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Chapitre 2

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Le cuisinier de bord fuyait le bretteur comme la peste.

Les excuses pour quitter la pièce quand celui-ci entrait ne manquèrent pas. Jeter ses nakama hors de sa cuisine (Nami et Robin mises à part), fut une stratégie payante lors de la préparation des repas qui trainaient de plus en plus en longueur.

Il ne flânait plus seul à la proue du bateau pour sa cigarette de fin de journée, et il avait échangé son tour de garde avec Usopp pour ne pas avoir à prendre la relève du marimo au beau milieu de la nuit, ne pas se retrouver seuls sur le pont ou dans la petite vigie du Vogue Merry, dans le noir, tous les deux...

STOP ! Il secoua la tête et s'évertua à découper les carottes en tous petits morceaux.

Zoro lui, cuisait torse nu à la proue du bateau, ravi de ne plus avoir le cuisinier dans les pattes pour mieux parfaire son entrainement. Cela dit, il ne savait pas la cause réelle de tout cet embarras. Il croyait naïvement que Sanji avait juste cherché à l'emmerder pour mettre les couverts, une fois de plus parmi tant d'autres.

C'est donc après trois semaines de torture psychologique à sens unique, que l'équipage débarqua sur une ile à première vue accueillante.

Sanji profita d'un quarter libre pour trainer dans les bas quartiers de la ville. Il était entré dans une maison rose bonbon, et avait déboursé une partie de ses économies pour obtenir certains services de la part d'une jolie brune, mais le dandy avait fui en courant sitôt la demoiselle arrivée. ... « Question de principes », justifia-t-il à sa conscience.

Essoufflé, une main sur le mur de pierre, l'autre sur sa cuisse, il tâcha de reprendre ses esprits en admirant les pavés.

_ Tu cherches un peu de compagnie, beau blond ?

Sanji tiqua. En se redressant, il constata qu'il s'était arrêté à hauteur d'un tout autre genre de maison, alors il prit un air aussi détaché que possible en remettant distraitement ses vêtements en ordre, comme un réflexe.

_ Non merci, je cherchais juste ma route.

_ On en est tous là.

_ ...Je ne suis pas d'ici, je ne connais pas la ville.

Il faisait face à un homme d'une stature assez impressionnante. Pas tout à fait aussi effrayant que Roronoa Zoro, mais quand même bien costaud. Ses cheveux étaient bruns et ses yeux d'un noir perçant.

_ Entre donc te reposer au frais.

_ Ca ira, je dois...

L'homme souri.

_ M'en veux pas de vouloir tenter ma chance, tu sais, c'est pas tous les jours qu'on voit débarquer un petit cul mignon comme le tien.

Sanji rougit jusqu'aux oreilles.

_ ...Et si c'est ta première fois, je le ferais pour un Berry symbolique.

Le cuistot s'étouffa avec sa propre fumée.

_ Je, je, je ne suis pas intéressé ! En quelle langue faut-il que...

Un peu plus loin dans la ruelle, un certain bretteur fit son apparition. Visiblement perdu, il tournait la tête à droite et à gauche pour retrouver son chemin.

Sitôt, Sanji s'engouffra dans le petit hôtel. Le brun ricana et se pencha à son tour pour voir arriver un homme diablement appétissant lui aussi, bien que pas son genre. Il les préférait apeurés et craintifs comme celui qui se cachait contre le mur en essayant de ne pas paraitre paniqué, la cigarette mordue jusqu'au sang. (Yohohoho !)

_ Tu le connais ?

_ C'est mon nakama, il ne faut pas qu'il me trouve ici.

_ Il ne sait pas que tu es gay ?

_ JE NE SUIS PAS ... !

_ Du clame, du calme... viens, suis-moi, je vais te mettre à l'abri.

Ils montèrent à l'étage.

Pendant ce temps, Zoro arriva à hauteur du petit hôtel de passe minable, là ou un autre homme pris le relais pour attirer le client.

_ Tu t'es perdu mon grand ?

_ Qu'est ce qui te fait croire ça ? Grogna Zoro qui ne supportait pas qu'on remettre son sens de l'orientation en question, l'aura menaçante. ...J'pensais que dans un quartier comme celui-là, j'pourrais trouver un bar dans mes moyens.

A l'étage, Sanji fut pressé contre la porte d'une chambre sordide.

_ C'est ton nakama qui te fait cet effet-là ? Demanda le grand costaud, une main aventureuse placée sur l'entrejambe du cuistot.

_ N...Non ! Il est détraqué depuis un moment...

_ Il m'a l'air de très bien fonctionner au contraire.

_ A... Arrête ça ! Ne m'oblige pas à me battre.

Il ricana encore, un petit air supérieur sur le visage, et ne cessa pas pour autant ses caresses.

_ Comme si tu pouvais me faire le moindre mal.

Sanji cru défaillir, mais il ne devait pas se laisser faire si facilement, pas avec un homme, ...pas avec un inconnu...

_ ...Je peux tuer un homme d'un simple coup d'orteil. Annonça la jambe noire, la voix rauque et réellement menaçante.

_ Hn, alors pourquoi ce gars en bas te fait si peur que ça ?

_ Lui, il a une prime de 60 millions de Berry sur le dos.

La force de Zoro se fit ressentir jusque dans les étages supérieurs, puisqu'un homme venait de se faire catapulter contre un mur, l'avait traversé, et emporté avec lui tout un tas de débris. Sanji et son acolyte se retrouvèrent dans une position équivoque devant un mur tombé au sol, et un bretteur fâché.

_ Qu'est-ce que tu fiches ici, cuistot de malheur ?

_ Je... je...

_ Ce gars-là a essayé de mettre sa main dans mon pantalon. Expliqua-t-il, en désignant l'homme blessé d'un hochement du menton.

Il remarqua ensuite que celle du grand brun n'était pas loin d'entrer dans celui de Sanji.

_ C'est quoi cet endroit ?

L'hôte aux yeux noirs ne sut plus quoi dire, tétanisé devant la force du pirate à la prime si élevée.

_ Qu'est-ce que j'en sais ? Pourquoi tu me poses une question aussi débile tronche de mousse ?

Sanji repoussa violemment l'homme qui l'avait entrainé ici, resserra sa cravate, remit sa chemise en ordre et s'en allât d'un pas blasé tout en allumant une nouvelle cigarette.

_ Encore une arnaque pour touristes. ...Allez, fichons le camp d'ici, Nami chérie doit nous attendre pour porter ses sacs.

« Il faut que je voie Chopper ! Et vite ! » Pensa-t-il en recrachant la fumée blanche.

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_Sanji, je ne peux pas t'aider si tu ne me dis pas où est le problème.

Le cuisinier était assis sur le lit de l'infirmerie, honteux, les bras pendants entre ses jambes et la tête baissée.

_ ...C'est encore ton... ?

_ Mon corps ne m'appartient plus Chopper. J'ai certainement été détraqué par une arme chimique et secrète de la marine, et...

_ ...Et... ?

_ Et, je ne sais pas, je...

Encore une fois il hésita à se confier.

_ Je suis tenu au secret médical, tout ce que tu diras restera entre toi et moi... et cette barbapapa. Rajouta-t-il en brandissant son trophée acheté un peu plus tôt à la foire locale.

Sanji soupira.

_ ...Je... enfin mon... (Petit geste vers son entrejambe) ...Il se met en marche quand... quand je...

Chopper avait l'air sérieux et professionnel (chose rare et encourageante), alors le cuistot se décida à tout lui avouer.

_ J'étais à deux doigts de faire ...de le faire, avec un homme.

_ 'Le faire' ?

_ M'envoyer en l'air ! Baiser, forniquer, faire la bête a dodo, valser à l'horizontale ! C'est plus précis ? S'énerva-t-il.

Le voilà debout à faire les cent pas.

_ Ca fait un moment que de drôle de choses me trottent dans la tête, et aujourd'hui, j'ai bien faillit... céder.

_ Sanji, est-ce que tu es attiré par les mâles de ton espèce ?

S'il y avait bien une question que Chopper avait été certain de ne jamais avoir à poser un jour, c'était pourtant celle-là. Il eut d'ailleurs l'impression d'avoir du Bubble-gum plein la bouche.

_ Tu penses que ça pourrait venir d'un virus ou un truc du genre ?

_ Je connais bien une maladie qui provoque ce genre de changement de comportement, mais j'ai déjà vérifié, tu n'as pas la syphilis.

_ ...Ravie de l'apprendre.

_ L'homosexualité n'est pas une maladie répertoriée. Certains psychiatres ont bien tenté de le faire croire et ont inventés toutes sortes de traitement qui s'apparentent plus à de la torture qu'à autre chose, mais ils ont rapidement été déboutés.

_ Tu parles comme un vrai toubib...

_ HEY ! Je suis un VRAI toubib OKay !? Cria le renne, debout sur sa chaise, le sabot menaçant sous le nez de son vis-à-vis, l'autre reculé pour protéger le nuage de sucre rose.

_ Calme-toi, on va finir par nous entendre !

Chopper se rassit et se mit à réfléchir.

_ ...Il s'est passé quelque chose entre toi et ce vieux cuisinier qui t'as recueilli ?

_ HEIN ?! Non mais tu es malade ?

_ J'essaye juste de savoir si tu as été victime d'un choc psychologique.

_ ...

Sanji se rassit mollement sur le lit, les avants bras en appuis sur ses cuisses, le sourcil plus froncé que d'ordinaire. Il était prêt à tout déballer, mais il se releva subitement et se dirigea vers la porte.

_ Laisse tomber Chopper, oublie toutes ces conneries.

De ses récentes aventures, il n'avait retenu que Zoro, couvert de sang, prêt à mourir pour l'honneur, devant un adversaire qu'il estimait.

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Voilà quatre mois que Sanji ne s'étaient pas accordé le moindre plaisir de la chair, et ça commençait à le rendre nerveux.

_ Comment ça je suis tendu ? Non mÔsieur le capitaine, je ne suis pas tendu ! Je dis juste que si tu continues à sourire comme un idiot, je vais te faire avaler une casserole vide pour le diner !

_ Hey, relaxe Sanji. J'suis juste super content qu'il fasse beau, on va pouvoir attraper plein de poissons.

_ Beau ? Tu trouves qu'il fait beau maintenant ? Cria-t-il sous le regard ébahi de ses nakama.

Il faisait grand soleil, mais le cuistot voyait tout en gris ces temps-ci. Ces derniers jours il avait évité tout le monde, et s'était isolé pour se cogner la tête contre les murs et marmonner des tas de choses incompréhensibles pour l'oreille humaine.

Le manque d'activité sexuelle le tuait à petit feu.

Le souper fut vite ingurgité ce soir-là, et, pour son plus grand soulagement, ses compagnons de voyage décidèrent de poursuivre la soirée sur le pont, Usopp tenant à leur faire une petite démonstration de son nouveau feu d'artifice.

Sanji s'activa à finir la vaisselle, puis il attrapa une caisse de bouteilles vides pour la descendre à la cale, mais surtout, pour s'en griller une bien méritée.

Il jeta l'allumette par-dessus bord et reporta son attention sur la petite troupe en effervescence devant les couleurs qui illuminèrent la nuit noire. La caisse sous le bras, il s'engouffra dans les entrailles du bateau et tira sur une petite chainette pour allumer la seule ampoule.

Ses fesses tombèrent lourdement sur le sol.

Dieu qu'il était fatigué de jouer sans cesse un rôle qu'il s'était lui-même imposé.

Les derniers blocages de son esprit étaient sur le point de disparaître, il n'avait plus envie de lutter, et alors que les cris de joies résonnèrent depuis l'étage supérieur à la nouvelle déflagration de couleurs, il laissa reposer ses muscles perpétuellement sous tension.

L'arrière de sa tête heurta le bois contre lequel il était adossé, puis sa main posée nonchalamment sur sa cuisse se mit à bouger, un peu... juste un peu, sans arrière-pensée, mais ce simple contact additionné à son découragement et à toutes sortes d'images mentales d'un certain bretteur en plein entrainement sous un soleil de plomb (version 'bretteur rôti') ou nu dans son bain... ('Bretteur mariné') et voilà que... que naquit le désir.

Sanji se savait faible, mais préféra ne pas y penser. Il était seul sous un éclairage douteux, et personne ne risquait de venir le déranger ici sachant que leurs estomacs étaient rassasiés. Sa main se posa doucement sur son début d'érection, alors il laissa échapper un petit soupir de contentement.

...Voilà si longtemps qu'il ne s'était pas accordé le moindre plaisir, et tout homme a ses limites.

Le début hésitant laissa place à l'abandon. D'un geste, il fit sauteur le bouton de son pantalon noir et plongea la main dans son caleçon, laissant ses pensées divaguer et imaginer qu'un autre le faisait pour lui.

Cette fois il ne tenta même pas de changer cette image par celle de Nami à genoux devant lui, non, il ne voulut pas d'un autre échec, alors il fit appel à toute sa mémoire pour entendre sa voix, revoir son regard sombre de berserker qu'il mêla à un plus gourmand, un qui aurait envie de lui, un où il pourrait se sentir désiré...

A mesure que son sexe se gorgeait de sang, sa respiration se hacha, devenant plus sporadique, et en accélérant le mouvement de sa main droite, il se permit un petit gémissement, se sachant à l'abri des oreilles indiscrètes.

Le son de sa propre voix brisée... sa voix à lui, leurs soupirs, leurs sueurs se mêlant l'une à l'autre sans distinction, leurs corps glissant l'un sur l'autre... ses lèvres... sur les siennes, sur sa peau, sur son...

_ Hn... Ahhhhhh ! Finit-il par jouir, souillant ses vêtements.

Il était venu plus rapidement que prévu. Encore et toujours à cause de ce putain de manque accumulé, puis il se laissa retomber mollement contre le mur, tâcha de reprendre son souffle, et chaque fois qu'une des bulles présentes devant ses yeux éclatait, la réalité le rattrapait.

L'ambiance sembla s'être calmée sur le pont. Faut dire qu'il était déjà tard. Sanji s'arrangea sommairement et fila à la salle de bain avant que quelqu'un ne remarque son manège. Une fois la porte close, il se lava les mains et nettoya les quelques taches sur son complet noir.

...Puis il s'étudia dans le miroir.

Le cuistot aurait dû se sentir soulagé d'avoir enfin laissé s'exprimer son corps après toutes ses semaines de répression, mais ce fut loin d'être le cas.

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