Ces quelques mots de celui qu'elle aimait restèrent comme en suspension dans l'air. Un léger moment de silence. Harry attendait visiblement l'assentiment silencieux d'Hermione pour commencer à parler. Cet accord tacite qu'il espérait ne vint pas, la jeune Gryffondor resta entièrement immobile.
A vrai dire, Hermione se sentait troublée. Juste au moment où elle pensait à lui et où elle s'était avoué des choses comme jamais auparavant, il apparaissait. Elle avait du mal à croire à une simple coïncidence. L'avait-il vue ? L'espionnait-il du haut de l'escalier ? S'était-il douté que, justement, elle avait envie de lui parler ?
Malgré tout, les confidences qu'elle brûlait de lui faire restèrent bloquées dans sa gorge. Elle ne parvenait pas à articuler un mot. Tout ça pour rien … Et si elle n'osait pas le lui dire ? Lui dire ces mots si doux qui refusaient de sortir …
Voyant qu'Harry était toujours aussi immobile et attendait patiemment qu'elle paraisse prête à l'écouter, Hermione finit par hocher la tête dans la direction de son ami pour l'encourager à continuer.
- En fait … Je tenais à te dire quelque chose …
La Gryffondor prit soudainement peur. Cette peur irraisonnée qui montait en elle … Au son de sa voix, elle devinait le sérieux de ce que le jeune homme s'apprêtait à lui dire. Mais elle ne se sentait pas prête …
- Je n'ai pas énormément de temps, désolée, fit sèchement Hermione – elle se radoucit immédiatement après s'être rendu compte de la froideur de ses paroles – comme tu le vois, j'ai des devoirs … mentit-elle en désignant de l'index sa pile de parchemins sur une des tables rondes de la Salle Commune.
- Tu ne les as pas finis ? demanda un Harry au comble de l'étonnement.
- Eh bien … non, pas tout à fait …
Elle sentait le rouge lui monter aux joues. Elle était de nature plutôt droite et honnête et détestait déformer la vérité, cela la mettait mal à l'aise.
- Si tu veux, je vais m'asseoir avec toi devant tes révisions … proposa-t-il.
Hermione se trouva si surprise devant cette proposition qu'elle n'eut pas le temps – ni le cœur – d'inventer un nouveau mensonge pour se débarrasser de lui. Après tout, même si elle avait déjà révisé maintes fois l'évaluation de Métamorphose du lendemain, cela ne serait nullement désagréable de la réviser une nouvelle fois avec Harry.
- D'accord, répondit vivement Hermione en adressant un léger sourire gêné à son ami.
Ils allèrent tous les deux s'asseoir à la table où la Gryffondor avait déjà posé ses parchemins.
Un moment passa. Le silence était de mise, mais l'on pouvait percevoir le souffle glacé du vent d'hiver sur les vitres givrées et le bruit que produisait Hermione en remuant rapidement ses notes à la recherche de celles du cours de Métamorphose. Une bûche tomba dans la cheminée, faisant sursauter une Hermione déjà très nerveuse.
- Ce n'est rien, chuchota Harry.
Hermione ne répondit pas. Le fait qu'il semblait parfaitement percevoir son trouble et sa nervosité la mettait mal à l'aise. Elle préféra ne pas relever, mettant simplement devant son nez le cours de Métamorphose, en rappelant à son ami combien le contrôle de demain était important.
Dans le dortoir des filles de cinquièmes années, Ginny Weasley, allongée sur son lit, essayait tant bien que mal de réviser son cours de Sortilèges.
Un gloussement retentit. C'était déjà le énième du genre et la jeune fille commençait à en être exaspérée. Les filles qui partageaient son dortoir lui étaient bien sympathiques, mais se révélaient décidément bruyantes et peu discrètes. La Gryffondor se leva silencieusement avec la ferme intention d'aller trouver du calme dans la Salle Commune afin de réviser correctement.
Elle s'apprêtait à descendre l'escalier qui menait à la dite Salle Commune, quand soudain elle s'arrêta net. Deux personnes étaient penchées sur une table, chuchotant. Ginny reconnut rapidement Harry et Hermione. Ils semblaient réviser, mais … Un petit quelque chose, un infime détail dans leur attitude l'empêchait d'aller les déranger. Ils paraissaient si bien tous les deux … A la fois proches et gênés, pudiques. Absorbés dans leurs révisions, ils ne l'avaient pas vue.
Ce fut avec le cœur serré que Ginny retourna dans son dortoir. Elle se rassit sur son lit mais ne se remit pas à ses leçons, ruminant ses sombres pensées. Cela faisait longtemps qu'elle savait qu'Harry ne lui était pas indifférent et qu'elle l'aimait. Elle n'espérait rien de sa part, mais découvrir que ses sentiments n'étaient visiblement pas partagés lui faisait mal. Elle tenta de se répéter intérieurement que tout ce qui comptait, c'était le bonheur de celui qu'elle aimait. Et s'il était heureux avec Hermione, c'était l'essentiel … Elle s'endormit sans ce que cette pensée à la fois triste et réconfortante n'ait quitté son esprit.
Harry et Hermione finirent de réviser beaucoup plus tard dans la soirée. L'horloge de la salle commune marquait déjà vingt-trois heures quand Hermione repoussa avec un soupir de lassitude ses notes de Métamorphose sur la table. En vérité, comme il fallait s'y attendre, elle n'avait aucunement besoin de révisions ; en revanche, pour Harry cela s'était avéré plus que nécessaire. Elle y avait passé du temps, mais elle sentait la fierté grandir en elle en pensant que grâce à elle, Harry n'aurait aucun problème pour l'évaluation du lendemain. Oui, il la réussirait …
La fatigue commençait à se faire sentir, mais Hermione n'y prit pas garde. Elle était tellement heureuse ! Travailler lui permettait le plus souvent de décompresser, d'oublier ses soucis et ses sentiments … Elle ne se sentait même plus gênée en présence d'Harry, comme si quelqu'un avait lancé un sortilège de Confusion sur elle.
Elle entendait toujours les crépitements rassurants du feu dans la cheminée. S'adossant à la chaise, elle laissa l'épuisement l'envahir. Harry la voyait s'assoupir, mais ne fit rien. Il se contenta de la regarder … De longues minutes passèrent, aucun des deux n'avait bougé et Hermione s'était endormie pour de bon.
Trois heures du matin. Hermione se réveilla en sursaut. Encore à moitié endormie, elle se rendit compte qu'elle était allongée sur le canapé de la Salle Commune, toute habillée mais enroulée dans une chaude et épaisse couverture. Elle s'était probablement endormie sur place hier soir et quelqu'un avait pris la peine de l'installer confortablement. Et ce quelqu'un était, selon toute vraisemblance, Harry.
Après avoir entièrement repris conscience et s'être correctement réveillée, elle se leva, repoussant la couverture. Ce fut à ce moment-là qu'elle s'aperçut que quelque chose avait été glissé à son insu dans la poche de sa robe de sorcière. Ce quelque chose était un parchemin qu'elle s'empressa de déplier. A l'encre noire étaient inscrits dessus ces simples mots :
Je t'aime.
La lettre H griffonnée en bas.
Serrant de toutes ces forces le petit morceau de parchemin contre son cœur, l'esprit encore embrumé de sommeil, elle monta silencieusement les marches qui menaient à son dortoir. Quelques larmes s'échappèrent du coin de ses yeux. Des larmes tièdes, agréables. Des larmes de joie.
