Chapitre 14 - La fin...

Je me débattais dans cette forêt sombre. Des ronces entravaient mon chemin, me griffant de toute part. J'avais chaud et soif. Une violente douleur irradiait de mon bras droit. Je n'avançais pas, je m'enlisais dans le noir de la nuit. J'étais totalement sonnée, la respiration difficile. Peur. Soudain j'aperçus une lueur, un peu en hauteur. Qu'est que… une torche ! Oui c'était une torche. Je me redressai un peu mais une douleur foudroyante venant de l'épaule me recolla au sol… non sur une mince paillasse… les contours autours de moi s'affinèrent. Je n'étais pas dans une forêt. Je percevais le sol en dalles de pierres humides. Entre moi et la torche… de lourds barreaux en fer rouillé. J'essayais de trouver une position plus confortable. Un mal de tête terrible me vrillait les tempes. La lumière de la torche m'explosait les yeux. Soif ! J'avais vraiment soif. Une fièvre brulante me chauffait et me glaçait le corps. Depuis combien de temps étais-je inconsciente ? J'aperçus un broc à un mètre de moi. De l'eau ! Je dus presque ramper pour l'attendre, incapable de me mettre debout. Je bus goulument, quelle fraicheur, une partie de l'eau me mouillant le torse. J'humidifiais mon front brulant. Fermant les yeux, j'essayais de rassembler mes esprits, comprendre et analyser… Dur…

Au bout d'une éternité je réussi à m'installer, dos au mur. La froideur de celui-ci me faisait du bien. La fièvre… mes blessures ! Lentement je scrutai mon épaule… pas jolie. Mis à part le fait qu'elle faisait un drôle d'angle avec mon bras, je voyais de larges croutes dégoulinantes de pus jaunâtres. Aucunes traces de soin. Ok… je commençais à cerner ma situation. La voilà, la réponse violente pour mise à mal d'autorité masculine… Je fermais les yeux et plongeai dans un sommeil peuplé de cauchemars. Je me réveillai à l'appel de mon nom.

- Angel ?

- …

- Angel, ça va ?

- Ma… Mirajane ? Croassai-je.

- Je t'ai apporté un repas et… une bassine.

- Mer… merci.

- Je n'ai pas la clé, je… je ne peux pas t'aider pour tes plaies…

- O… K…

- Désolée, je …

Je lui fis un signe de tête, parler m'arrachait la gorge. Je bus avidement. J'avais si soif. Je pris le linge propre qui trempait dans la bassine et me le collais sur le visage. Quelle douce sensation de fraicheur ! Après un moment, j'entrepris de nettoyer les plaies. Ce n'était pas une mince affaire. Je fis ce que je pus... pas grand-chose. A trop bouger, je me sentais la nausée me prendre.

- Je dois remonter, mange un peu Angel

- Humm

Je dus me rendormir, j'avais totalement perdu le sens du temps. A mon réveil, le mal de crane s'était calmé. Mirajane avait-elle mis un remède dans mon eau ? Surement, ma fièvre avait un peu baissée alors que mes plaies me lançaient toujours terriblement sans compter la luxation de l'épaule. Mal de chien... Une voix de l'autre côté du couloir m'interpella.

- J'avoue que tu m'impressionnes ! T'es résistante !

- …

Lui ! L'homme qui m'avait « aidé » à m'échapper pour mieux me tuer… Enfermé dans la cellule en face de la mienne. Il semblait entier, lui.

- Dark a bien réagit en te traitant comme il se doit ! J'ai craint le pire en voyant qu'il te ramenait avec nous au lieu de t'exécuter.

- T'es… t'es pas mieux loti…

- Bah ! Normal que je trinque un peu. Un chef n'aime pas se faire rappeler à l'ordre par ses subordonnés. Mais le résultat vaut bien quelques jours de taule.

La cruauté de ces gens me dépassait. Ne sachant pas ce qu'on allait faire de moi, je tentais de m'installer au mieux en attendant. Attendant quoi ? … Mon épaule déboitée se rappela à moi, je laissai échapper un râle.

- J'avais un pote qui s'était remis son épaule tout seul en se cognant contre un arbre. Ce n'était pas un douillet, mais qu'est-ce qu'il a pu gueuler quand elle s'est remise en place ! Tu dois déguster !

- La ferme…

- T'aurait dû faire la gentille poule dès le départ, t'en serais pas là !

- LA FERME !

L'avantage d'avoir ce connard à côté était que ma colère me faisait un peu oublier que je n'étais que douleur. Il fallait que cela cesse. Remettre l'épaule… comment ? La douleur me rendait dingue. Sans même y réfléchir, instinct animal ou délire dû à la fièvre, j'écrasais violemment mon épaule contre un des solides barreaux. Je sentis les croutes éclater, une douleur en décharge électrique d'un million de Volts, puis un immense soulagement avec l'os qui reprenait sa place. Mais immédiatement après je fus littéralement clouée par une douleur aiguë comme si on m'arrachait le bras. Ce fut de nouveau le trou noir.

Un cliquetis d'armure qui me réveilla. Il y avait du monde dans le couloir. Depuis combien de temps étais-je enfermée ici ? Un jour ? Deux ? Une semaine ? Une éternité oui ! Je me redressai pour voir ce qu'il se passait. Je ne voyais que des dos. On ne venait pas pour moi. Angoisse ? Soulagement ? Je ne savais quoi penser. Douleur, impossible de penser. J'entendis des clés ouvrir la cellule de mon codétenu. Ha quelle chance ! Sa punition aura été courte. Un des gardes entra dans la cellule pour défaire les chaines qui le liaient au mur. Je n'étais pas attachée... inutile. Il sorti en se frottant les poignets, s'arrêtant devant Dark-Angel qui attendait les mains dans le dos.

- Dark…

- …

- Merci de ta clémence, je…

- Remettre mon autorité en cause est dangereux ! Tu ne recommenceras pas !

- Oui, oui ! Mais je dois reconnaitre qu'elle a du cran cette fille, elle s'est remis l'épaule en place toute seule !

- Désobéir à un ordre direct est grave !

- Je le sais, je ne voulais pas te trahir tu s..

- J'ai compris le message… mon ami…

- Arg !..

Je ne compris pas tout de suite ce qu'il se passait, ni pourquoi mon ancien bourreau se tenait à genoux, les mains sur le cou, les yeux exorbités. Puis je vis le garde qui se tenait derrière le prisonnier, une dague rouge sang à la main. La mare de sang qui s'agrandissait sur le sol me persuada de ne pas regarder ce qui restait de l'ancien bras droit finalement déchu de ses fonctions...

Dark se retourna dans ma direction. Non ! Merde ! Pas à moi maintenant ! Pitié ! Je ne veux pas mourir ! Il fit un pas vers ma cellule, paniquant je me redressai pour fuir vers le mur du fond. Vulgaire animal en cage. Le changement brutal de position me fit voir trente-six chandelles. Je m'affalais sur le sol à la limite de la perte de conscience. Au loin comme dans un tunnel, j'entendis une voix. C'était Mirajane ! Mi… Mira… aucun son ne sortait de ma bouche. Je ne comprenais pas ce qu'elle disait. Je devais faire un mauvais rêve !

- Dark ! Que se passe-t-il ? Cria Mirajane

- Remonte dans la salle commune !

- Dark ! Oh ! Mon dieu Angel ! Tu lui as fait quoi ?

- Rien…

- Dans quel état… Arrête ça !

- Elle s'est évadée, elle savait les risques qu'elle…

- Arrête ça ! Soigne là ! … ou... ou tue là… Fini-t-elle dans un murmure.

Dark-Heal leva un sourcil en regardant le Crä, signifiant qu'il était prêt à apporter les soins nécessaire. Comme leur chef ne réagissait pas, son second posa sa main sur son épaule en la serrant.

- Elle a bien encaissé. Je ne sais pas si tu arriveras à tes fins avec elle. Mais c'est une sacrée nana qui a notre respect à tous. Et contrairement à lui, en désignant le cadavre, elle a fait son job de prisonnière en s'évadant.

-...

Le Crä avait les mâchoires si serrées que c'est d'un signe de tête qu'il ordonna les soins.

- Punaise, s'exclama l'eniripsa, tu parles qu'elle doit douiller, elle s'est coincée le nerf circonflexe en se remettant l'épaule… Y a de quoi rendre fou le plus endurcis des guerriers.

- Écoute, repris son second, oui on a causé dans ton dos. Mais tout ça prouve qu'elle est spéciale. Elle en vaut le coup. On ira dans ton sens, quel qu'il soit.

- Merci, faites de ton mieux, murmura Dark-Angel à l'Eni, et sorti précipitamment.