Chapitre 5

Une sale copieuse !

Pendant plusieurs jours, Nymphadora connut un stress intense, elle craignait que l'on découvre ses supercheries par rapports à ses papiers et son identité. Elle ne parla pas de sa schizophrénie et de ses antécédents psychiatriques, et s'inventa un passé. Magda, son employeur, n'y vit que du feu. Réussira-t-elle à la berner longtemps ? Il faut dire qu'elle n'était pas discrète lorsqu'elle parlait avec le fuit de son imagination : Schizo', ni lorsqu'elle prenait ses psychotiques. Quand une des filles qui travaillait pour Magda lui demanda ce que c'était, elle avait répondu, en balbutiant, que c'était un bonbon. La fille lui avait alors jeté un regard qui disait clairement qu'elle n'était pas débile mais qu'elle s'en foutait. Heureusement pour elle, ses collègues étaient bien trop occupés par eux-mêmes pour se préoccuper des autres. Il n'y avait plus qu'à espérer que cela dure !

Contrairement à Nymphadora, Jane s'intégra très vite parmi les autres : 8 filles et 2 garçons, de nature sociable et enjouée, cela avait été beaucoup plus facile pour elle. Nymphadora l'enviait beaucoup… Malheureusement pour elle, il était trop tard pour s'intégrer, à croire qu'elle souffrait d'un handicap social l'empêchant de se joindre aux autres. On se moquait d'elle parfois mais gentiment ce qui ne rendait pas la chose agréable pour autant.

Nymphadora prit son petit-déjeuner seule comme à son habitude, le regard dans le vide. Ce matin, elle irait à la bibliothèque et chercherait un livre sur : comment se montrer sociable, se faire des amis…etc. Elle était en train de se motiver quand Magda se décida de contrecarrer ses plans.

- Charlotte, tu as rendez-vous à 11h chez l'esthéticienne ! lança Magda d'une voix enjouée.

Nymphadora lui jeta un regard sceptique, pourquoi faire ?

- Allez, allez dépêchons ! On sera en retard sinon !

- Qui ça on ?

- Nous deux, nous y allons ensemble !

C'est à ce moment-là que Schizo' apparut.

- Mais c'est que tu es sa préférée on dirait, ricana-t-il. Elle n'a pas accompagné les autres…pas étonnant qu'ils ne peuvent pas t'apprécier.

- La ferme, chuchota-elle.

Nymphadora la suivit très mal à l'aise pendant que Schizo' ricanait en se nettoyant.

- Gustave nous y conduira.

La voiture ressemblait beaucoup à une limousine en plus petit.

- Alors c'est le grand jour ? demanda Gustave, un grand sourire aux lèvres.

- Oui, il faut qu'elle soit resplendissante !

Nymphadora n'arrivait plus à suivre. Il faut dire que les matins, elle n'était pas particulièrement vive.

L'intérieur puait le cuir. Nymphadora n'aimait pas la voiture, mal à l'aise, elle resta très silencieuse et se concentra sur sa respiration. Elle croisa alors le regard de Magda qui prit une grande inspiration.

- Ton premier job, ce soir ! Il faut donc que tu sois ma-gni-fi-que !

Incrédule, Nymphadora la regarda bouche bée. Jane et elle étaient encore des « apprenties ».

- Et Jane ?

- Jane ? Pourquoi est-ce que tu me parles de Jane ? En tout cas, tu devras dîner avec un client particulièrement riche. Et je pense que tu es plus que prête ! N'est-ce pas ?

Nymphadora hésita, elle s'était instruite c'est sûr, ça faisait partie de sa formation mais si Magda décidait de la tester elle serait très déçue ! Elle se contenta alors de sourire.

Mr Van Der Wore le vivait très mal. Cela faisait un mois.

La petite punaise occupait ses pensées, elle les hantait même. Pour lui, c'était un véritable échec. Il avait cru la tenir et elle s'était moquée de tous en s'évadant. On l'avait aidé, c'était certain, mais personne ne s'était dénoncé, personne. Combien même le Pit-bull et le Titan aient forcé les choses. Qui plus est Mme Weber avait elle aussi fugué mais le voisin…un moldu ! La deuxième évasion…réussie de surcroît ! Pour lui, il n'y avait aucun doute. Elle et elle seule avait aidé Nymphadora Tonks.

Il prit une grande inspiration, et se décida enfin à écrire sa lettre destinée à Mme Black. Il se mordit les doigts à maintes et maintes reprises. Mieux valait lui écrire les faits ou bien lui demander un entretien pour lui parler de tout cela ?

La porte de son bureau s'ouvrit brusquement, il sursauta si violemment qu'il en tomba de sa chaise. Outré, il jeta un regard mauvais au Titan.

- On a de gros gros problèmes ! Elle est là !

- Qui ça « elle » ? demanda-t-il en se relevant.

- Mme Black !

Le nain releva brusquement la tête.

- Quoi ?! Vous plaisantez ?

- Non, elle est avec le directeur !

Le nain se précipita dans le bureau du directeur, le Titan aux trousses.

- On est dans la merde, maugréa-t-il.

Ce que Nymphadora n'avait pas compris c'était que Magda se ferait chouchouter avec elle… Allongées toutes les deux sur le ventre, elles se faisaient masser aux huiles essentielles dont Nymphadora ne supportait pas l'odeur ni le contact des mains de la masseuse.

- Tu es si mystérieuse et si peu bavarde !

- Mon passé n'est pas intéressant voilà tout.

- Tu ne veux pas non plus parler de toi, tu es vraiment une fille étrange…Enfin, du moment que tu me poses aucun problème…

Nymphadora attendit qu'elles soient seules pour lui poser une question.

- Vous avez été…euh…vous-savez-quoi avant ?

Magda gloussa.

- Bien sûr ! Avant de diriger une boîte de ce genre mieux vaut en connaitre la couleur !

Logique.

- Vous adorez ce que ce que vous faites ?

- Oui, j'y ai pris beaucoup de plaisir. Il m'a ensuite parut évident que je devais moi-même diriger…j'étais suffisamment qualifiée et je l'ai racheté !

Ne trouvant plus rien à dire, Nymphadora jugea plus préférable de se taire.

Magda paya pour les trois heures de soins une coquette somme. Elles allèrent ensuite déjeuner en ville, et Nymphadora comprit qu'elle ne rentrerait qu'après son job accompli… Vu comment Magda la traitait, elle commençait à avoir la prétention qu'effectivement, il se pourrait bien que Magda l'ait prise sous son aile. Pourquoi ne pas en profiter un peu ?

Schizo réapparut dans la voiture, sur ses genoux. Il miaula, et lui jeta un regard moqueur.

- Fais attention, tu vas bientôt être à court de médicaments… En tout cas, je tiens à te féliciter ! Tu n'as pas montré ton coté paranoïaque, ni agressif, comme quoi ils sont très efficaces.

- Pas pour ce qui est des hallucinations.

Il s'esclaffa.

- Rien n'est parfait, ce doit être un effet secondaire…

- Pardon ? Tu as dit quelque chose ? demanda Magda.

- Non non, je parlais toute seule…

Elle croisa le regard de Gustave dans le rétroviseur et baissa tout de suite les yeux. Magda lui attrapa le menton, et la força à la regarder droit dans les yeux.

- Tu as cette fâcheuse tendance à éviter de regarder dans les yeux des autres. C'est très désagréable, à chaque fois tu fuis un contact visuel !

Nymphadora se sentait trop vulnérable, voilà pourquoi. Comme si la personne pouvait lire en elle…

- Les yeux sont les miroirs de l'âme, ne l'oublie pas ! Mais si tu n'y arrives vraiment pas…je te conseille de regarder le front de ton interlocuteur ou même cet espace entre les sourcils. C'est mieux que rien !

Nymphadora acquiesça.

Mr Van der Wore n'osait pas frapper à la porte, pourtant la situation était plus qu'urgente. Le Titan eu plus de courage. Le nain lui jeta un regard outragé, comme s'il venait de la condamner à une mort certaine.

Il s'avança à petit pas en se tripotant nerveusement les mains. La dame à l'imposant chapeau se retourna sèchement vers lui. Le directeur livide, adossé contre son bureau, n'osait même pas le regarder. Mme Black était plutôt bien conservé pour quelqu'un de son âge et affichait sa supériorité de par une attitude des plus désagréables. Elle considérait ses semblables comme des moins que rien.

- Alors c'est vous le grand manitou !

Sa voix était l'arrogance même, il ne faisait pas le poids, il était écrasé par autant d'assurance.

- Le grand manitou madame ?

- Eh bien oui, vous êtes le plus coupable de tous.

Le nain ne put que jeter un regard accusateur à son supérieur.

Mme Black ricana.

- Peu importe vous êtes tous coupables, si je le pouvais, je vous anéantirai tous.

Elle respira un grand coup et se leva. Tétanisés, le directeur et le nain la regardèrent le souffle coupé.

- Je vous ai confié ma…petite-fille, et la seule fois où je souhaite lui rendre visite elle n'est pas là…ce n'est à rien y comprendre n'est-ce pas ? Vous n'avez rien soupçonné, certes. Mais…son évasion est proche du miracle ! Un assassin est dehors et vous n'avez pas jugé utile de prévenir qui que ce soit… DOIS-JE VOUS RAPPELER QUE JE VOUS L'AI CONFIE ?! SONGEZ A MA REPUTATION !

Elle se rassit brusquement.

- Je ne peux pas porter ma plainte vous avez de la chance. Je suis la seule au courant.

- Quoi donc madame ?

- Qu'elle était ici !

Tout s'éclaira pour le nain. La grand-mère était responsable de tout alors…

- C'est pour ça qu'elle ne recevait aucune visite, murmura-t-il.

Elle l'entendit.

- Ses parents croient qu'elle est en maison de correction, ils ne sont pas remis de ce qu'elle a fait. Vous rendez-vous compte ? Tuer son grand-père alors qu'elle n'avait que 7 ans ?!

L'Asile lui a fait plus de mal que de bien vous savez…

- Dr Van Der Wore ! fit le directeur.

- Laissez ! dit Mme Black. Poursuivez !

- Elle posait beaucoup de question sur son passé et…semblait ne rien se rappeler sur les circonstances…

Mme Black fronça les sourcils.

- Elle a toujours été folle, comment un être aussi débile pourrait avoir des souvenirs ! Notre famille est brisée ! Et qui sait si elle ne se décidera pas à décimer toute la famille !

- Non, cela fait un mois qu'elle s'est évadée, elle aurait agi il y a bien longtemps sinon…et excusez-moi d'insister mais…elle avait plus soif de liberté que de vengeance. Alors je pense pouvoir affirmer que vous ne risquez rien.

Elle le scruta avec méfiance.

- Je la suivais on peut donc dire que je la connaissais bien.

- Sa folie est de quel degré ?

- Elle a commencé à avoir les symptômes de schizophrénie récemment, c'est très fréquent…mais je ne lui ai jamais diagnostiqué une quelconque forme de folie.

Son cœur battait à tout rompre, jamais il n'avait été dans un état de stress intense. Mme Black se leva, leur jeta un regard lourd de mépris et ouvrit la porte.

- Madame si nous pouvons faire quoi que ce soit pour…commença le directeur.

Mme Black le fit taire d'un geste de la main.

- Vous n'avez pas assez d'argent.

Elle partit en laissant derrière elle un silence de mort. Quelques jours plus tard, l'Asile Sainte Raison fermait définitivement ses portes. Quiconque se décidait à décevoir Mme Black en paierait le prix fort.

Assise au coin du feu, Mme Black était de plus en plus mortifiée. Comment retrouver une métamorphomage en pleine nature ? La situation était plus que critique, Nymphadora venait d'avoir 17 ans et sa famille souhaiterait bientôt la voir…Sauf qu'ils la pensent tous dans une maison de correction, songea-t-elle. Elle n'avait jamais compris cette petite fille…métamorphe qui plus est ! Elle se rappelait d'une puce, une tique même beaucoup trop affectueuse, qui sautillait partout. Et l'accident arriva. Un tour de magie tourna mal, le grand-père complètement gâteux était beaucoup trop près, et ça lui fut fatal. Même Iris fut touchée, toutes les personnes présentes mais la pauvre petite n'avait que 4 ans. Poussé dans les escaliers…oui, la violence du choc fut tel qu'il fut projeté littéralement dans les escaliers…Douleur et chagrin prirent le dessus, elle imita des signatures, écrivit de faux témoignages pour que la petite Nymphadora soit internée au lieu d'aller dans une maison de correction. Elle fit ensuite semblant de partir la voir, car oui, Nymphadora se trouvait à l'étranger dans la maison la plus réputée qui soit. Elle écrivit de fausses lettres…en gros elle fit tout pour que la supercherie soit plus vraie que nature ! Mais le château de cartes menaçait de s'écrouler, et elle était fatiguée de faire semblant. Deux choix s'ouvraient à elle : soit elle la trouvait et elle aviserait par la suite, soit elle avouait tout…mais elle était beaucoup trop fière et orgueilleuse !

- Tous des incapables ! rugit-elle.

De mauvaise humeur, elle se décida et alla chez Androméda pour voir Iris. C'était le weekend, Iris devait être à la maison et non à Poudlard. A la pensée de voir sa petite-fille, Mme Black se calma.

Nymphadora prit ses médicaments et songea aux évènements de la semaine avec un petit sourire. Sa garde-robe s'était bien remplie, elle avait beaucoup de chaussures aussi belles qu'impossible à porter, des robes affriolantes, et trois magnifiques manteaux en fausse fourrure : noir, blanc, et rose. Ses bijoux étaient tout aussi magnifiques et les autres la jalousaient énormément. Merci Magda !

Son premier rendez-vous s'était plutôt bien passé pour une première fois. Son rencard, riche et vieux, s'était montré attentionné et drôle. Il voulait la revoir. Les autres aussi d'ailleurs.

Mais comme elle n'était qu'une débutante, Nymphadora s'inspirait des autres…un peu trop même maintenant. Elle n'était pas elle. Evidemment, elle se devait de jouer un rôle pour tenir compagnie à un client, mais ses rôles étaient déjà joués par les autres. Nymphadora avait du mal à s'en défaire. On la traitait souvent de « copieuse », cependant elle pouvait compter sur Magda pour la défendre. Mais celle-ci la pressait tout de même à « s'inventer ».

Jane ne la supportait plus et faisait tout pour qu'elle dégage. Ses manœuvres échouèrent et elle eut droit à un avertissement de Karl.

Nymphadora alla dans la salle de bain. Les apparitions de Schizo' étaient de plus en plus fréquentes mais il n'était plus seul. Dans la rue, c'était cent fois pire, même son ombre l'effrayait. Elle ne respectait plus les doses dorénavant. Schizo' lui conseilla de changer de psychotiques, elle refusa, il insista ne supportant pas l'idée de ne plus être sa seule hallucination. Nymphadora n'avait pas encore les moyens nécessaires pour changer de traitement. Son argent servait à autre chose.

Elle avait rencontré un sorcier peu recommandable qui vendait de la drogue, une fois dans la rue. Sous forme de figurine : un dragon en miniature. Elle était pure. On arrachait une écaille qu'on avalait, quand il n'y avait plus d'écailles on devait s'attaquer au reste. On le démembrait jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Nymphadora était dans l'addiction, et ne pouvait plus s'en passer. C'était le complément à son traitement, mais elle ne savait pas si c'était ce qui avait fait empiré les choses…

Elle avait un regard vide…n'aimant pas ce qu'elle voyait, elle brisa le miroir d'un coup de poing rageur !