Bonjour, bonjour...
Ça a été assez rapide, oui, j'ai plus ou moins eu l'aval de mes bêtas occasionnelles, donc, je vous le poste. Un peu pour en finir rapidement, je dois l'avouer. Et comme il n'est pas bon de courir plusieurs lièvres en même temps, autant en éliminer un rapidement.
Je pense faire deux autres chapitres. Je ne sais pas trop quand, je ne sais pas trop dans quelles conditions. Je me mets une pression d'enfer car j'ai plusieurs chapitres commencés et je me demande comment je vais m'en sortir. Ma muse ne demande pas. Elle exige. Alors, je me plie docilement à sa volonté.
Je vous remercie de passer par là, remercie également Barbichou pour son avis et la tyrannique Lolita-nie-en-bloc qui me rappelle franchement ma prof de Français de Première - ça peut être un compliment ;)
Bonne lecture à toutes ! Prenez soin de vous. G.
Chapitre 2 : S'enliser
« Tu as une mine affreuse. »
Je m'installai en face de Bella au café du Bord de mer, à notre table habituelle.
La pluie tombait toujours sur le comté, s'accordant parfaitement à mon humeur depuis que j'étais sortie de chez lui.
En seulement quelques minutes, il m'avait laminée. Terrassée. Anéantie.
Contrairement à ce que je lui avais dit, je n'étais pas retournée voir Mike. Je m'étais précipitée chez moi et m'étais réfugiée sous la douche, tentant de calmer le tremblement qui secouait toujours mon cœur et mon corps, me contraignant à vider mon esprit, à l'enlever de ma peau. C'est au beau milieu de la nuit, quand je m'étais mise à pleurer sans plus pouvoir m'arrêter que la vérité s'était révélée à moi : Mc Carty était ancré en moi plus profondément que jamais.
Comment allais-je pouvoir regarder Mike en face s'il persistait à rester dans les parages ?
Bella but une nouvelle gorgée de son thé et m'observa par-dessus sa tasse blanche, bordée d'un liseré rouge. Si moi, j'avais une mine affreuse, elle, par contre, semblait totalement épanouie et irradiait de bonheur.
« Comment va ma future filleule ? souris-je.
_ Nous n'avons pas encore décidé qui de toi ou d'Alice allait être sa marraine. Quand j'en parle avec elle, elle s'énerverait presque que je n'attende pas de jumeaux, répliqua-t-elle sur le même ton, une main posée sur son ventre rond.
_ J'ai suffisamment de mal à me faire à l'idée qu'Edward, que j'ai vu courir nu un milliard de fois dans mon jardin quand j'étais enfant, va devenir père, donc un seul à la fois pour ma santé mentale, s'il vous plaît. »
Elle attrapa un maxi cookie qu'elle croqua à pleines dents, le regard malicieux.
« Bonjour, Rose, me dit Leah, la serveuse du bar avec son carnet et son stylo à la main.
_ Salut, Leah, souris-je.
_ Tu as une mine affreuse.
_ C'est ce que je lui ai dit, répliqua Bella, amusée.
_ Vous n'allez pas vous y mettre à deux ? marmonnai-je.
_ C'est une simple constatation. » Firent-elles d'une même voix.
Je roulai des yeux en saisissant machinalement la carte que je connaissais par cœur.
« Des œufs brouillés et un café serré, s'il te plaît, lui commandai-je en la reposant.
_ Avec de la crème ? me demanda-t-elle en prenant rapidement note.
_ Sans crème.
_ Sans crème ? répéta-t-elle, étonnée.
_ Sans crème. » Insistai-je.
Je m'attendais à une remarque bidon sur la hantise des futures mariées de prendre du poids avant le jour J, mais elle me regarda avec compassion et lança :
« Toi, tu as vu Mc Carty. »
J'entrouvris les lèvres, incapable de lui répondre, surprise de sa répartie.
Elle soupira et posa une main réconfortante sur mon épaule.
« Ma belle, me dit-elle, il va vraiment falloir que tu finisses par ouvrir les yeux. » Puis, elle s'éloigna vers les cuisines.
Je me tournai vers Bella qui finissait son cookie en silence, me regardant avec acuité.
« Qu'a-t-elle voulu dire par là ? lui demandai-je.
_ Je ne sais pas. A toi de me le dire. C'est pour ça que nous sommes là, non ?
_ Non. J'avais juste envie de déjeuner avec toi, ce matin. Avec la préparation du mariage, la boutique, ta grossesse, l'aménagement de notre future maison…
_ Emmett… » Ajouta-t-elle.
Je me raidis et lui jetai un regard noir.
« Tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi, marmonnai-je.
_ Me mettre à quoi ? fit-elle innocemment.
_ J'ai déjà Alice qui me bassine suffisamment avec lui. Je voudrais éviter que tu t'y mettes également.
_ Très bien, souffla-t-elle. De quoi veux-tu parler, alors ?
_ De tout, sauf de lui.
_ Pourtant…
_ Pourtant quoi ? » Fis-je avec provocation.
Elle m'observa un long moment, le regard intense, cherchant quelque chose que je ne voulais pas dire ou qu'elle croyait enfoui en moi. Elle but une nouvelle gorgée du thé qu'elle commandait toujours et caressa distraitement son ventre.
« Pourtant, ça te ferait du bien d'en parler. » Se contenta-t-elle de dire.
J'eus un léger rire de mépris et détournai mon regard pour regarder un instant la pluie tomber et les quelques voitures qui se trouvaient sur le parking.
En parler.
Parler de quoi… ?
« Tu savais qu'il allait revenir… finis-je par murmurer, mon regard toujours tourné vers l'extérieur.
_ Non. Et Edward m'a certifié qu'il n'en savait rien non plus. »
Leah arriva avec mes œufs brouillés et mon café serré puis s'assit à mes côtés.
« Elle n'a toujours rien balancé ? demanda-t-elle à Bella en posant l'assiette devant moi.
_ Non, soupira Bella.
_ Tu veux un autre cookie ?
_ Chocolat blanc macadamia.
_ T'es une petite gourmande ! s'amusa Leah.
_ Tu es une piètre commerçante si tu ne me l'apportes pas, la gronda faussement Bella.
_ T'inquiètes pas. Je tiens à mon boulot. »
Je la sentis se relever et Bella posa avec délicatesse sa main sur la mienne.
Je me tournai vers elle et sentis une nouvelle fois les larmes me monter aux yeux et cette inexplicable tension dans ma poitrine. Je déglutis en baissant mon regard sur mon assiette. Je me forçai à prendre ma fourchette sans toute fois avoir envie de manger.
Pourquoi la vie me jouait-elle ce tour cruel ?
« Il est amoureux de toi, me souffla-t-elle.
_ Arrête avec ces conneries, grognai-je en retirant ma main de la sienne et en me redressant pour m'appuyer contre le dossier de la banquette.
_ Il l'a toujours été. Tu le sais au fond de toi.
_ Ce que je sais au fond de moi, c'est qu'il n'est pas fait pour moi, Bella. Il m'a toujours couru après parce que je lui résistais, rien de plus.
_ Ce n'est pas aussi simple…
_ Ah bon ? explosai-je. Avec combien de filles s'est-il affiché au lycée ? Combien de fois par an fait-il la une des magasines avec une nouvelle actrice à son bras ? Tu crois vraiment qu'un homme amoureux de moi aurait fait ça ? Est-ce que tu as vu Mike regarder une seule fois Stanley depuis qu'il est avec moi ?... Non.
_ Jessica ne t'arrive pas à la cheville…
_ Là n'est pas la question, la coupai-je.
_ Et Mike non plus. Ouvre les yeux, Rose. Ca fait très longtemps que je n'ai pas vu ton regard aussi lumineux qu'aujourd'hui. »
Je lui lançai un regard suspicieux et blessé.
« Que veux-tu dire par là ? »
La sonnette de la porte retentit et machinalement, je relevai les yeux.
Mon cœur remonta dans ma gorge et ma main se referma sur la fourchette qu'elle tenait toujours.
Son regard gris parcourut la salle et s'accrocha au mien quelques longues secondes, durant lesquelles je crus être seule dans la même pièce que lui. Son intensité assécha ma gorge et m'obligea à déglutir. Mes lèvres se mirent à trembler.
J'observai à nouveau malgré moi sa musculature épaisse moulée par la veste qu'il m'avait lancée la veille, me laissant engourdir par cette langueur insoutenable.
Il est amoureux de toi.
Je n'arrivais plus à m'enlever cette phrase de la tête.
Leah sortit des cuisines et l'apostropha, l'obligeant à couper le contact visuel. Un sourire heureux se peignit sur ses lèvres pulpeuses et il enlaça un instant la serveuse avant de lui parler quelques instants.
Pour une raison inconnue, ce simple geste amical me fit serrer les mâchoires et mon cœur remonta un peu plus dans ma gorge.
Quelques personnes vinrent à sa rencontre pour le congratuler puis il se tourna une nouvelle fois vers moi.
Le frisson me terrassa une fois de plus tandis qu'il se dirigeait vers notre table, son regard verrouillé au mien.
Il est amoureux de toi.
Non. Je ne pouvais pas croire ça…
« Je vais te laisser… » Soufflai-je à Bella en prenant mon sac.
Je me laissai glisser rapidement jusqu'au bout de la banquette quand mon corps entra de plein fouet en contact avec le sien alors qu'il s'asseyait à mes côtés. Je me reculais brusquement et le fusillais du regard alors qu'il ne faisait tout à coup aucune attention à moi.
« Bella ! Ca fait plaisir de te voir, sourit-t-il en se penchant pour l'embrasser sur le front. Comment va ma future filleule ? »
Un sourire amusé flotta sur les lèvres de Bella alors qu'elle me lançait un regard en biais.
« Nous n'avons pas encore décidé qui de toi ou de Jasper allait être le parrain. Tu sais que ta sœur m'engueulerait presque de ne pas attendre des jumeaux, s'amusa-t-elle.
_ Alice a toujours été gaga des gosses. Je suis sûr qu'elle tuera Jasper s'il ne lui fait pas deux ou trois triplés, répliqua-t-il en haussant des épaules. Mais je pourrai mieux gâter votre fille. Penses-y. Jasper n'est qu'un pauvre prof de lycée…
_ Alors que tu n'es qu'un pauvre joueur de base-ball qui sera oublié dans quelques années. » Ne pus-je m'empêcher de répliquer.
Il se tourna lentement vers moi, et son regard gris me toisa avec attention.
Son parfum flottait autour de moi, m'engloutissant dans son espace vital et son corps, à quelques centimètres de moi, avait quelque chose d'horriblement attractif. Il me regarda un instant, son regard brillant balayant mes traits avec une intensité qui me mettait mal à l'aise, me faisant presque haleter.
Je reculai instinctivement, sentant ce picotement nerveux au creux de mon estomac, sentant mon corps s'amollir, un besoin que je refusais de nommer m'envahir.
« Ce sera comme d'habitude, Emmett ? »
La voix de Leah m'arracha du lien qui se tissait entre nous.
Je lançai un regard à Bella et son insupportable petit sourire puis reportai mon attention sur mon assiette qui était en train de refroidir.
« Ce n'est pas bon ? »
Je me forçai à ne pas le regarder une nouvelle fois et esquissai un sourire crispé que je voulais rassurant à l'adresse de Leah.
« Si, mais… Je vais être en retard pour l'ouverture du magasin, marmonnai-je.
_ On est Mercredi. C'est Mike qui la fait aujourd'hui. » Répliqua Bella.
Je lui lançai un regard polaire, repris ma fourchette et commençai à manger en silence. Génial. Même l'une de mes meilleures amies était liguée contre moi.
« Ce sera comme d'habitude, oui. Si tu t'en souviens, répliqua Mc Carty en s'adossant à la banquette, frôlant mon bras du sien.
_ Œufs brouillés, bacon et saucisse, petits pains beurrés et café serré. Enuméra-t-elle. Y a pas beaucoup de types dans les parages qui ont l'appétit d'ours des Mc Carty, crois-moi… Je t'apporte ton cookie de suite, Bella.
_ Quoi ? » Demanda cette dernière.
J'avalai une bouchée d'œufs et relevai légèrement la tête pour voir Mc Carty la regarder en fronçant légèrement les sourcils.
« Tu en as mangé combien, ce matin ? lui demanda-t-il.
_ Non, mais je rêve ! Tu surveilles ma nourriture, maintenant ? Toi ? s'amusa-t-elle.
_ Je tiens à la santé du fœtus qui grandit en toi, figure-toi. Je n'ai pas trop envie qu'elle devienne accro à tes cochonneries.
_ A t'entendre parler, on dirait Edward…
_ Il a parfaitement raison.
_ Et mon père. Je ne te pensais pas avoir une telle fibre paternelle.
_ J'ai toujours voulu des enfants.
_ Un point commun que tu as avec Rose. »
Je faillis m'étrangler avec ma bouchée et bus une gorgée du café encore brûlant. Je me retins de ne pas grimacer à cause de son amertume et me fustigeai de l'avoir commandé sans crème.
Le regard de Mc Carty revint à moi, hérissant les poils de ma nuque.
Il bougea légèrement son bras de sorte qu'il soit un peu plus collé à moi. Je tentai de m'en détacher, quitte à me mettre contre la vitre mais son léger rire moqueur me fit rester en place. Il étendit ses jambes, entrechoquant son genou contre le mien, ranimant cette crampe nerveuse dans mon estomac. Sentant que je ne bougeai pas d'un pouce, il tenta l'audace plus loin en se rapprochant imperceptiblement de moi, en tendant son bras pour attraper la carte du menu.
Dans un bruit sourd, je laissai tomber ma fourchette, les sens en alerte.
Puis il reprit sa place initiale me lançant un regard désinvolte.
« Je ne sais pas si c'est un compliment que tu viens de me faire là, Bells. » Répliqua-t-il en observant la carte.
Leah arriva avec le maxi cookie de Bella et l'assiette de Mc Carty. Elle s'assit en face de lui après avoir ramené son café et posa ses coudes sur la table, le menton dessus en l'observant.
« Donc je veux tout savoir. Pourquoi es-tu là alors que la saison bat son plein ? Je n'ai pas entendu dire que tu étais blessé et le week-end dernier, vous avez remporté la victoire grâce à toi. » Lui dit-elle.
Il commença à manger de bon appétit, un léger sourire flottant sur ses lèvres, son regard gris naviguant sur nous trois avant de se replonger dans le vide.
Je me raidis, attendant malgré moi sa réponse. Aurait-il le cran d'avouer ce qu'il m'avait dit la veille ?
« Pour assister au mariage de l'année, voyons, répondit-il avec nonchalance. La plus belle femme de la côte Ouest et le plus grand imbécile du pays qui s'unissent, c'est un évènement à ne pas manquer, tu ne trouves pas ?
_ Je t'interdis d'insulter Mike. » Sifflai-je en repoussant mon assiette, mon regard braqué sur lui.
Il releva négligemment les yeux et l'air autour de nous crépita aussitôt.
Il affichait un détachement qu'il était loin de ressentir, je le voyais à la lueur dans ses yeux, au muscle tressautant de sa mâchoire. Je me sentis happée dans ses iris gris. Me perdre. Me noyer.
Il passa le bout de sa langue à la commissure de ses lèvres pour récupérer de minuscules bouts d'œuf, me faisant tressaillir et contempler un instant de faiblesse sa bouche. Juste un instant… qu'il ne manqua pas au vu de la lueur brillante qui irradiait de ses yeux.
Je me détournai tout à coup, mon cœur s'emballant un peu trop vite à mon goût, les joues légèrement rouges. Encore un effet que seul lui avait le pouvoir de déclencher en moi.
Il est amoureux de toi.
Amertume, mépris, réveillez-vous...
« Je ne l'insulte pas. Je suis juste réaliste, dit-il.
_ T'as jamais pu le voir.
_ Il a toujours lorgné sur toi. »
Comme si cette réponse suffisait, un nouveau silence s'installa.
« Finalement, on en discutera plus tard. J'ai… des clients qui me réclament. » Fit Leah en se levant.
Je regardai Bella de biais qui nous observait, impassible, la main sur son ventre, croquant avec délice son deuxième maxi cookie.
Ce n'était pas d'elle que j'allais recevoir une aide inespérée. Au contraire, elle allait le conforter dans son idée, persuadée qu'elle était que Mc Carty éprouvait plus que de la lubricité à mon égard. J'avais du mal à le croire.
J'avais juste envie qu'il s'en aille.
L'oublier.
Oui, l'oublier et… faire ma vie loin de lui.
« Nous faisons un repas ce week-end à la villa. J'aimerais beaucoup vous inviter. » Lança alors Bella.
Je ne pus m'empêcher de soupirer, sentant qu'elle venait de me tendre un nouveau traquenard.
« Aucun problème. Tu me diras ce que je dois apporter, lui répondit Mc Carty.
_ Evite de ramener Lauren. Tu sais bien qu'Edward a assez de mal avec elle.
_ C'est parce qu'elle l'a rembarré au lycée. Ca l'a blessé dans sa fierté. C'est pourtant une chic fille…
_ Qui vendra vos folles galipettes d'adolescents au premier journal à scandales venu, cinglai-je.
_ J'ai toujours aimé quand tu étais jalouse. » Sourit-il.
Mes muscles se tétanisèrent à ses mots alors que Bella chuchotait tout à coup :
« Emmett… N'en rajoute pas trop.
_ Pas trop de quoi ?... Elle a beau dire, je la connais par cœur. Je reconnais toutes les lueurs dans ses yeux. La façon dont elle tord sa bouche en une moue boudeuse. La façon dont ses mains tremblent quand elle est énervée, comme si elle se retenait de me trucider. C'est d'ailleurs ce qu'elle a envie de faire, en ce moment… N'est-ce pas, Rosalie ?... souffla-t-il en se penchant vers moi.
_ Je t'interdis… vibrai-je de colère refoulée.
_ … De t'appeler par ton prénom. Je sais. Excuse-moi de nous avoir toujours vus intimes.
_ Evite les insultes. Et pousse-toi… Excuse-moi mais tout le monde n'a pas ton salaire mirobolant et je dois aller bosser. »
Il m'observa un instant, alors que je prenais mon sac, comme s'il était indécis et finit par se reculer, brisant tout contact entre nous, me rendant un peu de l'oxygène qui commençait furieusement à me manquer.
« On s'appelle pour ce week-end, soufflai-je à Bella en me glissant jusqu'au bout de la banquette.
_ Entendu. » Répliqua-t-elle avec un léger sourire pas sûre d'elle.
J'allai au bar pour payer mon repas et sortis sous la pluie comme si le lieu était en flammes.
La colère bouillait toujours en moi alors que je me dirigeai à grands pas rageurs vers ma vieille Chevrolet. Mes membres tremblaient toujours autant. La crampe de mon estomac était toujours vivace.
Il fallait que je parte. Que je parte vite.
Le cœur battant, je farfouillai mon sac avec frénésie à la recherche de mes clés quand mon corps se figea et que mes sens se remirent en alerte.
Ma main se referma sur les clés que je venais de trouver et mon corps, d'instinct, se retourna, la pluie brouillant ma vue.
Il était en face de moi, à quelques centimètres à peine, l'eau ruisselant de ses cheveux déjà trempés le long de ses tempes, de son nez, s'accrochant à ses lèvres rouges. L'intensité de son regard me déstabilisa une nouvelle fois, me bouleversa.
Il est amoureux de toi.
Je n'arrivais pas à détacher mes yeux des siens. Je n'arrivais pas à m'arracher à cette langueur insoutenable qu'il refaisait naître en moi, qu'il rallumait même en étant juste là, immobile devant moi, les bras ballants.
Juste ses yeux qui me disaient…
Qui me disaient…
« Et moi, tu ne me dis pas au revoir ? »
Sa question avait à peine été soufflée et malgré la pluie qui tombait, je l'entendis comme s'il me l'avait murmurée à l'oreille. Mon corps se mit à trembler de froid et d'intensité.
Il n'avait pas le droit.
Il ne pouvait pas revenir et tout bouleverser.
Il ne pouvait pas revenir et faire renaître l'intensité – le désir… - plus forte encore que l'amertume et le mépris.
Il ne pouvait pas me regarder avec ses sentiments à vif.
Qu'il aille au Diable !
Sa veste le moulait de plus en plus à mesure que le temps passait, tant elle était trempée par la pluie. Il était trempé jusqu'aux os et il osait encore être beau à damner la Vierge.
Nous nous dévisageâmes un long moment sans que les mots ne puissent franchir mes lèvres.
Il suffisait que nous soyons seuls pour être totalement bouleversée et face à mes ressentis.
« Ne l'épouse pas, souffla-t-il.
_ Tais-toi, fis-je sur le même ton, mes larmes se mêlant soudain à la pluie.
_ Tu le regretteras…
_ Non.
_ Il n'est pas fait pour toi.
_ Si. »
Il s'approcha lentement et leva mon visage vers le sien.
Son regard était douloureux.
« Non. Et tu sais pourquoi ?... »
Mon cœur battait follement alors que tout disparaissait à part lui.
Je me revis une fois de plus ce soir chaud et humide de Juin. Sur le parking du lycée pour échapper à la chaleur étouffante qui régnait dans le gymnase. Nous étions dans la quasi même position sauf que je refermai mes doigts sur la fleur que je portai auparavant au poignet.
Son regard gris.
Ma peau qui s'enflammait à mesure que ses doigts me survolaient.
Mon incapacité à faire le moindre mouvement.
Et la course effrénée de mon cœur.
Ses yeux se baissèrent sur mes lèvres et je sentis quelque chose en moi baisser ma garde. Sa paume épousa la courbe de ma joue. Ses doigts puissants caressèrent le bas de mon visage.
Il releva un instant son regard vers le mien, me bouleversant de désir et d'envie.
Puis, il s'approcha. Lentement.
Je ne pensais plus à rien.
Ni à mon prochain mariage.
Ni à cette vie que je me construisais et dont je ne voulais pas.
Et la vérité s'imposa à moi : je le voulais. Une dernière fois. C'était à cause de ça que j'avais pleuré la veille. A cause de ça que je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. Mon corps était secoué d'un désir si violent qu'une seule nuit dans ses bras ne lui avait pas suffit.
Ses lèvres effleurèrent les miennes. Incroyablement douces. Incroyablement chaudes. Incroyablement tentatrices.
Mon souffle se bloqua dans ma gorge et mes mains se refermèrent convulsivement sur mon sac et mes clés de voiture.
Surtout, ne pas le toucher. Ne pas vouloir plus de contact.
Sa main droite longea mon cou et crocheta ma nuque, me rapprochant de lui alors que ses lèvres appuyaient un peu plus sur les miennes.
Ma bouche s'entrouvrit, docile, et sa langue longea ma lèvre inférieure, déclenchant un long frisson le long de mon échine, déchaînant le désir qui couvait dans mes veines.
Il me rapprocha encore un peu plus de lui, intensifiant la pression de sa bouche sur la mienne.
Ce fut quand je sentis mes yeux se fermer et l'envie irrésistible de le toucher que je le repoussai, me forçant à rester hermétique malgré mon rythme cardiaque affolé. Puis sans un mot, sans un regard de plus, je montai dans ma voiture et démarrai, le laissant seul, sous la pluie alors que la réplique de Bella revenait une fois de plus me tourmenter et que mon cœur était sur le point d'exploser…
Il est amoureux de toi.
