[Alors Tony? demanda Gibbs à travers le micro du jeune homme, qui se surprit à sursauter.
[Oh pas grand chose, elle est endormie sur le canapé, elle a tenu à te dire qu'elle ne voulait pas dormir dans ton lit. Ne me demande pas pourquoi, j'en ai aucune idée, mais personnellement je commence à fatiguer aussi alors si...
[Ok...Mais tu dors à côté d'elle... ordonna Jethro.
Et il raccrocha, sans laisser le temps de répondre à Tony. Celui-ci se plaça à coté de la jeune femme regardant son si doux visage. Il avait envie seulement de l'effleurer du bout de ses doigts, mais il n'y arriva pas. Sans savoir pourquoi, le jeune homme se coucha aux côtés de la soeur de Gibbs et en sentant son odeur de vanille et de cannelle, il s'endormit.
Quelques rayons, juste de quoi réveiller Tony, et illuminer le salon de Jethro Gibbs. Difficilement le jeune italien se leva, se frotta les yeux et s'étira, en bayant au passage. Il regarda autour de lui et tomba sur Miranda, ses cheveux luisaient au soleil et semblaient l'éblouir, ils touchaient le sol, sans cacher le visage fin de la jeune femme. Elle s'agita dans son sommeil et commença à ouvrir les yeux. Miranda regarda un moment Tony qui fit de même, sans rien dire... Enfin après un long silence, elle se leva.
- Vous avez bien dormi? demanda-t-elle.
- Pas aussi bien que dans un lit, mais ça va, et vous ? lui retourna Tony.
- Oh, je ne dors pas beaucoup d'habitude, mais je ne sais pas, je suis tombée telle une louche...
- Euh, je pense que c'est une masse, rectifia le jeune homme.
- Oui c'est pareil...Cessez de me rectifier. Bon vous mangez le matin? questionna Miranda
- Oui, ça m'arrive, et là j'ai d'ailleurs un sérieux appétit. Mais Gibbs n'a rien dans ses placards à part des filtres à café...constata Tony
- Et bien je vais aller à la boulangerie d'en face, chercher des croissants ou même des chocolatines!
- Je préfère qu'on y aille tous les deux...
- Ecoutez, ce n'est pas d'aller chercher deux croissants à la boulangerie du coin qui va me tuer, non quand même là c'est bon! protesta Miranda.
Et sur ce, elle prit les affaires qu'elle avait éparpillées le soir même sur le sol et monta à l'étage s'habiller, suivit par Tony qui voulait faire de même.
Quand ils furent arrivés elle se retourna et dit toujours de sa voix cinglante.
- Vous n'allez quand même pas me suivre tout de même?
- Si la salle de bain n'étant pas équipé de cameras, je me dois de le faire...répliqua Di Nozzo, dont un frisson lui parcourait l'échine.
- Tss... Et bientôt les brigands réussiront à rentrer par les moyens de ventilation. Si ça vous fait plaisir...
Elle poussa la porte de la pièce, Tony lui emboîtant le pas.
- Bevakacha, fermez vos yeux.
Il s'aperçut qu'elle lui avait dit s'il vous plait, il ferma donc ses paupières et l'entendit ôter ses habits quand il perçut la voix de Jethro dans le micro:
[Tu n'as pas intérêt à les ouvrir...
[Tout... tout à fait Gibbs bredouilla Tony.
- Eh! Il n'a pas de rideau de douche mon frère? cria Miranda à l'autre bout de la pièce.
[Bah non ça pose problème?questionna Jethro à travers l'oreillette de Tony qui fit un signe négatif avec l'index à Miranda.
- Ben, je comprends maintenant pourquoi il s'est marié trois fois, les nouvelles vont vite, très vite...
Tony resta sans voix, aucune femme ne s'était déjà permis de parler ainsi à Gibbs, et pourtant celui-ci ne dit mot, il la laissait faire... Décidément, cet homme, il ne le comprenait pas...Et ne le comprendrait jamais...
Quelques minutes plus tard, elle sortit de la douche. Tony lui s'était habillé et avait fait sa toilette depuis un bon bout de temps, il était appuyé contre le mur, les yeux levés vers le plafond. Miranda prit la première serviette qu'elle trouva et la passa autour de son corps. La tenant d'une main pour ne pas qu'elle tombe.
- Vous pouvez me regardez c'est bon, j'ai fini.
DiNozzo baissa alors les yeux vers Miranda, qui lui sourit.
- J'ai juste à enfiler deux habits, c'est bon. Vous n'avez jamais vu quelqu'un s'habiller? sourit Miranda.
- Euh... Si.. C'est... que...
Exaspérée,
elle leva les yeux au ciel ; et, sans chercher à se plier à
cet excès de pudeur, elle tourna le dos à Tony, quelque
peu vexée. Soudain, sa serviette glissa et tomba à ses
pieds. Par pur réflexe, Tony ne put s'empêcher de la
regarder, tandis qu'elle s'habillait… Il ne su quoi penser…Ce
corps là et cette femme-là…Il se retrouva très
vite coincé entre deux personnalités prêtes à
tout pour avoir le dernier mot…
Mais regarde-moi ces formes…
…
Non… Elle… Elle n'est pas pour toi…
Ces
formes généreuses taillées dans du marbre !
…
C'est la sœur de Gibbs…
Un
dos magnifique… Et rien que pour toi, mon vieux !
…
Arrête, bon sang !
Rien
qu'au toucher… Ça doit donner sévère… Elle
doit avoir la peau douce, même si elle a des cicatrices...
…
Non…
Elle
doit être très endurante aussi. Et ses hanches,
elle…
Calme-toi
!!! Elle n'est pas n'importe quelle… ?!!!!
Et
son regard se figea sur le bas de son dos… Un tatouage…
Tony en avait vu des dizaines au cours de sa très longue expérience sexuelle qui ne demandait que de s'allonger davantage. Cette vision semblait lui communiquer une étrange émotion… Comme ce laps de temps consacré à la réflexion après une tape Made in Gibbs… La fameuse question :
«
Mais qu'est-ce que j'ai encore fait pour mériter ça
?! »
Le spectacle te plaît on dirait, Monsieur
je-ne-touche-pas-à-la-sœur-de-mon-patron…
Elle se tourna doucement, sans reprendre la serviette pour se couvrir, comme pour le mettre sur le fait accompli. Tony ignorait s'il s'agissait de sa conscience professionnelle ou de sa conscience tout court, mais sa main empoigna la serviette et la noua machinalement autour de sa poitrine. Ne sachant plus du tout où poser son regard, il ferma les yeux comme s'il avait sucé un bonbon trop acide à son goût. Miranda sut qu'elle était allée un peu trop loin… Elle quitta la salle de bain pour aller se réfugier dans la chambre de Gibbs afin de s'habiller dans le calme. Cependant, Tony était loin de l'état d'ataraxie, au contraire. Il ne sut plus quoi penser d'elle. Si cela se reproduisait, aurait-il la force de se retenir. Quelque part, il était d'accord avec son autre lui. Il la désirait mais…Elle était interdite...
Le soleil réchauffait doucement tout Washington, Miranda ne frissonnait pas du tout, elle voyait des gens passer en pull et en manteau et se demandait comment ils faisaient, elle, ne pouvait pas, restant en T-Shirt. Elle voyait passer des jeunes femmes, le corps complètement refait, liposucé et le visage entièrement lifté. Elle soupira, elles avaient peur de vieillir, et elles ne pouvaient pas s'en empêcher. Miranda elle n'avait pas peur, à vrai dire elle se fichait de son apparence. Qu'elle plaise à quelqu'un ou non lui importait peu. Elle n'avait jamais eu de chance en amour, ce n'est pas maintenant que ça allait commencer . L'un avait été un salopard, et les autres que des déboires, même si il n'y en avait pas eu beaucoup. Alors peu lui importait, elle vivait au jour le jour, sans se soucier du lendemain. Carpe Diem comme disait son père... Elle arriva ensuite devant la boutique, et poussa la porte du magasin. Un jeune homme, petit, gras et un peu dégarni mais qui avait l'air fort joviale s'approcha de Miranda et lui dit d'une voix forte et gaie:
- Alors que puis-je faire pour vous mademoiselle?
- Je voudrais quelques croissant et des chocolatines, je ne sais pas… 3 de chaque, lança t'elle au hasard en regardant la jolie vitrine.
- Ce sera tout ?
- Oui, ce sera tout, merci!
Il lui donna un paquet remplit et elle le prit, lui sourit et sortit du magasin. Une brise légère lui fouetta le visage. Ses yeux se plissèrent sous le coup. Mais elle ne frissonna pas. La jeune femme sortit une cigarette et l'alluma. Et elle eut la légère impression d'être observée, son pas se fit plus précipité, quand elle s'était habillée elle n'avait pas prit ses armes, seulement son couteau. La jeune femme avança vers une ruelle pour téléphoner à Jethro, elle lâcha sa cigarette, à peine eut-elle sorti son mobile qu'elle sentit une présence derrière elle. Miranda sortit sans hésiter son couteau et se retourna, se retrouvant nez à nez avec Salomon Erdiffe...Elle était littéralement fixée, ne sachant que faire, que dire. La lame de son couteau était toujours suspendue au cou de l'homme , mais elle ne semblait être qu'un vulgaire bout de plastique comparé aux yeux flamboyants de Salomon. Un sourire narquois restait accroché à ses lèvres fines. Miranda fit tomber son arme, comme si c'était peine perdue.
- Shalom, Pandora. Que dire… tu m'as beaucoup manqué, toujours aussi belle...fit il en effleurant sa joue.
Miranda le foudroyait du regard, il l'appelait par son deuxième prénom, elle n'avait pas peur, ce n'était pas non plus de la haine que la jeune femme ressentait. C'était tout autre chose. Quelque chose d'indescriptible, honteux et inattendu… du désir. Le même qu'auparavant, dans cette fichue mission, en Irak, elle ne craquerait pas, il lui avait fait assez de mal comme ça... Personne ne pouvait lire dans ses pensées mais elle avait l'impression qu'elle les criait sur toutes les habitations.
- Sukut, Salomon! Si tu crois que je ressens une quelconque peur, tu te trompes, tu es venu me chercher mais tu ne m'auras pas, jamais, tu m'entends?!
- Malheureusement, c'est toi qui te trompe ma jolie...
Son sourire s'était effacé comme une ombre qui disparaît dans les ténèbres qui sont siennes. Miranda était douée, mais elle ne put rien faire, il sortit un mouchoir blanc, imbibé d'un fort anesthésiant et lui plaqua contre la bouche. Elle se débattit, luttant contre les mains fortes de Salomon. Mais la jeune femme ne pouvait rien et elle s'effondra, rattrapée de justesse par le jeune irakien. Et ce dernier siffla. Une voiture noire déboucha de derrière le terrain vague et vint s'arrêter pile devant Erdiffe. Sans plus attendre, il s'engouffra dans l'auto, sentant tout de suite un parfum orientale, dû aux encens.
- Faites attention à la tigresse, démarrez...fit-il aux deux hommes de devant.
Tourner, virer, telle une bête en cage et en avoir marre. Perdre patience, c'est ce qui arrivait à Anthony Di Nozzo. Il saisit vite son portable, cela faisait trois quart d'heure, beaucoup trop de temps. Il composa le numéro de Miranda et s'aperçut que ses mains tremblaient. Parce qu'il savait ce qui se passerait. Il entendrait quatre à cinq sonneries et ensuite ça serait la voix chaude et grave de la jeune femme qui annoncerait qu'il était bien sur son répondeur. Il jetterai son portable, s'avachirai sur le canapé et alors après mûre réflexion le jeune Italien se lèverai, prendrai son manteau et passerai la porte de la maison en la claquant.
Un bruit énorme se fit entendre et une voiture démarra, il avait eut raison...
Tony arriva tel un furibond dans le NCIS. Ziva et Timothy étaient à leurs bureaux respectifs. La maison était sur écoute mais depuis ce soudain silence, ils s'étaient inquiétés. Les deux agents levèrent la tête quand ils virent passer DiNozzo telle une flèche.
- On s'inquiétait. Euh...Gibbs est dans...dans le bureau...euh avec la directrice... Je crois que euh...bredouilla McGee, sans aucune utilité, le jeune Italien était déjà loin.
Il rentra dans le bureau comme pour annoncer la fin du monde. Voyant Gibbs se lever et la directrice semblant accorder la fin du monde.
- Elle, elle m'a échappé patron...marmonna Tony avec difficulté.
Et à sa plus grande surprise, l'ex-marine et la directrice esquissèrent un sourire. Jen annonça:
- Abby Scuito a mis dans la chaussure de Miranda une puce GPS, Abby est en ce moment en train de pister Miranda et quand la voiture sera à l'arrêt, L'équipe de Jethro ira la chercher.
- Comme avec Jeffrey White...L'homme qui tranchait d'une oreille à l'autre... Souviens-toi...
- Oui...Oui je m'en souviens, mâcha le jeune homme.
- Tu as eu de la chance DiNozzo...Beaucoup de chance...fit Gibbs insistant sur la dernière phrase.
L'équipe rentra dans le laboratoire de la jeune gothique. Mais il manquait deux choses habituelles: D'une, la musique de métal ne jouait pas, c'était un silence qui régnait en maître, ponctué par le ronronnement de l'ordinateur. Et de deux l'habituelle cochonnerie de Abby appelé le Caf Pow! n'était posée nul part.
- Que se passe-t-il Abby, tu ne l'as pas trouvé? s'inquiéta Ziva.
- Malheureusement si...murmura la jeune gothique.
- Quitte à l'entendre...dit Timothy.
-...Les ravisseurs de Miranda et elle même se sont arrêtés au port, je pensais que ça serait tout mais ils sont ensuite rentrés dans une usine désaffectée. Et elle ne l'est pas pour rien. Il y a des années, 60 plus precisement, il eut deux fabriques de textile ici et à Norfolk, dans des usines jumelles, les employés étaient maltraités, et vivaient dans conditions déplorables, mais tout ça était clandestin...Un jour les employés décidèrent de se révolter, une grande révolution...Mais les patrons des usines n'aprecièrent pas...Ils les furent brûler au sous sol de l'usine...Et on dit...que leurs âmes n'ont jamais réussi à s'en sortir, seuls deux ouvriers ont réchappés et ils l'ont écrit dans un livre qui fut traduit en une vingtaine de langues...C'est horrible...On les appellait "Les Younes"expliqua l'experte en balistique.
- ... Il fallait se taire... fit dégoûtée Ziva.
Ils se regardèrent, tous, incrédules, et leurs yeux vinrent se poser sur l'écran: La croix verte indiquant Miranda demeurait immobile dans l'énorme bête à l'abandon depuis 60 longues années...
Sa tête, quelle affreuse douleur... Mais elle ne la montrait pas... Préférant esquisser un rictus méprisant, demi sourire perfide, les cheveux lui tombant sur le visage.
- El Capoln, sacré bout de femme... Salomon va être heureux ou en colère selon son humeur... annonça l'homme devant elle, le même homme qui venait de lui administrer un nombre incalculable de coups, comme si chacun d'eux pouvaient le libérer.
- La panthère tue le lion qui se repose au soleil et tu le sais très bien Roland, lui répondit Miranda.
- Je peux alors enfin te poser cette question El Capoln...
- Mais vas y pose, pose...
- Tu pouvais tous les tuer, tu en avais la force et le pouvoir, tu pouvais en un temps record tuer tous ceux qui étaient dans ce bateau... Et tu l'as fait en épargnant Salomon, tu voulais quoi qu'il te rattrape et te tue, c'est ce qu'il va faire, pourquoi tu ne l'as pas tué lui aussi?
Un silence s'en suivit. Elle savait, bien sur qu'elle savait. Cette phrase qui la faisait chanceler. Qui lui tordait les entrailles, qui mettait le doute dans sa tête... Alors elle ouvrit la bouche pour la prononcer, parce qu'elle savait que Roland comprendrait.
- Parce qu'il lui ressemble...
- Oui mais ce n'est pas lui...
- Je sais tout ça! Tu crois que je n'ai pas retourné la question dans ma tête des centaines de fois? Si bien sûr que si...
Et là Miranda savait qu'elle venait de vider son sac, elle connaissait bien Roland et savait qu'il avait seulement appliqué les ordres d'en haut.
- Mais lui est mort d'une balle dans la tête, il paraîtrait...
- Je le sais aussi...
C'est à ce moment là que Salomon Erdiffe arriva, il retira son blouson noir et le jeta aux pieds de Miranda. Puis il fit signe au vieil homme de disposer. Ce dernier s'exécuta et ils se retrouvèrent alors seuls dans le grand bâtiment abandonné. Le soleil parvenant difficilement à se glisser à travers les vitres crasseuses de l'usine.
- Pourquoi Salomon, pourquoi m'as-tu amené ici... Je les entends bon sang, j'entends leur cris, Tu me pourries la vie... Espèce d'ordure... Ils ne le méritaient pas...
Salomon passa derrière la jeune femme et écarta ses cheveux noirs collés à sa joue.
- Et tu crois que mes frères le méritaient? Même si tu m'attires, je dois faire des sacrifices, je dois les venger...
- Otes tes sales pattes de moi, tout de suite bâtard...
- Je sais ce que tu ressens... N'oublie pas que je t'aime...
Il souriait, elle aussi mais pas pour la même raison, une voiture venait de se faire entendre.
- Oh... Tes amis arrivent Pandora... Tu l'ouvres, je te tue...
Le jeune irakien embrassa son front, sauta, s'accrocha à une colonne, esquissa un saut et disparut dans les ténèbres de la nuit naissante. C'est à ce moment là que les agent David, Gibbs, DiNozzo et McGee surgirent, l'arme au poing.
- Miranda est-ce que ça va? demanda Gibbs en cachant son inquiétude.
- Oui, Erdiffe s'est enfui...
- Tu es blessée... Il faut qu'on t'emmène à l'hôpital, tu es couverte d'ecchymoses, remarqua Tony en la détachant.
Miranda se leva, chancela un peu mais se rattrapa à Ziva.
- Il n'est pas mort l'homme qui m'emmènera à l'hôpital...souffla-t-elle.
- Je crois que c'est: Il n'est pas né... rectifia McGee
- Oui, merci , fit la jeune fille, en le gratifiant d'un sourire.
Elle s'appuya, épuisée sur son frère et le jeune italien et leur fit signe pour qu'ils quittent cet enfer...
