Chapitre 12 - Espoir
Les souvenirs du bonheur passé
sont les rides de l'âme
X. de Maistre
Les jours passèrent ainsi. Je m'étais remise de mes blessures, et jouissait d'une relative autonomie. Je pouvais circuler librement dans la guilde et parcourir le village avec un homme de garde collé à mes chausses. Mais toute joie avait disparue de mon cœur. Je n'opposais aucune résistance, du moins pour l'instant. Préférant leur laisser penser que je me faisais à cette vie... En fait j'avais l'esprit qui tournait à fond. J'essayais d'analyser froidement ma situation. Difficile, quand on pense avoir perdu quatre personnes chères, mortes par la faute de ce saleté de démon. Celui-ci ne m'avait d'ailleurs pas touchée à mon plus grand soulagement. Depuis notre arrivée, il semblait faire preuve d'une attitude réservée à mon égard. - Après s'être avéré capable de la pire des cruautés.- J'essayais en vain, de cerner mon kidnappeur. Si le sexe n'était pas son intention première, que me voulait-il ? En effet, s'il pensait faire de moi, sa poule d'apparat, il allait vers une forte déception !
Lors de mes sorties «sous haute surveillance» j'engrangeais les informations. Issues, cachettes potentielles, enclos, nombre de gardes, etc… J'analysais les chances de m'évader. Je voulais venger mes amis. Je prendrai le temps qu'il faudrait. Mais il me faudrait de l'aide, donc m'échapper. Ce Dark qui me croyait faible ! Certes dans un combat singulier contre lui, j'aurais eu -largement- le dessous. Mais j'emploierais les mêmes méthodes, sournoises, vicieuses. Mon chagrin m'avait transformé en quelqu'un de froid que je ne me connaissais pas. Fini le temps des larmes et de l'apitoiement. Une rage froide m'animait.
Parfois Dark m'emmenait dans les environs pour me faire voir de beaux paysages. Il devait se contenter de monologuer car hors de question que je discute de tout ou rien avec lui. J'étais dépitée par sa patience. Parfois il ne disait rien, loin de me douter qu'il enviait les conversations qu'il avait interceptées entre Sephiroth et moi, ou avec mes autres amis.
- Tu ne vas pas te morfondre le reste de ta vie, tout de même ? Dit-il.
- Tu veux que je fasse la causette avec le type qui a laissé mourir mes amis dans une longue agonie ? Rétorquai-je.
- S'ils étaient vivants, concéderais-tu à t'ouvrir un peu plus à moi ? Demanda-t-il, hésitant.
- Tu ressuscites les morts maintenant ! Crachai-je, pleine de mépris. Le souvenir de mes amis était assez douloureux, pour que je tolère que LUI m'en parle.
- Ils sont vivants… tous les quatre. Chuchota Dark.
- …
Le sens de ses mots mis un long moment pour prendre réalité dans mon esprit. Vivants ! Ils sont vivants !
- Je ne te l'ai pas dit car j'espérais que tu les oublies. Enfin… que tu n'aies pas l'idée de partir si personne ne t'attendait… Murmura Dark en s'approchant.
- Maintenant voudrais-tu… reprit-il sans pouvoir finir.
J'étais stupéfaite. Voilà des semaines que mon cœur saignait. Soudain il battait fort dans ma poitrine, vivants… ils étaient vivants ! Puis brutalement je fus prise d'un doute.
- Rends-moi ma liberté. Demandai-je.
- Non, je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai besoin de toi, c'est incontrôlable. Tu… tu me rends fou. Je ne peux pas imaginer ma vie sans toi auprès de moi. Enfin, il exprimait de vive voix ce qu'il retenait depuis des semaines. Et d'ailleurs c'est quoi ce démon féroce qui joue à l'agneau ? Oulà, prudence !
- Ce n'est pas réciproque ! Tu m'as enlevée de force, mis ceux que j'aime en danger. Et d'abord prouves-moi qu'ils sont vivants. Et que tout ceci n'est pas juste une vile manœuvre de ta part.
Dark hésita un moment.
- Si je te le prouve, pourrais-tu ensuite faire des efforts vis-à-vis de moi ? Demanda-t-il.
- Prouve-le ! Répliquai-je, éludant la question.
- Promet moi et je te montre tes amis vivants.
Revoir mon moustique de sœur, Sacrie, mon sac d'os et le chaton ! J'aurais fait n'importe quoi pour ça. Pour en être sure, être rassurée sur leur sort. A ce moment-là je me moquais bien de ce qui pouvait m'arriver. L'important était mes amis. Je finis par hocher la tête. Remettant à plus tard les conséquences de ce consentement. Dark-Angel se rapprocha pour m'enlacer.
- Montre-moi mes amis d'abord. Murmurai-je en reculant.
- D'accord, je serais patient. Répondit-il.
- Tseuhh...
Je passai les jours qui suivirent dans un grand état de fébrilité. Dark voulait attendre le moment le plus propice. J'avais été prévenue que je serais entravée de façon à ne pas trahir ma présence. Mais les revoir sains et saufs valait bien ce sacrifice. Par contre l'attitude du démon à mon égard me donnait des frissons d'appréhensions. Enfin le jour tant attendu arriva. Nous partîmes à l'aube.
- Tes amis sont rarement ensemble, aujourd'hui je te montre tes sœurs, OK ?
- Euh… oui. Pourquoi sont-ils rarement ensemble ? Que s'est-il passé ?
- Je n'en sais rien, il faudra te contenter de les observer de loin.
- Avec ton réseau d'informateur, tu n'en sais rien ?
- Tout le monde a ses limites… même moi…
Je dus convenir que Dark faisait des efforts, quand je compris qu'il m'emmenait au cœur de Bonta. Le trajet était périlleux pour une troupe de démons avec la quantité d'ange qui surveillait la cité. On se dirigea vers l'atelier des cordonniers là où Mystic travaillait quand on n'était pas de sortie. Il nous fallut un moment pour entrer dans l'atelier sans se faire voir. La potion d'invisibilité nous rendait juste invisible, mais nous laissait toujours consistant. Il ne fallait pas se faire bousculer. Ma cadette était là, en train de travailler pour un client. Toujours aussi renommée ma sœurette ! Je l'observais avidement. Quand elle eut fini, le client la paya et parti. C'est ce moment-là que choisit Sacrie pour entrer dans l'atelier. Sacrie ! Tu vas bien aussi ! Me dis-je intérieurement.
- Tiens, ton bois pour tes baguettes. Dit-elle à Mystic
- Merci. Répondit celle-ci.
- J'y retourne, à t'a l'heure.
Je fus choquée par cet échange laconique. Certes Sacrie était naturellement pas très exubérante. Mais habituellement quand Mystic était à l'atelier, c'était très vivant. Souvent les clients restaient pour discuter et plaisanter avec elle. Ma sœur, d'ordinaire si volubile était comme éteinte… pratiquement muette. Je compris que ma disparition l'affectait beaucoup. J'avais envie de lui crier que j'allais bien… enfin pour l'instant. Un sort m'en empêchait et Dark-Angel me tenait fermement. On allait partir, quand ce fut au tour de Sylis d'entrer dans l'atelier. Mon sac à os ! Mes amis ! Presque au complet ! – C'est vrai que ce lieu nous servait souvent de point d'échange.- Sylis ! Je revoyais la lame de la hache ripper sur son cou. Brrr... Il semblait être en forme. Avec sa tête de squelette on ne pouvait jamais deviner s'il souriait, s'il faisait la tête ou dormait !
- Tiens je t'ai trouvé des bottes et des ceintures pas chères, si tu passes quelques runes dessus, on pourra en retirer un bon prix.
- Ok, je ferais ça cette aprèm.
Sylis, toujours à l'affut des bonnes occaz. C'est avec soulagement que je le voyais là, près de ma sœur. Les paroles de Dark sur un possible éclatement de mon équipe, m'avait inquiétées. Quand le Sram fut parti, Dark me traina dehors à sa suite. Le retour se fit sans un mot ou presque.
- Où est Sephiroth ? Demandai-je au bout d'un moment.
- Je ne sais pas. Répondit Dark.
- Il lui est arrivé quelque chose ? Je commençais à m'alarmer et pensais que l'air morose de mes sœurs n'était peut-être pas uniquement dû à ma propre disparition.
- Il va bien ! Très bien même. Répliqua le Crä visiblement exaspéré. Juste, il est très difficile à pister car il ne planifie rien !
- Tout Sephi ça, me dis-je en moi-même.
- Je t'ai fait une promesse, je la tiendrais ! Pour Sephiroth tu devras être patiente. Après cela, il faudra respecter ta part de marché.
Ce rappel me plongea dans l'expectative. Mes pensées étaient confuses. Je ne doutais pas de la véracité des propos de Dark sur l'état de santé de Sephiroth. Il n'avait pas menti pour mes sœurs et Sylis. Et maintenant, je devais bien reconnaitre qu'attendre de voir Sephiroth devenait pour moi une façon d'éloigner dans le temps ma « part de marché » qu'un besoin de vérifier son état de santé. Je ne doutais pas qu'il allait bien. Et que s'il était aussi insaisissable, c'est qu'il devait remuer terre et ciel pour me retrouver. Il était de nature insouciante, mais c'était un compagnon d'arme fidèle et loyal. Mon équipe étaient peut-être moins souvent réunie, juste parce qu'ils se répartissaient les taches pour me retrouver. Oui, c'était évident, inutile d'aller à cinq pour pécher un renseignement, là où une personne suffisait !
J'arrivais à la guilde de Dark le cœur apaisé. Mes amis étaient en vie. Ils travaillaient et ne s'étaient pas laisser abattre. Ils cherchaient surement comment me sortir de là. Cette pensée me redonna du courage, même prisonnière ici, je n'étais pas seule. Même séparés, on était toujours une team. Plus décidée que jamais, je ferai tout pour m'échapper. Entre eux ou moi, on arriverait bien à me sortir de là !
M'évader, m'évader, m'évader ! J'étais gonflée à bloc. Cette « promenade » m'avait remotivée. Une pensée fugace me demanda si après toutes ces semaines, je n'avais fini par accepter mon sort et une quelconque place auprès du Crä ? Hein ! Quoi ! Voilà que je recommence à débloquer, c'est un criminel ! –Mes amis sont en vie…- Pas grâce à lui ! Fin… je n'en sais rien… Je décidais d'enfouir ces pensées plus que douteuses au fond de mon crâne, là où on cache l'inavouable. Et de fermer la porte de ce coin de cervelle avec une bonne dose de colère envers le démon. C'était décidé, je tenterai de m'évader à la prochaine occasion !
La précipitation était rarement une bonne méthode… J'allais l'apprendre à mes dépends. Comme le disait La Mare d'eau (1): Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
(1) : La Fontaine.
