Vauriens
Il existe des sorciers qui ne semblent ni connaître les lois de ce monde ni les subir. Ils vous donnent envie de vous taper la tête contre les murs. Je ne pense pas pouvoir aggraver mon cas mais j'évite d'y avoir recours : il est si commode de placer un mauvais sort contre un édifice ! C'est pour ça qu'aucun meuble de ma maison ne touche directement un mur. Et puis qui sait si les pierres ne vont pas me tomber dessus ?!
Et ceux qui me demandent si je suis aussi scrupuleux avec mon lit je leur réponds ainsi : et puis quoi encore ?! Vous n'avez rien compris du tout ! C'est un attrape-nigaud : il n'y a que des troupeaux de gnomes aveugles qui soient assez imprudent et stupide à la fois pour oser dormir toujours dans le même lit.
On ne m'aura pas aussi facilement. Et personne ne devinera jamais où je dors !
Vous l'aurez compris depuis le temps j'espère : vigilance constante !
Où j'en étais déjà ? Ah oui : ceux qui ne sont pas touchés par la logique et échappent aux dangers sans qu'on ne comprenne comment.
Je suis déjà assez étonné que des adultes conscients et considérés par la société comme intelligents –pfeuh !- puissent se rendre dans des endroits redoutables et mortels tels que la montagne, les lacs ou même chez moi… D'ailleurs à ce propos, Albus prend toujours un malin plaisir à fourrer son nez dans mes affaires.
Ce n'est pas dans mes habitudes de me vanter, ça n'attire que les jaloux et les défis or je ne me suis pas pris tous ces maléfices pour en chercher d'autres, mais les sorts qui entourent ma maison ont déjà eu raison de la curiosité de mon vieil ami une fois. Manque de chance : il est resté chez moi pendant une semaine après ça, le bougre.
Je pense que je ne saurai jamais si ça a été la pire ou la meilleure semaine de toute ma vie.
Nom d'une goule galopante, je vais finir par en parler de ces fichus petits veinards ?!
La première fois que je les ai rencontré au sein de l'ordre j'ai tout de suite compris pourquoi Dumbledore les adorait : c'était un miracle, et je peux vous garantir qu'il n'y a pas d'autres mots, qu'ils aient réussi à ne pas se faire tuer jusqu'à ce jour !
Je les connaissais, on s'était déjà rencontré… Mais ils avaient tellement changé que je me suis pris un coup de vieux en pleine figure. Les cicatrices ça cachent les rides et je ne m'étais pas rendu compte du temps qui avait défilé. J'avais autre chose à faire que de prendre du bon temps dans mes souvenirs.
Y'avait le premier, tout le temps en train de rire, pas discret pour un sou comme à son habitude : James Potter. On aurait dit un niffleur plongé dans Gringotts ! Il n'arrivait pas à se calmer ou se concentrer sur quoique ce soit, tout le temps à fouiller, à tripoter ce qu'il ne connaissait pas, à jouer avec sa baguette.
En pleine guerre il avait cette attitude si frivole… J'en suis venu à m'interroger sur l'éducation que lui avait offerte son père : l'aurait-il bercé trop près du mur ? Mur vraisemblablement ensorcelé comme je le disais plus tôt ! Alors arrêtez de vous plaindre comme quoi je vous rabâche les oreilles bande de poltrons négligents !
Enfin… James c'était un cas. Mais son compère… Mille gorgones… J'ai beau l'avoir vu de mes propres yeux, j'ai toujours du mal à y croire.
Le jeune Black. Déjà que son nom en soit était un aimant à Impardonnables, en plus il avait une belle gueule facile à se remémorer mais ça ne lui suffisait pas comme ça ! Non, il fallait qu'il se ballade dans cet engin démoniaque : une moto volante qui faisait plus de bruit qu'un troupeau d'hippogriffes !
La première fois que je l'ai vu j'ai ordonné qu'on change trois fois de planque : elle s'entendait des kilomètres à la ronde ! Alors quand son propriétaire m'a appris qu'il lui avait donné un nom –juste au cas où elle n'aurait pas été assez unique et identifiable comme ça- j'ai vraiment cru que j'allais me louer une chambre à vie à Sainte-Mangouste, l'endroit le plus dangereux de Grande-Bretagne après « Fiancée ». Oui, c'est ça le nom de sa moto. Complètement détraqué.
Je me demandais comment James n'avait pas été tué depuis le temps avec une conduite aussi inconsidérée et dangereuse mais lui… Sirius Black… J'étais effaré qu'il ne se soit pas tué tout seul ! Deux désaxés. Irrécupérables.
Je ne savais pas si je devais chercher à les fuir pour ne pas m'exposer davantage au danger ou, au contraire, m'incruster dans une mission avec eux pour remettre les balais dans l'axe.
Finalement je n'ai pas pu choisir : une confrontation qui n'aurait pas dû avoir lieu, eux qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment… Ou peut-être que c'est l'inverse ? Qu'importe : Dumbledore m'a ordonné de les rejoindre dans une forêt du Pays de Galles et j'y suis allé.
La fiancée de Sirius était étalée par terre, des types brandissaient leur baguette mais semblaient un peu perdus. Des sous-fifres des Mangemorts, une demi-douzaine. Ils devaient probablement chercher les deux imbéciles qui s'étaient cachés entre temps. Je ne sais pas où ils étaient ni s'ils étaient vivants mais je n'avais pas le droit de les abandonner avant de m'assurer de leur situation.
Le moindre bruit dans les buissons, le moindre aboiement terrifiait l'ennemi qui poussait des exclamations. Finalement les gamins faisaient du bon boulot : je ne sais comment ils se débrouillaient pour faire ça mais je me doutais que c'était une de leur ruse. Soudain l'un de nos adversaires m'a repéré et a alerté les autres. J'étais prêt au combat, même à un contre six
Les sorts ont fusés mais j'arrivais malgré tout à conserver un ascendant : la peur provoquée par les deux jeunes recrues les éparpillaient et mon expérience restait ma meilleure arme. Je pressentais leur réactions, devinais leurs gestes, anticipait les maléfices. Les arbres autours de nous subissaient le rôle de bouclier de fortune et je m'en accommodais. Peu à peu ils étaient paralysés, ligotés ou dans les nimbes.
-Diffindo ! lança l'un d'entre eux.
Alors que j'allais m'écarter en diagonale d'un pas vif pour conserver ces rebuts dans mon champ de vision quelque chose a heurté ma cheville, m'empêchant de réaliser entièrement mon mouvement. J'ai sentit le sort déchirer ma lèvre inférieur et en embarquer un morceau tandis que je basculais en arrière, tombant lourdement à côté de la fiancée de Black qui venait de me faire trébucher.
-Expelliarmus ! s'exclama la voix de James, sortant de nul part, rapidement suivie par celle de son meilleur ami.
-Stupefix !
Je me suis dépêtré autant que faire se peut tandis que les attaques gagnaient en force avant de cesser pour de bon.
-Bande d'abrutis ! j'ai alors hurlé en me relevant devant eux.
Ils ont éclatés de rire, victorieux et fier de leur témérité tandis que je les sermonnais pour leur aveuglement.
-Ca va, ils sont tous à terre maintenant, déclara le propriétaire de la moto en la redressant pour la dépoussiérer.
Aucun sens des priorités, complètement à côté de la plaque… Je n'en revenais pas.
-Je n'en ai rien à cirer qu'ils soient tous à terre ! Voilà ce qui se passe quand on utilise un engin aussi bruyant, aussi tape-à-l'oeil et qu'on n'arrive pas à se faire discret : on se retrouve avec six Mangemorts aux basques !
-Six ? répéta Black en levant un sourcil, conservant son sale petit sourire en coin provocateur.
-Ils étaient treize : il y en a sept autres un peu plus loin. On vous a appelé uniquement parce qu'on ne voulait pas s'occuper de la paperasse, déclara le fils Potter avec un sourire bien trop grand pour sa tête.
Je n'ai pas répondu : le sang affluait trop à mes lèvres, la plaie était plus large que je ne le pensais mais chacun s'est reçu une sacré gifle à l'arrière du crâne et je dois admettre que ça m'a fait du bien de les entendre râler tandis que je pansais mes blessures.
Ces sales petits vauriens, eux, n'ont rien eu par je ne sais quel prodige malgré leur comportement irresponsable et leur manque d'expérience. Ils se mettaient presque sous les tirs ennemis. A croire qu'ils sont nés dans un chaudron rempli de Felix Felicis.
Ils sont arrogants, insolents, irresponsables et téméraires !
Je crois que je les aime bien.
Note d'auteur : j'ai beau avoir écris ce chapitre je me pose la même question que vous : où dors Maugrey ? J'avais envie que ce soit dans la cave mais pas assez simple d'en échapper en cas d'attaque… Le lit du chat mais trop facile de chercher à envoûter le matou. Dehors : et puis quoi encore ?
Sérieusement, je n'en ai aucune idée… C'est pourquoi je m'en remets à vos hypothèses merveilleuses ! Jusqu'à aujourd'hui, vous lecteurs, avez toujours eu des idées hors du commun qui m'ont fascinée. J'aimerais avoir votre imagination, ça m'aiderait pour mes fics.
(Et pourquoi pas dans la cheminée ?)
