Chapitre 12. De l'avant
Remus sait qu'il ne pourra jamais oublier la façon dont il s'est précipité au Ministère, après avoir appris que la Ministre Bones avait pris en personne la décision de libérer Severus, se hâtant hors de l'ascenseur, grisé par le soulagement, pour trouver Minerva et une équipe de Guérisseurs l'escortant sur une civière, direction St Mungo. Il avait l'air si pâle et fragile, son corps entier parcouru des spasmes indiquant qu'il a passé trop de temps sous un charme d'immobilisation, que Lupin n'a pas pu croire, au début, qu'il survivrait au traumatisme. Bien sûr, il aurait dû se rendre compte que Severus est bien plus solide que ce qu'il en a l'air. Après quelques potions et pommades, son état a été déclaré stable, bien qu'épuisé. Le Guérisseur Indictor a accepté à contrecœur l'argument de Remus qu'il valait mieux qu'il revienne à lui dans son propre lit plutôt que dans un hôpital où il a passé des semaines si douloureuses après sa capture par Voldemort.
Pendant les deux semaines après ce qu'ils appellent 'Cette Journée', Remus et Severus sont particulièrement pot de colle. Ils passent des heures au lit, se contentant de rester dans les bras l'un de l'autre, comme s'ils étaient terrifiés que tout puisse être détruit d'un instant à l'autre – sursautant au bruit du plancher qui craque ou au cri d'une mouette, de l'autre côté de la fenêtre. Severus est particulièrement nerveux, voire paniqué si Remus quitte la pièce, se réveille trempé d'une sueur froide, sortant difficilement des griffes de cauchemars angoissants qui le laissent confus, désorienté.
Peu à peu, le malaise commence à s'effacer, et ils se rendent compte que la peur qu'ils ont eue s'est révélée, étrangement, bénéfique pour leur relation. Elle les a forcés à admettre à quel point ils ont besoin l'un de l'autre, et elle a forcé Severus à déclarer son amour longtemps avant le temps qu'il lui aurait fallu dans des circonstances normales. Severus s'est aussi rendu compte du nombre d'amis qu'il a, comme Remus lui fait la liste de tous ceux qui ont agi pour le protéger, ignorant ou violant la loi pour aider une méchante chose graisseuse comme lui.
"Tu vois", dit Lupin en souriant à son amant, passant ses doigts dans les poils noirs, sur sa poitrine, "je ne suis pas une bête curieuse. Tout le monde pense que tu es formidable."
"Je ne comprends pas," murmure Rogue, acceptant la caresse – il commence à en être accro – mais toujours incapable de se relaxer complètement, "j'ai une réputation des plus douteuse, à raison. Pourquoi est-ce que tous ces gens ont aveuglement cru à mon innocence ?" Les mains de Remus s'arrêtent. La faible lumière d'automne qui filtre à travers les rideaux fermés rend son expression difficile à lire, surtout que Severus ne porte pas ses lunettes. Le loup-garou avale sa salive et entremêle leurs doigts.
"Euh," dit-il, à la fin. Le maître des potions le regarde avec une légère appréhension.
"Remus ? Qu'est-ce qu'il y a ?"
"Rien, vraiment. C'est juste que…" Lupin avale de nouveau sa salive et le fixe d'un regard scrutateur. "En fait, je ne suis pas sûr qu'ils on cru que tu étais innocent."
Severus sait qu'il a l'air d'un idiot, la bouche ouverte, mais sa mâchoire ne répond pas à ses tentatives de fermer la bouche. Il cligne des yeux, tentant de former une phrase cohérente. À la fin, il renonce, rejette la tête en arrière et rit jusqu'à ce que des larmes roulent sur ses joues.
"Severus ?" demande doucement Remus, déconcerté et légèrement inquiet au sujet de l'état mental de son amant. Rogue l'embrasse sur le bout du nez, le visage illuminé par l'hilarité.
"Les Griffondors ont peut-être gagné la guerre, mais la guerre les a tous transformés en Serpendards !"
……
Six mois plus part, Remus et Harry parcourent le Jardin du Souvenir Albus Dumbledore à Godric's Hollow, en face de la nouvelle maison de Harry. L'inauguration officielle se déroulera le week-end suivant avec une énorme garden party, pour commémorer les vies de ceux qui sont tombés, mais aussi célébrer la paix et la stabilité retrouvées du monde des sorciers. Harry est très excité ; il était bien trop choqué, après la victoire, pour participer aux fêtes d'alors.
"Et donc le second chapiteau sera planté ici", explique-t-il, faisant un geste en direction de la prairie. "J'espère que aura le temps de faire fleurir tous ces gryphons dorés à temps, ils encadreraient vraiment parfaitement la vue sur la vallée. Et d'ici là le souffle de fée se sera parfaitement entremêlée avec la clématite, au sommet de la treille. Quoi ?" Harry jette un regarde soupçonneux sur le sourire de Remus.
"Rien. Je ne t'ai jamais vu aussi intéressé par le jardinage, c'est tout."
"Je veux juste que tout soit parfait," dit le jeune homme en haussant les épaules. "C'est si important, Remus. Pas uniquement pour le vieil Ordre, d'ailleurs. J'ai rencontré des gamins, à Noël, trop jeunes pour se rappeler quoi que ce soit, et ils m'ont demandé si Voldemort était vraiment si méchant ! Il faut éduquer les générations futures. Nous ne devons pas permettre que cela arrive de nouveau !
"Mais cela se reproduira certainement", soupire Remus. "Sans cesse, la guerre trouve le moyen de tout dévaster et personne n'apprend jamais de ses erreurs. Après Grindelwald ils ont tous dit 'jamais plus', et la Première Guerre Mondiale Moldue étaie censée être 'la der des ders', et pourtant ils ont réussi à causer un autre bain de sang juste vingt ans plus tard." Harry est silencieux pendant quelque temps, avant de répliquer, doucement :
"Peut-être. Mais les gens doivent savoir." Remus hoche la tête, avant de le prendre dans ses bras.
"Tu as raison, Harry. Je ne veux pas minimiser tout ce que tu as fait. Je suis si incroyablement fier de toi".
Le soleil de l'après-midi baigne le jardin d'une magnifique lumière rosée, et le jardin semble encore plus paisible que pendant la journée. La fontaine enchantée, érigée en l'honneur de Sirius – et qui par conséquent fait honneur aux Maraudeurs en douchant les passants de puissants jets d'eau déclenchés au hasard – coule doucement au milieu de la pelouse, alors qu'un merle fait des trilles, dissimulé quelque part dans la haie. Une silhouette ailée, portant quelque chose de gros dans son bec, plane gracieusement depuis le bois tout proche, fait une fois le tour de la tête de Harry et disparaît dans les gouttières de la Maison du Phénix, pour être immédiatement accueillie par un concert de cris et de piaillements. Remus sourit. Hedwige remplit son rôle de mère avec la même dignité qu'elle met à accomplir ses autres tâches, permettant même fièrement à Harry de jeter un coup d'œil dans le nid, où deux petites boules de duvet font un bruit infernal, totalement disproportionné par rapport à leur taille et leur aspect fragile. Son compagnon, Vifargent, n'est pas si indulgent, et il attaque sauvagement tout animal ou humain qui ose s'aventurer dans la zone interdite qu'il a délimitée au sud de la maison. Pattenrond a pris une sévère correction, la semaine dernière.
"Est-ce que tu pense qu'il y aura une autre guerre ?" demande Harry, après un moment. Remus envisage de donner une réponse encourageante avant d'y renoncer. Il ne mentira jamais à Harry, même pour le faire se sentir mieux.
"Oui," répond-il franchement, sa main s'égarant vers la chair racornie de sa gorge, où Severus a récemment guéri sa douloureuse brûlure d'argent. "Mais il faut espérer que cela ne se produira pas pendant notre temps."
"Et si cela se produit pendant notre temps ?" demande Harry avec désespoir, horrifié à la pensée de devoir revivre toute la mort et la dévastation. "J'étais complètement anéanti, à la fin. Et toi aussi."
"C'est vrai, mais nous avons tous les deux réussi à sauver ce que nous avons pu, et reconstruire notre vie." Ses yeux se posent vers le patio, où Hazel et Severus sont toujours en pleine conversation, la tête d'un noir et blanc lisse et la tête brune toute frisée penchées l'une vers l'autre au-dessus d'un diagramme griffonné sur la table de jardin – apparemment la chimie moldue et les potions magiques ont beaucoup de points communs. Incapables de comprendre plus d'un mot sur trois, leurs compagnons moins scientifiques ont appris à les laisser tranquilles dès que Hazel a réussi à lire sur les lèvres, préférant se consacrer à des activités de nature plus parrain/filleule.
"Si nous survivons", ajoute Harry.
"Si nous survivons", acquiesce Remus.
Severus choisit ce moment pour jeter un coup d'œil au maudit loup-garou – son maudit loup-garou, dont le visage resplendit sereinement dans le crépuscule comme une incarnation du Contentement. Remarquant l'expression d'adoration totale sur le visage de Severus, Hazel met fin à leur discussion et fait signe à Harry de l'accompagner dans la maison, laissant seul le couple plus âgé.
Ils restent en silence pendant un long moment, profitant de la quiétude du soir. Il est difficile d'imaginer le mal rôdant derrière les murs de ce petit paradis tranquille, ou de s'appesantir sur le désespoir qui menaçait de détruire la sérénité de la vie qu'ils ont, tous deux, réussi à reconstruire. Le futur peut receler de nombreux obstacles – conflit, douleur, souffrance et mort – mais à ce moment précis, à cet endroit, Remus Lupin et Severus Rogue sont complètement en paix.
FIN
