Roi perdu au fil des âges de la Blanche cité du Gondor. Un exilé qui avait refusé son destin.
Nous étions à la vingtaine d'Octobre.
La lumière du soleil était douce et chaleureuse. La jeune fille eut envie de sourire à cet instant, la chaleur glissant sur son visage. Les arbres avaient pris des couleurs rouilles, dorés. Cela ressemblait à un tableau, fait de lumière. Elle aurait presque tendu la main, et caresser ce paysage fantastique qui s'étendait sous son balcon. Morwen se redressa lentement, sortant de son lit. La jeune fille observa son reflet dans le miroir, pâle et toujours atrocement marqué. Ses doigts effleurèrent sa peau gondolée à plusieurs endroits, parcourant sa joue jusqu'à son cou juvénile. Elle se surprenait à souhaiter qu'elles disparaissent définitivement, que tout cela ne soit plus que lointain souvenirs. Un cauchemar évaporé avec l'aurore. Elle repensait à cette période de sa vie, a son existence qui était à présent révolue. Rose s'était perdue sur terre, elle s'était éteinte dans la douleur et la rancœur, et une part d'elle même persistait dans son esprit, sifflant son désespoir continuellement.
Elle savait au fond d'elle, qu'elle ne pourrait jamais complètement oublier. Elle s'empara d'un châle, couvrant ses épaules nues, avançant jusqu'au balcon. Découvrant la cité elfique s'éveillant sous l'aurore flamboyante. La jeune Morwen s'habilla d'une étoffe de soie grise et quitta sa demeure silencieuse, parcourant les longs couloirs aux structures organiques de la Maison d'Elrond. Alors qu'elle avançait d'un pas lent et gracieux, son regard rencontra celui d'un homme qui ne lui était pas totalement étranger. Ses pupilles fières et clairvoyantes, oscillant entre l'acier et l'émeraude. Ses cheveux étaient d'un noir jais, ondulant avec une certaine négligence. Son visage était saillant et réfléchi. Ses lèvres finement dessinées étaient entourées d'une barbe brune de quelques semaines, c'était un homme d'une carrure que l'on pourrait qualifier d'athlétique. Tout trahissait son corps douloureux et musclé. Sa voix rauque interrompit les pensées de la jeune fille.
- Dame Morwen, que faites-vous hors de votre sommeil, en cette heure matinale ?
Elle fut surprise d'entendre son prénom dans sa bouche, il parlait avec lenteur, et aisance. Tous mots s'écoulant de ses lèvres semblaient n'être que poésie, aussi limpide qu'une ode elfique.
- L'Aurore était si belle, que je n'ai eu le cœur à me rendormir.
Il avait sourit avec une certaine douceur, surprenante pour un homme aussi impression. De lui, émanait une aura emplie de mystère et de sérénité. Il semblait ne craindre l'extérieur. Comme s'il possédait toutes réponses à chaque interrogation relevée. Il semblait connaître chaque épreuve qu'il allait surmonter. Morwen avait entendue dire, par les gens de la Demeure de Rivendell, qu'il était du peuple de Numenor. Descendant de la lignée d'Isildur, lié au destin des Hommes, Roi perdu au fil des âges de la Blanche cité du Gondor. Un exilé qui avait refusé son destin.
- Vous avez eu raison, bientôt sa Beauté s'éteindra par de là l'Est.
La jeune fille fut tristement surprise qu'il évoque ce que tous ici, passaient sous silence. Il n'était question que de rumeurs, murmures, rêves évanescents. Elle frissonna brutalement à l'évocation de cette menace, elle sentit son abdomen s'éveillait au son de la douleur. Elle tenta de garder contenance devant le Rôdeur. Mais le visage de celui qu'on appelait Elessar se figea un instant, détaillant sans aucune retenue, le visage et le cou marqué de la jeune fille. Son regard glissa le long de sa nuque blanche et meurtrie jusqu'à la naissance de la poitrine de Morwen. Il l'observait, comme une chose fragile et effrayante à la fois. S'avançant lentement vers elle.
La jeune fille recula instinctivement, tel un animal effrayé, jusqu'à rencontrer un mur de pierre lisse, l'empêchant toute fuite. L'homme était à quelques pas d'elle. Elle pouvait le découvrir dans la pénombre du crépuscule, Son regard éclatant quelques instants plus tôt, venait de s'assombrir avec violence. Une lueur insensée se reflétait dans ses pupilles féroces. Quand a Aragorn, l'homme semblait comme attirer vers la pupille d'Elrond. Une attraction étrange et malsaine, s'emportait de sa raison. Comme si son cœur l'avait ardemment désiré toute sa vie.
Quelque chose en « Elle » l'attirait définitivement. A l'instant où sa main rencontra le bras de la captive, il retrouva ses esprits. Confus, il se rendit compte de la proximité de leurs deux corps, et de la frayeur inscrite sur le visage de Morwen. Il se confondit en excuses, et quitta la pièce d'un pas pressé et emprunt de questions. Jamais de son plein gré et de son entière raison, il n'aurait agit ainsi envers une Demoiselle, si plus est la protégé de l'homme qui l'avait élevé. Perdu, il s'enfonça dans les jardins de Fondcombe à la recherche de réponses à ses peurs. Morwen demeura seule, contre ce mur froid et lisse. Seule, avec sa douleur éveillée.
