Auror
On entend sans arrêt des balivernes à mon sujet. En fait, dès j'ai la certitude que dès qu'on prononce mon nom, le reste de la phrase sera une bêtise digne d'un pilier de bar.
Ils n'ont pas de vie à eux ? Une bande de sans-cervelle, rien d'autre !
Enfin… Ca les concerne.
Ca fait depuis un bout de temps que je me fiche de ce que peuvent bien dire les autres sur mon compte. J'agis de manière que, lorsque je me regarde dans le miroir, je n'ai ni regret, ni honte. Peu importe que j'ai une sale figure ou que mon nez soit à moitié absent. J'aurais toujours le plaisir d'avoir la tête haute et, ainsi, de faire baisser le regard des couards… Ou des Mangemorts.
Parfois je me demande si c'est mon efficacité ou mes balafres qui font tant d'effets sur les gens ! Peut-être les deux… Et c'est tant mieux !
En tout cas, je suis heureux d'avoir toujours été fidèle à mes valeurs. J'ai des remords, par centaines, et ce n'est franchement pas la peine de s'attarder dessus. Une perte de temps…
Mais des regrets, zéro ! Tout le monde ne peut pas en dire autant, surtout dans les box des Aurors.
J'ai compris que c'est ainsi que je voulais vivre lorsque j'étais adolescent.
On était sur le Chemin de Traverse avec mon père et ma mère, pour acheter mes affaires de cours. J'avais treize ans… Ca fait loin tout ça.
On marchait et ma mère s'est attardée devant une vitrine. Un truc que les femmes font souvent. Mon père a soupiré tandis que je voulais continuer. J'avais cette stupide impatience… Stupide et meurtrière. Mon père m'a suivi. Il a préféré porter sa vigilance sur son fils plutôt que son épouse.
Puis on a entendu un cri, assez faible, pas important, et sa voix nous appeler. On s'est limité à penser qu'elle avait à nouveau trébuché. Rien de bien grave.
Un type était en train de l'entraîner de force dans l'Allée des Embrumes.
C'est au moment où on a compris qu'elle mettait trop de temps pour nous rejoindre que nos imbéciles de cerveaux ont enfin envoyé l'adrénaline. Nous nous sommes mis à courir puis avons rattrapé l'agresseur. Une ordure qui avait un complice. Mon père a appelé à l'aide avant de se jeter dans le combat.
Il était presque ridicule qu'un homme aussi faible et passif que lui tente de s'en prendre à deux brigands et le fait qu'il n'ait pas été assommé dès la première minute tiens uniquement du miracle. Mais franchement, peu importait le ridicule : sa femme était en danger et je n'ai jamais autant admiré mon père que ce jour là.
J'ai hésité à le rejoindre, je l'avoue : je savais que mes parents seraient furieux et j'étais un gamin assez sage malgré mon âge. Mais au moment où j'ai remarqué que personne, autour, ne se bougeait, qu'ils faisaient comme si de rien n'était et évitait avec soin de regarder la scène alors que ma mère était en danger, j'ai plongé à mon tour, furieux. L'aide n'allait pas arriver malgré les demandes de mon père, ils étaient tous des lâches, des crapules pas plus digne que ces deux vauriens.
Un coup de coude m'a fait perdre une dent tandis que je tentais de m'agripper au cou d'un des assaillants. Je n'avais aucune technique à l'époque, c'était lamentable ! Après ça j'ai eu l'idiotie de tourner la tête vers ma mère parce qu'elle avait à nouveau crié et je me demandais pourquoi. Si je me voyais, je crois que je hurlerais de rire… Mais à l'époque, j'étais terrifié et enragé.
Bref, ce moment d'inattention m'a valu un sacré maléfice. Par chance, mon père était plus vigilant que moi et m'a tiré vers lui, donc le sort ne m'a arraché qu'un lobe d'oreille. J'ai eu de la chance mais franchement, faut pas compter sur celle-là !
Mais je n'ai pas compris pourquoi il avait fait ça avec sa main droite alors que j'étais à sa gauche, se prenant à cause de ça un sale coup dans le dos.
Finalement, les deux canailles sont parties au bout de quelques minutes, non pas sans avoir subtilisé la bourse de mon père.
J'étais encore haletant quand je me suis rendu compte que mes jambes tremblaient et que mes yeux étaient humides. Mon père a eu la malchance de perdre l'usage de la main gauche, durant cette bagarre. C'est pour cette raison que ma mère avait crié. Celle-ci avait ses vêtements dans un sale état mais à part quelques bleus et un léger engourdissement dans les jambes, ça allait.
De mon côté, je saignais abondamment de l'oreille et j'avais le goût du sang dans la bouche.
Voir mon père handicapé de la sorte m'a étonné et blessé, cependant… Tout mon être était dégoûté, furieux. J'en avais envie de vomir. Pas à cause des ces brigands. Ils étaient lâches mais ça correspondait à l'image que j'avais d'eux.
Non, à cause de toute ces gens qui avaient vu cette agression qui m'avait vu, moi, un gamin, se faire taper dessus… Et qui n'avaient rien fait. Pourtant, comme moi, ils voulaient un monde calme et sans problèmes… Mais ils ne se battaient pas. Trop peur. Ils préféraient vivre dans les regrets.
Cette passivité m'a dégoûté au point de me faire peur et je me suis alors juré de ne jamais devenir comme ça.
Et c'est ça être Auror : on ne le devient pas pour avoir un monde en paix comme certains aimerait le faire croire, mais pour se venger et se battre.
