans son bureau qu'il hurle qu'on lui amène Chiswick et Phelps, immédiatement, ou faire face aux conséquences. Kingsley n'est pas un homme agressif, la plus part du temps, mais comme les vrais calmes, ses colères feraient pâlir une tornade hurlante lorsqu'il leur permet de se manifester. Les fenêtres tremblent alors qu'il hurle sur Diana et Will, pendant que le reste du département plonge se mettre à l'abri.
"mais que diable pensiez-vous être en train de faire ?"
"Euh…" commence Phelps. Il ne peut aller plus loin alors que Kingsley assène une copie du journal du soir sur le bureau devant lui.
"LISEZ LES GROS TITRES !" hurle-t-il. Diana avale sa salive et prend la Gazette.
"Harry Potter : le Ministère est une 'honte sans nom' !
Celui-Qui-A-Tué-Vous-Savez-Qui accuse le MM de harceler le Héros des Potions infirme
Rita Skeeter donne tous les détails de l'incompétence du Ministère aux pages 3,6,7,8,9,10 et 11, voir aussi le courrier des lecteurs 'pourquoi les Aurors ne servent à rien' pages 12 à 17…"
"Cela suffit, Auror Chiswick," dit Kingsley, retrouvant son calme.
"Mais…" commence Phelps.
"Cela suffira, merci," le coupe Kingsley.
"Monsieur…" tente Chiswick.
"J'ai dit, 'Ça suffit'. Je vous veux tous les deux hors des bureaux du Ministère à huit heures demain matin, dans des uniformes immaculés avec une explication suffisante pour faire cesser tout ceci. Maintenant, hors de ma vue."
……
Severus se sent si malade et si misérable qu'il est certain qu'il y a un Détraqueur qui se cache quelque part à proximité. Il est toujours complètement immobilisé, toujours sous surveillance constante, et toujours convaincu que quoi qui se passe à partir de maintenant, ce ne peut qu'être terrible. À cause de la douleur dans sa jambe, il voit trente-six chandelles, ce qui est profondément agaçant parce que tout ce qu'il lui faut, c'est de l'étirer en faisant cinq ou six pas dans la pièce, sa gorge est si enflée qu'il commence à avoir des difficultés à respirer, ses lunettes lui ont été ôtées de sorte qu'il a la migraine ; il se sent complètement à plat. Il espère que Remus n'est pas inquiété., Pour rien au monde il ne voudrait qu'il souffre ainsi à cause de son association avec Severus. Il se dit que Lupin, au moins, a beaucoup d'amis qui prendront sa défense – ce qui n'est pas son cas, il va pourrir en prison. Il se raccroche à l'espoir que quoi que ces idiots lui fassent, Remus au moins sera probablement épargné. Il s'accroche à cela.
Maudit Lucius. Il arrive toujours à foutre sa vie en l'air, même une fois mort. Maudit Ministère.
Il tente d'apprécier combien de temps s'est écoulé depuis la dernière fois qu'il a été interrogé. Il est affaibli par la faim et la déshydratation, maintenant, donc la soirée doit être bien entamée. Ils ne peuvent pas le laisser comme ça ici plus longtemps. Ou si ? Personne ne se souciera d'un vieil ex-Mangemort malfaisant comme lui, donc, si, ils doivent pouvoir.
Un son métallique derrière lui fait dresser l'oreille, et bien qu'il lui soit impossible de tourner la tête, il sait que la porte est en train d'être déverrouillée. Des gens sont en train de parler, et une vague de soulagement infini le balaie lorsqu'il reconnaît les voix. Il n'a jamais été aussi heureux d'entendre cet accent râpeux de l'Aberdeenshire.
"Vous, là ! Enlevez-lui ce sort d'immobilisation tout de suite, jeune homme !"
"Euh…" la voix d'un garde qui ne sait pas que faire.
"C'est bon, mon garçon, obéis à la Directrice."
"Oui, Ministre Bones."
Severus sent qu'il tombe en avant. Il sait qu'il devrait au moins faire l'effort de se tenir assis en présence de la Ministre de la Magie, mais la pièce tourne, baignée d'une folle lumière grise et le sol semble délicieusement confortable, bien qu'il tangue et roule bien plus que ce qu'il est censé faire. Mais ce n'est pas grave. Il espère que Minerva présentera des excuses pour lui à la Ministre.
"Severus ? Merlin, Amelia, qu'est-ce que vos gens lui ont fait ?"
Rogue décide qu'il ne va pas essayer de parler. Trop d'effort. Mal partout. Pourquoi est-ce qu'ils font tant de bruit ? Quelqu'un prend sa tête sur ses genoux, et il a juste le temps d'apercevoir une mer de tissus écossais avant que ses yeux ne se ferment complètement.
……
Severus se réveille doucement et confortablement dans son propre lit. Il est fatigué et son genou le lance, mais à part cela il se sent très bien, étant donné ce qu'il vient de traverser. Fonçant les sourcils dans la douceur de son confortable oreiller de coton, il commence à se demander si tout n'a pas été une espèce de terrible hallucination. Il s'étire avec précaution, tâtonne sur sa table de chevet pour atteindre ses lunettes, et il se retrouve soudain désespérément, possessivement, violemment embrassé. Remus. Remus va bien ! Il semblerait qu'ils vont bien tous les deux. Remus est en train de pleurer, le berçant comme un enfant et marmonnant avec ferveur.
"Remus ?" arrive-t-il à croasser, commençant à se faire du souci pour l'état mental du maudit loup-garou. "Est-ce que tout va bien ?" Lupin pleure et rit en même temps. Il relâche son étreinte et prend son visage dans ses deux mains. Dans la fine lumière du matin, Remus a l'air apeuré, il est tout mouillé de larmes et c'est la plus belle chose que Severus a jamais vu.
"Est-ce que tu vas bien ?" demande avec force le loup-garou, scrutant son visage, apparemment à la recherche de signes de blessures ou de détresse. Remus l'attire de nouveau dans une étreinte puissante.
"Je ne vais jamais, jamais plus laisser quelqu'un t'éloigner de moi !" il serre la tête noir et blanc contre sa poitrine, le caressant et l'embrassant avec une tendresse désespérée, tout en lui faisant des promesses de violence aveugle envers les entités, réelles ou imaginaires, qui menaceraient de faire du mal à son amant.
Severus est au paradis. Gisant rassasié et en sécurité dans les bras de Remus, il accepte l'amour, la passion, les menaces de mort et la possessivité avec un délice entêtant. Le merveilleux, le désirable Remus est en train de promettre de s'occuper de lui pour le reste de l'éternité. C'est fantastique. Severus sourit, et pleure et rit en regardant au plus profond des yeux ambrés. C'est le moment. Il a appris la leçon, il ne risquera pas de risquer de perdre Remus avant que cela ait été dit à voix haute. Il n'a jamais dit les mots avant, mais maintenant ils se précipitent hors de sa bouche, la façon la plus parfaite de commencer un nouveau chapitre de sa vie.
"Je t'aime, Remus. Je t'aime, je t'aime, je t'aime."
