The Quest
Chapitre trois : Past
Le repas et la soirée se déroulent sous le signe de la bonne humeur. Pendant le repas, j'ai passé un bon moment à discuter avec Arwen et Elladan qui était face à moi. Rattraper le temps perdu avec mes deux amis m'a fait beaucoup de bien. Il y a réellement trop longtemps que je n'ai pas passé du temps avec les miens. Après le repas, Elrond nous fait passer dans une salle plus conviviale où les discutions reprennent bon train. Cette fois je passe un bon moment à discuter avec Aragorn, à prendre des nouvelles des rodeurs dans le nord et lui demande son avis sur un point.
- Aragorn, sais-tu où est posté Thalion? Demandais-je, pensive.
- Près de Dol Guldur aux dernières nouvelles. Répondit-il, surpris de ma question. Pourquoi?
- Je crois bien que je vais lui envoyer un message qu'il vienne nous rejoindre en cours de route. Dis-je, pensive. Je crois que son aide ne sera pas de trop, en fait.
- Je crois aussi. Soupira Aragorn. Cette histoire ne dit rien qui vaille et je crois que nous ne mesurons pas encore toute l'ampleur de la tâche.
- As-tu seulement ressentis la noirceur qui suinte de l'anneau Aragorn? Lui demandais-je, frissonnante. Je n'ose à peine imaginer ce qui nous attend quand cette noirceur est si puissante alors que nous sommes encore à Imladris!
- Tu as raison, Aerin. Soupira-t-il. En ces temps noirs, mieux vaut s'entourer de tous les alliés de confiance.
- Je me trompe ou tu te tourmente encore l'esprit avec la malédiction d'Isildur? Dis-je doucement en me rapprochant de lui et en posant une main sur son épaule. Tu ne devrais pas, tu es bien plus fort que lui. Tellement plus!
- Et pourtant le même sang coule dans mes veines! Soupira-t-il, inquiet. Promet moi de garder un œil sur moi pendant ce voyage.
- Garder un œil sur toi pourquoi faire? Dis-je en secouant la tête. Tu es bien plus fort que tu ne le crois mon cher! Tu ne le vois peut-être pas, mais moi oui! Je te connais depuis que tu es tout petit, Aragorn, et je t'ai appris tout ce que je sais. Et tu m'as appris énormément également. Ton destin est bien plus grand que celui d'un simple rodeur. Je ne sais peut-être pas comment va finir notre quête, ce qui va nous arriver, mais de ça j'en suis sûr! Tu as un destin royal devant toi!
- Comment fais-tu pour avoir toujours aussi foi en moi, Aerin? Demanda-t-il avec un petit sourire.
- N'est-ce pas cela que font les parents, Aragorn? Souriais-je doucement. Je t'ai élevé comme mon propre fils, Aragorn, et je te connais mieux que quiconque. Je sais ce dont tu es capable et même plus. Je n'irais pas jusqu'à dire que tout ira bien parce que toi et moi on sait que c'est faux, mais j'ai confiance en toi, en nous tous. Nous y arriverons, je ne sais pas comment, mais je sais qu'on réussira.
- Merci, Aerin. Dit-il simplement en se levant de notre fauteuil. Je vais aller parler à Gandalf. Envoie un message pour Thalion et essaie aussi de parler à Legolas.
- Je vais lui parler, soupirais-je nerveusement, mais laisse-moi le temps de penser à quoi lui dire.
- Parle simplement avec ton cœur, Aerin. Sourit-il en m'embrassant sur la tête. Ça n'a pas besoin d'être compliqué entre vous.
- Depuis quand tu es devenus le plus sage de nous deux? Dis-je en me levant à mon tour.
- J'ai eu un très bon maître. Sourit-il.
- Bonne nuit, Aragorn. Dis-je en l'embrassant sur la joue.
- À demain, Aerin. Termina-t-il en s'éloignant.
Lorsqu'il a enfin rejoint Gandalf, je quitte la salle étouffante de chaleur. Alors que mes pas me guide vers eux seuls savent où, je repense à la vie que j'ai mené ici lorsque je me suis installé ici il y a 85 ans. À l'époque je n'avais prévue de rester que quelques semaines, j'avais besoin de me ressourcer auprès des miens. Je ne voulais pas rester longtemps car Arwen, Elladan et Elrohir étaient tous trois en Lothlorien chez leur tante. Puis ils arrivèrent et je changeais d'idée. Gilraen et son fils de deux ans. Quand son mari est mort, Gilraen est venue à Imladris ne sachant pas vraiment où aller d'autre pour protéger son fils. Je me suis immédiatement attachée à ce petit gamin aux grands yeux bleus remplis de malice et de curiosité.
Je n'ai su qui il était réellement qu'après le départ de Gilraen. Sur le coup je n'avais pas compris pourquoi une mère abandonnait son fils jusqu'à ce qu'Elrond m'explique que le petit était le fils d'Arathorn et ainsi donc le dernier descendant d'Isildur et que Gilraen étaient partie au loin pour détourner l'attention de potentiels ennemis. Après m'avoir dit cela, Elrond m'a demandé de rester à Imladris pour protéger et élevé cet enfant qui était désormais orphelin. Autant dire que je n'ai pas pu refuser, surtout alors que celui-ci me regardait avec ses yeux remplis d'espoir. Et c'est en plongeant mon regard dans le sien que j'ai trouvé le nom qu'il porterait tant qu'il serait à Imladris. Estel, qui signifie Espoir en sindarin, lui allait parfaitement car ce petit garçon représentait l'espoir, l'espoir qu'un jour le monde des hommes retrouverait sa gloire d'antan, que le Gondor soit de nouveau prospère et que l'arbre du roi fleurisse de nouveau. Elrond n'y a jamais vraiment cru, mais moi j'y ai cru à l'instant où j'ai su qui il était et j'y crois plus que jamais.
J'atteins finalement la porte de ma chambre tout en me remémorant les vingt années que j'ai passé avec Estel, de toutes les heures passées ensembles dans cette même chambre où je viens d'entrer. Je l'ai aimé, et l'aimerais toujours, comme mon propre fils. Je l'ai élevé du mieux que j'ai pu, lui ai appris tout ce que je savais et je serais éternellement fière de lui. Et s'il n'arrive pas à croire en lui et en toute la force que je sais qu'il possède je suppose que je croirais suffisamment fort pour deux.
Finalement, je repousse mes souvenirs d'un petit Estel de 12 ans courant partout en riant pour me concentrer sur ce qui nous attend. Même si notre communauté comporte quelques-uns des plus grands guerriers de la Terre du Milieu toute race confondue, je doute que ce soit suffisant pour ce qui nous attend. J'attrape une feuille et une plume et écrit un rapide message pour mon ancien compagnon d'arme puis sort sur le balcon. Comme s'il s'avait quand j'ai besoin de lui, je trouve sur la balustrade un grand corbeau aux plumes noires lustrées. Contrairement à ce que les gens pensent d'eux, les corbeaux ne sont pas des animaux malveillants porteurs de mauvais présages. Ce sont au contraire de fidèles messagers et protecteurs de la lumière et celui-ci est un vieil ami à moi. Depuis que je lui ai sauvé la vie il y a plusieurs années, il apparait près de moi à chaque fois que j'ai besoin de lui. J'attache solidement le parchemin à sa patte et flatte ses plumes gentiment.
- Vole vite mon ami. Murmurais-je doucement. Vole vite et trouve Thalion, trouve le Dunedin, il est près de Dol Guldur. Je sais que tu n'aimes pas cet endroit, ajoutais-je après un piaillement mécontent, mais c'est très important! S'il te plait fait vite!
Le corbeau me donne un dernier coup de bec amical, étire ses ailes et s'envole vers le nord. Après l'avoir observé jusqu'à ce qu'il disparaisse, je rentre faire ma toilette rapidement puis enfile une robe de nuit légère et ressort finalement m'assoir à l'extérieur sur mon balcon. Assise sur la large rambarde le dos contre le mur et sous les feuilles d'un saule pleureur ayant poussé trop près de l'édifice, je regarde la lune et les étoiles qui illuminent le ciel. Il me semble que j'ai quitté Dale il y a une éternité et pourtant cela ne fait que quelques jours. À mon départ j'étais loin d'imaginer que j'allais devoir affronter mon passé, le bon comme le mauvais. J'étais aussi loin d'imaginer que je me retrouverais en présente de l'Unique! Par Eärendil! J'étais loin d'imaginer qu'on remettrait en partie la survie de la Terre du Milieu dans mes mains! Je soupire de nervosité et baisse mon regard vers la cité en contrebas et je sursaute violement en voyant Legolas sauter par-dessus la rambarde de mon balcon.
- Pour l'amour d'Eärendil, tu es fou ou quoi? M'exclamais-je en portant la main à mon cœur qui bat la chamade. Tu m'as fait la peur de ma vie!
- Étant donné que tu m'as fui toute la journée et que tu ne m'aurais probablement pas ouvert ta porte, c'était le seul moyen de venir te parler! Dit-il simplement en s'adossant à la rambarde juste à côté de mes pieds.
- Je ne m'attendais pas à te trouver ici, j'ai simplement été prise de court. Soupirais-je en fermant les yeux.
- Prise de court? Dit-il surpris. Et moi alors? J'étais loin de m'attendre à te voir toi quand les portes de la salle se sont ouvertes.
- Il n'y a probablement que toi que ça a surpris! Rigolais-je doucement. Pour ceux qui me connaissent, c'est évidemment une chose que seul moi est assez folle pour le faire! Ajoutais-je, simplement.
- Il fut un temps où je te connaissais mieux que quiconque. Dit-il doucement en me regardant dans les yeux.
- C'était il y a longtemps. Répondis-je sans douceur. Et manifestement je ne te connaissais pas aussi bien que je l'imaginais puisque tu t'es rangé du côté de ton père! Ajoutais-je avec amertume à ce souvenir.
- Aerin…soupira-t-il en détournant le regard.
- Je t'aimais Legolas! Grondais-je, en colère. Je t'aimais et j'aurais tout donné pour toi, tout jusqu'à ma dernière goûte de vie! J'aurais tout fait pour toi, j'aurais fait tout ce que tu m'aurais demandé y compris mourir! Et toi tu as préféré écouter docilement les ordres de ton père plutôt que de me soutenir! Pourquoi crois-tu que j'ai quitté Mirkwood? Pourquoi crois-tu que j'évite les elfes autant que possible? Pourquoi crois-tu que je préfère la compagnie des hommes et des nains? Parce que je sais qu'aucun de mes amis nains ou hommes ne me trahiront comme tu l'as fait! Parce que je sais qu'eux ne me jugent pas, qu'eux m'apprécient tel que je suis et qu'ils ne m'empêcheront jamais d'être ce que je suis!
- Aerin, je suis tellement désolé tu sais! S'exclama-t-il tristement. À l'instant où j'ai su que tu étais partie je suis allé à ta suite, pour te rattraper mais je ne t'ai pas trouvé! 500 ans Aerin! 500 ans que tu es partie et que je te cherche sans relâche, mais tu n'étais nulle part!
- Tu m'as cherché? Demandais-je, surprise, en me redressant.
- Évidemment que je t'ai cherché! Soupira-t-il et s'asseyant face à moi sur la rambarde. À la minute où j'ai acquiescé à l'ordre de mon père, j'ai su que je le regretterais! Et, par Eärendil, je l'ai regretté chaque jour depuis ton départ!
- Alors pourquoi? Demandais-je tristement en tournant la tête. Pourquoi avoir renoncé à nous à sa demande? Pourquoi lui avoir donné raison quant au faite qu'une femme ne devrait pas se battre? Pourquoi avoir courbé l'échine alors que tu es bien plus fort et fier que ça? Pourquoi, Legolas?
- Parce que j'avais peur! Dit-il en se relevant vivement. Parce que j'avais peur de te perdre, peur de perdre l'estime de mon père, peur de décevoir ma mère. Parce que c'est ce que l'on m'a toujours inculqué et que je n'avais pas le courage d'aller contre les croyances de mon peuple même si je ne les partages pas.
- Et pourquoi diable ne m'as-tu rien dit? Soupirais-je frustrée. Bon sang Legolas! On s'est toujours tout dit!
- J'avais honte, Aerin! Dit-il en me tournant le dos. J'avais honte d'avoir ces stupides peurs et j'avais encore plus peur de te perdre à cause de ça! Bon sang, une armée d'orques me faisait moins peur que l'idée de tout te dire et de te voir partir loin de moi! Au final c'est exactement parce que je n'ai rien fait que tu es partie!
- J'espère au moins que tu ne referas pas deux fois la même erreur! Dis-je en me levant pour m'approcher de lui.
- Que veux-tu dire? Demanda-t-il, surpris, en se retournant.
- Que t'as pas intérêt à m'abandonner une deuxième fois! Dis-je en posant une main sur son torse. Toi et moi on fait partie d'un groupe sur lequel repose le sort de la Terre du Milieu et on doit pouvoir se faire confiance comme avant. J'ai besoin de savoir que je peux compter sur toi les yeux fermés, qu'on peut faire de nouveau faire équipe comme avant.
- Je te jure que maintenant que je t'ai retrouvé, je ne te laisserais plus jamais partir! Répondit-il vivement en posant une main sur la mienne et l'autre sur ma joue. Je sais que je devrais travailler pour retrouver ton entière confiance mais je te jure que tu peux compter sur moi!
- Bien alors voilà une bonne chose de réglée, finalement! Dis-je en souriant.
- Si tu savais comme je t'aime, Aerin. Soupira-t-il en fixant son regard dans le mien.
- Alors arrête de parler et embrasse-moi! Dis-je en souriant.
Legolas me sourit, passe sa main derrière ma nuque et m'attire à lui pour un baiser passionné où passe tout le manque, le soulagement, la peur, l'amour et tous ces autres sentiments qui nous secouent. Quand l'air vient à manquer nous nous séparons et posons nos fronts l'un contre l'autre avec un soupir. Il m'avait tellement manqué cet idiot! 500 années perdues pour des broutilles. Nous passons encore un moment dans les bras l'un de l'autre dans un silence apaisant avant qu'il ne doive finalement me quitter car nous partons tôt le lendemain. Il m'embrasse une dernière fois rapidement avec un sourire avant de sauter par-dessus la rambarde et de disparaître dans la nuit. Je retourne dans ma chambre avec sans doute un sourire stupide sur le visage. Je sais que cela va me prendre un moment avant de réellement pouvoir lui faire entièrement confiance de nouveau, mais je me sens tellement mieux depuis que nous avons parlé. Tout n'est pas encore parfait, mais ça le deviendra. Je m'endors finalement en me disant que cette aventure n'aurait peut-être pas que des mauvais côtés.
