Chapitre 26 - La vie se poursuit

Mystic s'était endormie sur l'épaule de Panda-One et ronflait légèrement. J'avais fini de raconter le drame qui avait secoué notre team quelques années auparavant avec mon enlèvement. Il devait être pas loin de minuit passé dans cette taverne de la bourgade de Frigost. Nous étions parmi les derniers clients.

- Et bien malgré toutes ces turpitudes vous êtes toujours ensemble ! Dit Fantasya qui avait écoutée avec ravissement notre histoire.

Sephiroth et Sylis étaient intervenus pour donner quelques précisions ou relativiser l'importance que je m'étais parfois donnée dans les décisions. L'Eca avait le regard dans le vague. La passion des émotions ressenties lors de ce passage sombre de notre histoire était retombée. Cet évènement nous avait tous marqué. Elle avait ébranlé la solidité de nos liens et notre amitié. Rétrospectivement nous étions une équipe bien naïve à l'époque d'avant le drame. Mais nous avions réussi à rebondir et étions repartis de plus bel.

Mon enlèvement et la quasi paralysie que cela avait entrainé avait fait changé notre manière de penser. Je m'étais aussi découvert un côté sombre que je ne me connaissais pas. Poussé à l'extrême dans ses retranchements qui sait comment on réagit ? La fracture avec Sephiroth s'est réparée au fil du temps. Il voit toujours Feline mais passe le plus clair de son temps avec nous. Toujours partant pour de nouvelles aventures, comme celle qui nous attend dés demain sur cette ile retournée à la période glacière.

- Whaaaa ! Dit Sacrie en s'étirant. Je tombe de sommeil. Et demain on doit continuer à courir partout pour cette saleté de maire Cantile !

- Oui, je vais coucher. Enchaina Sylis.

On réveilla Mystic et allâmes tous nous coucher dans les dortoirs de la milice. Le lendemain nous cueillit avec des bourrasques de vents glacials. La journée allait être dure. Mais nous étions motivés.

Ainsi, nous avons accompli toutes les taches que le maire de la bourgade se fit un malin plaisir de nous donner. On dut bien reconnaitre plus tard que ceci n'était pas tout à fait anodin. En effet pour progresser sur cette ile au climat très hostile, il fallait beaucoup d'opiniâtreté. En gros sinon vous baissiez les bras sur les taches à faire pour la bourgade, ce n'était pas la peine d'espérer d'aller plus loin. D'ailleurs beaucoup de guerriers n'avaient pas avancé plus loin que la forêt des pins perdus. Se contentant de fracasser des Mansots.

Dans notre avancée sur l'ile, nous dûmes combattre des hordes de pirates dans le bassin de l'Alma, afin d'accéder au territoire des Larmes d'Ouronigride, une contrée volcanique. L'avantage du lieu est que c'était le coin le plus chaud de l'ile, l'inconvénient ses lacs de lave ou d'acide disséminés un peu partout. Ainsi après Ben le Ripate nous pûmes combattre le puissant Obsidiantre. Un être fait de lave et de pierre très dure. C'est là que l'on s'aperçut que nos équipements n'étaient pas adaptés à la résistance et la force des monstres de la région. Cependant en persévérant, on finit par continuer à nous enfoncer plus profondément dans l'ile gelée. Ensuite ce fut au tour du Tengu Givrefoux qu'on eut à faire. Sephiroth adorait ce monstre, moi pas. Même si les bestioles avaient un air de gentils nounours (en apparence !). Une fois passée la crevasse perce neige, on atteignit enfin le village ensevelit. Dernier bastion civilisé de l'ile. C'est d'ailleurs ici que j'achetais une maison sur trois étages avec mes économies. Je sentais qu'on allait passer les prochaines années dans ce coin là et qu'un pied à terre dans la zone ne serait pas superflu. Non loin on trouvait la forêt pétrifiée peuplée de créature qui faisait penser à celles qui avaient paralysé Dark et ses hommes dans la caverne des Fungus… mais sans leurs faiblesses ! Le monstre suprême des lieux était le Korriandre qu'il fallait attaquer dans son antre, sorte de grosse araignée redoutable. Notre avancée fût fastidieuse. Cependant au fur et à mesure que nous cheminions, nous pouvions nous fabriquer de meilleurs équipements grâce aux nouvelles ressources qui nous tombaient entre les mains.

L'étape suivante fut d'atteindre les crocs de verre et de s'attaquer au fameux Kolosso. Ce gros monstre était très intéressant car sa fourrure et autres ressources permettaient de faire pas mal d'objets intéressants. Il nous fallut pas mal de temps pour gérer le territoire suivant : Le mont Torrideau sous lequel se trouvait une ruche impressionnante où fourmillent une race d'ours –abeille et leur boss ultime le Glourseleste.

Je ne raconterais pas les détails de ces tribulations qui sommes toutes ne sont qu'un enchainement fastidieux de combat. Pendant cette période la team passa par bien des hauts et des bas. Au grès des humeurs de chacun. Mais malgré cela nous restions unis même après une bonne engueulade. Au fil du temps nous avions équipé tout le monde de bons équipements. A nous huit nous étions autonomes pour les différents métiers nécessaires à l'élaboration de tout cela. Nous avions également la réputation d'être une des teams les plus soudées. La maison du village enseveli fut témoin de nos aventures. Bien pratique en cas de mauvais temps, où on pouvait se mettre à l'abri et trier nos ressources le temps d'attendre une accalmie.

Cependant, après l'enthousiasme des débuts, s'installa une sorte de routine. Bien aguerri au climat et aux monstres des lieux nous étions devenus efficaces. Une sorte d'apathie s'empara de certains d'entre nous. Si bien que l'équipe encaissa très mal le nouveau drame qui devait nous tomber dessus au début de l'hiver de l'an 642. On ne sut jamais qui étaient les voleurs. Mais un beau matin toute l'équipe se retrouva en ayant plus que pour seule possession ce qu'elle avait sur le dos, c'est-à-dire son pyjama. Tous nos coffres avaient été vidés, nos équipements volés. Plus rien, même pas de quoi payer la taxe au zaap. Le seul qui avait échappé au dépouillage était Sephiroth parti en mission. J'étais anéantie. Des années de travail réduites à néant. Le plus dur ce fut pour Sylis qui fut écarté de la team, c'est lui qui avait laissé trainer son trousseau de clé sur une table d'un taverne, qu'un « gentil » inconnu avait ramené au tavernier. Un bon bricoleur en a pour cinq minutes pour faire une copie. Cela me désolais qu'il paye si cher son étourderie. Mais Sephiroth était si furieux qu'il était impossible de les voir réunit dans la même pièce.

Nous aurions pu sombrer dans un désespoir profond, sans les mains tendues par les membres de notre guilde. L'élan de générosité fut spontané. Une semaine après nous étions de nouveau sapés. Certes, de bric et de broc, mais au moins suffisamment bien pour gérer des combats afin de nous refaire. Mais en disant adieu à l'ile de Frigost pour un moment car devenue trop difficile pour nous qui la gérions si aisément. Il nous fallut trois mois pour retrouver à peu près les items que nous avions. Mais sans les améliorations de magie que l'on avait poussées à l'extrême sur les objets dérobés et surtout sans nos précieux Dofus.

On pouvait de nouveau s'aventurer sur l'ile glaciale. Mais avec un membre en moins et non des moindre plus nos équipements limités, les combats étaient possible mais fastidieux. Autant Sephiroth avait gardé son enthousiaste juste après le vol, faisant marcher ses innombrables relations pour que l'on nous prête de quoi assurer un minimum. Autant que plus on rendait les dits équipements dès que l'on avait pu en refaire un autre bien à nous, sa motivation dégringolait.

Nous étions encore loin du niveau que l'on avait avant le vol que déjà il allait trainer aux zaap discuter ou lancer des défis amicaux. Nous nous retrouvions donc souvent à six. L'ambiance en prit un méchant coup. Refaire tous ces combats pour re-fabriquer ce que l'on avait perdu était très difficile et démotivant. D'un autre côté, l'Ecaflip ayant toujours ses équipements, il n'était pas limité comme nous et pouvait prétendre à des combats plus intéressants. Inexorablement, il se tournait vers d'autres. La rupture définitive se fit à la fin de l'hiver. Las de voir les reproches luire dans nos yeux, Sephiroth décida de quitter Ulette pour d'autre contrée. Ce départ soudain ébranla de nouveau la team qui cette fois-ci n'y résista pas. Au début du printemps de l'an 643 la team était dissoute officiellement. Je continuais donc mon aventure sur le monde d'Ulette avec mes sœurs. Nos anciens équipiers venaient de temps à autre nous donner un coup de main ou réciproquement. Mon élevage de dragodindes nous aida beaucoup à acheter ce que l'on ne pouvait plus aller chercher nous-même.

Je ne regrette rien de nos aventures. Celles-ci ont été riches d'émotions et de sensations. On a parfois (souvent) du se remettre en cause, mais au final tout cela n'est pas une mauvaise chose. Alors que je finis ces mémoires bien au chaud dans un coin de la salle commune des Latcho Niglos, c'est avec plaisir que je me remémore toutes ces batailles, ces rencontres et ces découvertes. On a voyagé de long en large sur toute la contrée d'Ulette. Rencontré plein de monde. Maintenant, il y a bien longtemps que j'ai posé mon arc de guerrière. Les rhumatismes se font sentir et les nuits à la belle étoile ne sont plus pour moi. Je n'ai jamais eu de nouvelles de Sephiroth. Par contre je revois souvent Sylis qui arrive en cliquetant, la vieillesse l'a rendu moins discret, ses os jouant les maracas.

Je n'ai jamais dit à mes sœurs que je revoyais Dark de temps à autre, dans cet endroit secret où j'avais passé tant de temps avec Sephiroth. J'ai toujours refusé son aide, même après le vol de nos biens. Question d'indépendance ou de fierté peut-être. Nous passions nos moments à discuter. Une amitié « poussée » nous liait. Du même type que celle que j'avais perdue avec Sephiroth lors de mon rapt.

C'est d'ailleurs à ce lieu que je vais confier mon manuscrit. Au milieu d'un bosquet d'arbre, il y a une petite maison de pierre abandonnée qui résiste au temps qui passe. J'ai déjà trouvé le petit coffre pour le conserver.

Le hasard de la vie le transportera vers d'autres mains… Les tiennes, toi qui lis ses lignes. A défaut de t'apprendre quelque chose mon cher lecteur, j'espère au moins t'avoir transporté dans un autre univers, le temps d'une lecture.

Silver-Angel, Ulette,15 Nôvamaire 673