J'ai peut-être un peu tardé... Désolé.
On revient avec Hazue et la suite des évènements. L'histoire dérape de plus en plus. Comment vont-ils réglé leurs problèmes? On se le demande! (sauf moi parce que je le sais, mais bon)
Bonne lecture!
Peu après qu'ils aient terminé, Inui s'endormit dans un profond sommeil. Hazue quant à lui n'arriverait pas à dormir, il le savait sans avoir à essayer. Il se leva donc pour prendre sa douche et il en profita pour faire le point.
Honnêtement, il n'avait pas cru que ça irait aussi loin. Il n'avait pas cherché à berner Inui pour en arriver là, bien au contraire. Il s'était juste laissé porter par le moment et n'avait pu faire autrement que de suivre.
Deux choses étaient certaines en tout cas : il était toujours éperdument amoureux d'Inui et Inui aimait toujours autant Kaoru. La situation n'avait pas changé d'un pouce depuis quinze ans. La différence, maintenant, était que Hazue venait de faire souffrir Inui en lui faisant croire que son grand frère lui rendait peut-être son amour.
La douleur qui le prenait toujours au cœur lorsqu'il pensait à Inui s'intensifia. Il avait pourtant décidé de se tenir en retrait. Il aimait l'Inui qui était amoureux de son frère. Par définition, il n'était pas destiné à l'avoir. Il avait profité de la situation, il avait profité de l'incompréhension d'Inui pour satisfaire un besoin qu'il n'aurait jamais dû avoir.
Il resta un long moment dans la salle de bain, à pleurer sans faire de bruit. Comme son grand frère, il avait toujours cherché à se cacher dans ses moments de faiblesse. Seulement, cette fois, Kaoru était bien loin : il n'y aurait personne pour le réconforter. Il était seul, comme il l'avait toujours été.
Il n'avait jamais avoué à personne l'amour qu'il portait à Inui. La raison première était qu'au final, il n'avait presque jamais parlé avec lui. Il l'avait toujours observé de loin. Il savait dès le départ que son amour ne mènerait nulle part et il n'avait donc pas cherché à rentrer en contact avec lui.
Kaoru était le seul à qui il avait songé à se confier, mais il n'avait jamais osé. Ils avaient beau être proches, il était rare qu'ils se confient vraiment l'un à l'autre. Le plus vieux ne lui avait jamais confié qu'il aimait Momoshiro : c'était la pêche elle-même qui lui avait dit qu'ils étaient en couple, alors que c'était tout récent, du temps où ils étaient à l'université.
À ce qu'il en savait, ils étaient encore ensemble, mais Kaoru ne lui en avait jamais parlé, pas même une fois. Hazue ne lui en avait jamais voulu, puisqu'après tout lui-même ne lui parlait jamais de ses amours. Cela dit, ça lui avait enlevé l'envie de lui parler de sa propre vie amoureuse.
Il se trainait donc depuis plus de quinze ans un secret qui venait de prendre une ampleur incroyable. Le pire était qu'il ne pourrait pas facilement couper de nouveau les ponts avec Inui : celui-ci connaissait son adresse maintenant. Il était pris pour soit continuer à jouer le jeu, soit lui avouer la cruelle vérité.
Hazue se sentait sale, et pas une douche ne saurait le nettoyer.
Quand il quitta enfin la salle de bain, le soleil commençait à se lever. Il songea pendant un moment à aller s'étendre dans les bras de celui qu'il aimait, mais finalement il n'en eut pas le courage. Il s'habilla donc et amena son cahier avec lui. Il laissa un double de la clé sur la table et un petit message dans lequel il lui disait qu'il devait faire quelque chose ce matin, mais qu'ils pourraient se revoir durant la semaine. Il nota en bas son numéro de téléphone et sortit enfin.
Il pénétra dans un restaurant familial, ouvert 24h, et commanda un café. Puis, il ouvrit son cahier et essaya d'écrire. Son crayon resta immobile au-dessus du papier. Il réalisa alors que c'était impossible d'écrire quand la culpabilité lui rongeait le cœur.
~xxx~
Hazue était heureux. Sauf qu'il se sentait coupable d'être heureux, ce qui tempérait son bonheur.
Malgré tout, il regardait l'écran de son téléphone avec un sourire conquis. Il était toujours dans ce restaurant, où il peinait à écrire dans son cahier qui ne le quittait jamais, et il venait tout juste de terminer son deuxième café. Il relut le message encore une fois, puis il tenta de se souvenir de son horaire. Il avait quelques cours à donner pendant la semaine, mais autrement il était libre comme l'air.
Ses cours étant tous pendant la journée, il avait littéralement toutes ses soirées de libres. C'est pourquoi il répondit tout de suite à Inui qu'ils pourraient se voir quand lui le désirerait.
Être enseignant n'était pas autant de travail qu'on pourrait le croire, hormis à la mi-session et la fin de session. Cela dit, comme il pouvait engager aussi des correcteurs, au final il avait plutôt assez de temps pour lui-même. Il n'était chargé que d'un seul cours, mais il avait quatre groupes, un par jour du lundi au jeudi. Comme on était mercredi, il donnait cours plus tard cette journée-là. Cela dit, il n'avait rien à préparer, car il était du genre prévoyant : toutes ses notes de cours avaient été écrites avant le début de l'année.
Tout de même, il rentra rapidement chez lui pour s'assurer de prendre les bonnes notes et il les relut comme à son habitude. Franchement, il n'était pas un professeur exceptionnel, mais au moins il était bien organisé et à son affaire – ce qui n'était pas le cas de beaucoup de ses collègues. Il expliquait quand même bien et la seule remontrance qu'on lui faisait sans cesse était qu'il se montrait trop strict, en particulier lors de la correction des examens.
Cette journée fut donc tout à fait normale, et au final il resta avec le même sentiment de joie mêlée de culpabilité. Cela dit, il était bien clair sur une chose : il ne retenterait pas de coucher avec Inui. C'était trop douloureux et, surtout, il n'aimait pas l'idée de le tromper à ce point. D'ailleurs, dès qu'il trouverait le bon moment, il lui avouerait qu'il n'était pas Kaoru.
Il était un adulte, plus un adolescent. Il serait capable de prendre le rejet. Il avait eu déjà plus que ce qu'il n'avait jamais pu espérer. Inui lui en voudrait surement, mais ce serait mieux que de poursuivre son mensonge. Autant pour le plus vieux que pour lui-même.
~xxx~
Ils avaient décidé de se rencontrer directement dans un restaurant. Cette fois, c'était Hazue qui avait proposé l'endroit. Il avait choisi un endroit de fondue Shabu-Shabu pour permettre une longue soirée remplie de discussion.
Ce qu'il prévoyait, pour cette soirée-là, était bien simple. Ils allaient d'abord discuter dans le calme, en mangeant, et, vers la fin du repas, quand Hazue sentirait le bon moment, il amènerait le sujet et avouerait ce qu'il avait fait. La suite, il ne pouvait évidemment la prévoir, mais il avait quelques hypothèses.
La première serait qu'Inui ne le croit pas : alors il lui montrerait une photo de lui et son frère sur son téléphone. Ensuite, il y avait toujours l'hypothèse qu'il soit tellement choqué qu'il ne sache quoi dire. Il y avait des chances qu'il cherche à couper les ponts pour de bon, ce que Hazue ne voulait pas.
Dans tous les cas, il ne prendrait pas bien la nouvelle. Il y avait de bonnes chances aussi pour qu'il lui demande la raison, et Hazue s'était décidé à dire la vérité jusqu'au bout. Il n'en avait plus le choix, il devait être honnête, sinon il n'arriverait pas à vivre avec lui-même. Il se doutait qu'il risquait de le perdre ou de lui causer beaucoup de peine, mais il était rendu là. Il devait assumer.
Le début de la soirée se passa comme il l'avait prévu. Cette fois-là, Inui avait un complet assez sobre mais de bon gout – Hazue se sentit rougir, puisqu'il était en jeans. Il avait l'air d'un homme d'affaires habillé ainsi, ce qui était étrange considérant sa profession, aussi le plus jeune lui en demanda la raison. Son senpai lui expliqua donc qu'il avait dû rencontrer des clients, qu'en fait la plupart des vendredis étaient dédiés à cette tâche. Il développait des médicaments, après tout : il fallait bien les vendre. Comme il était chef d'équipe, c'était, en partie, son travail.
Hazue de son côté avait passé la journée à tenter d'écrire; bien sûr, il n'en dit pas un mot et inventa qu'il avait fait un peu de correction. Il n'y avait personne de son entourage qui savait qu'il écrivait; il avait un seul ami au courant, à qui il faisait lire et qui le corrigeait de manière très sévère, mais autrement c'était encore un secret tant qu'il n'écrivait rien de publiable.
Le début et le milieu du repas se passèrent bien. La discussion alla dans toutes sortes de sujets sans vraiment s'attarder; entre l'actualité, les derniers films parus au cinéma et quelques souvenirs du collège, ils ne gardèrent aucun point précis. Hazue, avec chaque minute qui passait, se sentait de plus en plus stressé. Il avait perdu l'appétit, mais se forçait à manger encore un peu pour ne pas alerter son vis-à-vis. Quand il sentait ses mains trembler, il respirait profondément sans trop en avoir l'air et attendait que ça passe.
Inui semblait ne rien remarquer; tout au plus nota-t-il qu'il avait l'air un peu dans la lune. Hazue s'excusa en prétextant un manque de sommeil – ce qui était bien le cas de toute façon. Il y eut un silence, et soudain Hazue se dit que c'était le moment qu'il attendait : aussi il ouvrit la bouche, prêt à sortir une phrase qui ressemblerait à «je dois t'avouer quelque chose», mais il n'en eut jamais l'occasion.
C'était encore son regard. Les yeux d'Inui ne devraient pas exister. Hazue ne devrait pas pouvoir les voir si bien. Pendant ce silence, pendant que Hazue cherchait ses mots, Inui avait déposé ses baguettes et il le regardait, le fixait, l'analysait et l'admirait tout en même temps. Sans connaitre le contexte, on aurait facilement pu croire qu'il regardait une œuvre d'art; sauf que c'était Hazue qu'il fixait.
Les yeux de Hazue se sentirent aspirés par ceux du plus vieux. Leur regard s'éternisa, dans le silence rempli de bruits du restaurant; et tout à coup, Hazue réalisa qu'il ne serait jamais capable de lui avouer la vérité. Il ne serait jamais capable de se détourner de ces yeux-là, de s'en défaire. Il était un drogué : sa drogue, c'était ce regard.
Quand enfin le plus vieux détourna les yeux en premier, il lui demanda, si bas que Hazue eut peur de mal entendre :
- Après ce repas, est-ce que je peux aller chez toi, Kaidoh?
Hazue déglutit et tenta de répondre que ce n'était pas une bonne idée, qu'il le trompait depuis le départ, mais au final sa tête acquiesça sans son accord. Le reste du repas se fit dans le silence et ils sortirent en vitesse du restaurant.
À peine furent-ils rentrés chez lui qu'ils s'embrassaient profondément; Hazue aurait eu du mal à juger qui avait fait le premier pas cette fois. En tout cas, une chose était évidente : il n'y avait pas le gout de l'alcool. Ce ne pourrait plus être une excuse, autant pour lui-même que pour Inui. Sur le coup, pourtant, il n'arriva pas à s'en soucier.
Le fait était qu'il en avait affreusement envie, depuis si longtemps maintenant, qu'il n'aurait jamais réussi à s'en priver. Les mains d'Inui sur lui étaient chaudes, sa langue qui caressait la sienne experte. Jamais on l'avait regardé avec autant d'amour, autant de tendresse, comme s'il était la plus belle merveille du monde. Jamais Hazue ne s'était senti autant aimé.
Il avait toujours été dans l'ombre de son grand frère, qu'il le veuille ou non. À l'âge où lui-même en était encore à jouer à des jeux imaginaires, Kaoru lui avait un talent, de la persévérance, et il était reconnu. Il n'était pas à proprement parler populaire, mais beaucoup l'admiraient et le respectaient. Il y avait même des filles qui en étaient fan – alors qu'elles auraient pu choisir Tezuka ou Fuji – et il avait eu son lot de déclarations, du seul fait de sa participation au club de tennis.
Hazue, lui, pouvait compter sur ses doigts le nombre de déclarations qu'il avait reçues dans sa vie au complet – c'était moins que ce que Kaoru avait eu en trois ans de collège. Il n'avait aussi jamais eu la seule personne qui comptait pour lui, parce que, comme tous les autres, il lui préférait son grand frère.
On s'attendait sans cesse, mais sans vraiment y croire, à ce qu'il atteigne le même niveau que Kaoru. Évidemment, on ne croyait pas qu'il se mettrait au tennis, mais on avait espoir qu'il excellerait dans son propre sport. Sauf qu'il n'était pas un sportif, et sa passion, les livres, ne semblait pas pouvoir compenser. Les rats de bibliothèque n'ont jamais autant la cote, en fait il passait plus souvent que permis pour un otaku, surtout que son frère était à l'opposé.
On ajoutait à ça qu'il était timide, mais sans avoir la même confiance que Kaoru, qu'il n'était pas vraiment asocial mais qu'il ne marquait pas les esprits, et, au final, indépendamment de ses talents, il n'avait jamais pu arriver à la cheville de son ainé. Il ne l'avait jamais détesté, car il savait que lui aussi souffrait pour d'autres raisons, mais il en avait souvent été jaloux, et aurait bien aimé avoir lui aussi son heure de gloire.
Il adorait et admirait son grand frère, il aurait tout fait pour le soutenir en cas de problèmes, mais il y avait sans cesse une part de lui qui le jalousait parce qu'il avait tout eu : le tennis, la popularité, l'admiration et, surtout, Inui. Ce qu'il n'arrivait pas à lui pardonner, c'était qu'il n'ait jamais même remarqué qu'Inui l'aimait et qu'il n'avait jamais pu lui rendre son amour.
Alors qu'Inui le serrait dans ses bras, Hazue ne pouvait s'empêcher de détester son grand frère. S'il n'avait pas existé, peut-être que ce serait lui que l'ancien probabiliste aimerait. Peut-être que ce serait lui qui aurait été son kouhai au tennis, lui qui aurait tout partagé avec lui. Peut-être que ce serait vraiment lui qui mériterait cette place.
Mais, quand ils eurent fini et qu'Inui s'endormit en l'emprisonnant dans ses bras, Hazue ferma les yeux et demanda pardon à son grand frère, parce qu'il savait que la personne qui ne devrait pas exister dans ce monde, c'était lui, et lui uniquement.
