Mes parents avaient déniché un restaurant branché de la capitale. Nous nous installâmes et ma famille me posa de nombreuses questions sur ma soirée avec Harry. Je leur mentis en leur disant que nous n'avions rien fait de bien passionnant puisque nous avions passé une bonne partie de notre temps à ranger les nouveaux livres qu'Harry avait reçus à la bibliothèque. Ils semblaient suspicieux vu que je n'arrêtais pas de bâiller, presque à m'en décrocher la mâchoire.
- Tu as l'air fatiguée ma chérie, souligna ma mère.
- Non, tout va bien, affirmai-je. Je me suis couchée tard car nous avions beaucoup de travail.
- Tu veux plutôt dire que tu t'es couchée tôt ce matin ! me taquina mon père.
Je le foudroyai littéralement du regard. Je n'appréciais guère ce genre de sous-entendu mais je savais qu'il était loin d'avoir tort.
- Pas du tout ! répliquai-je.
- C'est ça ! Je sais ce que font les jeunes de ton âge…, renchérit mon père.
Je crus que j'allais sortir de mes gonds.
- Que se soit vrai ou non, de toute façon, ça ne te regarde pas ! lui lançai-je.
Mon père ne sut plus quoi dire et n'ajouta rien durant le déjeuner. Ma mère scruta mes moindres faits et gestes comme s'ils pouvaient lui permettre de découvrir ce que j'avais fait avec Harry la nuit précédente. Je n'y fis pas attention et parlai de choses et d'autres avec mon oncle et ma tante. Chose que je n'aurais jamais dû faire ! Engager une conversation avec eux n'avait absolument aucun intérêt et j'eus bien le tort de ne pas m'en souvenir. Ils accentuèrent notre discussion sur leurs éternels problèmes de santé. J'eus beaucoup de mal à dévier le sujet mais j'y réussis en leur proposant de visiter le petit village de Colleer situé au bord de la mer et réputé pour sa cité médiévale. Ma tante m'avait avoué qu'elle n'avait jamais eu l'occasion d'y aller surtout depuis qu'elle s'était installée en France (ma cousine ayant elle aussi voulu étudier dans une université française). Elle fut donc ravie de ma proposition. Nous partîmes alors en direction de Colleer et j'allais le regretter amèrement.
Mon père avait loué une voiture. Elle était un peu étroite pour nous cinq mais nous réussîmes tant bien que mal à nous contenir à l'intérieur. Lorsque nous arrivâmes vers la cité, d'innombrables véhicules attendaient devant ses portes. Mon père commença à marmonner, trouvant l'attente trop longue. Mon oncle et ma tant s'impatientaient eux aussi. Ma mère, quant à elle, n'éprouvait aucun enthousiasme à faire parti du voyage. Compte tenu de sa réputation, le village avait été pris d'assaut par les touristes venus des quatre coins du pays. Ce dimanche était particulièrement ensoleillé et doux. C'était une belle occasion pour sortir… Nous roulâmes péniblement vers le centre de la cité. Nous tournâmes en rond pendant un moment à la recherche d'une place de parking. Malheureusement, nous n'en rencontrâmes aucune sur notre passage à mon grand désespoir ! Mon père ne cessa alors de râler en disant qu'il aurait mieux fait de rester couché. Nous sortîmes de la cité et mon père engagea la voiture sur une petite aire de repos.
Nous descendîmes de la petite cylindrée pour nous dégourdir les jambes. Je suggérai d'aller à la cité à pieds. Elle n'était qu'à un kilomètre de l'aire de repos. Mon oncle et ma tante me regardèrent soudain avec des yeux horrifiés. Ma tante m'avertit qu'il était difficile pour eux de marcher et qu'ils ne pourraient pas aller jusqu'à la cité et en revenir. Mon père soutint sa version. Je me retournai alors vers ma mère mais je n'obtins aucun soutien. Je soupirai longuement. Mon père décida rapidement de retourner dans le studio. Il en avait marre d'être là et souhaitait rentrer au plus vite. Sans dire un mot, nous reprîmes la voiture et retournâmes à Londres. Le trajet fut particulièrement long et je m'ennuyais ferme, coincée entre mon oncle et ma tante qui se plaignaient de n'avoir pas pu visiter la cité. Je ne pris pas part à la conversation tant je les trouvait désespérant. Je voulais leur faire plaisir en leur faisant découvrir un endroit qu'ils ne connaissaient pas et je ne reçus que des reproches. Mon père m'accusa de ne pas avoir prévu cet afflux de touristes dans le village. Je ne lui répondit pas, exaspérée par son attitude, et m'enfermai dans une douce rêverie. Je me souvins de chaque détail de ma soirée avec Harry et j'espérais vivement revivre un tel moment de bonheur.
Nous arrivâmes enfin au studio. Je passai la soirée avec eux. Je le regrettai bien vite mais je n'avais pas vraiment le choix. Le temps me sembla long et je n'avais qu'une hâte : retrouver Harry à Poudlard. Lorsque le moment fut enfin venu de me séparer de mes parents, mon oncle et ma tant étant fatigués par leur « longue » journée, je repartis en montrant un air déçu pas du tout crédible. Je fus soulagée lorsque j'atteignis le portail de Poudlard. Je montai rapidement les marches du hall et courut jusqu'à la chambre d'Harry. Je frappai énergiquement après sa porte. J'étais pressée de le revoir. Devoir supporter ma famille toute une journée m'avais anéantie. Harry vint m'ouvrir à moitié endormi.
- Oui ?
- Ah… Euh… Je suis désolée de t'avoir réveillé, m'excusai-je, confuse.
- C'est pas grave, me dit-il dans un bâillement. Tu voulais me dire quelque chose d'important ?
- Euh… non. Bonne nuit Harry.
- Bonne nuit Hermione. A demain.
Il referma la porte. Machinalement, je regardai ma montre et vit qu'il était plus de 23h. Je retournai donc dans ma chambre, déçue de cette journée ratée. Je m'endormis le plus vite possible. Je voulais tourner la page et effacer ce dimanche désastreux.
