Eh non, ce n'est toujours pas le PoV d'Inui, parce que je suis sadique comme ça! Vous allez devoir attendre. Mais bon vous avez de quoi vous nourrir en angst avec ce Hazue de toute façon alors ça devrait aller. XD
Bonne lecture!
C'était une semaine comme les autres pour Hazue, sauf que, pour une fois, elle ne se termina pas sur une rencontre avec Inui. L'ancien probabiliste était toujours celui à fixer leurs rendez-vous et Hazue, par un réflexe (inutile et hypocrite) de mauvaise conscience, n'osait jamais l'inviter.
Comme il n'avait pas de nouvelles d'Inui, il passa ce soir-là seul dans son appartement, à imaginer ce que ce serait si son petit ami était là. Il se rappela à quel point il le trompait, à quel point il avait envie d'être dans ses bras, à quel point il était salaud de ne toujours pas lui avoir dit la vérité. Il y pensait toujours quand il s'ennuyait de lui, et il s'ennuyait toujours de lui quand il n'était pas dans son champ de vision.
L'amour qu'il avait pour Inui s'était métamorphosé. Ces quinze dernières années, Inui avait été un rêve impossible à atteindre, un monde parfait qu'il n'aurait jamais. Aussi, même s'il souffrait en silence de cette affection, on aurait pu dire qu'il n'y croyait pas, un peu comme s'il avait été amoureux d'une vedette. C'était une sorte d'adulation qui l'empêchait certes de s'engager, mais qui, dans la vie de tous les jours, ne lui pesait pas autant qu'on aurait pu le croire.
Aujourd'hui, Inui était à sa portée, et c'était d'autant plus difficile de réaliser qu'il était à la fois si près et si loin de lui : si près parce qu'il pouvait le toucher, l'embrasser comme il le voulait; si loin parce qu'Inui aimait Kaoru, pas Hazue.
Cela dit, il se rendait compte que c'était aussi beaucoup plus. On aurait pu dire qu'il était retombé amoureux de la même personne. Ses sentiments s'étaient complexifiés et approfondis. Il avait plus de raison d'aimer Inui, maintenant : il ne l'aimait pas juste à cause d'une image du passé. Il aimait sa façon d'être, sa confiance en lui, la tendresse avec laquelle il prenait soin de lui, toutes les attentions qu'il lui apportait.
En ce sens, Inui était le petit ami parfait. Il ne l'aurait pas cru, mais il était vraiment attentionné, attentif, compréhensif. Il ne le questionnait jamais plus que nécessaire, s'assurait toujours de son confort. Parfois, son attitude si parfaite faisait souffrir Hazue, qui était bien conscient qu'il ne méritait pas ce traitement de faveur. Cela dit, c'était paradoxalement ce qui l'empêchait de sombrer totalement dans sa culpabilité.
Inui le faisait passer par un monde d'émotions différentes. Même s'il s'en voulait de le duper, il n'arrivait pas à regretter son comportement, parce qu'il était devenu accro à lui. Il l'aimait d'un amour si puissant, maintenant, qu'il ne continuait plus à lui mentir parce qu'il était incapable de lui dire la vérité, mais carrément parce qu'il voulait préserver le plus longtemps possible ce paradis.
Son cerveau en était arrivé à l'étonnante conclusion que même Inui était mieux s'il ne lui disait rien. Il croyait son amour réciproque, et, comme Hazue, il le vivait pleinement. Il ne l'avait pas vu ces dernières années, mais il était probablement plus heureux qu'il ne l'avait jamais été. S'il lui avouait la vérité, il détruirait tout son bonheur.
Il décida de boire tout seul et finit la soirée dans son canapé, le visage envahi de larmes et l'esprit complètement dans le vague. Il avait l'alcool triste, ce soir-là, et ses pensées tournèrent sans cesse autour d'Inui et de son mensonge. Il n'arrivait simplement pas à se décider sur une marche à suivre; il aurait préféré pouvoir s'arrêter sur un moment du présent, un moment où il serait dans ses bras, et oublier toute notion de futur. Il s'endormit sans même s'en rendre compte, en imaginant le corps d'Inui contre le sien.
Il se réveilla quelques heures plus tard avec un mal de cœur atroce. Après avoir vomi un long moment dans la toilette, il tenta de changer le gout dans sa bouche avec un verre d'eau et se lança sur son lit sans se déshabiller. Le monde continuait à tourner et il broya du noir un long moment. Il pensa confusément que c'était la première fois qu'il avait un si gros badtrip à cause de l'alcool.
Il finit enfin par s'endormir dans un sommeil léger et peuplé de cauchemars.
Le lendemain, il se réveilla vers neuf heures avec un mal de tête atroce et l'estomac à l'envers. Il avala un antidouleur et but toute l'eau qu'il pouvait avaler. Il se traina ensuite sur son canapé où il ne fit rien hormis tenter de gérer son mal de tête. Il commençait enfin à aller mieux et à penser à aller prendre une douche (il avait toujours les mêmes vêtements que la veille) quand on sonna à sa porte.
À son souvenir, il n'attendait personne. En plus, il était à peine dix heures du matin. Il fit quand même l'effort de se lever et se traina contre le mur jusqu'à la porte d'entrée qu'il ouvrit. Sur le seuil l'attendait son grand frère, qui afficha aussitôt un visage inquiet en voyant son état.
- Hazue, ça va?
Le plus jeune cligna des yeux, avala malgré sa bouche toujours pâteuse et tenta de répondre, d'une voix qui lui parut encore voilée par l'alcool :
- Ouais, juste... j'ai bu hier.
L'inquiétude se métamorphosa en air de reproche, mais le plus vieux ne lui dit rien. Il lui demanda plutôt s'il pouvait rentrer et son cadet le fit pénétrer dans son appartement.
Ils se retrouvèrent face à face à la table de cuisine. Hazue savait que Kaoru n'aimait pas l'alcool, encore moins ceux qui se soulaient. Lui-même n'avait jamais bu au point d'en être malade, malgré toutes les incitations de Momo – il avait vraiment beaucoup de volonté. Le plus jeune songea qu'il désapprouverait d'autant plus sa conduite s'il apprenait qu'il avait bu tout seul. Il fit donc le choix de ne pas lui dire.
Heureusement, le plus vieux n'insista pas et engagea tout de suite la conversation sur le sujet qui l'intéressait :
- On a eu une rencontre hier avec mes anciens coéquipiers de Seigaku.
Hazue, en se frottant le front, se demanda en quoi ça le concernait. Il n'avait pas envie de réfléchir avec ce mal de crâne atroce. Heureusement, avant qu'il ne s'enfonce en lui disant qu'il s'en foutait, le plus vieux continua :
- J'ai revu Inui-senpai.
Hazue fut tellement pris par surprise qu'il se leva de sa chaise. Le mouvement eut pour effet de lui donner le vertige et il perdit un moment la carte. Lorsqu'il revint à lui, il se tenait sur la table et Kaoru le regardait avec surprise et inquiétude. Hazue prit le temps de se remettre en clignant des yeux et, enfin, il retomba sur sa chaise.
Il n'avait jamais prévu qu'Inui rencontre le vrai Kaidoh. À dire vrai, il était tellement certain que ça n'arriverait pas qu'il n'avait même pas imaginé ce cas de figure. C'était le pire des scénarios. Inui savait, maintenant, et il devait être blessé par son mensonge, sans compter qu'il devait être déboussolé. Il devait se sentir tellement mal, par la faute de Hazue.
Il ne se rendit pas compte qu'il pleurait avant que Kaoru ne lui demande, de son côté de la table :
- Hazue, qu'est-ce qui se passe?
L'alcool était toujours dans son sang, parce que Hazue se sentait prêt à tout dire – ce qui n'était jamais arrivé auparavant. Il laissa tomber son visage dans ses mains et tenta de narrer, même s'il sentait son explication confuse :
- J'ai rencontré Inui-senpai par hasard. Il pensait que j'étais toi, il voulait que je sois toi, et pis alors j'ai juste décidé que je pouvais bien en profiter, un petit peu, depuis le temps que je le voulais, sauf que sans que je m'en rende compte ça a complètement dégénéré... tout est ma faute, et Inui-senpai maintenant doit se sentir tellement mal, et merde qu'est-ce qui m'a pris de faire ça!
Avant qu'il ne puisse continuer, il sentit des bras autour de lui. Il n'avait même pas réalisé que son frère s'était levé, et voilà qu'il le serrait dans ses bras. Hazue se laissa aller dans son étreinte pour chercher le réconfort dont il avait tant besoin depuis si longtemps.
Kaoru le guida jusqu'à son divan et le laissa pleurer dans ses bras jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. Puis, quand enfin Hazue se sentit calmé, son grand frère lui demanda :
- Hazue, tu me réexpliques depuis le début?
Le plus jeune inspira et se nettoya le visage pour se redonner contenance. Puis, il se redressa et, même s'il ne se sentait physiquement pas beaucoup mieux, il acquiesça à sa demande et commença :
- Kaoru-nii-san, je pense que tu l'as jamais remarqué, mais, à l'époque du collège, Inui-senpai était amoureux de toi.
Il ne fit aucun commentaire, mais c'était évident que Hazue avait vu juste : il n'était au courant de rien.
- J'imagine que c'est normal que tu l'aies pas réalisé vu que tu le voyais tous les jours. Moi je l'ai tout de suite remarqué, qu'il te regardait différemment de tout le monde. C'est peut-être bizarre, mais, à ce moment-là, je suis tombé amoureux de lui. Ouais, parce qu'il t'aimait. Je suis stupide.
C'était l'alcool qui le rendait si pathétique, mais il savait qu'il avait toujours pensé de la sorte. En même temps, quel genre d'imbécile tombe amoureux dans ces circonstances? Kaoru ne fit rien pour le réconforter, mais il n'abonda pas dans son sens non plus : il semblait trop choqué pour réagir. Hazue continua :
- Évidemment, moi, je pensais juste rien faire et passer par-dessus ça. J'ai jamais pensé à le poursuivre parce qu'au final je savais que j'avais aucune chance. Enfin, lui non plus avait aucune chance.
Il y eut un court silence pendant lequel ils s'échangèrent un regard. Hazue soupira et continua :
- À l'époque, je croyais que lui comme moi, on passerait à autre chose. Sauf que tu le sais un peu, j'ai jamais eu de vraie relation stable.
Après un autre soupir, le plus jeune entama la phase importante de l'histoire :
- Sauf que voilà, j'ai revu par hasard Inui-senpai, et au début je te jure que j'étais convaincu qu'il pensait que c'était moi! Mais il m'a parlé de tennis et alors j'ai compris que s'il m'appelait «Kaidoh», c'était parce qu'il pensait que c'était toi. Et à ce moment-là, je voulais lui dire, c'était vraiment mon intention, mais...
Hazue sentit une larme couler sur sa joue et il accéléra pour s'assurer de finir l'histoire :
- Il me regardait comme il te regardait, toi. J'ai pas pu résister. Au départ, je me suis dit que je lui dirais plus tard, et que je profiterais en toute innocence de son regard et de son attention, sauf que... on a bu pas mal, ce soir-là, et... enfin, il m'a dit qu'il m'aimait et, au final... on a couché ensemble.
À ce stade, il n'osait carrément plus regarder son grand frère. Il avait tellement honte de son comportement! Le pire était qu'il n'avait pas fini. Il termina pour en avoir fini avec cette histoire :
- Je lui ai laissé mon numéro après et il m'a rappelé, alors on s'est revus plusieurs fois. Je songeais toujours à lui dire, mais j'y arrivais jamais. Plus le temps passait et plus c'était difficile. Résultat : maintenant, il l'a appris de la pire des façons. Il doit vraiment me détester.
Kaoru resta encore silencieux, surement parce qu'il n'y avait rien à répondre à ça. Hazue s'essuya le visage et, après s'être frappé les joues pour se remettre d'aplomb, il se tourna vers lui pour lui dire :
- Désolé de t'entrainer dans tout ça, Kaoru-nii-san. Désolé de m'être fait passer pour toi.
Le plus vieux lui donna une petite taloche derrière la tête, comme lorsqu'ils étaient petits, et lui fit :
- Idiot, c'est pas à moi qu'il faut t'excuser.
Hazue se sentit sourire, même si c'était de tristesse, et il commenta :
- C'est vrai... mais comment je peux m'excuser?
Kaoru détourna le regard et proposa simplement :
- Comme tu viens de faire. Dis-lui tout. Il devrait comprendre.
Il se sentait vraiment redevenir tout petit. Il réalisa alors qu'en effet, tout était aussi simple. Il lui suffisait de s'expliquer à Inui et espérer que ce dernier saurait lui pardonner. Évidemment, il n'irait pas jusqu'à exiger de lui son amour, mais il serait bien content s'il acceptait de le voir encore. Il espérait juste qu'ils pourraient mettre tout cela derrière eux, autant Inui que lui-même.
