-Isabelle… -… -Isabelle… -Mhh… -ISABELLE ! -KYAAAH ! Laissez-moi, je vous préviens, je porte des escarpins à talons de 9 centimètres ! -Euh… -Charles ? Qu'est-ce que… Qu'est-ce qui s'est passé ? -Si je me souviens bien, on était à la galerie d'art quand tout a été plongé dans le noir, on a suivi des indications par terre, puis on est tombés dans un trou. Je crois qu'on s'est évanouis, après… -Ah oui… Elle semblait encore un peu sonnée. On est où ? -J'ai l'air de savoir ? C'est pas comme si je passais mes vacances ici, non plus ! -Bon, c'est à peine plus éclairé qu'en haut, mais plus éclairé quand même. C'est drôle, on voyait pas la lumière. J'imagine que c'est vraiment profond, alors… Ils se levèrent – ce qui fut difficile pour Charles, qui avait été écrasé par sa sœur dans leur chute – et décidèrent d'inspecter les lieux. Ils se trouvaient actuellement dans un couloir. À gauche, le couloir se prolongeait, on n'en voyait pas le bout. À droite, aussi, mais on pouvait vaguement distinguer la forme d'une porte. Isabelle décida : -Bon, autant aller par où on sait où on arrivera. On prend le chemin de droite ! -Tu me portes ? -Quand tu te mettras au régime. Et ils se mirent en route. Au bout de quelques minutes, ils arrivèrent devant la porte. Isabelle essaya de l'ouvrir, mais elle ne voulut pas. Charles tenta de la défoncer, mais il ne réussit qu'à se faire mal à l'épaule. L'aînée remarqua : -Tiens, regarde, les charnières sont dehors… On aurait dû tirer… -Preuve que même toi tu peux être bête ! se moqua-t-il. -Peut-être, mais j'ai quand même fini par m'en apercevoir ! souligna-t-elle. Elle ouvrit la porte, et ils entrèrent. Dans la pièce, se trouvaient deux vases sur une table. Dans l'un, une rose violette. Dans l'autre, une rose orange. Derrière, un tableau couvrait le mur. Un visage. Il était ordinaire, mais il leur faisait peur. C'était un visage de femme aux yeux assez grands. C'était cela, c'étaient ses yeux. Ils semblaient fixer les enfants, quels que soient leurs gestes. Ils s'approchèrent de la table et prirent les roses. Charles choisit l'orange, et Isabelle préféra la violette. Ils admiraient les trois petits pétales qui restaient sur chacune, comme si les fleurs voulaient montrer qu'elles faisaient de leur mieux pour survivre dans ce monde étrange. -AH ! Le petit garçon sursauta et tomba par terre. Sa sœur lui lança un regard mi- interrogateur, mi- inquiet. Il pointa un doigt tremblant comme une branche d'arbre en pleine tempête sur le tableau, et tenta de dire quelque chose. Mais il bégayait tellement qu'Isabelle dut tourner la tête pour comprendre. Et elle comprit. Le tableau. Le visage. L'expression. Elle avait changé. Ses yeux étaient devenus rouges. Ses dents, découvertes par ses lèvres retroussées, étaient noires et couvertes de sang. Sa peau semblait décomposée, verte ou sombre à quelques endroits. Sa bouche se tordait en un sourire malsain, et qui lui donnait l'air de s'amuser de la réaction des enfants. Ces derniers ne pouvaient plus bouger, ils tremblaient comme des feuilles sans pouvoir poser ailleurs leurs regards. Finalement, Isabelle fut la première à parler : -C'est… c'est effrayant… Mais… Vu qu'elle reste immobile, j'imagine qu'on ne risque rien. Je pense qu'on devrait sortir. Je commence à avoir la nausée. Le plus jeune acquiesça. Ils se levèrent, encore sous le choc, et se dirigèrent vers la porte. Ils avaient toujours du mal à contrôler leurs mains. Finalement, la porte s'ouvrit, et ils sortirent, heureux d'avoir quitté cet enfer. Mais ils avaient pensé cela trop vite… -Mon Dieu ! fit Isabelle avant de s'écrouler à nouveau. Les murs, cette fois-ci, en étaient à l'origine. Ils étaient recouverts, à tous endroits, du même mot : « Voleurs ». Mot qui n'était présent nulle part, à leur arrivée. -Frangine, c'est vraiment pas normal… On doit partir de ce trou bizarre… -Je sais ! Je sais… Mais je sais pas comment… On ne sait même pas où on est ! Perdus. Effrayés. Voici les mots qui décrivaient le mieux leur situation. Ils hésitèrent entre se lever et chercher un moyen de s'échapper, ou rester ici, en espérant que tout ne soit qu'un mauvais rêve et qu'ils se réveillent bientôt. Une heure, puis deux, eu enfin une troisième passèrent. Ils y étaient encore, toujours aussi effrayés. Cette option n'avait pas fonctionné, il ne restait que l'autre… -Bon, tant pis. On est obligés de s'en aller d'ici. C'est peut-être dangereux, déclara la fille. -Mais là-bas aussi ! Qui sait ce qui s'y trouve ? -Bah, ça ne peut pas être pire que ce qu'on vient de voir… Ils se mirent en route vers l'autre extrémité du long couloir, à la fois curieux et inquiet au sujet de ce monde plus que singulier…
