Chap 2 : Ulette - Un destin

L'orage faisait rage dehors. La lumière vacillante des flammes de l'âtre donnait un aspect inquiétant sur les pages du vieux manuscrit. Je lus le titre, et tournai la page. L'orage, la maison de berger et son odeur de poussière disparurent…

Que la déesse Ulette qui eut un si cruel destin, me donne le courage et la force de finir ce manuscrit. Ma vie s'enfuit peu à peu. Et avant que la grande faucheuse ne me précise notre rendez-vous inéluctable, je mets toute mon énergie dans l'accomplissement de cette tâche. Toi qui t'apprêtes à lire ces écrits, sache qu'en contrepartie, tu en deviendras le gardien. L'aventure est extraordinaire, mais non sans danger. Sauras-tu résister et ne pas te perdre toi-même dans mon monde? Seuls les plus aguerris en leur âme et leur cœur peuvent couver l'espoir d'en ressortir indemne. L'un des dangers, et non des moindres, est de contracter la geek, maladie malheureusement incurable ou presque.

La lumière est faible dans cette taverne. Le patron du Chat Brulé, où je me suis réfugiée du froid mortel de ce Novamaire, me connait bien et m'a concédé une chandelle afin que je puisse écrire à mon aise. Après tout, il peut bien faire ce geste, j'ai toujours été bonne cliente, payant kamas sur l'ongle, ce qui devient rare. Dehors, il fait sombre. Même au cœur de la journée, on a toujours l'impression qu'il fait nuit à Brakmar. Est-ce un sortilège, une particularité climatique ou tout simplement le goût pour les couleurs sombres de ses habitants ? Je ne l'ai jamais su. Cette ville est la citée privilégiée des démons, leur fief. Le penchant des habitants pour le combat se ressent dans l'atmosphère de cet endroit. Un peu comme si le quartier des abattoirs s'étendait sur l'ensemble de la bourgade. Il n'est pas rare non plus de croiser des aventuriers neutres, en quêtes de bonnes affaires. Contraste avec Bonta, la ville des Anges, lumineuse, bien ordonnée et souvent plus onéreuse.

Ami lecteur, permets moi de me présenter. Je suis née sur l'ile flottante d'Incarnam, le neuvième jour de Javian, de l'an de grâce 639 et reçus en baptême le nom de Silver-Angel. Que fait maintenant l'Ange d'Argent dans une taverne Brakmarienne ? Tu le sauras si tu poursuis ta lecture. Très jeune, je montrai des qualités pour la discipline de l'archerie. Beaucoup se souviennent qu'il était déconseillé de se trouver entre moi et ma cible. J'ai deux sœurs. La benjamine, Silver-Mystic qui deviendra une Eniripsa hors pair pour la qualité des soins qu'elle promulguait. Entre nous deux, le courant n'est jamais bien passé. Je n'ai jamais supporté ce moustique arrogant qui m'arrive au nombril. Cependant, dans les batailles nous savions mettre nos querelles de côté et nous entendre. La cadette se nommait Silver-Sacrifice, la stupide tradition familiale ne nous fit pas échapper au préfixe de la famille « Silver ». Enfin, nous n'étions pas les seules à nous balader avec ces particules idiotes. Il y avait bien pire que « Silver »... « Sacrie », ma deuxième sœur, dont le nom la prédestinait à ce rôle avant même sa naissance, deviendra une combattante de contact redoutable grâce à une magie de sacrifice un tantinet salissante.

Notre monde Ulette était alors jeune, plein de promesses d'avenir et de conquêtes. De nombreux aventuriers se lançaient à la découverte de ce nouveau monde. L'ardeur et la passion étaient au rendez-vous, les abandons aussi. Comme tous, nous faisions nos armes sur des combats modestes qui toutefois pouvaient vite tourner au carnage si nous manquions d'attention.

Quelque part dans l'enceinte de Teinéla :

Angel : Hey ! Le moustique ! Tu comptes nous sortir tes soins pour l'apéro ?

Mystic : Arrête de beugler pour une égratignure, l'asperge !

Angel : Wé c'est ça ! Attends que je sois à moitié morte comme d'habitude ! Soigne au lieu de taper !

Mystic : Ho ! Hé ! Je ne suis pas ta bonne !

Angel : Moucheron !

Mystic : Coton tige anorexique !

Angel : Mouche à m…

Sacrie : Ho ! C'est pas fini vous deux ! Aidez-moi plutôt ! Ce qu'il put ce bouftou !

Angel : Recul un peu, t'es dans ma ligne de vue.

Sacrie : Ah ! Enfin il est mort. Regarde un peu ces cuisses ! Cela fera de bon gigot.

Angel : oui on va garder la laine et le cuir pour le métier de Mystic et on vendra le reste.

Mystic : Ah ! Mon sac est plein. Je dois vider tout ça dans le coffre.

Angel : Ok on rentre les filles. Euh… Sacrie reste loin de moi !

Sacrie : Bah pourquoi ?

Mystic : Ben t'as une armée de tique qui zonzonne autour de toi…

Sacrie : Hey ! Pas ma faute ! Il faut bien l'empoigner la bête si je veux l'égorger. Ça grouille de tique dans sa laine.

Angel : Pour ça que j'aime bien me battre avec un arc. C'est hygiénique ! Pas d'éclaboussures, on reste propre.

Sacrie : Mouai… De toute façon vous êtes fringuées comme pour aller à la plage ! Vous feriez mieux de vous mettre en pantalon comme moi.

Mystic : Et n'avoir aucun style ! Tss ! Certainement Pas. D'ailleurs, pourquoi, on n'irait pas à la plage de la Merdasse après ? Il fait soleil. Cela doit être agréable par ce temps.

Angel : Sans moi, c'est surpeuplé d'imbéciles, ça pue la marée et les ressources sont invendables.

Mystic : Arrête de penser rentabilité 5 minutes !

Angel : Si tu veux ta cape dorée de frimeuse, il faut bien.

Mystic : Hey ! Tu ne te plaindras pas des soins !

Angel : Euh ! T'as pas oublié de soigner là ? Heureusement que je suis Alchimiste. On est jamais aussi bien servies que par soit même !

Mystic : *Boude*

Sacrie : … se gratte… Foutus tiques…

Angel : Demain on ira dans la forêt des abraknydes, ça sera plus rentable qu'ici.

Sacrie : On gère tu crois ?

Angel : Oui, si le moucheron se sort sa baguette du…

Mystic : Gnagnagna…

A cette époque, nous habitions la bourgade d'Astrub. Cette cité était très animée et surtout très bruyante. Il y avait plein de vendeurs à la criée. A ce demander si on ne les égorgeait pas pour certains. Et ce n'était pas l'envie qui me manquait ! Pendant, nos moments de pause, Mystic allait taquiner le poisson dans le petit lac au centre de la ville, je m'occupais à cueillir des plantes ou faucher des céréales pour fabriquer des potions ou du pain, bien utiles quand Mystic avait des coups de faiblesses en soin... Sacrie, quant à elle, allait se disputer les maigres arbres qui bordaient la ville avec une armée de bucheron. Il fallait être rapide, s'il on voulait espérer récolter quelque chose. Avant d'aller me coucher, j'allais m'acquitter de la taxe, qui nous donnerait le droit de nous écarter de la cité. C'était un vrai racket légal. Pas moyen de s'éloigner d'Astrub sans payer !

Le lendemain, à l'orée de la foret des Abraknydes :

Angel : Bon tout le monde est équipé ?

Sacrie : Ouep ! On prend les trois-là, vers l'arbre ?

Angel : On test lui tout seul, non ?

Sacrie : Ben go !

Cinq minutes plus tard :

Angel : Hum, une écorce, un bourgeon, une racine. Ça nous fera dans les 250 k, hum donc 1000 k en 20 min si on les prend par un, ou 1000 k les 10 minutes si on les chope par 4, hum non on les gère pas, donc …

Sacrie : Donc zéro k la minute, si tu n'arrêtes pas de spéculer !

Mystic : Mouarf !

Angel : Tss… On chope les trois près de l'arbre, aller hop hop !

Difficile à ce moment-là, de s'imaginer que ces bébêtes-là nous paraitraient bien faiblardes, par rapport aux véritables monstres que l'on rencontrera après bien des péripéties.

Avec mes sœurs nous avions pris nos habitudes dans les plaines de Cania, vaste territoire au sud de Bonta. Bien pratique pour nos affaires de commerces, car nous avions rejoints alors l'alignement des anges, plus par facilité, que par réelle conviction. A cette époque, le monde économique était tenu par les Anges. Les Démons devaient s'infiltrer en taupe, s'ils voulaient espérer vendre ou bien acheter quoique ce soit de valable. Nous nous étions spécialisées dans plusieurs métiers. J'avais pris les travaux de cueillettes et devint ainsi Maitre paysan, boulanger et surtout Maitre alchimiste, bien pratique pour avoir facilement toute sorte de potions très utiles. Mystic se mit à la pêche. Comment ce moustique agaçant arriva à passer maitre dans ce domaine, relève du mystère. Elle prit ensuite des cours de coutures sur cuir et devint une cordonnière renommée. Aujourd'hui, beaucoup de monde lui montre des chausses ou des ceintures qui portent sa signature. Je dois reconnaitre, que lorsqu'elle s'en donne la peine, elle est capable de faire des merveilles. Enfin, il faut surtout avoir la chance d'avoir une tête qui lui revienne… Plus tard, elle complètera ses connaissances par l'art du sculptage de baguettes. Ma cadette quant à elle, s'était tournée vers des métiers plus physiques comme le bucheronnage ou la chasse. Tout ceci, nous permettant de vivre relativement confortablement.

Après plusieurs essais malheureux, nous avions enfin trouvé une guilde à laquelle nous affilier. Les "Joyeux Loufokes" était un rassemblement de compagnons qui ne se prenaient pas trop au sérieux, mais qui étaient solidaires et toujours de bonne humeur. Les recrutements étaient très rares et fait au feeling. Pas de règlement en trois volumes comme dans les grandes guildes qui émergeaient petit à petit. Le crédo de cette petite confrérie : discrétion et éviter les conflits. Aujourd'hui la guilde reste encore inconnue, même s'il elle fait partie des plus anciennes d'Ulette. Ceci me permit de me lancer dans l'élevage des Dragodindes, sorte de gallinacées ou "dindonus stupidicus" qui ont la particularité de donner des pouvoirs à ceux qui les chevauchent et souvent de mordre le postérieur des passants imprudents. Je me lançais donc dans les croisements de ces animaux franchement pas dociles. Des années plus tard, j'étais à la tête d'un cheptel imposant et de qualité.

Comme souvent, un matin nous partîmes combattre dans la plaine de Cania, près des montagnes du même nom. On y trouvait de grandes bêtes féroces dont la peau était dure comme de la pierre : des craqueleurs de la sous espèce des plaines "Craquelus plainicus". Ils étaient souvent accompagnés de petites bestioles très colorées qui ressemblaient à des flans de gelée : Les blops. - Quel que soit l'univers fantastique que l'on traverse, il y a toujours un truc gluant qui y traine ! - Assez inoffensives, les blops avaient pourtant le don de gêner les combats. Nous étions bien rodées, avec mes sœurs et enchainions les combats, gagnant en efficacité. Alors que nous nous reposions entre deux combats, une alarme retentit sur nos cadrans : un des percepteurs de la guilde était en proie à une attaque ! Je partis l'aider à se défendre. L'attaquant était un Ecaflip du nom de Sephiroth-Deiceved. L'histoire ne devait pas s'arrêter à une simple attaque de percepteur…