Je publie tout de suite avant d'oublier...
Voici pas mal la fin. Le prochain chapitre n'est qu'un épilogue. Merci à ceux qui ont lu, j'espère que vous avez appréciez et que vous aimerez cette fin. On se retrouvera surement pour d'autres histoires dans le futur.
Stressé était un mot trop faible pour décrire Hazue.
Depuis tout jeune, il avait toujours détesté se sentir coupable; et, en parallèle, il avait toujours culpabilisé pour pas grand-chose. Là, il était carrément dans une situation où, en plus de tout être de sa faute, il devait expliquer ce qui s'était passé.
Avant même de se décider sur ce qu'il allait manger, il se commanda une bière, et Inui fit de même. Le plus vieux avait un sourire qui ne le quittait pas, ce que Hazue n'arrivait pas à comprendre. Il venait d'apprendre qu'il lui mentait et il lui faisait d'aussi beaux sourires? Alors qu'au téléphone il lui avait paru froid, distant... c'était vraiment étrange.
Dès que la bière arriva, il en but une bonne gorgée pour se donner du courage, puis, il tenta de se lancer :
- I-Inui-senp... Inui-san!
C'était vraiment mal parti. Il en était à se traiter de tous les noms quand le plus vieux le regarda avec... tendresse. En fait, c'était ce regard qu'il lui envoyait depuis le début, le même regard qu'il avait cru unique à Kaoru. Et il le regardait comme ça en sachant qu'il était Hazue et qu'il lui avait menti! Pourquoi?
- Inui-san, je... je sais pas trop par où commencer... euh...
Le plus vieux lui prit doucement la main, faisant fi des regards que les autres pourraient leur envoyer, et lui fit sur un ton calme :
- Prends ton temps, Hazue. On a toute la soirée.
Il ne put s'empêcher de rougir : il n'avait pas l'habitude qu'il utilise son prénom de cette façon. Il était trop étrange, décidément, et c'est pourquoi il lui demanda :
- Tu n'es pas fâché?
L'autre eut un sourire, qui parut presque taquin, avant de lui dire, d'un air plus sérieux :
- Ça va dépendre de ce que tu vas me dire, mais j'ai confiance.
Ça en était trop : le plus jeune se défit de sa main et, en regarda piètrement la table, il s'excusa :
- Je suis désolé, Inui-san, je... ça a jamais été mon intention, c'est juste que c'est arrivé et et j'ai pas su comment tout arrangé je voulais te le dire mais j'ai pas trouvé le courage je m'excuse je–
Il s'arrêta pour reprendre son souffle et inspira profondément. Il se permit une autre gorgée, toujours sans regarder le plus vieux, et reprit avec un peu plus de consistance :
- Je voulais que tu saches que tout n'était pas prévu. J'ai jamais voulu te mentir, c'est juste arrivé un peu sans mon contrôle... mais tout est quand même ma faute, je sais bien.
Inui prit enfin la parole pour lui dire, avec une pointe de culpabilité :
- Non, je pense que j'ai ma part dans tout ça. Mais que dirais-tu de tout m'expliquer dès le départ?
Hazue inspira de nouveau et il lui demanda :
- Okay, mais, s'il te plait, ne m'interromps pas avant la fin.
Le plus vieux eut un petit sourire et s'engagea :
- Promis.
Une gorgée de bière plus tard – il l'avait déjà presque fini et le repas n'était pas encore arrivé –, Hazue put commencer son monologue :
- Je crois pas que tu t'en souviennes parce que ça fait trop longtemps, mais, la première fois que je t'ai vu, tu venais visiter mon grand frère. C'est moi qui t'ai ouvert la porte, parce que j'étais dans le salon et lui était dans sa chambre. Alors je t'ai fait rentré et j'ai appelé Kaoru-nii-san.
«Pourquoi je te raconte tout ça, c'est parce qu'à ce moment-là, je sais pas trop pourquoi, mes yeux sont restés sur ton visage. Je crois pas que tu t'en sois rendu compte, mais quand tu le regardais, tes traits changeaient du tout au tout. C'est là que j'ai réalisé que t'aimais mon frère. C'est en même temps que j'ai réalisé que je venais de tomber amoureux de toi. Enfin, de l'expression que tu avais quand tu le regardais.»
Hazue s'arrêta pour boire et il risqua un regard sur Inui : il avait l'air surpris par ce qu'il lui racontait. Il n'avait surement pas envisagé cette possibilité.
- Après, le problème, c'est que tu aimais mon frère! Je pouvais rien faire, moi, en plus c'est pas comme si t'étais vraiment proche, alors j'ai un peu décidé de laisser tomber. Je me suis dit que j'avais juste à trouver quelqu'un d'autre, surtout qu'au final je te connaissais pas vraiment. Et je croyais que toi aussi tu te trouverais quelqu'un.
«C'est sûr que j'ai souvent imaginé te revoir, mais, honnêtement, j'ai jamais cru que ça arriverait pour vrai. En tout cas, le fait est que j'ai jamais pu avoir de relation stable parce que, peu importe à quel point j'aimais quelqu'un, je pensais toujours à toi.»
Il fit encore une pause pour s'hydrater, avant de réaliser qu'il avait déjà terminé. Il repéra la serveuse et lui demanda une deuxième bière – Inui ne fit rien pour l'arrêter, même si lui n'en était même pas à la moitié de sa première.
- Et puis quand tu m'as appelé dans la librairie, j'ai cru sur le coup que je rêvais. Ça faisait au moins cinq ans qu'on n'utilisait plus mon prénom, à part dans ma famille, parce que j'avais pas les mêmes amis que mon frère ni les mêmes relations de travail, alors il y avait aucune raison qu'on nous mélange. C'est pour ça que ça m'a pris un bon moment avant de comprendre que tu te trompais.
«Kaoru-nii-san a dû te le dire, mais tu es loin d'être le premier à te tromper. C'est vraiment courant, même pour ceux qui nous connaissent bien ça peut être compliqué. Pourtant, je sais pas pourquoi, même si on se connaissait à peine à l'époque, j'ai vraiment pensé que tu savais que c'était moi. Sans doute parce qu'au fond, c'était ce que je souhaitais.»
Sur ces entrefaites, le repas arriva, et ils firent une pause dans l'histoire pour commencer à manger. La deuxième bière fit aussi son entrée et Hazue en but une bonne partie avant de continuer, entre deux bouchées :
- C'est quand t'as parlé de tennis que j'ai enfin compris. Sur le coup, j'ai réagi comme n'importe quand et je me suis dit que je devais clarifier la situation. En temps normal, j'ai pas vraiment de problèmes à le faire, je suis habitué. Sauf que là, c'était pas vraiment normal...
Hazue mangea quelques bouchées pour cacher sa honte et fit passer le tout avec l'alcool. Il trouva le courage de continuer :
- Tu avais le même visage que quand tu regardais Kaoru-nii-san, mais en plus je voyais tes yeux. C'était ton regard, sur le moment, et même si je savais que c'était pas vraiment moi que tu regardais, j'ai pas pu m'en empêcher. Je voulais en profiter, même juste un petit peu, depuis le temps que j'en rêvais...
«Le reste... disons que tout s'est précipité. Plus le temps passait et moins j'arrivais à trouver le courage de te parler. Je... ces quelques semaines avec toi ont été... paradisiaques, et je... je voulais pas te perdre, alors... alors je repoussais, et plus je repoussais, pire c'était de me motiver, et puis à un moment je me suis pris à penser que c'était peut-être mieux de continuer à mentir, au fond, comme ça on serait heureux tous les deux. J'ai jamais imaginé que tu rencontrerais mon frère...»
Hazue se sentait sur le bord des larmes, mais il réussit à cacher son état en buvant. Inui lui lança un regard, comme s'il demandait la permission de parler, et Hazue détourna les yeux. Il attendait les insultes, les accusations, aussi il fut plutôt surpris de l'entendre dire :
- Je suis désolé de t'avoir fait tant souffrir, Hazue... j'aurais dû comprendre plus tôt que tu n'étais pas Kaidoh.
- Mais non, Inui-san, c'est tout ma faute!
Inui retrouva le sourire, mais un sourire un peu triste, et il lui demanda lui aussi :
- Hazue, tu me laisses parler sans m'interrompre aussi?
- Ah oui, fit le plus jeune, désolé.
Il se remit à manger pour oublier la honte qu'il ressentait, mais il ne perdit pas un mot de ce qu'Inui lui dit :
- Tu sais, rétrospectivement, je suis vraiment content d'avoir revu ton grand frère. Ça m'a fait réaliser que je n'aimais pas vraiment Kaidoh en fait.
Hazue s'étouffa sous la surprise et Inui ricana avant de préciser :
- Attends, Hazue, je m'explique. Tu as vu juste, c'est vrai qu'à l'époque, j'étais amoureux de lui, et, même quand je t'ai revu, je t'ai d'abord approché à cause de cet amour-là.
Le plus jeune le ressentit comme un coup de couteau. Il le savait, mais de l'entendre dire aussi franchement lui causait encore plus de douleur.
- Seulement, enchaina le plus vieux, au fil des jours et du temps que j'ai passé avec toi, j'ai fini par, en quelque sorte, retomber amoureux. J'ai cru au départ que je retombais pour ton grand frère, mais j'ai réalisé tout dernièrement que les qualités que j'aimais chez toi n'avaient jamais appartenu à Kaidoh, et que ce que j'aimais, c'était précisément les différences.
Inui dut percevoir qu'il ne comprenait pas, parce qu'il tenta de réexpliquer :
- Hm, c'est pas simple à exprimer, j'avoue que j'ai un peu de mal à le comprendre moi-même... je percevais que tu n'étais pas comme le Kaidoh que j'ai connu, mais ces différences que j'ai perçues, je croyais que c'était des changements dus à la maturation. Autrement dit, j'avais l'impression que Kaidoh était devenu une meilleure personne en vieillissant. C'est ces nouvelles qualités, comme ta timidité et ta douceur, qui ont fait en sorte que je suis retombé amoureux.
«Quand j'ai revu Kaidoh et que j'ai compris ce qui se passait, j'ai pu mieux le regarder et c'est alors que j'ai réalisé qu'il n'avait pas autant changé. Il était toujours aussi brusque et asocial que dans sa jeunesse, ce qui m'a un peu refroidi. Ce qu'il avait gardé, pour moi, était moins attirant que ce que tu es toi. Autrement dit, c'est de toi que je suis tombé amoureux, même si je croyais qu'il s'agissait de Kaidoh.»
Hazue ne savait pas quoi dire. À dire vrai, il s'attendait à tout sauf ça. Il était certain qu'Inui ne voudrait plus de lui, qu'il le détesterait, qu'il lui en voudrait. En tout cas, pas qu'il lui avouerait être amoureux de lui! Il se sentit rougir et essaya, sans succès, de calmer le bonheur qui montait en lui aussi rapidement que la honte. Alors, finalement, Inui l'aimait. Inui l'aimait lui, et pas son grand frère.
- Honnêtement, il serait faux de dire que je n'ai pas été troublé d'apprendre que tu m'avais menti. Cela dit, détrompe-toi, au final je ne t'en veux pas. C'était aussi mon erreur, j'ai conclu trop vite que tu étais Kaidoh et j'ai évité le problème alors que j'avais bien compris que quelque chose clochait. En fait, la seule chose que je voulais savoir, et tu viens de me le prouver à l'instant, c'était si tu m'aimais vraiment.
Il y eut une pause, et, pour la première fois de la soirée, ils s'échangèrent un vrai regard. Hazue put lire tout l'amour qu'Inui lui portait. C'était vraiment lui qu'Inui aimait, alors. C'était vraiment lui qu'Inui aimait. Il avait besoin de se le répéter pour le croire, tellement ça lui semblait impossible.
- En fait, Hazue, je voulais te proposer quelque chose. Que dirais-tu de tout recommencer depuis le début? Cette fois, tu acceptes de me dire que la vérité?
C'était immensément plus que ce qu'il aurait jamais pu imaginer. C'est pourquoi Hazue, avec un sourire, acquiesça. Le plus vieux se pencha sur lui et lui murmura, pour que personne n'entende :
- Hazue, je t'aime.
Hazue déglutit avant de lui assurer :
- Moi aussi, Inui-san.
Inui retrouva son sourire et lui confia, d'un air attendri :
- En tout cas, j'ai imaginé bien des raisons à ton mensonge, mais jamais je n'aurais cru que c'était aussi mignon. Tu es vraiment adorable, Hazue, j'espère que tu le sais.
Le jeune Kaidoh ne sut comment réagir et il se contenta de rougir. Ils passèrent le reste du repas à parler et Hazue lui confia quelques informations qu'il lui avait cachées. L'alcool aidant, il lui avoua même vouloir écrire, et l'ancien probabiliste demanda à lire certaines de ses œuvres. Avec de la persuasion, il finit par accepter.
Au final, ils se retrouvèrent une fois de plus chez Hazue, mais ils ne firent pas l'amour. Ils étaient tellement fatigués qu'ils se couchèrent simplement dans son lit et s'endormirent dans les bras l'un de l'autre.
