Enfin un chapitre ni du PoV d'Inui, ni de Hazue. Vous devez vous doutez un peu de ce qui va arriver... pauvre Inui. Enfin, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes!

Bonne lecture!


Honnêtement, Kaoru avait des sentiments mitigés par rapport à cette rencontre. Certes, il avait bien envie de revoir ses anciens collègues, mais, comme plus jeune, il n'était pas très à l'aise dans ce genre de contexte. Ils seraient beaucoup et, surtout, il reverrait certaines personnes qu'il n'avait pas vues depuis quinze ans.

Il savait à l'avance qu'il se sentirait mal à l'aise. Et s'ils avaient tellement changé qu'il ne les reconnaissait pas du premier coup d'œil? Ce serait tellement gênant!

Néanmoins, il était trop tard pour rebrousser chemin. Il se tenait justement sur le seuil du Kawamura Sushi et sa main s'apprêtait à ouvrir la porte. Il sentait son cœur battre à tout rompre et il se traita à nouveau d'imbécile pour avoir refusé l'offre de Momo. Il avait cru, au moment où la pêche lui avait proposé d'arriver ensemble, que ce serait plus gênant, mais il devait admettre que sa présence l'aurait calmé.

Après une bonne inspiration, il se persuada que d'attendre là serait de toute façon pire et ouvrit la porte d'un seul coup.

Le restaurant avait été réservé au complet pour l'occasion – comme c'était le cas lors de leurs années de collège. Kaoru fut accueilli par une salve d'exclamations. La salle n'était pas encore pleine, mais il y avait déjà plusieurs personnes, dont Momoshiro qui se fit une joie de l'approcher. Le serpent l'évita du regard – l'autre se plaignit, mais il s'en occuperait plus tard – et lorgna la pièce.

Honnêtement, la personne qu'il avait à la fois le plus hâte et redoutait le plus de voir était Inui. C'est pourquoi il le chercha des yeux, mais, après un regard sur l'assistance, il ne put le trouver. Il y avait Fuji, assis au comptoir, à côté de Tezuka – ils n'avaient pas changé d'un poil, c'était surprenant. Kaoru les avait tous les deux aperçus à la télévision, Tezuka parce qu'il était joueur de tennis professionnel et Fuji parce qu'il était devenu acteur – étonnamment, il était bon pour jouer.

À une table étaient assises l'ancienne coach, qui avait vraiment pris un coup de vieux, et une jeune femme qu'il identifia comme sa petite fille – c'était fou à quel point elle avait changé. Elle était devenue une belle femme, songea-t-il avec un certain désintérêt. Elle devait être mariée, mais n'était pas pour autant accompagnée.

Derrière le comptoir se trouvait Kawamura, qui faisait ses sushis. Il était accompagné d'une belle femme à qui il devait être marié; habillée d'un tablier, elle s'occupait de servir. Deux enfants de moins de dix ans, un garçon et une fille, se promenaient dans le restaurant – ce devait être leurs enfants. Leur père tenta d'ailleurs de leur dire de se tenir plus tranquilles, mais essuya un échec cuisant.

Seul à une table, devant une assiette remplie qu'il s'occupait à vider, se trouvait Echizen. Lui non plus n'avait pas beaucoup changé, hormis évidemment qu'il était devenu plus grand et encore plus séduisant qu'à ses douze ans. Il avait encore une coupe de cheveux semblable, cela dit. Kaoru le reconnut tout de suite pour l'avoir vu à la télé lui aussi : il venait de remporter son il-ne-savait-combientième tournoi.

Le dernier était évidemment son petit ami, qui à l'heure actuelle tentait d'attirer son attention en lui touchant les joues du doigt d'une manière tout sauf tendre. Kaoru daigna enfin donner l'attention que requérait l'imbécile heureux avec qui il partageait sa vie et lui ordonna sèchement de le lâcher. La pêche fit une moue, que Kaoru mourrait avant d'avouer mignonne, mais il ne se fâcha pas et le tira plutôt par le bras jusqu'à la table d'Echizen.

Momo se laissa tomber à côté du prodige et lui reprocha d'avoir presque tout manger – ce qui était on ne peut plus faux, l'assiette n'était même pas à la moitié. Le plus jeune lui rétorqua «qui va à la chasse perd sa place» et Momo s'empressa donc de lui piquer un sushi. Surpris qu'ils aient si peu changé en quinze ans, Kaoru se laissa tomber devant la pêche et se demanda de quoi aurait l'air son ancien mentor. Aurait-il toujours ses lunettes et son cahier à la main? Faisait-il toujours ses affreux jus?

Kawamura déposa une assiette devant lui sans lui demander son avis et lui fit, avec son sourire à la fois timide et comblé :

- C'est la maison qui offre, Kaidoh. Je suis vraiment content qu'on se soit tous retrouvé.

- Taka-san, intervint Momo, garde le discours pour quand tout le monde sera là.

L'interpelé se caressa le derrière de la tête d'un air incertain en ricanant nerveusement et il abonda dans son sens :

- T'as raison, Momo. N'empêche, ça fait tellement de temps que j'essaie de planifier cette soirée, maintenant qu'on y est, j'ai du mal à y croire.

Kaoru se sentit l'envie de sourire, mais se retint juste à temps. Lui aussi, bien qu'il ait été stressé par la situation, était heureux de tous les revoir. Il avait l'impression d'avoir de nouveau treize ans. D'ailleurs, il était vraiment honoré d'être invité même si à l'époque il n'avait été qu'un deuxième année.

La scène fut coupée par la porte qui s'ouvrit. Kaoru s'y tourna, espérant y surprendre son ancien partenaire de double, mais il fut plutôt accueilli par Eiji et Oishi. Ils se tenaient la main, mais la lâchèrent à peine quelques secondes après être entrés. Ce n'était un secret pour personne qu'ils étaient en couple – ils s'étaient affichés depuis longtemps maintenant –, mais ils tenaient sans doute à ne pas se montrer trop démonstratifs.

Ils furent accueillis de la même façon que Kaoru, mais ce ne fut pas long qu'ils se retrouvèrent eux aussi devant une assiette de sushi. Le serpent se rappela alors qu'il devait encore manger les siens et en engouffra un au hasard. Il savoura le gout en se rappelant ce qu'étaient devenus ses deux senpais. Aux dernières nouvelles, Eiji venait d'annoncer sa retraite du monde professionnel du tennis pour s'adonner à un nouvel emploi plutôt particulier : il voulait devenir pâtissier.

Oishi de son côté était médecin, comme il l'avait toujours voulu, et travaillait dans une clinique spécialisée pour les athlètes. Un pâtissier avec un médecin, c'était un mélange plutôt particulier, mais apparemment ils n'avaient aucun problème avec la situation, puisqu'ils avaient l'air plus proches que jamais.

Kaoru reporta son attention sur Momo, qui l'ignorait au profit de son ancien meilleur ami, Echizen, dont il s'était beaucoup ennuyé. La pêche lui avait souvent confié que, quand il le voyait à la télé, il lui prenait l'envie de lui ébouriffer les cheveux comme il l'avait souvent fait et d'aller s'empiffrer de hamburgers avec lui. Il avait beau s'être fait plein d'amis depuis, il s'ennuyait encore par moments de leur petit prodige, qu'il avait pourtant côtoyé pendant moins d'un an.

Kaoru se sentit sourire devant la scène et espéra que son copain en profitait. Il se sentait presque de trop à la table et songea à changer de place, mais à peine tentait-il de se lever que Momo, tout sourire, lança à son ami – assez fort pour que tout le restaurant l'entende :

- Ça fait que Kaidoh et moi on est ensemble depuis l'université!

Tous les regards se rivèrent sur eux et Kaoru se sentit prêt à assommer son petit ami et à s'enfoncer dans un trou – idéalement dans cet ordre. Néanmoins, avant qu'il n'en ait l'occasion, ce fut un concert de félicitations et de questions sur le comment du pourquoi. Momo, trop heureux d'étaler leur vie personnelle, expliqua tout pendant que Kaoru tentait de ne pas trop rougir, sans succès.

On changeait enfin de sujet quand la porte s'ouvrit de nouveau sur la dernière personne qui manquait. Il fallut à Kaoru quelques secondes avant de le reconnaitre. Inui n'avait pas tant changé – il était toujours aussi grand et sa coupe de cheveux était la même –, mais un détail brouillait complètement le souvenir qu'il en avait gardé : ses lunettes.

Non seulement elles laissaient voir ses yeux, mais en plus elles étaient maintenant ovales, plutôt discrètes, d'un bon gout indéniable. L'homme de maintenant trente ans était habillé dans un habit trois-pièces de couleurs sobres mais élégantes qui semblait fait sur mesure. Il avait à la main une mallette qui lui donnait l'air important.

Il s'excusa du retard en prétextant une réunion interminable et pénétra sous les bienvenues de tout le monde. Après avoir discuté avec quelques personnes, dont Tezuka, il s'approcha de Kaoru et s'installa à ses côtés. Puis, avec un naturel désarmant, il lui demanda :

- Salut, Kaidoh. Ça va bien?

Kaoru, incertain de la bonne attitude à adopter, siffla comme à son habitude et finit par acquiescer. Momo, qui avait toujours été jaloux d'Inui – pourtant il n'y avait vraiment pas de quoi, il n'y avait absolument rien entre eux –, s'interposa immédiatement pour dire :

- Inui-senpai, je sais que t'as toujours eu des vues sur Kaidoh, mais, je suis désolé, il est déjà pris.

Inui semblait déconcerté. Il lui envoya un regard qui lui semblait à la fois complice et incrédule. Kaoru détourna aussitôt le regard, alors le plus vieux lui demanda, la voix étonnamment basse :

- C'est vrai, Kaidoh?

Le serpent, qui ne savait pas comment interpréter son comportement, se contenta donc de hocher la tête. La pêche se fit une joie de tout lui expliquer comme il l'avait fait plus tôt pendant qu'Echizen continuait d'engouffrer sa nourriture. Kaoru quant à lui observa son senpai du coin de l'œil. C'était encore difficile de bien lire son expression, même si on pouvait voir ses yeux, mais il avait l'air... blessé? Non, le serpent devait mal interpréter, sans doute.

Après l'explication de son petit ami, Inui resta un moment silencieux. Néanmoins, alors que la conversation allait dans une autre direction, il se pencha vers lui pour le regarder. Déboussolé, Kaoru eut le réflexe de se déplacer du côté inverse. Il se souvenait qu'Inui était bizarre, mais il ne pensait pas que ce serait dans ce sens!

Le plus vieux enfin lui fit remarquer :

- Tes cheveux sont plus courts, tu les as coupés?

Incertain de bien comprendre la question, il répondit :

- Euh, je les ai toujours eus comme ça, senpai...

À son grand étonnement, Inui afficha un visage totalement incrédule, comme s'il ne croyait pas ce qu'il venait d'entendre. Ce n'était pourtant pas si étrange, comme phrase, non? Kaoru se questionnait sur ce qui se passait dans son cerveau quand Inui se pencha encore plus sur lui pour le scruter. Il lui fit plus bas :

- Tu es vraiment différent aujourd'hui. Même ta voix est plus grave...

Évidemment, ils ne s'étaient pas vus depuis quinze ans, sans compter qu'il n'avait que treize ans à l'époque! Maintenant complètement mal à l'aise, Kaoru fit un autre mouvement pour s'éloigner d'Inui. Ce dernier ouvrait la bouche pour dire quelque chose lorsqu'il fut coupé par Momo :

- Inui-senpai, tu lâches mon petit ami, okay?

C'était la première fois que Kaoru était content que Momo soit aussi possessif et jaloux. Inui fit ce qu'on lui demandait, mais il avait encore l'air incrédule, comme s'il ne comprenait pas ce qui se passait. Le serpent se rassit comme avant sous les exclamations des environs, en particulier Eiji qui s'extasiait que Momo et lui formaient un couple vraiment mignon.

Heureusement Oishi le calma et les discussions reprirent sur autre chose. Inui restait silencieux et il finit par avaler un sushi de l'assiette qu'on avait déposé devant lui. Kaoru le regarda un moment. Sa façon de réagir était vraiment étrange : Inui agissait comme s'ils s'étaient vus dernièrement, sauf que ce n'était pas du tout le cas. En plus, il trouvait qu'il était «différent aujourd'hui», et non pas qu'il avait changé depuis une quinzaine d'années.

Autrement dit, c'était comme s'il avait vu son double...

Kaoru eut soudain une réalisation. Pour en avoir le cœur net, il demanda à son senpai :

- Inui-senpai, est-ce que tu m'as vu dernièrement?

Momo s'étouffa avec un sushi, sans doute surpris de la question. Après tout, si c'était le cas, il lui en aurait parlé, pas vrai? Kaoru ignora son imbécile favori et laissa son attention sur Inui, qui semblait incertain. Il donnait l'impression de devoir s'adapter à un monde tellement différent qu'il pensait pouvoir provoquer une guerre en prononçant un seul mot de travers. Il le vit avaler avant de demander à son tour :

- Tu ne te le rappelles pas?

Son petit ami s'exclama qu'il devait lui expliquer la situation – il ne pouvait pas faire sa crise de jalousie ailleurs lui? –, mais Kaoru se contenta de poser sa main sur sa bouche pour le faire taire. Puis, même si ça le mettait mal à l'aise, il proposa à son ainé :

- Inui-senpai, t'es sûr que c'était pas... Hazue?

La pêche sembla réaliser la situation – il était au courant d'à quel point on les mélangeait souvent – et redevint enfin silencieux comme son petit ami le désirait. Echizen n'intervenait toujours pas, comme s'il trouvait ses sushis cent fois plus intéressants que la discussion – ce qui était peut-être le cas après tout. Le visage d'Inui quant à lui perdit progressivement toutes couleurs. Il ouvrit et ferma la bouche quelques fois sans rien dire.

Le silence resta jusqu'à ce que Kaoru, qui n'en pouvait plus de ce malaise, explique :

- Je crois pas que tu te souviennes beaucoup de lui, c'est mon petit frère. On s'est toujours beaucoup ressemblé, ça arrive souvent qu'on nous mélange.

Le silence se perpétra, tandis que les autres dans le restaurant, inconscients de ce qui se passait ici, bavardaient avec la même fougue. Comme Inui ne pipait toujours pas mot, le serpent demanda, incertain :

- Hazue te l'a pas dit?

Son senpai allait répondre, mais, coupant leur discussion, Kawamura frappa un couteau contre un verre pour attirer l'attention. Tous se tournèrent vers le propriétaire qui commença maladroitement un discours qu'il finit la larme à l'œil. Kaoru était tellement ému qu'il en oublia l'étrange épisode avec Inui et se concentra plutôt à ne pas pleurer lui non plus.

Le reste de la soirée fut des plus agréable et tous se quittèrent sur la promesse de garder contact et de se faire à nouveau ce genre de soirée.