Chapitre 21 - Désillusions
Le lendemain du tournoi je me permis de faire une grasse matinée. Je n'étais couchée tard. Impossible de m'éclipser ! J'avais été la reine de la fête. Je crois que dans le monde démoniaque aucun ange n'était passé de statut de "faible chose" à "archère redoutable" en une après-midi. Bien malgré moi, j'étais devenue célèbre et bizarrement appréciée malgré mon état d'ange.
Le jour qui filtrait à travers les rideaux de coton blanc, donnait à la vaste chambre un aspect nuageux. J'entendais les coups de marteau, les charpentiers s'affairaient déjà à démonter les tribunes et les estrades. Je repensais à la veille, j'avais réussi mon objectif. Je devais penser aux jours suivants. J'étais certaine que Dark tiendrait sa promesse au sujet du coffre d'équipement. Mais j'avais un doute quant à ma libération. Un petit coup discret à la porte me sortit de mes pensées.
- Oui ?
- C'est Dark, je peux entrer ?
- Euh ! Attends une minute. Je me levais de quoi enfiler quelque chose de décent. C'est bon entre.
Dark entra. Il avait un plateau dans une main où se trouvait une cafetière, des bols et des viennoiseries. Cela sentait bon.
- Petit Dej' au lit pour la gagnante. Dit-il.
- Ah ! Merci. J'allais me lever. Dis-je pleine de mauvaise conscience. Il ne devait pas être loin de onze heures.
- Pas de soucis, tu as le droit de te reposer après une journée pareille.
- Tes gars m'ont épuisée à tous vouloir me faire danser.
- Ils sont fiers de toi ! Et moi aussi. Je suis presque heureux d'avoir perdu !
- …
- Bon, parlons sérieux là. Il faut que j'honore ma dette. Donc, voici la clé qui te permet d'ouvrir le coffre du placard. Ce qui est dedans est à toi.
- Merci.
- Si tu veux on ira le tester cette après-midi dans les landes.
- Ok. Euh… si j'avais perdu, j'aurai dû consentir à être euh… volontaire pour être ta femme et … euh…
- Oui ?
- Comme j'ai gagné… est-ce que je suis libre de … partir ? Je finis ma phrase dans un murmure. Je vis une ombre passer sur le visage de Dark.
- Notre pari te faisait gagner le contenu du coffre… Je… J'aimerai tant que tu… enfin je… Ce n'était l'objet de notre pari. On se voit cette après-midi.
Sur cet entrefaite Dark sorti brusquement de la chambre. Ok ! Prêt à me lâcher un équipement merveilleux mais pas à me libérer… Je devais donc mettre en œuvre la deuxième partie de mon plan : m'évader. Je n'étais pas idiote, avec ces équipements de furieux et ma volonté clairement affichée de vouloir partir, je serais étroitement surveillée. Je n'allais donc pas me précipiter comme la dernière fois et laisser se rendormir les méfiances, en attendant le moment propice. Le proche avenir me dira que, pour une fois, j'aurai mieux fait de me précipiter et de m'enfuir à l'instant même où j'eus la clé du cadenas. Je finis donc mon bol de café et alla ouvrir le coffre. C'est de nouveau avec émerveillement que j'étalais ces trésors sur le lit. La magie des objets me picotait doucement les doigts. Jamais je n'aurais rêvé telle tenue. Quand je descendis dans la salle commune, Mirajane me regarda avec de grands yeux.
- C'était donc ça son pari ! Et bien tu as gagné le gros lot ! Et moi aussi en ayant misé sur toi hi hi. J'ai juste eu à partager le pactole avec Daladia !
- Ah ! Bravo et merci de ta confiance !
- Bon que veux-tu manger ? Rappelle-toi que c'est Bersek qui te régale pour un mois !
- Ah ! Le pauvre ! Rien pour l'instant, je viens juste de déjeuner.
- Avec sa mise, Dala en a plumé quelques-uns !
- Je suis flattée qu'elle est pariée sur moi !
- Oui et qui plus est avant l'ouverture du tournoi ! Avant que tu prouves qu'il fallait te compter parmi les tireurs redoutables. Il y a eu d'autres paris après où ta côte s'est considérablement inversée au fur et à mesure des éliminations.
- Oui… Tu sais, dans… d'autre circonstance j'aurai perdu dans les premiers tours…
- Comment ça !? Vu ton niveau, impossible !
- Je… Non tu ne comprends pas. Ce qui m'a fait sortir ce niveau tout au fond de moi, c'est… juste le faite que je souhaite retrouver ma liberté…
- Angel ! Tu… Tu ne te plais pas ici ? Il me semblait que…
- Mirajane ! Je te considère comme mon amie. Mais je suis ici contrainte et forcée. J'ai appris à connaitre et apprécier beaucoup d'entre vous. Même ceux faisant partie de l'équipe qui m'a enlevée comme Bersek. Mais j'ai été enlevé, mes amis mis en danger...
- Angel…
Cependant je fais la part des choses. Bersek, ce jour-là a fait son boulot et obéit à son chef comme les autres. Je crois qu'il regrette lui aussi la violence dans laquelle cela s'est passé. Je ne reproche rien aux hommes de Dark, du moins dans le sens qu'ils étaient dans un boulot commandé. C'est leur travail, ce sont des guerriers pas des couturières. Je respecte ce qu'ils sont et d'une certaine façon j'ai le même sentiment pour Dark. Mais cela n'excusera jamais...
- Je suis désolée de la manière dont…
- Je… je crois qu'aujourd'hui Dark ne s'y prendrait pas de la même manière. Mais bon...
- Oui, je le pense aussi, il a bien changé pendant ces mois… Tu l'as changé…
- Oui mais le mal est fait…
- …
- Je ne peux effacer qu'il a abandonné mes sœurs et mes amis à une mort certaine. Ils sont en vie par un miracle !
- Je sais…
- Le plus cruel est que maintenant que je le connais bien. A cette époque, il est évident qu'il n'avait guère d'autres alternatives au risque de perdre sa crédibilité auprès de ses hommes, genre s'il avait employé, euh… disons une manière plus conventionnelle…
- Laisse-lui une chance !
- Et je dis quoi à mes sœurs ? A Sylis ou Sephi ? Je sais, vous avez failli mourir à cause de lui mais je le trouve trop sexy et charmeur donc…
- Oui je comprends ton point de vue. Mais j'ai peur qu'il ne te lâche jamais. Il… Il tient vraiment à toi.
- Cela va dans une impasse qui ne sera agréable pour personne...
- Oui. Soupira Mirajane. Euh Angel ? Promet moi de ne rien faire de… la dernière fois… enfin tu vois… J'ai peur des conséquences...
Je ne pus répondre à sa demande. Le job d'un prisonnier était de s'évader. Un peu plus tard, ce fut Bersek qui vint me chercher pour la ballade de l'après-midi. Alors que l'on s'avançait vers les enclos. Dark vint à notre rencontre.
- Ah ! Angel, j'ai ça pour toi.
Il tenait un délicat bracelet dans sa main. Celui-ci luisait d'une faible lueur bleutée. Je ne me méfiais pas et ne vis pas la crispation qui passa sur le visage de Bersek. Et pour cause : quand Dark me le clipsa autour du poignet, je me sentie prise de vertige. Je dus me retenir à sa main pour ne pas tomber.
- Qu'est-ce que… Commençais-je. J'avais des flashs devant les yeux.
- Je suis désolé Angel, mais c'était impératif…
- De ? Je ne comprends pas.
- C'est… une sécurité…
- Sécurité ? Pour ?
- Que tu ne t'enfuis pas… Il y a un sort d'entrave sur le bracelet qui t'empêche de t'éloigner soit de moi, de Bersek ou du village selon le cas. Le malaise devrait se dissiper d'ici une ou deux minutes.
- …
- Par contre si tu t'éloignes, cela reviendra en pire. Je suis désolé, mais avec l'équipement que tu as sur le dos… T'évader devenait un jeu d'enfant…
En effet le vertige avait disparu. Mais j'étais furieuse et anéantie. J'avais été si sure d'être enfin en mesure de m'échapper ! Je tombais de haut. Une boule de rage grossit dans mon ventre.
- Je vois. Dis-je en sifflant. Me reste plus que l'option de tuer un de vous deux et de partir avec son cadavre !
- Angel ! Je…
Je tournais les talons non sans voir le visage gêné de Bersek que la situation mettait mal à l'aise et retournais me claquemurer dans ma chambre. La pression chuta et je me laissais aller à pleurer. Cela n'en finirait donc jamais ! Après une heure d'atermoiement, je rassemblais mes affaires et transbahutai le tout dans la petite chambre où l'on m'avait mise le soir de mon enlèvement. Puisque que j'étais prisonnière autant que cela soit clair. A part vis à vis de Mirajane, je décidais de m'installer dans une attitude hostile et non coopérative. On verra combien de temps j'allais lui plaire au démon !
Au fil de mes réflexions, je m'interrogeais sur moi-même. Je me disais que si ma situation s'éternisait, j'en étais également responsable. Si j'avais été chiante et odieuse depuis le début, qui sait si je n'aurais pas été foutue dehors rapidement. Seuls mes sœurs et Sephi savaient jusqu'à quel point je pouvais être pénible. Au point de provoquer autour de moi des envies de meurtre ! Pourquoi n'avais-je pas agit de la sorte depuis le début ? Plus je réfléchissais, plus je me disais que je m'étais laissée apprivoisée. J'avais découvert la vraie nature de ces gens, loin de l'image noire que l'on se faisait des clans de démons. J'étais dans l'ambivalence, mes ennemis étaient devenus des amis. J'étais certaine que c'était ce point qui avait engendré la situation actuelle. Qu'auraient pensé mes sœurs !?
