Le téléphone de Gibbs sonna. Il le prit et s'annonça.

[C'est Abby, vous êtes où? Je crois que j'ai trouvé ta soeur... J'ai eu du mal car la puce a...

[Abrége...

[Dans l'autre usine jumelle de Norfolk, tout près de là où vous avez trouvé Roland, tu ne peux pas rater ce bâtiment.

[Merci...

[Mais il n'y a pas de quoi!

Jethro raccrocha. Il regardait ses agents et, pour la première fois, ils purent lire de l'inquiétude dans son regard océan.

Toute l'équipe venait de débouler comme un troupeau d'animaux sauvages dans l'hôpital. Encore secoués de l'avoir trouvée comme ça, avec...tous ces morts...Deux infirmières s'approchèrent de Gibbs.

- C'est une urgence bon sang! Si on ne fait rien, ma soeur va mourir! cria t'il aux deux membres du personnel.

- Calmez-vous, nous allons chercher un brancard, d'accord ? essaya de le rassurer une des deux jeunes femmes.

À ce moment, il était difficile de garder son calme mais il fallait tenir comme Miranda dans les bras de son frère.

Un médecin arriva avec un brancard, prit Miranda et la déposa dessus. Il se tourna ensuite vers Jethro.

- Nous allons faire tout notre possible pour qu'elle s'en sorte. Je vous conseille de rentre chez vous, enfin qu'il reste une ou deux personnes avec elle...

- Tony, tu restes avec moi. Ziva, McGee, rentrez chez vous pour vous reposer, coupa Gibbs

- Non, on t'attend au NCIS, dit sèchement Ziva

- Si vous voulez... soupira Jethro.

Le personnel médical venait d'emmener Miranda. Ses vêtements, ou plutôt ses haillons. On lui posait tout un équipement qui servait à la maintenir en vie. Si elle avait était consciente, elle l'aurait arraché, mais à présent, elle se tenait entre la vie et la mort. On pensa ses blessures, des plus grosses plaies aux plus petites égratignures. Il s'écoula deux heures interminables avant que le chef du personnel ne vienne s'adresser aux deux agents du NCIS.

- Alors ? Elle va bien? s'inquiéta le jeune Italien.

- Elle est dans un état critique et si je ne l'avais pas vu respirer, j'aurais juré à sa mort. La ténacité dont elle a fait preuve est...inhumaine. Je suis dans le métier depuis seulement six ans et jamais je n'ai vu une volonté pareille. Vous me direz que j'en verrai d'autres mais il me sera difficile d'en croire mes yeux. Parlons des détails : nous avons pansé les blessures, refermé les plaies et je lui ai injecté une dose de morphine. Cependant, sa fièvre ne baisse toujours pas et elle a perdu énormément de sang. Alors il y a trois possibilités. Soit elle y passe, soit elle tombe dans un coma profond, très profond, soit elle se bat et survit.

- Et qu'est ce que vous pensez, vous ? demanda Gibbs

- Scientifiquement, je dirais... qu'elle...va mourir! Cependant, si je me fie à mon instinct, je dirais qu'elle va s'en sortir. Sa force et sa volonté, sont très impressionantes.Avant de sombrer pour la deuxième fois, elle a tenu à me remercier.

- Et je fais de même, fit Jethro, nous allons rester ici à attendre.

- Normalement vous ne pouvez pas rentrer mais je vais faire une exception ; et puis de tout manière on ne me le reprochera pas. Suivez-moi.

Les deux agents s'exécutèrent ; une fois arrivés, ils le remercièrent mais n'entrèrent pas tout de suite. Perdus dans leurs pensées devant cette baie vitrée qui affichait une Miranda sans force et inconsciente.

- Je vais chercher un café… Tu en veux un, Tony ? demanda Gibbs en sortant son agent et lui-même de leur torpeur.

- Non merci patron…envie de rien, répondit Tony sans se soucier de la gentillesse inhabituelle de son supérieur.

Tandis que Jethro tournait les talons, Tony rentra dans la pièce. Il prit une chaise, la mit dans l'autre sens pour s'asseoir et serra la main de la jeune femme. Faire le plus long, le plus angoissant. Il attendit.

Quand Jethro revint, accompagné de son éternel café, il esquissa un sourire. Tony s'était endormi au chevet de sa soeur. Gibbs se lova sur un fauteuil voisin, jettant un dernier coup d'oeil sur le couple; puis, étant sûr qu'il pouvait dormir sur ses deux oreilles, il croisa les bras et baissa la tête... Et un billet pour le pays des rêves pour notre ex-Marine aux cheveux grisonnants bien mérité...

Tout était paisible dans l'hôpital. L'horloge de l'accueil annonçait une heure passée. Quelques membres du personnel traînaient ça et là dans les couloirs. Dans la chambre de Miranda, tout était scellé dans un calme absolu. Morphé avait pris dans son drap invisible un Gibbs apaisé et Tony s'était endormi auprès de sa "belle au bois dormant"...jusqu'à ce que la belle se réveille... Son corps ne lui semblait n'être que douleur et souffrance.

Elle avait chaud, la chaleur et la fièvre montaient.

Ses paupières étaient gonflées et elle décelait mal la pièce dans laquelle elle était.

La morphine ne faisait plus effet.

Miranda n'était pas à l'hôpital. Non. Elle était en Israël et revivait une horrible mission, où elle avait perdu ses plus proches collègues. Ils étaient des agents hors pair. Et le jour où ses plus proches amis sont morts, il marqua le début de sa profonde solitude. Des terroristes avaient posé une bombe à l'inauguration d'une immense tour à Jérusalem. Des milliers de personnes, des milliers de morts. Ils étaient arrivés trop tard, ils ne l'avaient appris que par une fuite au coeur même de la cellule.

Sa seule erreur.

L'erreur à ne pas commettre, le contretemps qui les avait empêché d'arriver elle et son équipe au bon moment. Ils avaient été là pour assister au feu d'artifice... Pandora avait été là, les voyant crier, hurler, se débattre. Enfants, hommes, femmes, vieillards… Et elle n'avait rien pu faire, strictement rien... On avait dit devant elle et à la télévision que lorsque les forces de l'ordre et les ambulances avaient été sur place, ils avaient trouvé Miranda au milieu de tous ces agonisants et ces morts. Ils l'avaient trouvée en train de les rassurer, de les soigner. Ça, elle ne s'en souvenait pas. Elle se souvenait juste de ses cris de douleur. Ils avaient eu tous mal, ils avaient supplié encore et encore... Ces cris lui martelaient le crâne. Tant de souffrances... Il fallait que ça cesse...

- Miranda! Bon sang calme toi... C'est fini... Tu es avec nous !

La jeune femme reprit ses esprits. Et elle put deviner Anthony DiNozzo qui essayait que tout revienne à la normale. Elle sentait qu'elle était sa propre prisonnière. Elle se balançait d'avant en arrière, scrutant la pièce, tomba deux secondes sur le visage inquiet de son frère. Le téléphone de Tony sonna. Il décrocha et dit:

[DiNozzo

[Ah ! Ziva ! Si Miranda va bien ? Elle vient de se réveiller, et Gibbs aussi. Elle n'a pas la forme...

[Ok, si j'en sais plus sur son état je vous rappelle. Reposez vous. Au revoir.

DiNozzo raccrocha et jeta son téléphone sur le fauteuil. Et ses yeux tombèrent sur elle : la soeur de Gibbs, au tempérament de feu, ne se laissant aucunement faire. Celle qui tuait tout ceux qui osaient faire du mal à ceux qu'elle aimait et abattant ceux qui se mettait à travers son chemin, semblait livrée à elle même, assise sur le bord du lit, les jambes repliées contre sa poitrine. Tony ne put s'empêcher d'avoir mal pour elle. Ses cheveux d'un noir de jais tombant sur son visage crispé par ce souvenir amer comme si elle avait le goût du sang au bout de sa langue. Perdue et déboussolée, il tenta de s'approcher d'elle. Et elle ouvrit la bouche, pour dire un mot, un seul.

- Sortez.

Gibbs et Tony se regardèrent.

- Sortez tout de suite de cette pièce, je ne veux plus que vous me voyiez ainsi. Sortez de cette pièce...

- Miranda... tenta son frère

- J'ai dit quoi ?! Partez!! Dégagez de cette pièce!!!

Sa voix méconnaissable, roque était quasiment inaudible. Elle s'était levée et semblait hors d'elle. Non, elle était hors d'elle. Elle avait arraché les appareils accrochés parsemés sur son corps. Le médecin et une infirmière arrivèrent et tentèrent en vain de la calmer. Elle les repoussa tout deux comme s'ils n'avaient été que des cibles en cartons. Et sans prévenir, elle ouvrit la fenêtre et monta sur le rebord.

- Mon dieu, Miranda! cria Gibbs en ultime recours, mais sans produire aucun effet sur sa soeur.

Elle prononça une dernière parole inaudible et...sauta...

- Et...elle a sauté?! s'excita Abby Sciuto qui venait d'apprendre la nouvelle.

- C'est... commença Ziva.

- Du suicide... termina McGee.

Gibbs n'avait jamais été aussi inquiet. Il avait, avec DiNozzo, tenté de la retrouver mais rien, comme si elle s'était volatilisée dans la nature, comme si elle avait disparu sous...

"Eh Leroy, si t'étais terrorisé, si t'étais pas en état de marcher et qu'on serait à tes trousses, tu te cacherais où ?"

"T'as de ces questions, soeurette... Bah, dis comme ça, je sais pas. Je prendrais la première cachette que je trouverais, la plus discrète..."

"Moi, je me cacherais dans les égouts..."

"Des fois, je me demande si tu es ma soeur..."

"Non seulement c'est le dernier endroit auquel on penserait aller et en plus c'est glauque... J'adore..."

- Si elle avait gardé sa fichu puce, on ne devrait pas arpenter les égouts de Washington ! Heureusement que des agents se sont portés volontaires… C'est fou comme c'est immense, je n'aurais jamais pu imaginer...

- Cesse de te plaindre et de jacasser, DiNozzo, et cherche comme tout le monde.

- Ok, tu sais que...

Un bruit étouffé parvint jusqu'à leurs oreilles...Tony impressioné continua à parler, d'une tout autre manière, beaucoup plus grave, inquiète.

- T'entends?

- Ça ressemble à des sanglots.

- J'y mettrai ma main que c'est ta soeur.

Les deux agents firent signe au reste de la troupe de les suivre mais arrivés à un point il fut difficile de deviner d'où provenaient les pleurs.

- Eh... Bon, DiNozzo avec McGee, moi je vais avec Ziva, Miller vous restez avec Jackson.

Les deux derniers agents cités faisaient partie du groupe de volontaires pour rechercher Miranda. Ça faisait trois heures qu'ils cherchaient. Trois heures interminables ; sous l'ordre de Gibbs, ils se séparèrent tous...

- La lumière… C'est vers l'obscurité qu'il faut la diriger pas dans ma face, le Bleu... fit Tony à McGee.

- Le bruit de tout à l'heure se rapproche, Tony... dit ce dernier sans prêter attention à la remarque de son collègue.

- Essaie de braquer ton faisceau un peu plus loin mais pas trop. On ne sait jamais, elle peut être tout près.

Timothy s'exécuta ; et quand la lumière fut plantée plus loin, les deux agents purent deviner une ombre qui se balançait. Anthony prit son portable et essaya un numéro mais devant un échec apparent, il poussa un juron et en composa un autre.

[Abby, je ne peux pas prévenir Gibbs J'ai trouvé Miranda, on la ramène au NCIS, dis à Gibbs de nous attendre là bas.

[Elle va bien?

[Elle ira mieux quand elle sera sortie d'affaire...

[D'accord, je le préviens. À tout à l'heure

Et il raccrocha.

- Euh Tony...Tony... Je préfère rester en arrière, tu sais...pour ce genre de truc... Je suis pas doué... hésita Tim.

- Quel genre de truc ? fit septique le jeune italien.

- Bah…Tu sais… Réconforter les gens et tout...

- A mon avis, Miranda a besoin de plus qu'un simple réconfort...

- Oui, bien sûr... bredouilla le jeune agent

- C'est bon, elle est là. Je l'entends respirer. Pas de gestes brusques... Aucun...

- Pas de problème.

Tony frôla la jeune femme pour s'assurer de sa présence.

- Miranda? murmura-t-il

- ...

- Hey... C'est moi, je suis avec Timothy...

- Comment est-t-il mort? Est-ce que...vous vous êtes déjà posé la question?

- Miranda, de qui vous parlez...questionna l'ex agent de baltimore

- De lui, bien sûr...

- Vous allez vous reposer… Tout va aller bien et...

Elle l'avait réduit au silence en posant un doigt sur ses lèvres comme elle avait l'habitude de le faire. Un simple geste qui était pourtant si doux et qui claquait comme une baffe sur le visage.

- Je ne suis pas folle...

- Je n'ai pas dit ça... De qui vous parlez?

- De Ari Aswari...

- Alors?

- Elle ne dort pas, elle se repose. Elle s'est lavée et changée. Maintenant, elle est dans la salle d'autopsie, elle n'a plus parlé de ce que tu m'as dit, DiNozzo... fit Ducky. Es-tu sûr qu'elle...

- Je n'ai pas rêvé, McGee était là : elle a parlé de Ari Aswari...

- Peut-être devrais-je aller lui parler... proposa Ziva

- Je ne sais pas si elle pourra te dire grand chose mais essaye, dit Gibbs

Elle entra doucement. Miranda était là, bien là. Elle arpentait la salle d'autopsie en touchant les murs comme s'ils lui parlaient et qu'elle les écoutait attentivement. Ziva n'osait que faire...

Ce fut Miranda qui fit le premier pas. En se levant, elle arborait un visage aux traits émaciés vers la jeune femme et lui sourit ; d'un sourire las, triste, plein de douleur et de souffrance... Elle en avait pris...trop d'épreuves, trop de morts...mais elle s'était toujours relevée droite, et plus forte encore.

- Vous aussi vous pensez que je dis n'importe quoi?

- Non.

- Vous me croyez?

- À moitié.

Après ce bref match de ping-pong de questions-réponses, Miranda esquissa un rictus digne de son frère.

- L'homme que j'ai tué, cet homme...était Ari… Maintenant, il est bel et bien mort...

- Je l'ai tué de mes propres mains... Ça ne pouvait pas être lui...

- Pourtant si...

- Miran...

- Si...

Ziva ne comprenait plus rien, mais le mot avait été dit calmement et pourtant avait semblé sortir de la bouche de Miranda tel un boulet de canon. Et dans les yeux émeraude de Miranda devenus bouteille sous l'effet de la colère, aucune inquiétude, ni de doutes. Seulement de la rage.

- Je...vous crois, mais pourquoi et comment, surtout ?

- Je ne sais pas, Mademoiselle David… Je ne sais pas... Je sais juste que maintenant, il est bel et bien mort.

NCIS, 22 heures, bureau de Gibbs.

Gibbs finissait d'écrire deux, trois choses et il partirait si tout allait bien. Tellement de doutes se bousculaient dans sa tête, de pensées incomplètes, incongrues... Il réfléchissait à tout et surtout à Miranda : elle était revenue, elle avait connu Ari, il avait connu sa soeur et elle n'avait que trop changé mais il l'avait reconnue...

Il est des cicatrices, des cicatrices qui ne disparaissent jamais... Et parfois des plaies qui ne se ferment pas...Chaque partiel de notre vie, chaque seconde, notre cerveau s'en rappelle, et il suffit d'une brise pour balayer tout ce qu'on a construit... Miranda est de retour, sa plus grosse cicatrice...celle qu'il avait tant espéré revoir un jour...Ne jamais perdre de vue...Et cette fois ci elle est là pour de bon...

Le Hitra'ot,

Miranda.