De retour du côté d'Inui! Et, oh, on a un genre de cliffhanger en prime. Ah ha, je suis machiavélique. Enfin, sinon l'histoire dérape, comme toujours (en même temps ça ne pouvait pas faire autrement avec ces deux malhabiles XD).

Bonne lecture!


Inui ne savait plus que penser.

Au fond, il était heureux, et, pour cette seule raison, il avait plutôt envie de ne pas réfléchir. Seulement, ce n'était pas son genre de tout accepter sans se questionner, surtout pour un sujet si important.

Il avait cru au départ que, si Kaidoh avait couché une fois avec lui, c'était par pitié, ou parce qu'il ne se contrôlait plus à cause de l'alcool. Il avait cru avoir été le seul responsable et, pour cette même raison, il s'était juré de ne rien tenter de plus. D'ailleurs, il n'avait pas commandé d'alcool au restaurant pour ne pas perdre de vu cet objectif.

Il aurait du mal à expliquer ce qui s'était passé. D'un seul coup, il lui avait semblé que Kaidoh était magnifique : il y avait quelque chose, dans son attitude, qui avait attiré son regard. Son expression à la fois déterminée et incertaine, qui pourtant ne ressemblait pas du tout au Kaidoh qu'il connaissait, l'avait empêché de s'en détourner : il avait été pris d'une bouffée d'amour, de tendresse, pour l'adulte qui se tenait devant lui.

Avant, il y revoyait toujours son kouhai de treize ans, et il n'arrêtait pas de comparer cette ancienne vision avec celle d'aujourd'hui. C'était la première fois qu'il voyait Kaidoh pour ce qu'il était maintenant, indépendamment de sa version passée. C'était la première fois, depuis qu'il le revoyait, qu'il se rendait compte d'à quel point il ne l'aimait pas que parce qu'il l'avait d'abord aimé, mais aussi pour toutes ces petites choses qui en faisaient la personne actuelle.

Aussi étrange cela puisse paraitre, il était retombé amoureux de la même personne.

Quand Kaidoh avait enfin rencontré son regard, on aurait dit un feu d'artifice dans son cerveau. Dans ces yeux-là, c'était impossible de se tromper : il y avait de l'amour. Kaidoh, à son instar, était-il tombé amoureux de lui? Bien qu'il n'ait jamais envisagé la chose plus jeune?

Inui était poussé à se questionner. Il avait toujours eu confiance en ses données à l'époque, mais il devait admettre qu'il avait maintenant des doutes. Et si jamais il s'était trompé? Si Kaidoh n'avait pas été amoureux de Momoshiro mais de lui-même? S'était-il trompé en tenant pour acquis qu'il en aimait un autre? Aurait-il dû se déclarer au lieu d'abandonner?

Il en avait la tête qui tournait. Toute cette histoire datait de si longtemps qu'il ne pouvait plus avoir aucune certitude. À ce moment-là, il était encore dans ses chiffres, et peut-être qu'il n'avait pas vu la réalité pour ce qu'elle était : peut-être s'était-il convaincu que Kaidoh ne l'aimait pas pour une raison qu'il ignorait?

Indépendamment de s'il l'avait aimé dans le temps, le fait était que, aujourd'hui, Kaidoh l'aimait. Inui, sans se vanter, avait une idée de ce à quoi ressemblait le regard d'une personne qui l'aimait. Il n'avait aucun doute dans son esprit : Kaidoh était amoureux de lui.

Le reste avait confirmé ses suspicions. Il avait demandé à aller chez lui pour confirmer ses soupçons, et sa réaction, hormis qu'elle était mignonne – il avait rougi et, incapable de répondre, avait fini par hocher la tête –, prouvait qu'il avait raison.

Kaidoh l'aimait.

Cette seule affirmation le rendait si heureux que toute l'étrangeté de la situation n'entamait pas son enthousiasme. Sûr, il se posait des questions, réalisait que quelque chose n'allait pas, mais il n'arrivait pas à s'en soucier.

Leur étreinte avait été complètement différente de la première. Cette fois, Inui savait ce qu'il faisait, et Kaidoh était clairement consentant : mieux, il était entreprenant. Les préliminaires avaient duré plus longtemps qu'Inui n'avait même pu l'imaginer. Ils avaient vraiment, dans le sens fort, fait l'amour. Il n'avait jamais vécu quelque chose d'aussi intense avant, ils avaient été en complète symbiose.

Kaidoh ne lui avait pas encore avoué ses sentiments, mais c'était tout comme. Inui n'insisterait pas, il le connaissait assez pour savoir qu'il n'était pas du genre à crier ses sentiments : il était trop embarrassé pour le faire. Peut-être même qu'il ne s'avouait pas totalement ce qu'il ressentait.

Le samedi matin, contrairement à l'autre fois, il n'était pas seul dans son lit. Kaidoh était encore endormi dans ses bras. Inui, qui venait de se réveiller, ne bougea pas, même pour remettre ses lunettes, et l'observa. Il avait beaucoup changé depuis le collège, mais il avait conservé plusieurs de ses traits originels.

Cela dit, à bien y penser, il était devenu beaucoup plus doux. Il avait perdu de cette agressivité qui, à son adolescence, ne le quittait pas. C'était un des traits de personnalité qu'il aimait de lui, parce qu'il avait compris, à force de le côtoyer, que ce n'était pas que de l'agressivité : c'était de la volonté, la volonté de faire face à tout ce qui lui arriverait la tête haute. De la fierté, en quelque sorte.

C'était surement un trait typique à l'adolescence, où l'on croit avoir raison sur tout, et probablement qu'en vieillissant il avait gagné en maturité et en doutes. Il avait vécu plusieurs expériences qui lui avaient appris qu'il n'avait pas toujours raison, que parfois il faut se plier pour vivre. On aurait pu le voir comme une perte, mais Inui aimait à y voir plutôt une évolution : il était devenu plus pondéré, plus à même de vivre en société.

Incapable de s'arrêter, il laissa sa main replacer une mèche de cheveux qui lui tombait dans les yeux. Le plus jeune, en réponse, bougea quelque peu, mais il ne se réveilla pas. Au bout d'un moment, l'expression détendue, il murmura dans son sommeil :

- Inui-senpai...

Un sourire attendri se posa sur ses lèvres : comment résister quand Kaidoh se montrait si mignon? Il décida qu'il avait assez dormi et déposa un baiser sur son front. Comme il n'ouvrait toujours pas les yeux, Inui murmura :

- Kaidoh, c'est le matin.

Enfin, les yeux clignèrent quelques fois avant de se poser sur les siens; et aussitôt, un sourire élut domicile sur ses lèvres. Kaidoh, en vieillissant, était vraiment devenu plus expressif. C'était un changement qu'Inui appréciait beaucoup, surtout dans ce genre de contexte.

Alors qu'il s'éveillait tranquillement, le plus vieux lui demanda :

- Tu as bien dormi?

Le plus jeune hocha la tête avec un bâillement et demanda :

- Et toi?

Inui laissa ses doigts parcourir sa joue pour lui répondre :

- Très bien.

Puis, sans lui laisser le temps de protester, il se pencha sur lui pour l'embrasser. Kaidoh lui répondit aussitôt. Ce n'était pas la première fois qu'Inui faisait l'amour le matin et il avait toujours aimé ce genre de réveil. Cela dit, rien de ce qu'il avait déjà vécu pouvait s'y comparer.

Comme on était samedi et que ni l'un ni l'autre n'était occupé, ils passèrent tout l'avant-midi dans le lit, à se caresser et se parler. Vers l'heure du midi, Inui proposa à son amour de lui cuisiner quelque chose. Il lui expliqua aussitôt qu'il s'était amélioré depuis son adolescence et qu'il n'avait pas à craindre un empoisonnement alimentaire.

Sur ces paroles, Kaidoh eut un petit rire. Plus jeune, il ne riait jamais, mais maintenant il lui arrivait de rire – ce n'était jamais des fous rires, cela dit. Il souriait beaucoup aussi, ce qui l'avait d'abord surpris. Décidément, il avait vieilli par bien des aspects, et Inui se demanda s'il avait ce même genre de réflexion à son sujet.

Finalement, Kaidoh le complimenta sur son repas. Ensuite, ils passèrent encore l'après-midi au lit comme un jeune couple – ce qu'ils étaient d'ailleurs. Finalement, Inui demanda s'il pouvait encore y passer la nuit et il resta chez lui jusqu'au dimanche soir.

Ils ne sortirent qu'une seule fois, le samedi soir, pour aller manger au restaurant, mais ils rentrèrent bien rapidement. Inui n'aurait jamais cru que tout se ferait si vite : pourtant, il devait admettre que c'était bien le cas. Même si ça ne faisait pas une semaine qu'ils s'étaient retrouvés, ils étaient déjà comme un vrai couple.

Kaidoh le surprit en lui avouant, pendant qu'ils faisaient l'amour, qu'il l'aimait. Inui, qui avait cru qu'il n'acceptait pas ses sentiments, devait se rendre à l'évidence que ce n'était pas du tout le cas.

Après un tel weekend, il lui était impossible de réfléchir correctement. Quand il arriva au travail lundi matin, il exultait tellement de bonheur que sa collègue, avec son tact habituel, lui fit remarquer :

- Inui-san, tu as vu une femme ce weekend, pas vrai?

Ce n'était pas exactement une femme, aussi Inui changea de sujet :

- Takahashi-san, tu veux bien me passer le bécher?

La jeune femme le lui donna en lui demandant, le regard complice :

- Elle doit être vraiment jolie. Tu l'as connue comment?

Voyant venir le mal de tête, il préféra lui dire :

- Oui, je suis maintenant en couple, mais, si tu veux bien, je préfèrerais travailler.

- Ah, je le savais!

Elle semblait vraiment heureuse, alors Inui lui fit un sourire. Cela dit, il n'engagea pas plus loin la conversation et, après plusieurs essais, sa collègue finit par abandonner l'idée de savoir. Elle était curieuse, mais elle était déjà contente de le savoir en couple, alors elle acceptait de ne pas en savoir plus.

Ce ne fut que le soir même qu'Inui décida d'y réfléchir plus sérieusement. Cela dit, il parvint à la conclusion qu'il n'avait pas à s'en faire. Au pire, il demanderait des clarifications à Kaidoh. Ce n'était pas très important maintenant; tout ce qui comptait, c'était qu'ils s'aimaient.

~xxx~

Plusieurs semaines passèrent ainsi. Inui voyait Kaidoh chaque vendredi, presque sans exception. Il était toujours celui à faire l'invitation, mais il ne s'en formalisait pas : son kouhai était timide après tout. Il était l'ainé, c'était à lui de faire les premiers pas.

Dépendant des semaines, il le voyait parfois tout le weekend. Il ne se contentait plus d'aller chez le plus jeune : il l'avait invité de nombreuses fois chez lui. Kaidoh avait paru comblé de voir son appartement, d'ailleurs.

Au fil de leurs rencontres, Inui sentait son amour grandir. La passion qu'il avait vécue à l'adolescence était devenue complètement autre chose. Il ne souffrait plus de ses sentiments : il avait l'impression que, parce qu'ils avaient tous les deux maturé, leur couple pourrait fonctionner. Il était plein d'optimisme et d'espoir quant à l'avenir.

Il y avait une part de lui qui lui disait qu'il avait eu raison de croire qu'ils se retrouveraient.

Au bout d'un certain temps, tout de même, il tenta de le questionner un peu sur leur passé commun, mais Kaidoh resta évasif sur le sujet. Inui comprit qu'il devait avoir honte de son comportement de l'époque, ou qu'alors il ne s'en souvenait pas bien. Ça ou il préférait penser plus au présent qu'au passé, ce qui, tout compte fait, allait bien avec Inui.

Il n'avait pas délaissé les probabilités pour rien : c'était pour revenir dans le vrai monde. Aussi, il n'insisterait pas pour comprendre ce qui s'était passé avant, c'était sans importance. Le vrai monde, c'était ce qu'ils vivaient, dans le présent, ensemble.

Kaidoh avait l'air heureux avec lui, ce qui lui était suffisant. Il y avait bien des moments où il avait une expression un peu mélancolique, mais tout le monde a son lot de problèmes. Peut-être éprouvait-il quelques difficultés à son travail, ou alors sa famille lui posait des problèmes. En tout cas, tant qu'il ne lui en parlait pas, Inui éviterait de lui faire un interrogatoire. Il ferait plutôt tout en son pouvoir pour lui remonter le moral. En tant que petit ami, c'était la moindre des choses.

Inui venait de finir de manger quand il reçut un appel. Il était seul dans son appartement et se demandait justement comment occuper sa soirée. Son portable le sortit de ses réflexions et il regarda l'afficheur : numéro inconnu. Il répondit tout de même :

- Oui allo?

- Inui? C'est toi?

L'ancien probabiliste ne reconnaissait pas la voix plutôt enjouée de l'autre côté du fil et c'est pourquoi il demanda :

- Excusez-moi, mais je ne reconnais pas votre voix.

- Ah, désolé, fit l'homme avec une pointe de culpabilité, c'est vrai que ça fait longtemps. C'est Kawamura Takashi, du restaurant de sushi. On a été au même club de tennis au collège Seigaku.

Après une seconde d'hésitation, le scientifique sortit d'une voix surprise :

- Oh, Taka-san?

- Exact, fit l'homme avec un petit ricanement. Excuse-moi, je t'ai pas demandé, je te dérange?

Inui se sentit sourire de nostalgie. Dire qu'il venait à peine de retrouver Kaidoh, il ne pensait pas avoir affaire à un autre membre du club aussi tôt. D'ailleurs, il n'avait revu personne de Seigaku depuis ces quinze années. Le joueur à la double personnalité ne semblait pas avoir trop changé : d'après sa voix, il était toujours aussi effacé malgré les années, ce qui ne l'avait jamais empêché de s'afficher si nécessaire.

- Non, ça va, je viens de finir de manger, expliqua l'ancien probabiliste.

- Okay, super! Écoute, euh, je discuterais plus longtemps avec toi, mais j'ai pas trop de temps sur le moment, alors je vais t'expliquer. Je fais le tour de tous les anciens titulaires de Seigaku pour faire une réunion.

Il y eut une pause et Inui en profita pour demander :

- Tout le monde est invité?

- Justement, continua le restaurateur, ça a été un peu compliqué, mais finalement j'ai pu trouver une date qui convenait à tout le monde. En fait, je suis désolé, t'es le dernier que j'appelle, alors on a déjà la date et tout.

- Pas de problème, le rassura Inui, je n'ai pas un horaire chargé. C'est quand?

- Euh, fit-il avec hésitation (Inui l'imagina fourrager dans ses cheveux avec un air incertain, comme il le faisait plus jeune), le truc c'est que ce serait ce vendredi... je suis vraiment désolé de te prévenir si tard, j'ai voulu le faire plus tôt mais...

- Ce n'est pas grave, le coupa-t-il, je n'avais justement rien de prévu.

C'était vrai : il avait pensé inviter Kaidoh comme à l'habitude, mais puisqu'il y serait aussi, il n'avait aucun problème à ne pas le faire. Le chef de sushi répondit, l'air comblé :

- Génial! Je suis content que tu sois libre! Tu te souviens où est le restaurant?

- Oui, pas de problèmes, fit Inui. Mais, au fait, qui y sera?

Il y eut un bruit de l'autre côté du fil – il devait changer d'oreille – et il finit par répondre, le ton rendu lent par la réflexion :

- Alors, on va être les six senpais déjà, Fuji, Tezuka, Oishi, Eiji, toi et moi, ensuite Kaidoh et Momo. Ça a été plus compliqué pour Echizen, mais finalement il va venir. Oh et Ryuuzaki-sensei aussi sera là avec sa petite fille. Je crois que j'oublie personne...

Inui acquiesça : comme il le croyait, Kaidoh serait de la partie. Il lui fit donc :

- Parfait. Je serai là pour dix-neuf heures alors.

- Super. Encore désolé de m'y être pris à la dernière minute...

- C'est bon, lui fit Inui sur un ton chaleureux. Tu me disais être occupé non? Je vais te laisser vaquer à tes occupations. À vendredi!

- À vendredi! J'ai vraiment hâte de te revoir!

- Moi aussi!

Sur ces paroles, l'ancien probabiliste raccrocha. Il ne s'attendait pas du tout à ce développement, mais il devait avouer qu'il en était plutôt heureux. Ils avaient vraiment formé une équipe proche, presque une famille, et pourtant il avait perdu contact avec tous. Il se jura qu'il essaierait de reprendre contact avec la plupart après cette soirée.

Il ne savait pas comment il avait pu les laisser tomber de cette façon. À l'époque, il pensait tellement à Kaidoh qu'il avait mis de côté ses autres coéquipiers, et il ne l'avait réalisé que lorsqu'il était trop tard. Au final, il s'était fait d'autres amis au lycée, qu'il avait aussi abandonné. Il n'y avait que ses amis de l'université qu'il n'avait pas encore lâchés à ce jour, même s'il ne les voyait pas si souvent.

Son réseau social, il s'en rendait compte, était plutôt petit. Il ne ferait aucun mal de l'agrandir avec d'anciens coéquipiers. Il espérait qu'ils s'entendraient aussi bien qu'à l'époque, même si c'était sans doute utopique de le penser – ils étaient au début de l'adolescence à l'époque, et des adultes matures maintenant. Sans compter que ce qui les avait toujours réunis était le tennis; or, Kaidoh et lui-même n'en faisaient plus.

Enfin, il ne servait à rien d'angoisser pour l'instant. Inui décida donc de se lever et de faire la vaisselle : il verrait après ce qu'il pourrait faire pour occuper sa soirée.