Chapitre 10 - Impuissance... toujours
J'ai appris qu'une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie.
A. Malraux
Sephiroth sentait la lame froide qui lui mordait la gorge. Ses pensées défilaient à toute vitesse, cherchant une solution. Angel ! Il devait sauver Angel ! Mais comment ? Ses mouvements étaient réduits à néant par la double menace qui pesait sur lui et son amie. Il voyait le regard paniqué d'Angel. Sa propre impuissance à pouvoir la soustraire à ce danger le rendait fou. Une haine féroce montait dans son cœur. Ce type avait l'avantage et paradait devant lui. Il ferait moins le malin dans un combat singulier à la loyale se dit-il.
Puis brutalement, cet immonde Crâ osa caresser la joue d'Angel. Ce fut de trop, Sephiroth se releva pour lui demander de la relâcher. Il stoppa son geste quand un choc le mis à terre. Des flashs de lumière dans les yeux et une douleur sourde à la tête le paralysa un instant. Un des types qui le surveillaient, l'avait frappé sans préavis. Quelle bande de lâches pensa Sephiroth. Un regard vers Sylis lui appris que son compagnon n'était pas en meilleure posture pour intervenir. Son bourreau prenant un malin plaisir à faire glisser la lame de sa hache contre ses os. Comment se sortir de là ? Déjà, il échafaudait des plans. Il se voyait suivre cette troupe de démons discrètement avec Sylis et Sacrie, attendant le renfort de la guilde. Oui, il leur ferait payer cher. Cependant, tout s'écroula quand le Crâ ordonna de les ligoter à un arbre. C'était lâche et d'une barbarie pitoyable, quand on connaissait l'hostilité de ce coin de terre. Certes ils avaient combattu toute la matinée sans difficulté, mais ils étaient libres de leurs mouvements avec une arme à la main. Il était clair que ligotés à un arbre, la meute qui observait la scène prudemment tapis dans les fourrés, n'aurait de cesse que de venger leurs semblables dont les carcasses commençaient à moisir au soleil.
Un Sram attrapa Angel comme un vulgaire paquet pour l'assoir sur une monture. A ce moment-là Angel fit une chose bizarre. Elle ordonna à sa propre dragodinde de se mettre au service de Sephiroth. Celui-ci trouva cela ridicule dans une situation pareille. Quelle importance qu'ils emmènent cette monture ! Ce que la Cräe pouvait se montrer vénale parfois. La troupe se mis en chemin, quand Angel passa devant eux, Sephiroth lui cria :
- On va te sortir de là ! Promis.
- Mystic ! Sacrie ! Dis Angel d'une toute petite voix.
Paroles futiles ! Rien n'allait. Les monstres allaient se jeter sur eux dès que le soleil se coucherait, et Angel… Quel sort lui réservait cet ignoble Crâ ? Sephiroth n'osait pas attarder ses pensées la dessus. Lui et Sylis regardèrent les cavaliers s'éloigner. Avant qu'ils ne disparaissent Mystic ne put retenir un hurlement : Angel ! Cria-t-elle à s'arracher la gorge. Était-ce la dernière fois qu'elles se voyaient ?
Aux plus chaudes heures de la journée, l'air se faisait lourd, empli des bourdonnements des insectes attirés par le charnier dans la clairière. La monture d'Angel paissait non loin de là, nullement gênée par le tumulte des mouches et autres insectes charognards. Et surtout, ignorant tout du drame qui se jouait. Sephiroth et Sylis se tortillaient en vain, essayant de desserrer leurs liens.
- Tu y arrives ? Demanda Sephiroth.
- Rien ! Ça ne bouge pas d'un poil ! Maugréa Sylis.
- Faut que l'on se détache avant qu'ils ne se décident à bouger. Répliqua Sephiroth désignant l'orée de la clairière d'un coup de menton.
- Angel nous aurait laissé un chienchien, on aurait pu lui demander de mordre nos liens. Dit Sylis en regardant la dragodinde. Pourquoi nous a elle laissé cet animal stupide ?
- Angel… Soupira Sephiroth, mort d'inquiétude et d'angoisse.
Angel avait toujours une armée de familiers affamés qui la suivait lui donnant plus de contraintes que de bénéfices. Un vrai zoo cette fille. Une heure passa, sans que rien ne bouge, hormis le ballet des mouches sur les carcasses qui jonchaient le sol. Sephiroth avait réussi à desserrer un peu ses liens. Mais juste de quoi permettre à son sang de circuler à nouveau normalement. Il avait les poignets entaillés à force de se débattre. Une branche craqua à quelques dizaines de mètres de leur position sous le poids d'un fauve qui se décidait enfin de bouger. Celui-ci surpris bondit rapidement se remettre à l'abri dans les fourrés.
- Ils ne vont plus tarder, ils attendent que le jour diminue. Souffla Sylis.
Mystic sanglotait, tandis que Sacrie comme insensible à la douleur, s'arrachait la peau en essayant de se dégager des liens de corde. Sephiroth avait beau tourner le problème dans tous les sens, il ne voyait pas d'issue. Et commençait à se résigner. Son esprit se baladait dans ses souvenirs, se remémorant les moments passés tous ensemble. Le début de leur équipe, les nombreuses choses faites ensemble, les journées passées uniquement à parler, d'autres à se disputer. Jusqu'à aujourd'hui, ce jour maudit. Il s'en voulait d'avoir trainé ses amis ici. Le drop était pour lui. Il avait risqué la vie de ses amis pour son propre besoin.
- C'est ma faute ! On n'aurait jamais dû venir ici ! Murmura-t-il.
- Ne dis pas n'importe quoi ! On a fait pire pour mes propres besoins ou ceux d'Angel. Ne te reproche rien. On n'a pas eu de chance de tomber sur eux, c'est tout. Le raisonna Sylis.
- Merci de ne pas m'accabler. Mais quand j'ai vu Angel passer, la peur dans les yeux, dire qu'elle a pensé à nous laisser sa monture… Mais oui ! Se dit soudainement Sephiroth.
- Quoi ? Répliqua Sylis.
- La monture ! Tu parlais de chienchien, mais c'est ça. Elle va ronger nos liens.
- C'est un herbivore, elle n'obéira pas.
- Tu as autre chose à proposer ? S'énerva Sephiroth.
Pendant l'heure qui suivit Sephiroth appela la monture patiemment tout en guettant le côté opposé de la clairière. Angel avait un élevage de dragodinde et savait bien les gérer. Mais même bien dressée, elle mit du temps avant d'accepter de s'approcher de Sephiroth devenu officiellement son maître. Tandis qu'il lui parlait d'une voix douce, elle lui poussa la tête d'un signe d'affection, - manquant de lui briser le cou par la même occasion -. Ces animaux peuvent être très affectueux, mais ils sont aussi très résistant et ont une grande force. Ils peuvent porter un cavalier sur de grandes distances sans monter signes de fatigue. Par contre, quand ils avaient épuisé leur réserve d'énergie, ils s'arrêtaient brutalement comme si on appuyait sur un bouton « arrêt ». Singulière bestioles…
- Aller ma belle, regarde mes mains. Dit- Sephiroth en agitant les doigts.
Déjà, des grondements commençaient à se faire entendre. Les monstres s'impatientaient. Il était certain qu'ils attendaient la faveur de la nuit pour lancer une attaque. Cela ne tarderait pas. Ils se méfiaient de ces guerriers qui les avaient tenus en échec toute la matinée. Leur temps était compté.
- Aller ! cria Sylis.
- Tais toi tu l'effrayes. Maugréa Sephiroth.
- …
La tension était palpable. La dragodinde montrait des signes d'inquiétude, regardant souvent en direction de la forêt menaçante. Elle avait enfin flairé le danger. Son regard passait des mains
- S'il te plait … murmura Sephiroth.
On ne sut jamais comment la monture compris, mais subitement elle se jeta sur les mains de Sephiroth. Et sans détail, lacéra chaires et liens en même temps. Trois coups de becs puissants suffi à libérer l'Ecaflip. Aussitôt libre, celui-ci se jeta au cou de la monture en la serrant très fort.
- Plus tard les mamours Chaton ! Fit remarquer Sylis en usant du surnom qu'Angel donnait à Sephiroth.
L'Ecaflip libéra ses amis aussi vite qu'il put, usant de ses griffes. Enfin libres, tous firent quelques mouvements pour désankyloser leur corps, tout en surveillant le coin de la clairière qui s'assombrissait de plus en plus avec le soleil couchant. Là où s'était rassemblée la horde hostile. Personne ne fut sensible à la beauté des couleurs de cette nuit qui arrivait. Ils étaient en terrain hostile et totalement désarmés.
- On doit se mettre hors de leur porté. Dis Sylis.
- Oui, là-bas ! Cria Sephiroth, désignant un arbre assez grand plus loin derrière eux.
- Vite ! Cria Mystic qui avait auparavant soigné les poignets de ses amis.
Leur fuite vers l'arbre déclencha comme un signal sur la horde, qui s'élança à leur poursuite. Tous crocs dehors, cette armée féroce se rua sur les fugitifs, impatiente de planter leurs crocs dans cette chaire fraiche qu'ils sentaient depuis trop longtemps, de démembrer leur corps. Une mâchoire claqua à peine à cinq centimètres du pied de Sephiroth, alors que celui-ci s'élançait dans l'arbre. Les quatre compagnons montèrent le plus haut possible. Certaines des créatures avaient réussi à atteindre les branches les plus basses, mais ne pouvait aller plus loin. La nuit s'annonçait longue et angoissante. Ils se fabriquèrent des lances de fortune avec des branches, afin de tenir à distance les fauves les plus agiles.
La nuit fut effectivement longue. Le matin les trouva totalement rompus de fatigue. Au pied de l'arbre, ils distinguaient les créatures. Celles-ci, moins nombreuses que la veille, semblaient dormir, le museau entre leurs pattes. Sans faire le moindre bruit, les réfugiés scrutèrent les environs à la recherche du reste de la meute. Avaient-ils laissé tomber ? Las d'attendre ces proies qui refusaient de se laisser approcher ? C'était à le souhaiter, car s'ils arrivaient à prendre les bêtes qui restaient là dessous par surprise, ils avaient une chance de s'en sortir. Ils commencèrent donc une lente descente afin de ne faire aucun bruit. Sephiroth avait l'impression que son cœur était plus bruyant que le tonnerre, tellement il était à cran. Des mouches se baladaient sur le pelage des créatures qui ne bougeaient pas d'un poil. Sommeil profond ou seulement feinte attendant que la proie sorte de sa cachette ? De nature Ecaflip, Sephiroth connaissait bien cette technique. Quand un chasseur ferme les yeux, c'est qu'il se sert de ses autres sens pour détecter ses proies. Après la vue, restaient principalement l'ouïe et l'odorat. Pour une fois, la chance leur souriait, ils étaient sous le vent, restait donc l'ouïe. Sephiroth guettait le moindre mouvement des oreilles de leurs adversaires. Enfin, ils furent à portée d'attaque. Sacrie, Sylis et Sephiroth se concertèrent du regard. Sephiroth désigna 2 cibles plus près de Sylis. Il en restait quatre qu'il se partagerait avec Sacrie, Mystic restant en arrière pour assurer les indispensables soins. Pour espérer gagner, ils devaient en tuer au moins la moitié en un coup et ensuite résister au reste des monstres une fois réveillés. Silencieusement Sylis décompta cinq avec ses doigts pour donner le signal de l'attaque. Ils devaient être parfaitement synchronisés. Heureusement mis à part leurs armes, ils avaient encore le reste de leurs équipements. Simple oubli des démons ou leur chef était-il pressé de disparaitre avec Angel ? Un fait qui avait intrigué Sylis, est que les démons avaient soigneusement masqué le blason de leur guilde. Aucun nom n'avait été prononcé. Ils avaient agi de façon anonyme. Cela pouvait signifier qu'ils faisaient partie d'une guilde officielle ayant pignon sur rue. Il sera difficile de retrouver leur trace, en ayant que leur apparence comme signalement.
Ils se laissèrent tomber au sol, lances pointées en avant. Connaissant parfaitement leurs points faibles et leurs réactions, ils réussirent donc à éliminer la moitié des bêtes en un coup. Et finirent ensuite le reste du combat, se protégeant mutuellement. Seule une grande habitude de combattre ensemble, leur permit de vaincre le reste des monstres car leurs lances de fortunes étaient bien peu de choses face aux crocs de ces bêtes féroces. Quand le dernier tomba raide mort, ils scrutèrent les environs, s'attendant à en voir d'autres surgir des fourrés. Laissant les secondes s'égrener dans une attente tendue. Quand enfin ils furent certains de bénéficier d'un moment de répits, Sephiroth appela la dragodinde, prit Mystic en croupe. Il souhaitait suivre rapidement la direction où la troupe de démons avait disparu pour suivre la piste avant qu'elle ne s'efface. Sylis et Sacrie suivraient avec un temps de retard.
Sylis aurait bien protesté, qu'ils devaient avant tout récupérer des armes et un moyen de locomotion pour chacun, mais il savait que son ami ne l'écouterait pas. Celui-ci se sentant responsable de la situation, alors que c'était un pur concours de circonstance. Tout en comprenant son impatience. Il pria néanmoins, qu'ils croisent un village ami ou du moins de faction neutre. Au bout de quinze minutes, Sephiroth hurla de rage. La piste les menait sur un carrefour visiblement très fréquenté, d'où partaient autant d'empreintes qu'il y avait de voyageurs et de directions. L'Ecaflip scruta soigneusement chaque chemin, cherchant des indices. Mais tous se brouillaient inexorablement dans la poussière.
- Seph', vient on rentre. Dit Mystic la mine déconfite, le visage maculé de poussière et de traces de larmes.
- Non il faut retrouver Angel avant. Hurla Sephiroth.
- Soit raisonnable ! Ils ont un jour d'avance, ils peuvent être n'importe où ! Plaida-t-elle. Puis nous ne sommes pas en état de la récupérer même si on tombait dessus par le pur des hasards.
Dépité, Sephiroth remonta sur la dragodinde rejoindre Sacrie et Sylis qui apparaissaient au loin. Le seul univers où il se sentait bien, son équipe, sa team… ses amis, venait de s'écrouler, saleté de vie pensait-il. En cette fin de matinée, ils se dirigèrent vers Bonta, Capitale des anges, là où se trouvait la maison de leur guilde. Le retour se fit dans un silence morose. Mystic avait pris les rênes de la monture. Sephiroth dans son dos regardait ses poignets. Ils étaient méchamment entaillés par de larges cicatrices, cadeau de délivrance de la part la monture d'Angel. Mais au lieu de recouvrir ses plaies à peine cicatrisées grâce aux soins de Mystic, il appuya dessus ravivant la douleur. Se punissait-il ainsi son échec à sauver Angel ? Il se concentrait sur la douleur provoquée, la maitrisait en appuyant plus ou moins fort, jusqu'à l'intolérable. Qu'avait-elle subit par sa faute, se demandait-il. Il imaginait le pire. Il était bon de couvrir son désarroi et sa peine avec cette douleur. Il n'avait plus en tête que la pensée de ce feu, lui brûlant les poignets. Tout le reste était masqué, enfoui dans un repli de sa mémoire. Le monde se résumait à ces plaies et cette douleur physique qui effaçait celle de l'âme, plus profonde. Plus rien à prouver, à sauver ou à construire, juste cette souffrance à sentir et aimer pour son amnésie bienfaitrice. Alors que Sylis se retournait pour lui dire quelque chose, il surprit son ami dans ses mortifications.
- Arrête ça ! C'est stupide ! Cria-t-il.
- Fout moi la paix ! Tu ne sais rien ! Cracha Sephiroth.
- Ça ne la ramènera pas ! Garde tes forces, on va en avoir besoin, bordel !
- Je ne sais pas quoi faire… Murmura Sephiroth dans un souffle, appuyant la tête sur le dos de Mystic. Celle-ci d'habitude volubile était quasi muette depuis la veille.
- Moi non plus, mais on a des amis, une guilde. On la retrouvera. Ça va aller ! Mais faut que tu y croies !
- …
- L'autodestruction c'est pour les faibles ! Reprit Sylis, espérant ainsi faire réagir son ami.
Au premier village non hostile qu'ils croisèrent, Sylis prévint la guilde du drame qui s'était déroulé la veille, donnant à Figue, la meneuse de la guilde, un maximum d'informations sur leurs attaquants. Figue lui assura, qu'elle mettait tout en œuvre pour identifier les kidnappeurs. Leur arrivée était attendue. L'ambiance était grave dans la maison de guilde. Mandarine une Eniripsa les attendait pour soigner leurs blessures. Mystic était dans un état de choc. Alors qu'elle passait son temps à se disputer avec Angel, l'enlèvement de sa sœur l'avait anéantie. Sacrie avait toujours le même air taciturne que d'habitude. Mais ceux qui la connaissait bien pouvait deviner la rage contenue à ses mâchoires serrées. Sephiroth ne se laissa pas faire facilement. Il refusait de se faire soigner et de sentir bien. Figue dut user de tout son pouvoir de persuasion pour qu'il se laisse faire.
- Légèrement bourricot ce garçon ! Marmonna Figue, une fois cela réglé.
Un conseil de guilde avait été réuni, complété de quelques membres de la guilde connus pour leur grand réseau d'information. Ce fut Sylis qui narra la sombre histoire, Sephiroth restant prostré dans un coin. Les deux sœurs Silver assises l'une à côté de l'autre, muettes. Figue avait eu le temps de faire une brève enquête, et avait trouvé le nom du Crä : Dark-Angel. Il était connu des anges de haut niveau. C'était un adepte des traques furtives et brutales contre des cibles précises, soit pour des commandes, soit pour ses besoins personnels. Il était surtout connu pour être imbattable et insaisissable. Ce qui eut le don d'énerver Sephiroth. Le problème était que ce démon était totalement imprévisible, sans d'adresse connue. Il apparaissait toujours à l'improviste, en masquant sa guilde d'appartenance. Une telle puissance ne s'acquérait pas avec fairplay et loyauté.
S'ils avaient identifié le chef des ravisseurs, ils n'avaient aucune information sur le lieu probable où elle pouvait être retenue.
- On a qu'à guetter une de ses agressions contre un ange, puis on le suit. Dit Apocalyspe, un Osamoda.
- Oui, mais il disparait toujours avec une potion de furtivité ! Impossible à suivre. Répliqua Figue.
- Et si on lançait un message dans le canal de recrutement ? Proposa un autre.
- Autant pisser dans un violon ! Siffla Sephiroth. Tout ça, c'est de ma faute ! Je n'ai pas sus gérer, je suis un bon à rien et Angel….
Paf ! La claque retenti sèchement. On pouvait entendre les mouches voler dans la pièce. Tout le monde était suspendu dans ses gestes. Figue avait encore la main en l'air, prête à assener un revers. Sephiroth la regardait estomaqué, la joue en feu.
- Un jour, vas-tu comprendre que personne ne te demande de tout gérer, de tout maitriser ! Angel a besoin de toi, comme toi d'elle, comme nous tous avons besoin les uns des autres ! Seul un dieu pourrait prétendre à cette omniscience et omniprésence que tu sembles t'imposer. Tu es seulement un être vivant comme nous tous, avec ses qualités et ses défauts. Arrête de te reprocher l'impossible. Accepte donc tes failles et laisse-nous le droit de t'apprécier tel que tu es et non pas tel que tu penses que tu dois être. C'est de l'idiotie total !
- …
Pendant que Figue sortait son discours à Sephiroth, nul n'osa respirer ou même seulement tousser. La meneuse des Fruits Exotiques se mettait rarement en colère. Elle parlait avec calme, cependant on sentait, en voyant ses phalanges blanchir, qu'une grande envie de secouer Sephiroth la tenaillait. Elle ne sut pas si le message avait été reçu, cependant sur les journées qui suivirent, on n'entendit plus l'Ecaflip se plaindre sur le fait qu'il n'arrivait pas à sauver le monde en claquant des doigts ou quelque chose y avoisinant. Une terrible attente, se mis en place. D'autant plus angoissante que depuis le rapt, Dark-Angel ne s'était plus manifesté pour des agressions. Il avait dut également replier son aura de démon, car il n'apparaissait plus sur les missions de traque des anges de haut niveau. Ce qui aurait permis de le localiser. Sacrie, Mystic, Sephiroth et Sylis passaient quasiment tout leur temps dans la région où Angel avait été enlevée. Espérant trouver un indice, ils questionnaient les gens qu'ils croisaient. Un jour Sylis proposa qu'ils fassent autre chose, comme aller droper pour leurs équipements afin de se changer les idées.
- Et tu laisses tomber Angel ? Cria Sephiroth.
- Non ! Je ne la laisse pas tomber, juste que l'on a ratissé cette zone tant de fois, qu'il faut bien te rendre à l'évidence qu'elle n'est pas ici. Répliqua Sylis.
- Je suis d'accord. Dit Sacrie.
- Mais !? Chuchota Mystic.
Les jours passèrent et devinrent des semaines. Personne n'avait eu des nouvelles d'Angel. Ainsi la vie repris son quotidien. Régulièrement Figue lançait un message en canal général pour tenter obtenir des informations. Mais cela ne donnait rien de probant. Sephiroth avait arrêté de parcourir le pays à la recherche de son amie. Par contre il s'était lancé à fond dans la chasse au démon. Il avait ainsi rapidement monté des grades. Il espérait secrètement tomber sur les hommes de mains qui l'avaient réduit à l'impuissance, ce jour funeste. Au fur et à mesure des duels, il commença à se faire une bonne réputation de "démon killer". Il renoua ainsi connaissance avec une ancienne amie, Ecaflip comme lui, du nom de Féline. Et quand il n'était pas en quête de démon, il partait souvent avec elle, combattre des monstres difficiles avec l'équipe de celle-ci. Sylis suivait, mais restait un peu en retrait de cette relation naissante. Comme son ami avait l'air d'aller mieux, il tut les remords qu'il avait d'être témoin de cette nouvelle amitié à moins que cela ne soit autre chose. Après tout, il n'était pas dans la tête de son ami. Cependant quand il voyait l'Ecaflip rire et s'amuser, il avait toujours une pensée pour Angel. Que devenait-elle ? Que subissait-elle ? Cependant il avait suffisamment reproché à Sephiroth de se morfondre, qu'il ne pouvait pas l'accabler maintenant qu'il semblait un peu heureux. Les sœurs d'Angel réagissaient à cela par une totale indifférence. Etait-elle réel ou simulée ? Sylis se doutait que leur manque de réaction face à l'équipe qui se dispersait petit à petit, était dû au fait qu'elles rendaient Sephiroth plus ou moins responsable du rapt d'Angel. Il était certain que Sacrie s'éloignait également de l'Ecaflip afin d'éviter d'être confrontée à une envie de meurtre, devant l'abandon apparent de celui-ci à rechercher activement Angel. Le Sram nuançait cette idée. Car il pensait que c'était juste une manière pour son ami pour ne pas devenir totalement fou. Ils étaient tous impuissants à retrouver Angel. Leur équipe, dont tout le monde enviait la synergie des amis qui la composait, se désagrégeait...
