« Maintenant, il ne te reste plus qu'à aller dénoncer Conny à Rivaille et toute cette histoire sera enfin terminée. »
Sasha sursauta violement, comme brûlée à vif, jetant un regard incrédule à Ymir qui venait de parler. Elle avait un air décidé et comme une volonté implacable au fond de ses yeux noirs. La chasseuse se sentit se recroqueviller sans rien pouvoir faire pour s'en empêcher, remontant ses genoux contre son menton pour les entourer de ses bras.
« Mais je ne peux pas faire ça ! s'exclama-t-elle pitoyablement.
_ Et pourquoi donc ? Tu l'as surpris la main dans le sac.
_ Mais je n'ai pas de preuve ! Et c'est mon ami…
_ C'est sûr, un type qui vole et te laisse te faire accuser à sa place, faisant semblant de t'aider qui plus est, c'est une vraie perle. Avec des amis comme lui, pas besoin d'ennemis. »
La brune parlait d'un ton dédaigneux, entre la moquerie et la colère, blessant la jeune femme de ses répliques acerbes sans s'en inquiéter pour autant. C'était la voix de la raison qui parlait à travers elle, Sasha le savait, l'impitoyable et cruelle raison, mais elle n'arrivait pas à s'y contraindre. Malgré ce que ses propres yeux avaient vus, l'idée que Conny soit coupable lui était trop insupportable pour qu'elle l'accepte. Il devait forcément y avoir une erreur quelque part. Seulement elle ne trouvait pas où. C'était du pur sacrifice que de penser de la sorte, alors qu'elle aurait dû au contraire se jeter sur l'occasion pour échapper à la punition injuste qui lui pendait au nez, elle se retrouvait à chercher des excuses au responsable de ses malheurs. Sasha baissa la tête, se mordant la lèvre inférieure et fixant le sol devant elle avec son air le plus misérable. Loin, très loin, elle entendait vaguement Ymir râler et Christa tenter de la calmer, mais elle était trop prise dans ses tourments intérieurs pour vraiment les écouter. Conny. Longtemps elle l'avait considéré comme son seul ami, avec Mikasa qui lui donnait gentiment à manger – Christa ne comptait pas, étant une déesse elle était au-dessus de cette basse amitié humaine. Ils venaient du même milieu social, de la même région, avaient la même philosophie et la même expérience de la vie. Il était celui qui la faisait rire quand rien n'allait plus, le seul assez débile pour traîner avec une débile comme elle. Et dire qu'il l'avait trahie, pour nourrir un simple chien. Il avait toujours été trop gentil, mais elle ne le pensait pas égoïste à ce point. Devant elle, sur le lit, la brune se laissa tomber en arrière en soupirant, attirant par ses mouvements le regard de la chasseuse. Elle marmonnait entre ses dents, son côté terrifiant sapé par le ridicule de sa tenue.
« Bordel, je déteste ça. Ces foutus gosses qui élèvent des chiens dans le dos de leurs parents, quelle bande de chieurs. »
Sasha fit son sourire tordu, se rappelant avec une certaine nostalgie sa première rencontre avec les deux occupantes de la chambre. Ymir avait tenu exactement ce genre de propos à Christa qui était alors en train de la nourrir, grâce au pain qu'elle avait gardé de côté durant le repas. Miss Patate était déjà trop dans les vapes à ce moment-là pour se souvenir de grand-chose, mais le regard noir de la grande fille debout dans la lumière incertaine des lanternes l'avait marqué. Elle se demandait jusqu'où elle pourrait aller pour exprimer son désaccord et son mécontentement. Comme si elle l'avait entendue, Ymir tourna brusquement la tête vers elle et la fixa de son air le plus sérieux.
« Je te préviens, si c'est pas toi qui va voir le caporal-chef, j'irai à ta place. Hors de question qu'il reste impuni pendant que tu purges ta peine à sa place. »
Sur ce, elle frissonna et resserra la couverture autour de ses épaules nues. La chasseuse n'arrivait pas à savoir si elle faisait ça par principe personnel, équité ou juste pour se venger de la cause de son horrible matinée.
« Tu ne peux pas choisir à sa place, c'est à Sasha de décider si elle veut le dire ou non, s'indigna Christa.
_ Et pourquoi ça ? Il a commis un crime, je le sais, je ne vois pas pourquoi je ne le dénoncerais pas.
_ Parce que si tu le fais en disant que Sasha est témoin mais n'a rien voulu dire ça lui retombera dessus également, comme complice, et elle s'en voudra d'avoir fait punir son ami.
_ Donc selon toi, je devrais me taire pour sauver la bonne conscience de la demoiselle ? Dans ce cas, libérons tous les assassins de prison, ça donne trop mauvaise conscience à leurs mères qui les ont élevés !
_ Tu sais bien que ça n'a rien à voir…
_ C'est exactement la même chose. Si tu enfreins la loi, tu es châtié, surtout si tu laisses quelqu'un d'autre souffrir à ta place. »
Elle fit une pause dans sa plaidoirie, défiant une Christa aux joues gonflées du regard. La blonde ne répliquant pas, elle se décida à ajouter un point final qui les laissa songeuses :
« Un voleur se doit d'être puni. »
Le regard d'Ymir partit dans le vague après ces quelques mots, ses camarades trop absorbées dans leurs propres pensées pour s'en rendre compte. Sasha se demandait si c'était vraiment vrai, si on devait punir tous les voleurs même ceux agissant pour la bonne cause. Voler une pomme au marché pour survivre à la faim quelques jours de plus, voler des bijoux pour payer un médecin. Parfois, un crime mineur n'était-il pas excusable si commis pour une raison honorable ? Elle n'en savait trop rien. Après tout, elle n'était qu'une campagnarde devenue soldat, rien de plus, alors comment pourrait-elle juger des questions aussi sérieuses. Dans tous les cas, une chose était sûre : Conny n'avait absolument aucune excuse. Certes, le chien allait peut être mourir, mais ils vivaient dans un monde trop dur pour qu'on gaspille de la nourriture inutilement, même pour un adorable chiot. S'il n'était pas assez fort pour trouver sa pitance seul, alors il n'aurait qu'à retourner à la terre et la fertiliser de sa carcasse. La chasseuse sentit les larmes monter au coin de ses yeux au fur et à mesure qu'elle s'habituait à la trahison de Conny, obligée de se rendre à l'évidence. Il était coupable, elle ne pouvait interpréter la scène de ce matin autrement. Un froufrou soyeux lui fit lever la tête et elle observa avec incompréhension Mikasa se remettre debout. L'asiatique se pencha, épousseta le tissu au niveau de ses genoux de quelques coups de main rapides, avant de se redresser d'un air digne. Même en chemise de nuit elle avait de la prestance.
« Nous ferions mieux d'y aller, dit-elle à Sasha. Il faut que je commence à me préparer et tu dois retourner en cuisine avant qu'une caserne entière de soldats affamés ne t'agresse. »
La jeune femme blêmit à cette idée et imita rapidement son amie, grimaçant en sentant les élancements dans ses tibias et chevilles où le sang recommençait à circuler normalement. Elle était restée assise dessus trop longtemps, n'étant pas habituée à ce genre de position elle sentait venir les picotements désagréables qui allaient toujours avec. Tandis qu'Ymir les congédiait d'un vague grognement, Christa les raccompagna à la porte avec un sourire contrit. Alors qu'elle la fermait doucement, un cri leurs parvint depuis le fond de la chambre.
« Et ne crois pas que j'ai oublié cette histoire de dette Sasha ! On en reparlera ! »
Le battant claqua et la poignée cliqueta. La chasseuse grimaça, se demandant dans quel genre de pétrin elle venait encore de se fourrer et quelle corvée abominable la brune allait bien lui trouver à faire. Après un vague salut, elle quitta Mikasa qui retournait vers sa chambre et prit le chemin des cuisines, appréhendant vaguement la réaction de Reiner à son retour.
Comme prévu, le blond lui sauta dessus en hurlant et elle eut beau s'excuser encore et encore elle n'échappa pas à sa colère. Il frotta l'articulation de ses phalanges sur son crâne jusqu'à ce que ça la brûle, la disputant en même temps, avant de la libérer avec un coup de pied dans l'arrière-train. Malgré son cuir chevelu douloureux, Sasha fut soulagée car elle s'attendait à subir bien pire. De toute évidence sa disparition avait laissé le temps au garçon de se calmer et à sa rage de retomber. Dès qu'elle fut à nouveau sur pieds, il lui lança un seau qu'elle réceptionna de justesse, lui jetant des ordres sur l'élaboration du repas qui les attendait. Ils avaient pris beaucoup de retard, ils allaient devoir mettre les bouchées doubles pour terminer à temps. L'agitation frénétique qui régna alors dans la pièce permit à la chasseuse d'oublier ses soucis, trop occupée à courir dans tous les sens ou à se concentrer pour ne pas se couper le doigt par inadvertance. Véritable champ de bataille, la salle ne retrouva son calme qu'une heure plus tard, quand ils s'effondrèrent à même le sol après avoir mis le dernier coup de louche au potage matinal. Dans un coin de son esprit abruti de fatigue, la jeune femme plaignit les chargés de vaisselle qui allaient passer après eux et devraient ranger le capharnaüm sans nom qu'ils avaient mis. Un gargouillis monstrueux s'éleva alors de son estomac, son corps réclamant sa dose de nourriture quotidienne pour se remettre de tous ses efforts, allant même jusqu'à arracher un sourire à Reiner près d'elle. Le garçon se leva en maugréant, lui tapota l'épaule en guise d'au revoir, et partit se restaurer dans le réfectoire. Plus lentement, Sasha lui emboita le pas.
La chaise à droite de Mikasa était libre, comme toujours, chacun savant que c'était sa place réservée. La chasseuse se laissa tomber dessus avec bonheur et se jeta sur son petit-déjeuner comme une possédée. Il fallait qu'elle prenne des forces. Ensuite, elle irait voir Rivaille et elle lui dirait tout. Elle aimait beaucoup Conny, mais elle ne pouvait décemment pas risquer le mitard à sa place. Il fallait qu'elle pense à elle-même, à son dossier militaire, à la déception qui brillerait dans le regard de son père si jamais elle était reconnue coupable de vol. Elle savait bien que le garçon était dans la même situation qu'elle, que lui aussi devait prouver sa valeur aux yeux de ses proches et que cette condamnation y nuirait fortement. Mais il aurait dû y penser avant de commettre l'irréparable. Décidée et pleine de volonté, elle planta ses dents dans le pain que lui tendait sa voisine, sans même prendre la peine de le saisir de ses mains. A ce moment elle ressemblait plus à un animal qu'à un humain, seule la détermination farouche luisant au fond de ses yeux rappelant son statut. Alors qu'elle allait mordre dans la miche pour la deuxième fois, la porte de la salle à manger s'ouvrit brusquement, la silhouette de Conny s'y découpant à contre-jour. Le regard du garçon fit rapidement le tour de la pièce avant de s'arrêter sur Sasha, elle-même immobilisée en plein mouvement par son arrivée soudaine. Leurs yeux se croisèrent et ils se fixèrent un moment sans rien dire, puis le bonze fit un pas dans sa direction.
« Sasha ! »
Et ce fut le signal de la fuite. Engouffrant le reste de son écuelle et du pain dans sa bouche aux joues distendues – sous les regards horrifiés de ses camarades de table qui avaient peur de la voir s'étouffer – la jeune femme se leva précipitamment et chercha une sortie de secours. Toutes ses belles résolutions, tout son courage s'était envolé à l'apparition du garçon, elle ne pouvait juste pas lui faire face. Penser à ce qu'il avait fait, à ce qu'elle allait faire, tout ça la rendait malade et lui donnait juste envie de se rouler en boule sous sa couverture jusqu'à ce que ça passe. Mikasa se leva à côté d'elle, foudroyant Conny du regard, et elle vit du coin de l'œil Christa retenir le bras d'une Ymir énervée. En désespoir de cause et à la surprise générale, la chasseuse se dirigea vers la fenêtre la plus proche, l'ouvrit et l'enjamba. Elle courut droit devant, sans reprendre son souffle, et quand le bonze arriva au niveau de l'ouverture elle avait déjà disparu.
Sasha termina son repas assise sur un toit à l'abri des regards, le cœur encore battant de sa rencontre inopinée avec Conny. Elle ne s'attendait pas à ça. Elle ne s'attendait pas à réagir de la sorte, prendre ses jambes à son cou et disparaitre sans demander son reste. Peut-être n'était-elle pas aussi résolue qu'elle le pensait. Elle n'arrivait pas à faire face à son ami qui l'avait trahie. Soupirant à en fendre l'âme, elle redescendit sur le sol après s'être assurée que la voie était bien dégagée et prit le chemin des bâtiments où un cours théorique devait leur être donné. Une nouvelle formation du commandant Erwin apparemment, qu'ils devaient mémoriser pour la prochaine sortie en dehors des murs. Au fond de la classe, la chasseuse écouta distraitement leur chef d'escadron, ses pensées battant la campagne sans qu'elle essaye vraiment de les retenir. Une fois la session terminée, elle s'éclipsa le plus discrètement possible et partit vers les écuries où l'attendait sa prochaine corvée. Mikasa était déjà là, mais elles ne dirent pas un mot avant d'être dans un pré non loin du quartier général où elles devaient emmener les chevaux. La prodige détachait une longe quand elle prit la parole.
« Ta sortie de ce matin a fait forte impression.
_ Vraiment ? demanda Sasha avec un sourire gêné.
_ Tout le monde se demandait quelle mouche avait bien pu te piquer. Ils ont tenté d'interroger Conny mais il n'a rien voulu dire, du coup les rumeurs vont bon train maintenant.
_ Quel genre ?
La jeune femme haussa les épaules, terminant de défaire le nœud de ses doigts agiles avant de donner une tape sur la croupe de la jument pour lui dire de partir.
_ Liaison, tromperie, bagarre, favoritisme, les trucs habituels. »
La chasseuse baissa la tête, pensive. Décidément, où est-ce que les soldats allaient chercher des choses pareilles. Sans doute était-ce à cause de leur quotidien bien morne, ils avaient besoin de le remplir avec des ragots extravagants. Elle récupéra les cordes, ferma l'enclot, puis à pas lents elles prirent la direction des stalles où d'autres chevaux les attendaient.
« Je n'arrive toujours pas à y croire, lâcha-t-elle soudainement.
_ Hm ?
_ Conny, je n'arrive pas à croire qu'il ait fait ça.
_ C'est vrai que c'est étrange. »
La jeune femme tourna la tête vers la belle asiatique à ses côtés. Elle avait un visage sérieux, un fin pli soucieux lui barrant le front. Elle semblait si mature, si charismatique, parfois Sasha avait du mal à croire qu'elle était plus jeune qu'elle.
« Tu as beau l'avoir surpris, il y a beaucoup trop d'éléments qui ne collent pas, continua-t-elle. A commencer par la description du garde, Tim. Vraiment, même saoul j'ai du mal à croire qu'il ait pu vous confondre.
Entre la grande fille aux cheveux longs et châtains, et le petit garçon au crâne rasé, c'était comme le jour et la nuit. Autant ils étaient semblables de caractère et d'histoire, autant leurs physiques étaient en total désaccord. Sur ce point-là, Mikasa avait indéniablement raison.
_ Mais alors, comment tu expliques ce que j'ai vu ?
_ Je ne l'explique pas. Le mieux qu'il te reste à faire maintenant, c'est aller lui demander directement.
_ Je n'y arriverai jamais ! Tu as bien vu comment je me suis enfuie tout à l'heure, c'est au-dessus de mes forces.
_ Il va bien falloir pourtant, lui répliqua-t-elle d'un ton dur. C'est le seul moyen de connaître la vérité. »
Sasha ne répondit pas, se contentant de rentrer la tête dans ses épaules en se mordant la lèvre. C'était la seule solution, mais elle n'avait pas le courage nécessaire pour la mener à bien. Dire qu'elle était capable de tuer un titan mangeur d'homme mais que faire face à son ami la terrifiait, il y avait de quoi se moquer. Quoique, elle n'était plus tellement sûre d'être capable de tuer un titan non plus. Accablée par ses pensées, elle se mura dans le mutisme jusqu'à la fin de la matinée.
En fin de compte, elle ne trouva pas plus de vaillance l'après-midi et s'enfuit de la même manière du réfectoire après avoir attrapé sa portion. De sa cachette élevée, elle observa le cœur serré Conny la chercher dans les allées de la caserne, appelant son nom sans succès. Il tenta bien de la pister à un moment, mais elle était trop bonne chasseuse pour se laisser avoir à ce jeu-là. Elle l'évita tout le reste de la journée, se jetant dans une cachette improvisée dès qu'elle apercevait l'ombre de son ombre, partant en courant quand nul recoin ne lui offrait le salue. Quand la nuit tomba enfin et que chacun partit se coucher, elle était épuisée. Pas tant d'avoir fui, c'était plutôt cette impression d'être perpétuellement au bord de la crise cardiaque qui avait eu raison de son endurance. Dans sa panique, elle n'avait même pas songé à continuer son enquête, trop persuadée d'avoir déjà le coupable. Elle ferma les yeux sans même se déshabiller et quand elle les rouvrit après ce qui lui sembla n'être que quelques secondes, il était samedi.
Courbaturée d'avoir dormi avec son équipement tridimensionnel, Sasha grimaça en levant le bras pour astiquer un nouveau carreau. Le chiffon humide produisait un bruit désagréable en frottant sur le verre de la fenêtre, ajoutant à son mal être déjà bien présent. A côté d'elle, Ymir s'activait en silence avec une mine ennuyée. De l'autre côté de la vitre, tranquillement installé à son bureau, la chasseuse voyait le caporal-chef occupé à s'arracher les cheveux en lisant et relisant ce qui devait être des papiers administratifs. A chaque fois qu'il levait la tête vers elle en se sentant observé, elle plongeait précipitamment vers son seau moussant pour en imbiber son torchon. Des éclats de voix leur parvenaient de temps en temps quand il se mettait à insulter copieusement une personne ou un objet particulièrement agaçant.
« Tu es allée lui parler ? lui demanda abruptement Ymir, sans même lever les yeux de sa tâche.
_ A qui ? répondit-elle en jouant l'innocente.
_ Rivaille. Tu es allée lui dire que tu avais surpris Conny ?
_ Chut, pas si fort ! s'exlama-t-elle en s'approchant de la brune. Il pourrait t'entendre !
Elle jeta des regards alarmés à l'homme de l'autre côté de la fenêtre mais il semblait trop occupé à se débattre avec son stylo à plume pour leur accorder la moindre attention.
_ Et alors ? Je t'ai prévenue, si tu n'y vas pas c'est moi qui irai.
_ Mais je ne peux pas faire ça !
_ Bordel, grogna-t-elle, entre Christa et toi je suis gâtée. C'est quoi votre problème, à toujours vouloir vous sacrifier pour les autres ? A quoi ça sert d'être traitée en gentille fille quand en contrepartie tu reçois tous les malheurs du monde ?
_ Mais ce n'est pas ça du tout... ! C'est juste que-
_ Que c'est ton ami, que tu ne veux pas blesser ses sentiments et passer pour une balance au passage. Mais dis-moi, il y a pensé à tes sentiments lui avant de faire ce qu'il a fait ? »
Sasha fixa Ymir sans rien dire, incapable de trouver quoi que ce soit à rétorquer à ses arguments. Soudain, un mouvement dans la cour plus loin attira son attention, lui faisant dresser les cheveux sur la nuque.
« Vite, cache-moi ! »
Et sans réfléchir plus avant, elle se jeta dans le dos de la grande brune qui la regarda faire, incrédule. Conny venait d'apparaitre, des caisses plein les bras, apparemment chargé de les transvaser d'un endroit à un autre. Il n'accorda pas un regard aux deux jeunes femmes, focalisé sur l'endroit où il mettait les pieds, de peur de trébucher. Ymir se tourna vers la chasseuse derrière elle, de toute évidence furieuse.
« Non mais tu te fous de moi ? Tu te caches de lui au lieu d'aller lui parler ?
_ Non, mais, ce n'est pas ce que tu crois c'est juste que… !
_ Juste que tu as trop la trouille ! »
Avec un mouvement rageur elle jeta son chiffon dans le seau le plus proche et se dirigea vers le garçon, toujours occupé à marcher sans même réaliser le danger qui lui venait dessus. Effrayée, Sasha emboita le pas de sa compagne en espérant, naïvement, pouvoir la retenir.
« Ymir ! Attends !
_ Conny ! appela-t-elle, impérieuse. »
Ce dernier se retourna et sa bouche fit un « o » parfait en apercevant les deux soldats, avant de prendre une mine effrayée devant la colère évidente de la brune. Celle-ci s'arrêta devant lui et enfonça un doigt pointu dans sa poitrine.
« Aie !
_ C'est toi qui a volé la viande ! Sasha t'a vu la donner à ton clébard, seulement si elle est trop gentille pour te dénoncer ce n'est pas mon cas !
_ C'est faux ! J'essaye de lui expliquer depuis hier !
_ Lui expliquer quoi ?
_ Arrête Ymir, laisse le parler !
_ Que tu es coupable ?
_ Coupable de quoi ? »
La voix, froide et tranchante, coupa court à la dispute. Muets de stupeur, les trois soldats se tournèrent comme un seul homme vers le caporal-chef qui venait d'arriver. La discussion animée que les deux jeunes femmes avaient eue sous sa fenêtre avait fini par lui taper sur les nerfs, aggravée par la désertion subite de leur poste. Il les avait suivies en pensant leur passer un savon – histoire de se défouler un peu – mais avait surpris à la place une scène des plus intéressantes. Son regard polaire passa lentement d'un protagoniste à un autre, scrutant sans ciller leur salut, avant de finalement s'immobiliser sur Conny. Au moins le garçon avait la décence d'être plus petit que lui.
« Alors, répéta Rivaille, menaçant, coupable de quoi ? »
Bonjour/bonsoir !
J'ai pris la grande résolution d'arrêter d'écrire à des heures impossibles (après je suis fatiguée et quand je me relis je fais des arrêts cardiaques devant mes fautes monstrueuses), résultat : il est seulement 1h du matin ! Bref. La fin est proche mes amis, très proche, cela veut-il donc dire que Conny est définitivement coupable ? Ou y aurait-il un troisième larron insoupçonnable et insoupçonné ?
Ne t'inquiète pas Daisuke, tu trouveras plein de belles choses à lire sur snk, je ne me fais pas de soucis pour ça ! (j'ai d'ailleurs pas mal de retard à rattraper il me semble) Et sinon, oui j'ai beaucoup beaucoup beaucoup (trop) d'autres projets pour ce merveilleux manga, je ne resterai pas inactive bien longtemps ~
Allez, à très bientôt pour la suite !
