Chapitre 5
« Te voila enfin petit garnement. »
La voix narquoise de Yoruichi fit à peine sursauter le corps de l'adolescent qui était assis sur les tuiles du plus haut toit de la demeure des Kuchiki. Byakuya ne tourna point son visage vers la jeune femme qui s'approchait et venait s'asseoir à ses côtés. Tout deux fixaient un point invisible à l'horizon, tandis que le soleil filait lentement vers la fin de son parcours. Le vent caressant du soir commençait à se manifester, en soulevant parfois le Haori de Yoruichi. Quand au garçon, il portait une tenue des plus typiques pour l'entrainement et ses cheveux étaient encore attachés par un simple élastique. Elle allait reprendre la parole, quand le son mourut entre ses lèvres, interrompu par le jeune garçon.
«Je l'ai entendu dans mes rêves. »
Sous cette affirmation, Byakuya tourna enfin son visage qui avait un peu perdu de cet aspect poupin de l'enfance, vers son interlocutrice. Le sérieux de ses traits lui donnait un air un peu plus adulte et cela n'échappa au regard du capitaine de la seconde division. Peut être grandissait-il un peu trop vite en fin de compte : cet air n'allait pas à un enfant. Cependant elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine fierté vis-à-vis de ce petit Kuchiki. Parfois elle se surprenait à le considérer comme un petit frère, mais cela elle ne le lui dirait très certainement jamais. Cette fois, ce fut son tour de rompre le silence.
- Sais tu que tout le monde te recherche depuis cet après midi ?
Byakuya resta quelques secondes immobile, les yeux plongés dans ceux de Yoruichi, puis s'en détourna pour ne fixer que le ciel rougeoyant.
- Je voulais qu'Otto sama soit le premier à le savoir, mais je crois qu'il ne rentrera pas encore ce soir.
Cette fois le ton sonnait creux, voir de façon neutre, dans la gorge de l'adolescent. Cela n'aurait point été perçu par le premier venu, mais ne pouvait tromper les sens du capitaine de la seconde division. Cela faisait bien quatre jours qu'il ne l'avait pas vu et même s'il faisait comme si cela ne l'atteignait pas, c'était bien tout le contraire. Lentement, elle posa une main protectrice sur son épaule et y exerça une douce pression. A ce geste, le corps de Byakuya eut un léger sursaut puis se décontracta lentement. Il n'avait guère l'habitude de ce genre de tendresse. Le silence qui était à nouveau retombé, lui semblait si apaisant qu'il en oubliait ses manières de noble ; il se laissa aller à cette étreinte. Peu à peu le ciel s'assombrit et déjà les premières étoiles firent leur apparition, l'air se fit plus cru, mais aucun des deux protagonistes de cette scène ne bougea. Un parfum mielleux s'empara lentement de l'odorat de Byakuya. Curieusement cela en devenait enivrant et sécurisant. Cette sensation jusqu'alors inconnue le guida au-delà de la réalité, car bientôt ses yeux se murèrent et les sons se noyèrent en son esprit devenu brumeux. Yoruichi parut lui dire quelque chose, mais ses oreilles étaient comme devenues sourdes et son corps était aussi lourd que de la pierre. Seule cette sensation lui paraissait réelle… Omniprésente.
En contrebas, les appels à son encontre des divers serviteurs de la demeure devenaient plus pressants, mais aucun ne parvenait à atteindre son esprit. Quand soudain, une voix….non, un cri inquiet et empreint de panique, repoussa l'engourdissement qui s'était jusqu'alors emparé du corps de Byakuya, et le força à rouvrir les yeux, violemment.
Tout d'abord il ne perçut qu'un amas de couleurs, puis des formes immobiles. Un soupir soulagé et à la fois confus quitta ses lèvres entrouvertes. Un rêve, ce n'était qu'un songe, un souvenir. Byakuya passa une main lasse sur ses paupières encore engourdies. La sensation que lui procura sa main sur son visage, fit naître en lui un pressentiment. Il n'aurait su dire quoi, mais c'était désormais logé dans son esprit. Son regard se tourna vers la fenêtre et Byakuya put en déduire qu'il ne devait être que six heures du matin. Il avait donc encore un peu de répit devant lui. Sa main retomba sur le tissu de sa couche, alors qu'il se rallongeait tout en fixant cette fois si le plafond. C'était étrange, mais il ne se sentait pas du tout reposé : c'était comme si on avait drainé son énergie, durant son repos. Un léger froncement de sourcils vint marquer les traits du jeune noble alors qu'il resongeait à cette voix, non, ce cri, serait plus exact. Byakuya la connaissait, ce n'était point celle de Dame Yoruichi. D'un geste empli de lassitude, la jambe gauche du noble se plia sous le drap, alors que son visage se tourna vers son Zanpakuto.
- Senbonzakura
Ce n'était qu'un murmure dans le silence de la pièce, mais il était lourd de sens et de questions. Un rayon de soleil apparut dans la chambre et vint perturber la contemplation de Byakuya, qui par réflex porta l'une de ses mains sur son visage. C'est alors qu'il sentit quelque chose de doux et de soyeux se frotter à sa main inerte sur le drap, puis un poids se vautré amoureusement sur son torse à demi dévoilé par le yukata .
- Allons… c'est un peu goujat que de me comparer à ton zanpakutoh….. Bya boo….
Cette voix mielleuse et moqueuse à souhait lui fit dresser les poils et c'est un regard plus que polaire qui se posa sur le chat noir qui se prélassait contre lui.
- Yoruichi retire toi.
Le félin ronronna un peu plus et s'étira tranquillement..avant de prendre sa forme toute humaine et … dénudée évidemment, ce qui ne manqua pas de faire presque rouler des yeux d'exaspération le noble désormais prisonnier de ce corps qui vint lui offrir une caresse sur le bout du nez.
- Ce n'est pas gentil Bya boy, de dire cela à celle qui t'as donné ton premier baiser.
Cette fois ci, le noble Kuchiki fronça dangereusement des sourcils et la repoussa tout en se redressant de toute sa taille, resserrant son habit sur lui.
- Une belle erreur de jeunesse, maintenant si tu veux bien m'excuser, je me dois de me vêtir, et tu devrais en faire autant.
Sa voix était tout aussi gelée que précédemment, tandis qu'il se détournait d'elle, tâchant d'oublier une seconde qu'elle se tenait dans son lit totalement nue, alors que la jeune femme semblait de plus en plus amusée de la situation. Agacé en lui-même, Byakuya finit par entrer dans la salle de bain, ignorant le mouvement de Yoruichi derrière lui. Mais elle ne le suivit point. Malgré cette frustration, c'est avec un sentiment de vide qu'il posa ses mains sur le lavabo, ouvrant l'arrivée d'eau. Les mots du conseil résonnaient encore à ses oreilles. Tôt ou tard il ne pourrait plus reculer, au risque d'être sous le joug d'une mention de censure. Lentement, Byakuya se lava le visage, tentant de faire en sorte de remettre de l'ordre en son esprit, avant de s'essuyer et de revêtir son uniforme et ses Kenseikaan en sa chevelure parfaitement coiffée. Ce n'est que lorsqu'il décida de quitter la salle de bain, qu'il se rappela de la présence évidente de Yoruichi. Cette dernière se tenait face à lui avec son haori pour seul vêtement. Le noble Roku Ban tai Taisho voila son regard, feignant l'indifférence, alors qu'au fond de lui-même il se sentait comme sur un volcan en fusion sous le courroux.
- Yoruichi, rend moi mon haori, tout de suite.
Sa voix était monocorde, mais véritablement froide…et une fois de plus un regard des plus espiègle lui fut rendu.
- Que nenni Byakuya, il va falloir m'attraper pour cela.
Et elle ne se piva pas d'user du shunpo pour quitter la pièce et se retrouver dans le jardin encore baigné de fraicheur, par la rosée de cette matinée naissance. Le noble se précipita à l'extérieur, observant le visage triomphal de sa Némésis.
- Je ne suis plus un enfant, combien de fois devrais je te le dire ?
- Ohh…. Mais en ce cas, tu iras à ta division sans cela.
Elle ne céderait donc point, comme d'ordinaire en vérité et Byakuya finit par tenter de la rejoindre en Shunpo, non sans prendre le temps de récupérer Senbonzakura. Ravit de cet élan, notre féline disparue un peu plus loin, riant presque au éclat, devant cette poursuite endiablé. C'était comme au bon vieux temps, où presque parce que le noble ne semblait pas la poursuivre avec une flopé de juron. Une fois dans les bois, Byakuya s'arrêta sur une branche d'arbre, le souffle véritablement court et les sens aux aguets. Ce satané démon chat avait calfeutré son énergie spirituelle et rien ne bougeait à l'horizon. C'est alors que deux mains se glissèrent sur son torse tout en reposant le haori sur ses épaules, tandis qu'une voix vin à se faire entendre à son oreille.
« Tu manques d'entrainement Byakuya, je te savais plus endurant… »
Il n'y avait aucune once de moquerie.. Voir même un peu d'inquiétude ? Il ne saurait dire, tandis qu'il resta figé un instant avant de disparaitre d'un shunpo, afin de se soustraire de cette emprise un peu trop proche. Une fois sur la terre ferme, Yoruichi en fit autant, tout en reprenant sa forme de chat.
- Trêve de billevesée, pourquoi viens-tu me rendre visite ces derniers temps, après cent ans d'absence ?
- Parce que j'aimerais renouer avec le passé.
- Fort bien, mais cela n'est point mon désir.
Fit il assez sèchement, alors qu'il remettait correctement son haori. Puis il reprit d'une voix plus atone :
« Maintenant tu m'excuseras, mais je me dois à mon devoir… »
- Comme te trouver une épouse ?...
Glissa le chat tout en restant assit en face de lui. Le regard ombrageux du Taisho s'agrandit légèrement, comprenant qu'elle avait espionnée le conseil. Elle n'avait aucun droit de faire cela, encore moins en tant que chef de clan des Shihoin. C'était une violation des lois. La fatigue s'éclipsa pour ne laisser transparaitre qu'une dangereuse colère sourde en sa voix polaire.
- Cela ne te regarde en aucun cas. Tu n'as rien à voir dans les choix de mon clan ou non.
Evidemment, elle se doutait d'une telle réaction. Mais elle n'était pas dupe. Il y avait des choses un peu trop étranges en ce moment. Mais visiblement, le noble n'en voyait encore rien. Cependant, elle savait aussi que cela ne servait à rien d'insister pour le moment, Byakuya était du genre extrêmement têtu et un court instant, Yoruichi songea à Sojun. Si seulement son fils avait pu copier cette douceur de caractère. Oui mais alors, peut être que Byakuya ne serait pas le chef de clan qu'il était. Cependant elle se permit de se défendre :
- Ce n'est pas sur moi que ta défiance devrait se porter, mais sur cet homme, Byakuya. Nori est un être ambitieux et tu le sais.
Sur ce, elle disparue rapidement dans les bois, laissant le noble Roku ban tai Taisho seul avec lui-même. Il lui fallut un long moment, avant de se décider à tourner les talons, alors qu'il repensait à ce qu'elle lui disait. Il est vrai que son cousin ne cachait pas son désire de prendre sa place dernièrement, poussant le conseil à se reposer sur lui. Byakuya savait qu'il ne faisait qu'encourager ce soutient en leur refusant un mariage et un héritier. Il avait même lutté pour que Rukia ne soit pas soumise à un quelconque mariage arrangé. Jamais il ne permettrait que sa jeune sœur se retrouve prisonnière d'une telle chose. C'était à lui de subir cela, et nul autre. Mais il n'était pas prêt. Pas encore. Ses pas le rapprochaient un peu plus des premiers bâtiments des Divisions, quand son flux de Reiatsu eut comme une secousse qui l'ébranla de la tête aux pieds. Chancelant, Byakuya reprit appui sur l'écorce d'un arbre, d'une main mal assurée et tremblante. Le souffle irrégulier et court, sous le soulèvement laborieux de sa poitrine. Le noble avait peine à recouvrer un semblant de contrôle. C'est à ce moment qu'une ombre le survola sans qu'il ne puisse réagir et réapparut juste derrière lui, venant lui ravir son zanpakutoh du fourreau, avant même qu'il ne puisse en avoir lui-même le réflexe de s'en emparer pour se défendre, totalement ralenti par se malaise qui secouait encore.
- Allons.. Allons… cousin… vous n'êtes même plus capable de vous saisir de votre arme ? C'est dire comme en effet, vous devriez passer la main.
Le regard presque devenu vitreux de Byakuya s'agrandit de surprise, alors qu'il se rendit compte qu'il n'avait plus du tout de forces. Son corps s'abandonna complètement contre l'arbre, alors qu'il faisait face à son cousin. Ce dernier semblait saliver pleinement ce moment, venant à faire glisser la lame de Senbonsakura , du cou vers le torse de sa victime.
- Je vois que le poison n'a point menti. Le thé était bon ? ééééh oui…cette boisson dont tu ne te passes jamais. A chaque fois que tu en consommais, alors tu devenais chaque jour plus faible. Ceci a prit quelques temps certes, mais nous connaissons tous comment sont formé les héritiers concernant les attaques de ce genre… La patience fut mon arme vois tu, jusqu'à ce matin. Qui aurait pu croire qu'il en fallait si peu pour te soustraire de ta puissance ? Bientôt tu disparaitras et je serais enfin à la place que je mérite.
Byakuya avait peine à tenir debout, mais son regard exprimait toute la rage et la distinction qui le possédaient face à cet homme et ce dernier s'en amusait encore plus.
- Quel regard.. Mais j'y pense. Comme tout shingami, il serait un déshonneur que de périr par le poison non ?...
Sans plus attendre il enfonça le zanpakutoh au niveau de l'estomac de Byakuya. Ce dernier se ploya en deux sous le choc, ressentant que quelques seconde après cette douleur fulgurante… et se froid qui survint alors… Il entendit comme un son sec, peu après que la lame ne se retire de son corps, comme si l'on brisait une lame. Les mots se répercutaient lourdement dans son esprit, c'était comme si des canons s'évertuaient à tirer à quelques centimètre de sa personne. Son corps ne paraissait plus exister pour lui et la douleur devenait sourde…il sentit qu'on le transportait, puis bientôt une lumière blanche s'empara de son être et l'avala tout entier. Puis le vent siffla à ses oreilles.
*Le vent ?!*
Faiblement Byakuya parvint à entre ouvrir les yeux et constata un ciel…un ciel bleu, sans nuage. Sur les côtés il pouvait discerner des immeubles, tandis que tout son être semblait comme aspiré vers le bas. L'air sifflait de plus en plus et l'étourdissait complètement, ses bras, ses jambes… tout lui semblait comme du plomb. Allait il mourir ainsi ?... était ce la fin ? Une voix ténue résonnait encore en son esprit… cherchant à se raccrocher à lui, mais Byakuya ne parvenait pas à comprendre. Alors qu'il n'était plus qu'a quelques mètres du sol, son regard cru apercevoir dans ce ciel si bleu, des pétales… des pétales de cerisier…
...
Note de l'auteur : Je vous remercie pour toute ces reviews, ça fait réellement plaisir et me pousse à poster régulièrement. j'espère continuer bien ainsi . Cela dit, on va changer de décor pour se plonger en pleine ville de karakura. J'ai eu un petit souci avec mon correcteur, alors j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes baladeuses.
